SOMMAIRE
I» De la transmutation en or de l’argent allié, a» Des expériences faites à la Monnaie impériale de Paris. 5“ De la difficulté d’amener les métaux à l’état chimiquement pur. 4®Deladémonétisation de l’or et de l’argent. ^
Dans mes précédentes communications, j’ai exposé comment, quand on projette dans l’acide nitrique pur de la limaille d’argent pur ou allié au cuivre, il se forme toujours un dépôt noir plus ou moins abondant, dans lequel, la plupart du temps, on ne reconnaît nullement l’apparence de l’or, surtout quand la production de ce métal est trop minime pour permettre de distinguer les atômes d’or artificiel produits. Afin qu’il ne puisse rester ancun doute dans l’esprit de l’opérateur, décantez avec soin la
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partie limpide, puis ajoutez dans le tube de l’acide sulfurique pur, dix à douze fois le volume du liquide restant; en chauffant on fait disparaître entièrement le dépôt noir et la liqueur devient parfaitement limpide. Maintenez pendant trente-six heures au moins le tube dans un bain •de sable à une température de 300 degrés environ ; chauffez plutôt plus lontemps que moins; l’or ne se déposant pas toujours, quoiqu’il en existe dans la liqueur, il se forme, sans doute, un sel double d’argent et d’or très stable, qui se produit en présence des deux acides sulfurique et nitrique, et empêche l’or de se déposer. C’est, ce me semble, ce qui peut expliquer comment dans deux expériences faites sur le même argent, dans les mêmes circonstances, avec les mêmes acides, l’une donne de l’or, tandis que l’autre n’en donne pas. Cet effet est-il •dû à la présence de composés oxygénés de l’azote restant dans l’acide sulfurique? C’est ce que j’ai peine à croire, ayant observé plusieurs fois que le dépôt d’or avait lieu alors qu’il existait encore du gaz nitreux dans l’acide. J’ai observé que plus les tubes sont étroits, plus la décantation du nitrate a été complète, plus le dépôt de l’or se fait facilement ; les pellicules métalliques se rassemblent toutes au fond du tube ; tandis que s’il se déposait des cristaux de sulfate d’argent dans la liqueur, ceux-ci divi-
seraient l’or dont la présence ne serait plus aussi appréciable... On peut voir que le dépôt de l’or de ces deux acides est aussi un phénomène complexe qui demande à être étudié avec soin, afin de rendre compte des circonstances qui l’empêchent quelquefois de se déposer.
Lorsqu’on n’est pas trop pressé par le temps, il faut toujours laisser s’écouler un intervalle de plusieurs jours entre la première opération et la suite, en ayant soin de maintenir les tubes à une température de 50 à 60 degrés. Si le temps le permet, exposez les tubes à la radiation solaire, après quoi, l’on décantera la partie claire du nitrate d’argent sans faire bouillir; le résidu sera ensuite traité par l’acide sulfurique, comme il a été dit plus haut. Lorsqu’on chauffe les tubes, il se dégage des vapeurs nitreuses qui continuent de se produire jusqu’à la décomposition complètede l’acide nitrique la liqueur conserve, tant qu’elle est chaude, une faible teinte jaunâtre qu’elle perd par le refroidissement.
