‹ L'or et la transmutation des métauxChapitre 3 sur 23 · LALCHIMIE AU XVI® SIECLE · texte numérisé non relu

LALCHIMIE AU XVI® SIECLE

JO

peine; car s’il est vrai, en thèse générale, que toutes les parties de l’univers soient liées entre elles et agissent les unes sur les autres, il est cependant impossible de définir ces rapports et d’en faire aucun usage, s'ils ne tombent pas sous l’observation ou sous les lois du calcul. Aussi lui arrive-t-il plus d’une fois de confondre l’astronomie avec l’astrologie, et de retomber dans ces pratiques superstitieuses qu’il a voulu détruire par l’observation de la nature. Ce' qu’il dit de la ressemblance des astres avec les germes des êtres vivants, de celle de notre sphère planétaire avec la structure du corps humain et des signatures, propres à nous découvrir, par la conformation extérieure des choses, leurs propriétés et leurs principes les plus secrets; toute cette partie de son système, quoique pleine d’imagination, souvent de vues originales, est d’un homme qui rêve ou qui parle dans l’ivresse, non d’un esprit qui médite et qui pense. C’est sans doute aussi dans un de ces moments fréquents de divorce avec la raison qu’il a dicté à un de ses secrétaires son petit Traité des nymphes, des sylphes, des gnomes et des salamandres (i), et qu’il a écrit de sa propre main quelques pages, expression du plus haut degré de (i) De Nymphis, sylphis, pygmceis et salamandris, t. IX, pag. 45 de rédit. cit.

PARACELSE

délire, pour prouver que certains êtres semblables à nous et connus dans la langue de l’alchimie sous le nom d’/zO' moncules, peuvent naître en dehors des voies de la nature (i).

Malgré ces écarts, Paracelse n’en est pas moins un des génies les plus vigoureux et les plus originaux d’une époque féconde en grandes intelligences. Il a ressuscité par la philosophie et régénéré par le spiritualisme les sciences naturelles, particulièrement celle du corps humain, abandonnée depuis des siècles au hasard et à la routine; il leur a ouvert une carrière infinie de conquêtes et d’espérances que l’imagination n’avait osé chercher qu’en dehors de la nature ; il est peut-être le premier qui ait énoncé clairement, et avec une conviction réfléchie, ce principe de la perfectibilité humaine que confirment chaque jour, dans le domaine des sciences et de l'industrie, de nouveaux triomphes de l’esprit sur la matière, et que, malgré toutes les apologies du passé, la société moderne garde dans sa conscience comme une religion. Sans doute, ce n’est pas un Galilée, un Bacon, ni un Descartes; mais il leur a ouvert la voie en rappelant la raison humaine au sentiment de sa force et de sa liberté.

Quant à l’alchimie, son histoire nous présente un en- (i) De homunculis et monstris, ubi supra, p. 311.

l'alchimie au XVl' SIÈCLE

seignement plein d'intérêt ; elle nous montre comment le désir et l'imagination nous frayent peu à peu une route vers la science. D’abord on souhaite ardemment la santé et la fortune. Quoi de plus spontané et de plus naturel ? Bientôt, en réalisant ce vœu par la pensée, on rêve la transmutation des métaux et l’élixir de longue vie. La curiosité et l’action s’en mêlent; on veut s'assurer s’il n’y auraitrien defondé dans ce rêve; on interroge la nature, on la fouille au hasard, on la tourmente en tous sens, et l’on trouve ce qu’on ne cherchait pas, ou bien plus qu’on ne cherchait, tout un ordre de connaissances nouvelles d’où nous saurons tirer d’inépuisables trésors. Quel motif d’indulgence envers le passé et d’espérance pour l’avenir I

Franck, de l’Institut.

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