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LA VICTOIRE DE GALLIÉNI

Quand le soir vint, l'ennemi était complètement tu déroute. Chaque soir, un peu plus en arrière, éperdu, sans pouvoir réagir ; et cette ruée formidable, qui disloquait son offensive, l'obligeait à chercher des positions d'appui, comme le boxeur fatigué, sentant la défaite, cherche la corde tendue sur quoi son corps s'areboutera. Le 10, les Allemands avaient reculé de soixante kilomètres. Le 11, ils abandonnaient, au nord de la Marne, à Soissons, à Compiègne, toutes leurs positions. Le 12, l'ennemi reculait encore, évacuant Vitry-le-François, et, en Lorraine, Saint-Dié et Lunéville ; toute sa ligne, torturée, pressée, brisée, se contorsionnait en un spasme qui la rejetait hors des pays conquis. Le 13, continuant son mouvement de retraite, il évacuait encore Amiens, Raon-1'Etape, Baccarat, Nomény, Pont-à- Mousson. Le 14, il abandonnait sa ligne de défense de l'Aisne, et, par contre-coup, disparaissait du territoire allant de Nancy aux Vosges. Ainsi, d'un bout à l'autre du front, le frisson de la déroute passait dans ses lignes, et la bataille continuait.

Les barbares avaient pu, dans une agression préméditée, sauvage, violer les frontières mal défendues. Un flux terrifiant de brutes orgueilleuses, parti du nord, était descendu par les vallées des fleuves, renversant tout sur son passage. Comme une marée d'équinoxe, un mascaret sans frein, que nulle force

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humaine ne peut enrayer, il avait couvert les plaines prospères, devenues désertiques. Sur son passage, les maisons s étaient écroulées, les campagnes s'étaient transformées* en lieux de désolation, les villes étaient des ruines fumantes, des braises et des cendres. Et les habitants, fuyant cette calamité, pressés par le. ilôt dévastateur, s'étaient enfuis, leur prunelles emplies de visions affreuses.

Le flux impétueux avait continué d'avancer, en mugissant, parmi les ébranlements d'air de milliers de coups de tonnerre et les éclairs, ne respectant rien. Puis, un autre flux s'était dressé en face de celuici. En un reflux, plus terrible, peut-être, il avait mugi, grondé plus fort. Un choc épouvantable avait eu lieu, et, de la rencontre de ces courants contraires, un remous de sang, de mort, de carnage, était sorti, que le reflux avait emporté, s'étant mis en marche à son tour, refoulant devant lui, sûrement, la marée première. Et, mainlemant, dans la mêlée des flots, roulaient des épaves atroces : de la misère et du deuil, pour cinquante ans.

De Paris à Verdun, une action commune, déclanchée en même temps, à la minute voulue, précise, accomplissait une œuvre fantastique, épouvantablement. Par les vallées et par les monts, sur les villes et les campagnes, résonnaient les coups terribles, assourdissants, des canons et dos millions de fusils. Des armées enthousiastes, sûres de vaincre, poursuivaient la marée humaine qui avail prétendu tout anéantir. De Paris à Verdun, les soldats de France battaient. irrésistiblement, les Bauvages dteecendua du nord, comme les Uuns d'autrefois. A présent, sur 1rs pays, c-!i deuil, ravagés à l'aller, les hordes vaincues, repas-

saient en désordre, ayant reçu leur premier châtiment. La bataille était innombrable, partout, farouche, sanglante, désespérée, impardonnable. On avait lâché, de tous les points d'attaque, des soldats aux mille visages, aux âmes dures, aux rires mauvais, qui n'attendaient que cette minute. Et maintenant, fantassins, cavaliers, artilleurs, chasseurs, dragons, hussards, tirailleurs, Français, Algériens, Africains, Marocains, Anglais, Hindous, Arabes, dressés comme des vengeurs chargés d'une mission divine, en face de la race allemande, la poursuivaient, l'épée et le feu dans les reins.

L'initiative du gouverneur de Paris, Gallieni, exécutée pittoresquement, juste à l'heure décisive, avec vigueur et bonheur, avait entraîné, dans son succès, Joffre, le généralissime hésitant, — et, devant l'histoire, chargeait le bonhomme de reliques. On était repoussé, misérablement, depuis Charleroi. Le gouvernement tout entier, Président et ministres, craignant pour Paris, après un ordre (n° 4) du généralissime aux troupes de se retirer jusqu'à la Seine et même jusqu'à la Loire, s'était enfui à Bordeaux. Et, soudain, cette dure retraite, après le triomphe formidable du à « l'en avant » du gouverneur de Paris et des poilus de la France merveilleuse, se mue en habile manoeuvre de repli pour creuser la nasse immense où les Allemands — des imbéciles, n'est-ce pas, des balourds, ne comprenant un trait d'esprit que le lendemain, après s'être interrogés ? — devient le piège extraordianire, génial, où ces nigauds devaient, immanquablement, se précipiter tête baissée.

Quoi qu'il en soit, le lundi soir li septembre, quand le soleil snlendide, à l'horizon pourpre, se coucha sur

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les champs die bataille rouges, après une semaine de carnage, le flux venu du nord était dispersé ; mais le reflux grondant et mugissant, continuait encore. Et la France de Charlemagne, de Saint-Louis, de Rabelais, de Corneille, de Molière, de Voltaire, de Napoléon, de Victor Hugo, de Gambetta, de Poincaré, respirait dans la victoire.

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