En poursuivant mes expériences de transmutation, j’ai observé, ce qui pouvait être prévu d’après mes premiers résultats, qu’en dissolvant à plusieurs ijeprises dans l’acide nitrique pur le même argent allié au cuivre (ces deux métaux étant exempts d’or) et précipitant à chaque fois l’argent de sa dissolution par le même cui-
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vre, après quatre précipitations successives, j’ai pu faciement constater la présence de l’or dans l’argent allié au cuivre. Si l’on fond à chaque fois l’argent, la quantité d’or produite sera plus grande : ce qui semblerait indiquer encore que certaines parties d’argent changent d’état moléculaire en passant par ces variations de température, et que ces parties modifiées sont plus aptes à passer à l’état d’or en présence des composés oxygénés de l’azote. On m’a objecté que l’or provient du cuivre employé à la précipitation de l’argent; j’ai essayé ce même cuivre, en quantité plus grande que celle employée à ces précipitations successives, sans avoir pu en obtenir les moindres traces d’or. (J’ai entrepris de nouvelles expé- • riences dans le but de parer à ces objections ; aussitôt qu’elles seront terminées, j’en ferai part à l’Académie). Je me demande pourquoi la présence du cuivre ne faci- Ûerait pas pour l’argent le moyen de passer en tout ou en partie à un état moléculaire différent, qui, sous certaines inffuences, par exemple sous celles des composés oxygénés de l’azote, favoriserait la fixation de l’oxygène dans ces parties, en leur procurant un état moléculaire semblable à celui de l’or, avec les propriétés de ce métal ? Pourquoi cette fixationd’oxygène, si réellementelle a lieu, ne se produirait-elle pas d’une manière inverse de
celle qui se produit dans les essais d’argent par la coupellation, au moment où s’accomplit ce curieux phénomène qu’on appelle l’éclair ? L’intéressant travail de M. Levol à ce sujet, ne peut laisser, ce me semble, aucun doute sur ce fait, que l’argent, a une haute température, cède au cuivre l’oxygène qu’il a absorbé dans l’air au moment où la température s’abaisse, et où l’argent passe à l’état solide. Pourquoi, je le demande, un effet inverse n’aurait-il pas Heu ? La chimie n’offre-t-elle pas d’exemples de semblables réactions?
J’ai observé également que la présence du fer, en petite quantité, facilite la production de l’or.
Expériences faites à la Monnaie impériale de Paris, en présence de M. Levol, essayeur.
L® séance, commencée à une heure et demie et terminée à trois heures. Deux alliages d’argent exempts d’or ont été fournis par M. Levol, l’un à 900 millièmes, l’autre à 85 O millièmes ; une partie de chaque alliage a été réduite en limaille, puis passée à l’aimant; deux centigrammes de chaque limaille ont été projetés dans l’acide nitrique à 40 degrés, versé préalablement dans les tubes Certaiijes parties de limaille ne se sont dissoutes qu’après une ébullition prolongée ; puis on a constaté dans cha-
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que tube la présence d’un faible dépôt noir insoluble, dans lequel il était possible de distinguer l’or produit ; le dépôt a été attribué à du charbon, du fer et à d’autres Impuretés. Selon moi, ce dépôt devait contenir de l’or. Cette expérience n’a pas été poussée plus loin. Le reste de chaque alliage a été traité séparément par le môme acide ; celui dans- lequel il entrait un peu de fer qui ne s’est pas allié, a formé un dépôt qui a empêché de reconnaître si réellement il y a eu production d’or ; l’autre alliage a donné un faible dépôt d’or. Selon l’expression de M- Levol, ce sont des millionièmes de milligrammes. M. Levol prétend que cet or provient de l’argent qui n’était pas pur ; moi je pense qu’il a été produit dans la réaction.
séance commencée à deux heures, terminée à quatre heures. Trois échantillons d’argent, dont un fourni par M. Levol et deux fournis par moi, ont servi à ces expériences ; j’ai réduit en limaille quatre à cinq décigrammes de chaque alliage, qui a été partagé en deux parties à peu près égales. Une partie seulement de chacune des limailles a été passée à l’aimant, puis elles ont été introduites dans des tubes séparés et étiquetés ; j’ai versé par-dessus la limaille de l’acide nitrique pur à 40 degés ; l’acide a été porté à l’ébullition.
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afin d’activer la réaction et d’abréger la durée de l’opération. Comme dans la première séance, la formation d’un dépôt noir dans tous les tubes a été constatée* Afin de rendre sensible la présence des atomes d’or artificiel produit dans ces réactions, j’ai décanté la partie limpide ; l’acide se trouvant trop concentré, la décantation a été difficile à cause de la formation des cristaux de nitrate d’argent ; elle a été défectueuse surtout sur les tubes étroits ; puis, j’ai versé de l’acide sulfurique pur dans les tubes sur le dépôt noir qui s’est dissout entièrement. Les tubes devaient être placés dans un bain de sable et portés à une température de 300 et quelques degrés ; à défaut de bain de sable, les tubes ont été mis dans un creuset rempli de sable et placé près de l’ouverture du fourneau à coupelles; les tubes sont restés là jusqu’au lendemain à 10 heures; le feu n’ayant pas été entretenu, la température n’a fait que décroître. Les tubes visités n’ont donné aucune trace d’or. Je reconnus du premier coup d’œil que la température n’avait pas été assez élevée, que, par conséquent, l’or ne pouvait pas être déposé, puisqu’il était maintenu en dissolution par l’acide nitrique existant dans la liqueur. Je pris les deux grands tubes contenant la même limaille d’argent ; l’acide fut porté à l’ébullition ; il s’est dégagé immédiatement des
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vapeurs nitreuses. Après une ébullition prolongée pendant près de deux heures, il s’est déposé de l’or dans l’un des tubes, l’autre n’en n’a pas fourni de traces ; l’ébullition dans ce dernier tube, n’avait pas été aussi régulière que dans l’autre. Il y a eu des soubresauts et des projections d’acide, hors du tube; i peut se faire que l’or précipité ait, été entraîné avec l’acide qui s’est échappé au dehors.
