UNE DERNIÈRE CHANCE
Dès que Silvette l'aperçut, avec son pauvre visage bouleversé, elle ne put cacher son émoi :
— Oh 1 ma tante, qu'avez- vous ?... De mauvaises nouvelles ?...
— Oui. Ce que nous redoutions est à la veille de se produire : Sarrias vient de m'avouer ses desseins.
— Us sont ce que nous avions supposé ?
— Bien pire. Je suis très à plaindre, Silvette.
La brave femme, n'en pouvant plus, laissa, quelques instants, éclater ses sanglots. Mais, courageusement, vite, elle les réprima et devint maîtresse d'elle-même. Elle commença le récit affreux de ce qu'elle venait d'apprendre.
Silvette était atterrée. Elle aimait trop son oncle et sa tante pour ne pas souffrir à l'idée de la folie que l'un allait commetre et ne pas partager le désespoir de l'autre, être touchée par ce dévouement de
femme prête à suivre son mari, dans la vaste tra gédie qu'il préparait, jusqu'à la mort, et sans avoir sa foi. Silvette aussi versa des larmes. Mais l'instant n'était pas aux lamentations vaines : il fallait agir, s'il était encore possible qu'une action eût le pouvoir d'enrayer les événements.
— Que faire ?... Que faire, mon Dieu ? gémissait Silvette.
Alors, Clémence répéta les dernières paroles de Sarrias, concernant Marc Anavan. Elle expliqua :
— Peut-être, une intervention de ton grand ami serait efficace... Ne pourrait-il venir, ce soir, à cette réunion de militants, anarchistes et libertaires, qui se tiendra chez nous ? Marc possède une parole convaincante, des arguments qui surprennent et donnent à réfléchir. Sarrias, entêté, n'a jamais voulu l'écouter, parce qu'il est trop grisé de son acte à accomplir. Mais les autres, qui sait s'ils ne seront pas de son avis ?... Et si, par aventure, ils approuvent Marc Anavan, Jean délaissé, blâmé, découragé, peut renoncer à commettre sa folie.