DANS L'ÉTÉ TRIOMPHANT
Malgré cette épisode de détente picaresque, tout autour, devant, derrière, partout, sur la route longue, poussiéreuse, dans les champs qui la bordaient, dans les maisons rencontrées, dans les villages traversés, partout, oui, partout, une impression de terreur courait sur la terre envahie. Ce n'étaient que visages épouvantés, que regards éperdus, que lèvres marmonnant des prières. Et le long lleuve de misère qui serpentait à travers la campagne, houle humaine, déferlant vers les villes heureuses, où l'ennemi n'avait pas encore pénétré, emportait avec lui de telles angoisses, qu'il ne laissait, sur son passage, que doutes affreux, et la désespérance au cœur des plus confiants.
Après des heures de cette promiscuité douloureuse, Anavan ressentit, le lendemain matin, l'obsédante tristesse, et le souffle mauvais. Il eut peur pour lui:; peur pour ses hommes, encore pleins de courage, mais pétris de chair, et, — sentant la nécessité d'une brusque résolution, — il donna l'ordre aux soldats de se séparer de la foule des fuyards et de prendre à travers champs.
28o L'ORAGE
Au surplus, Anavan espérait atteindre, bientôt, le terme de la retraite. Dans quelques heures, il serait dans la forêt de Compiègne, avec les débris de la compagnie, au rendez-vous assigné par ses supérieurs. Et, pour de nouvelles batailles, pour de prochaines hécatombes, il fallait que ses hommes eussent des cœurs vaillants et lame ignorante des doutes qui amolissent, et des tristesses qui désespèrent.