Ainsi, que je l’ai fait observer dans mes Mémoires, les résultats de mes expériences ne sont pas toujours identiques, tout en opérant avec les mêmes matières et sous l’influence de circonstances identiques.
Avant de quitter la Monnaie, j’avais commencé une troisième expérience sur le dépôt qui s’est formé dans la liqueur contenant les décantations des six tubes. Ce dépôt a été traité comme dans les autres tubes par l’acide sulfurique porté immédiatement à l’ébullition et maintenu en ébullition pendant plusieurs heures. Le lendemain, à mon arrivée à la Monnaie, on me dit que le tube était cassé; l’acide coulait effectivement sur les parois extérieures du tube ; mais après un examen attentif, je reconnus que le tube n’était réellement pas cassé, et que l’acide ne pouvait provenir que des soubresauts qui l’avaient projeté en dehors. Je constatai dans le tube de
faibles atomes d’or à peine visibles â la vue simple ; mais rien ne prouve que, cette fois encore, la majeure partie de l’or n’ait,pas été projetée hors du tube.
M. Levol me dit alors : Vous voyez qu’il n’y a réellement pas d’or produit en quantité appréciable. Je reconnais, lui dis-je, que l’or déposé n’est pas en aussi grande quantité qu’il devait l’être, ce que j’attribue à la manière dont les tubes ont été chauffés. Je demandai alofs à M. Levol de chauffer au bain de sable les quatre tubes qui restaient, afin d’opérer dans les mêmes circonstances que celles où j’opère à Grenelle. M. Levol me répondit : Nous en avons assez, nous savons à quoi nous en tenir ; quand vous aurez des procédés plus sûrs, et que vous produirez des quantités d’or appréciables, venez me trouver. Mais si j’en étais là, je n’aurais plus besoin d’encouragement. Ce que je sollicite, ce sont précisément les moyens de pouvoir continuer mes expériences et perfectionner madécouverte. Je ferai observer seulement ici que, quand on opère sur deux décigrammes de matière, il est très difficile d’avoir des quantités d’or appréciables ; ce que je tenais à constater, c’est qu’avec de l’argent chimiquement pur, je pouvais produire de l’or. C’est pour cela que j’insistais si vivement auprès de M. Levol, pour avoir de l’argent exempt de toute trace d’or.
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En résùmé, il me semble qu’il a été constaté : ^
1° Que certaines parties de limaille d’argent restent inattaquées dans l’acide nitrique, qu’elles ne se dissolvent qu’après un certain temps d’ébullition.
2° Qu’il se forme constamment un dépôt noir, plus ou moins abondant.
Que ce dépôt noir est entièrement soluble dans le mélange des deux acides nitrique et sulfurique.
4° Que le mélange de ces deux acides dissout l’or, ainsi qu’une expérience faite sur un morceau d’or pur l’a constaté ; selon moi il y a dissolution de l’or, et non désagrégation du métal.
5° Que l’or ne se dépose qu’après une ébullition prolongée et un dégagement abondant de vapetirs nitreuses.
6® Enfin, que l’or se dépose en pellicules excessivement minces, avec l’éclat de l’or métallique le plus pur.
7® Quant au fait capital, ce n’est point à moi à me prononcer : Je crois devoir m’abstenir.
