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vous habituerez à l'oraison. Bientôt vous l'aimerez, car vous aurez compris qu'elle est pour vous un besoin, comme source de joie, tout au moins de réconfort, et qu'ayant un cœur, «es affictions, et le secret désir du bonheur, vous avez l'essentiel pour y réussir.
L'oraison est done avant tout une fonction du cœur. Ainsi pensait sainte Chantal: “il n’y a que le cœur, disait--elle, qui soit absolument nécessaire à l'oraison, et comme sans cette partie tout le reste n’est que vaine apparence, aussi ‘vec elle seule nous ne manquons jamais de rien”’(1).—"*L'essentiel, écrit sainte Thérèse, n’est pas de penser beaucoup, mais d'aimer beaucoup’'(2).
Et voilà qui est de nature à re!
courage à beaucoup de nos lecteurs, plus huturell:ment portés vers le côté affeetueux de la religion.
Aussi bien, dit le père Bourgoing :
‘Les affections ne sont pas proprement une partie séparée, car elles doivent être
(1) Œuvres, III, p. 263.
(2) Château intérieur, chap. I.
mélés partout. Et ce que Démosthènes disait de l'éloquence, que la première par.
tie était l’action, la seconde l’action ::
la troisième l’action ; ce que saint Augu:.
tin attribue à l'humilité disant qu'elle e :
la première, la seconde et la troisième partie de la vie parfaite, nous pouvons l> dire des affections, en l'oraison : elles en doivent être la première, la second:
et la troisième partie, et toutes les considérations ne doivent servir que commr un fusil pour allumer Le feu. de la dévotion, où ainsi que l'huile en la lampe pour former la flamme du divin amour’.
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Le mieux s-rait done de faire agir le cœur avec l'intelligence dès le début de l'oraison et de produire les affections en méme temps qu? les considérations, Mais cela demande une certaine habileté. En général, surtout si l’on se sert d’un livre, il est bon de parcourir assez rapidement un ou plusieurs points de la méditation choisie ; quand le bouquet est ainsi composé, on se met à en respirer le parfum,
(1) Direction de l'oraison, 21° avis,
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cest-à-dire à produire les affections suggérées par les pensées cueillies au courar de la lecture—Remarquons-le ici en passant, si l’on se trouve saisi par des idées qu'on n'avait point prévues et auxquelles le cœur s’affectionne, il faudra oien se garder de contrarier ces mouvements particuliers du Saint-Esprit. —Notons égalemeni, qu’en préparant le sujet d: notre oraison, il faut déterminer les aff, ‘ions en même temps que les pensées dont nous devrons nous nourrir ; SOYons prévoyants pour notre cœur aussi bien ue pour notre esprit.
Quel bonheur du reste de se dire dès la veille : demain j’épancherai mon cœur de telle manière aux pieds de Jésus : demain je me livrerai à l'amour, à la contance, au repentir ete...
Il est considérable le nombre de fleurs à cueillir dans le vaste champ des affections. Saint Francois de Sales, dans son Introduction à la vie dévote, ( 1) en donne une longue liste: ‘‘La méditation, ditil, excite dans la volonté de bons et saints
(1) IIe partie, chap.,VI.
mouvements, tels que sont l'amour de Dieu et du prochain, le désir de la gloir:
céleste, le zèle du salut des âms, l’ardeur à imiter la vie de Jésus-Christ, la compassion, la joie, la crainte de déplaire à Dieu, la haine du péché, la craint:
du jugement et de l'enfer, la confusion de nos péchés, l'amour de la pénitence, l1 confiance en la miséricorde de Dieu et les autres affections dans lesquelles l'âme doit s'exercer et s’épancher le plus qu’elle pourra.”
Arrétons-nous avec une certaine complaisance. aux actes qui nous paraissent plus salutaires, et sur lesquels il est bon de. revenir fréquemment dans le travail de l’oraison. Ils forment le régime |:
plus fortifiant dans l'alimentation d° l'âme,
C'est, en premier lieu, l'humilité, fondement nécessaire de tout l'édifice spirituel, car ‘Dieu résiste aux superbes et donne sa grâce aux humbles”’(1). La passion de l'orgueil est la plus difficile
(1) Deus superbis resistit, humilibus autem dat gratjam (1. Pet., V. 5.).
