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LA MARIÉE INTERMITTENTE

Silvette n'alla pas, le lendemain matin, chez Marc Anavan. Ne sachant pas ce qui s'était passé entre époux et Sarrias, le soir de sa dernière visite, rue des \rrhives, elle attendait toujours sa venue, connue avant leur mariage, ce 1er niai radieux, où ell<- était extasiée, mains jointes, devant les mineurs assemblés et leuffl drapeaux rongea inclinés.

Silvette n'alla point chea l'Empereur âea Pauvres,

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à l'hôtel de la rue Balzac, car elle avait reçu, dans le courrier de la première heure, une lettre qui 5fc terminait ainsi :

« Ne sois pas inquiète, Silvette chérie, si tu ne me vois pas, cette semaine. De loin, ton image est présente à ma pensée, et je te jure que je songe, sérieusement, à préparer notre bonheur définitif; Encore un peu de temps, et je te prierai de quitter la maison de ton oncle et d'habiter la mienne. C'est ensemble, désormais, que nous continuerons cette lutte qui me prend tous les instants d'une vie dont j'aurais voulu te consacrer la plénitude. Aie confiance, comme autrefois, mon adorée, toi, que j'ai, coram populo, proclamée ma femme. Crois à mon amour, Silvette Anavan, comme je croifl au tien. \ très bientôt.

« Marc Anavan. »

Maintenant, eilc relisait la lettre, qui lui avait, à sa réception, procuré une joie inoubliable» Et elle y découvrait, parmi de l'inquiétude, un mystère dont elle souffrait de rte pas connaître la clef. Oui, une raison motivait l'absence de Marc, et elle ressentait une angoisse cruelle à l'ignorer.

Silvette avait l'appréhension d'une querelle qui avait, sans doute, divisé les deux hommes, dont l'un, Marc, avait toute sa passion, et l'autre, Sarrias, sa tendresse. Et Clémence, qui partageait celte crainte, au lieu de consoler Silvette, la contagionnait avec son désespoir farouche. Les deux femmes, vivant dans la même épouvante d'un danger dont elles sentaient planer la menace obsédante, attendaient, à chaque minute, l'explosion brutale d'un événement redoutable. Et, ainsi, affolée^ apeurées, tremblantes, elles épiaient le? moindre^ ge<|c* de Sarrias, comme si

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elles eussent vécu en compagnie d'un malfaiteur ou d'un aliéné de la première catégorie, et très dangereux. L'amour absolu de Clémence avait fait place à un sentiment atroce : la terreur, et, durant Bes nuits sans sommeil, elle surveillait celui qui avait été s. m amant adoré, son compagnon, et qui était si loin d'elle, maintenant, tout entier à son rêve fou.

Silvette, qui partageait son angoisse, attendait toujours Marc Anavan. Pourquoi cette absence ? Petite mariée, elle allait souvent, chez son époux, le souverain maître, en invitée. Mais elle ne pouvait douter de son amant. Trop proche était leur voyage à Mont ceau-les-Mines, trop vivace l'heure délicieuse qui avait carillonné leur première étreinte nue, déchirante pour la vierge, et si profonde. Non, son dieu n'était pas un lâche, ni un renégat : s'il ne venait pas la voir, c'est qu'une raison impérieuse l'en empêchait, et Sil vette ne se sentait pas le droit, en se rappelant le passé, de douter de demain. Elle avait confiance en Marc Anavan autant qu'autrefois, et elle croyait à son amour. — fidèle au souvenir comme à l'espérance.

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