M. Levol m’ayant dit qu’il n’y avait pas lieu à faire un rapport sur ces expériences, j’ai pris le parti de les rappeler ici, afin d’éclairer à cet égard le jugement des personnes au courant de mes travaux et de celles auxquel-
les j’avais annoncé ces expériences. Ce que je regrette infiniment, c’est que M. Levol n’ait pas eu assez de de temps disponible pour continuer et répéter ces expériences qui, après tout, ont été très onéreuses pour moi par la perte de mon temps et par mon déplacement, puisque je n’ai pour moyen d’existence que le produit de mon travail. Cependant, je n’ai point hésité un instant sur es sacrifices qu’allaient m’imposer ces expériences. Ce fut un grand désappointement pour moi de voir qu’on ne voulait ni les continuer ni me permettre de terminer celles qui étaient commencées ; où je croyais rencontrer aide et protection, je n’ai eu que la plus amère des déceptions ; on m’a opposé la plus cruelle fin de non recevoir.
On commence par trouver qu’il est difficile, sinon impossible, de préparer de l’argent chimiquement pur ; ce qui est bien autrement impossible pour les autres métaux, cuivre, fer, zinc, etc. La raison en est toute simple ; on emploie, pour les obtenir purs, les réactifs qui agissent sur eux en modifiant leur état moléculaire, dans un rapport plus ou moins restreint, suivant des circonstances inappréciables jusqu’à présent, et qui constituent le hasard des opérations ; ces parties ainsi modifiées sont aptes à passer à un état supérieur d’inaltérabilité en pré-
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sence des agents oxydants. Il en sera de même pour tous les métaux, si l’on cherche à les avoir à un état de pureté parfait. C’est une étude à faire que de chercher les causes qui modifient ainsi les propriétés des corps, afin d’empêcher ces altérations moléculaires de se produire, et d’obtenir des métaux chimiquement purs ; autrement, il ne sera jamais possible d’y arriver. C’est, ce me semble, pendant le passage d’un corps par ces divers états d’oxydes, que certaines parties de ces métaux se modifient entièrement (surtout en présence de la lumière solaire), mais en des quantités si faibles qu’elles ne sont pas encore appéciables à nos moyens d’investigations. C’est à nous à nous tenir sur nos gardes, afin de saisir la cause de ces variations pour les continuer ou les arrêter à notre gré. Ce point obtenu, la transmutation des métaux deviendra un art des plus importants.
Selon notre manière d’envisager les métaux, ils doivent être formés seulement d’hydrogène, combiné de diverses manières et en diverses proportions avec l’oxygène ; ces combinaisons formeront tous les métaux qui existent et qui peuvent exister, lesquels seront plus ou moins altérables ou oxydables selon qu’ils renfermeront une plus grande quantité d’hydrogène, et d’autant moins
altérables qu’il renfermeront une plus grande quantité d’oxygène. Ainsi, d’après ces données sur cette classe de corps, il suffira pour rendre un métal parfait de lui faire absorber, dans certaines conditions, de l’oxygène ou de- lui enlever de l’hydrogène, cl vice versa; pour le rendre moins parfait, il ne faudra que lui enlever de l’oxygène, ou lui faire absorber de l’hydrogène.
Le métal pur primitif serait donc l’hydrogène inaltérable dans ses propriétés; nous ne le connaissons qu’à l’état gazeux; nous n’avons encore pu le solidifier, ce qui nous aurait sans doute éclairé sur sa nature. L’eau serait donc un oxyde métallique liquide particulier, différent des autres qui sont solides, de même que nous avons un métal liquide, le mercure, tandis que tous les autres sont plus ou moins solides ; il ne peut rien y avoir d’étrange dans cette manière de voir, qu’on pourrait, après tout, appuyer de bien d’autres faits plus concluants que ne le sont les deux états d’être de ces corps à la température ordinaire.
Les travaux du célèbre Van Mons à ce sujet, publiés à Louvain, en 182^, montrent que des hommes de science ont déjà envisagé la question des métaux sous le même point de vue.
Les métaux qui doivent renfermer le plus d’hydrogène
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seront l’ammonium, le potassium, le sodium, etc. ; et ceux de la même série qui doivent en renfermer le moins par rapport à l’oxygène seront le platine, l’or, l’argent, etc. C’est ce qui est indiqué en quelque sorte, par leur densité, leur peu d’affinité pour l’oxygène, leur altérabilité en présence des oxydes alcalins des premiers métaux qui, au contraire, ont une faible densité et une grande avidité pour l’oxygène.