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à déraciner; elle naît avec nous et ne meurt complètement qu'avec nous. Jes saints pratiquaient l'humilité, parce qu'ils se connaissaient mieux que nous, Sainte Thérèse nous le montre par une belle comparaison : ‘Quand l'âme se replie sur elle-même, elle découvre à la clarté dont Dieu l'illumine, non seulement les toiles d’araignée ou les grandes fautes, mais encore les plus légers atômes où les plus petites taches. Elle a beau tendre à la perfection par l'effort l: plus magnanime, dès que ce Soleil de sainteté l’investit de ses rayons, elle se trouve extraordinairement trouble, semblable à l’eau dans un verre, qui, loin du soleil paraît pure et limpide, mais qui, exposée à ses rayons, paraît toute remplie d’atômes’’(1).
Après l'humilité, la confiance. Le dé- ‘ouragement est notre plus grand ennemi. Nous saurons le vaincre en réfiéchissant à la bonté, à la tendresse, à l’ineffable miséricorde de Dieu. Loin de.
nous laisser écraser sous le fardeau de
(1) Vie. chap. XX.
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nos fautes, contemplons Jésus. Défionsnous de nous-mêmes, mais confions-nous en Lui, Comment ne pas avoir le cœur au large, au souvenir de ses bienfaits.
Instinctivement nous nous relèverons jus-
qu'à oser reposer en paix sur son cœur
comme l'enfant sur le sein de sa mère.
Sartout si la maladie ou quelque déet:1rement du cœur cause votre abattement, regardez £ttentivement le Crucifix, et vous serez vite consolé.
‘Que de fois, écrivait tout récemment une pauvre infirme, que de fois, le cœur et l’âme brisés, les yeux remplis de larmes, j'ai pris mon cher Crucifix! A force de le baiser, de le mouiller de mes pleurs, de lui confier toutes mes douleurs, je reprenais peu à peu courage; à force de contempler les plaies du Sauveur, je m troavais soulagée et je me disais : tout ce que je puis offrir en ce monde n'est rien à côté des douleurs de notre bien-aimt Jésus. Et alors je me relevais consolée et je prenais un visage gracieu“."”
Mais cette humble confiance en Dieu ne nous fera pas oublier la contrition, l:
pénitence qui réparera l’œuvre du péche |
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et nous maintiendra dans la pureté.
Nous ne voulons pas parler de cette mauvaise tristesse faite de dépit, d’orgueil froissé qui trouble l’âme et ronge le cœur, mais de cette douleur sanctifiante qui vient de Dieu parce qu'elle afflige sans décourager.
Enfin la charité purifie, embrase et couronne tout. Voilà pourquoi notre oraison doit surtout se passer à aimer.
Quoi de plus doux, mais aussi quoi de plus simple! ‘L'amour n’a qu'un mot 1 dit Lacordaire, en le redisant, on ne le répète jamais.’” Demandez à Jésus la permission et la grâce de l’aimer, et le cœur vous dictera des mots qui toucheront le divin Sauveur. ‘‘Qu'il fait bon l'aimer, ce Sauveur plein de charmes !‘* Sécriait la Bienheureuse Marguerite- Marie.
‘Telle fut, dit le docte saint François de Sales, la quiétude de la très sainte Madeleine, quand, assise aux pieds de son Maître, elle écoutait sa sainte parole.
Voyez-la, je vous prie, Théotime : elle est assise en une profonde tranquillité, elle ne dit mot, elle ne pleure point, elle ne
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sanglote point, elle ne soupire point, elle ne bouge point, elle ne prie point. Mar.
the, tout empressée, passe et repasse dans la salette; Marie n’y pense point, Et que fait-elle donc? Elle ne fait rien, mais écoute. Et qu'est-ce a dire, elle écoute ? C'est-à-dire, elle est là comme un vaisseau d’honneur à recevoir goutte à goutte la myrrhe de suavité que les lèvres de son Bien-Aimé distillaient dans son cœur, et ce divin Amant, jaloux de l’amoureux sommeil et repos de cette bien-aimée, tança Marthe qui la voulait éveiller : Marthe, Marthe, tu es bien embesognée et te troubles après plusieurs choses; une seule chose néanmoins est requise : Marie a choisi la meilleure part, qui ne lui sera point ôtée. Mais quelle fut la portion de Marie? De demeurer en paix, en repos, en quiétude auprès de sen doux Jésus’”’(1).
Nous venons d'attirer votre attention sur les affections qui nous paraissent kes plus nécessaires. Redisons-les sans nous
(1) Traité de l’amru de Dieu, liv. VI, chap. VIII.
elle Marasse int, lien, elle nme utte s lèdans
lasser; comme les gouttes d'eau qui tombent une à une sur le roc, elles finiront par percer le granit de notre cœur.
Qu'au moins une fois ou deux par semaine vous exprimiez longuement à l'oraison quelqu’une de ces affections, et vous ferez une riche moisson.
Consensus