‹ L'orage sur le jardin de Candide; romans philosophiquesChapitre 13 sur 27 · OU CHACUN RIVALISE D'ÉRUDITION · texte numérisé non relu

OU CHACUN RIVALISE D'ÉRUDITION

— Les armées, répondit M. Jérôme Coignard, pour lesquelles j'éprouve une si grande haine, ne sont évidemment point aussi aimables que le bataillon de vierges dont vous nous parlez. Or, le malheur est que, si vous conservez les armées à cause des guerres que vous redoutez, c'est précisément l'existence de ces armées qui rendra possibles de nouveaux conflits!

Il poursuivit :

— Je déteste la guerre et son appareil, non seulement pour sa férocité et pour son cortège de deuils, mais encore pour l'ignorance des hommes d'armes, leur sottise, leur haine de l'indépendance, leur routine.

Achille, le bouillant Achille, voulut une dernière fois protester : mais il sentit que personne ne le soutenait, pas même Don Quichotte. Il garda donc le silence.

— C'est vrai qu'ils ne savent pas grand'chose, concéda Vaissette. Ils ignoraient, au début de cette guerre, l'emploi des canons lourds et des tranchées. Et quant aux reîtres allemands, destructeurs de Louvain et de Reims, n'insistons pas sur leur rancune et leur mépris pour les lettres et pour les arts.

Le docteur Faust intervint.

— J'ai prononcé solennellement et textuellement, dit-il, dans la taverne d'Auerbach, il y a cent cinquante ans, les paroles suivantes : « L'Allemand est un animal de proie, qui dort quand il ne chasse pas ou ne mange pas comme une bête. Der German ist ein Raubtier, das schlaeft wenn es nicht jaegt oder frisst »*.

Cette condamnation prononcée, l'ami de Gœthe se tut.

— Le fait est, déclara Candide, que je n'ai pas gardé un excellent souvenir de mon séjour

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