Je reconnais toute l’insuffisance des faits pour établir convenablement cette théorie des métaux, puisque je ne suis point encore parvenu à extraire l’oxygène d’un métal quelconque, de l’or par exemple, ce qui l’aurait ramené à l’état d’argent ou d’un autre métal. Malheureusement les appareils me manquent pour tenter des expériences dans ce but ; il n’est peut-être pas donné à la science d’y arriver ; mais, au moins, j’aurais voulu avoir la satisfaction d’avoir, par des essais suffisamrhent concluants, ouvert la voie à des recherches nouvelles d’une incalculable portée.
Qu’on me permette d’ajouter ici quelques mots sur les conséquences probables de cette découverte sous le rapport de nos intérêts, et de la suppression de notre monnaie d’or et d’argent.
Les métaux étant reconnus des corps composés, déri-
vant les uns des autres, la production de l’or artificiel constatée, notre monnaie or et argent ne peut plus se maintenir ; tôt ou tard, il faudra qu’elle disparaisse de nos relations commerciales, pour devenir une marchandise, comme tous les autres produits de l’industrie humaine.
Il y a d’ailleurs des raisons très-plausibles de croire qu’il doit en être ainsi dans un avenir très prochain ; pour le moment, la suppression de l’or comme monnaie semble imminente; dans l’état actuel des choses c’est ce qu’on peut prévoir rien que par l’abondante production des mines d’or de la Californie et de l’Australie seulement, qui continuent de verser l’or outre mesure dans la circulation.
La production de l’argent n’est plus en rapport ni avec celle de l’or, ni avec les frais d’extraction, qui restent à peu près toujours les mêmes, pour les mines d’argent, parce que les filons argentifères sont d’une production plus uniforme que les filons aurifères, qui ne peuvent être guère suivis avec succès, l’or ne se trouvant que de place en place disséminé dans le sol, à peu de profondeur au-dessous de la surface de la terre. C’est ce qui a lieu dans les mines et surtout dans les placers, esquelles fournissent la plus grande partie de notre or.
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ce qui met l’extraction de ce métal à la portée de toutes les bourses, en un mot, de tout homme travailleur ; de plus ce métal se rencontre à l’état natif, il est vendu tel qu’on l’extrait du sein de la terre.
Pour l’extraction de l’argent, au contraire, les conditions sont très-différentes. Ces mines ne sont la plupart du temps productives qu’à des profoncteurs de loo à 200 mètres ; plusieurs sont exploitées à plus de 500 mètres de profondeur; l’épuisement de l’eau exige l’emploi de machines puissantes ; de plus, ce métal n’est pas pur, il faut le purifier, ce qui exige encore une main-d’œuvre longue et coûteuse. Une grande avance de capitaux est, comme on le voit, nécessaire pour exploiter les mines d’argent, ce qui restreint considérablement l’extraction de ce métal très-répandu, d’ailleurs, mais peu exploité. On serait vraiment étonné du nombre de mines d’argent déclarées seulement au Mexique dans un intervalle de 50 ans; j’en pourrais citer 50,000 sur lesquelles un tout petit nombre seulement est exploité. Ces faits expliquent comment la production des deux métaux précieux ne peut conserver un rapport à peu près constant, en présence de l’exploitation des nouveaux gisements d’or découverts depuis peu sur plusieurs points du monde, et l’on en découvrira probablement bien d’autres. Dans
quelque lieu qu’ils se rencontrent, aussitôt qu’ils seront connus ils seront exploités, et leur exploitation pourra prendre en peu de temps une extension considérable. Aussi depuis longtemps la valeur respective des deux métaux précieux n’est-elle plus dans le rapport qui leur fut attribué dans le principe. On comprend combien l’extraction de l’or doit finir par porter préjudice à la monnaie d’or qui conserve toujours la même valeur, sans égard au prix de revient. C’est, il est vrai, le moyen de gtimuler l’extraction de ce métal ; c’est une forte prime que tous les gouvernements lui accordent ; mais cet état de choses n’est p*as stable, il peut et doit varier d’un moment à l’autre. Voyons où cela peut conduire quant à nos intérêts personnels ; dès à présent, ne voyons-nous pas chaque jour s’accroître l’abondance de l’or sur nos marchés, au détriment de l’argent qui disparaît de nos relations commerciales ?
Supposons que les États voisins de la France viennent tout à coup à supprimer l'or comme monnaie de leurs relations commerciales, et à ne plus l'admettre que comme marchandise ayant un cours variable ; c’esi ce qu’a déjà fait la prévoyante Hollande ; on devra s’attendre dans ce cas à une baisse considérable de ce métal qui, n’ayant que peu de consommation dans l’industrie.
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n’aurait qu’un débouché fort restreint. Qu’on Juge de la perturbation jetée dans la circonstance monétaire chez les nations qui posséderaient le plus d’or, et qui n’auraient pas pris l’initiative de la suppression de la monnaie d’or.
Il suffit, ce me semble, d’appeler l’attention des hommes compétents de mon pays sur ce sujet, pour qu’ils songent aux mesures les plus convenables à prendre dans l’intérêt de la nation.
En supposant qu’on retire l’or de la circulation monétaire, ce qui ne peut tarder longtemps, on n’aura encore fait autre chose que diminuer le mal, mais il subsistera toujours tant qu’on ne supprimera pas entièrement l’emploi des deux métaux précieux comme représentation monétaire des valeurs.
De ce qu'on est parvenu à produire de l’or artificiellement, on doit s’attendre également à ce que d’un jour à l’autre, on produira de l'argent, et cela d’une manière avantageuse, il n’y a pas à en douter. Aussitôt que ces découvertes seront reconnues et publiées, l’extraction des métaux précieux est trop coûteuse, pour qu’elle ne soit pas promptement délaissée et abandonnée pour être remplacée par l’industrie nouvelle de la transmutation des métaux communs en métaux précieux, ce qui
permettra de faire passer le cuivre à l’état d’argent et d’or.
Il ne faudra pas longtemps pour que cette industrie devienne florissante, du moment où les hommes actifs et éclairés auront le courage de s’y mettre, sans être arrêtés par la crainte d’être traités d’alchimistes et d’insensés. Alors cet art commencera réellement à progresser; l’appât du gain qu’offrira longtemps cette industrie fera que de toutes parts on se mettra à l’œuvre. Il ne sera plus nécessaire de s’expatrier pour se procurer ces métaux ; mais chez soi, au sein de sa famille, on pourra se livrer à ces travaux qui deviendront une source de bienêtre pour l’humanité ; il ne sera plus nécessaire de se ruiner le tempérament pour extraire du sein de la terre ces métaux si rares comparativement à d’autres qu’on trouve partout en abondance ; il n'y a, comme on dit, qu’à se baisser pour en prendre.
La suppression de l’argent, comme monnaie, ne peut manquer de suivre celle de l’or, sans compter ici sur la transmutation des métaux, regardée encore par le public comme une illusion ; mais les progrès incessants que fait chaque jour la chimie, apprennent à purifier, à obtenir à l’état libre des métaux précieux parleurs propriétés, qui pourront être obtenus à des prix inférieurs à ceux des
métaux 'précieux proprement dits. Ces nouveaux métaux pourront être alliés avantageusement à l’argent ; il sera très difficile de reconnaître la fraude, le faussaire ne serait, après tout, pas le seul coupable. Il vaudra mieux, je pense, supprimer en temps utile la monnaie d’argent, et ne garder comme menue monnaie, pour faciliter les échanges, qu’un alliage plus convenable que celui de billon. Les deux autres métaux, argent et or, seraient remplacés par du papier-monnaie que j’appellerai papier hypothécaire, parce qu’il devra représenter une propriété comme le billet de banque représente un lingot d’or ou d’argent.
Je termine ici cet exposé ; il suffira, je pense, pour le moment, pour faire comprendre la gravité de la question de la production artificielle des métaux précieux.
On le voit, je parle ici contre mes propres intérêts ; car la suppression de l’or, comme monnaie, enlèvera beaucoup de prestige et de valeur à ma découverte ; l’intérêt général, ce me semble, doit passer avant l’intérêt personnel ; je n’ai pour but que de faire profiter de mes travaux mon pays et la science.