‹ L'oraison [microforme]Chapitre 31 sur 37 · IS · texte numérisé non relu

IS

sont chargés ds leur conduite spirituelle.

Ces gens-là sont assurément très imparfaits et privés du bon sens et de la raison, puisqu'ils préfèrent ces choses à la sujétion et à l'obéissance.…. Quelques-uns ont même si malheureux, qu'ils perdent la volonté et la résolution de faire ce que l'obéissance leur enjoint, quoiqu'ils semblent s'y soumettre, car ils n'exécutent volontiers que ce que la douceur qui les fatte, les excite à accomplir.

“On en voit d'autres qui pressnt obstinément et avee importunité leurs pères spirituels de leur accorder ce qu'ils désirent et qui le veulent obtenir presque par force. Que si on leur refuse ce qu'ils demandent, ils s’affligent comme des enfants: ils sont mécontents: ils s’imaginent qu'il ne servent pas Dieu puisqu'on ne leur permet pas de faire ce qu'ils voudraient. Car ne s'appuyant que sur ls tendresses de cœur et sur la propre volonté qui les entretient en leur dévotion, aussitôt qu'on les en prive pour les rendre conformes à la volonté de Dieu, ils s’attristent, ils languissent.

ils perdent cœur, d'autant qu'ils croient

me

qüe s'appliquer au service de Dieu d'un manière qui lui soit agréable, ce n'est ani.

tre chose que jouir dans les exercices spi.

rituels de beaucoup de consolations.

“Lorsque ces Personnes mangent }, Corps de Jésus-Christ dans la sainte Fr.

charistie, elles font plutôt des effort Pour se pénétrer de la douceur qui en coule, que pour adorer humblement et louer ce Dieu incarné qui est présent en leur poitrine : elles sont si persuadé que tout le fruit de la Communion est ren.

fermé dans ce goût et dans cette dévotion sensible, que si elles en sont privées, ells ne pensent n'avoir rien fait pour leur âme, et jugent peu favorablement dus effets de la Possession de Dieu. Ellk ne peuvent se mettre dans l'esprit, qu:

Ce qui nous touche senSiblement dans c sacrement, est le moindre fruit qu'on en tire, mais que c’est principalement Ja gràce invisible qu'il produit en nos âme:

Aussi Dieu refuse ce goût afin qu'on 1:

regarde plus purement avec les yeux d:

la foi.

“Ces hommes se comportent suivant les même principes dans l'oraison, con.

d ‘uno St at.

>S Sp.

nt Je e Eu.

fforts Ai en nt «et nt en idées ren.

tion ell:< leur des ÿlles qu° (ee } en gr - 1e.

de

ant nn.

vaincus que, pour être bonne, elle doit rerser dans le cœur des torrents de consulations sensibles. De sorte qu'ils se fatiguent l'imagination et s’épuisent la tète pour jouir de ces délices intérieures.

Et, parce qu'ils n’en viennent pas à bout, ils ont du chagrin et croient mal employer L. temps, ils perdent la véritable dévotion, qui consiste en la persévérance dans l'oraison.… Pour cette raison aussi, lorsqu'ils manquent une seule fois de se rasusier de ces plaisirs spirituels, ils ont une extrême peine à reprendre la méditation, ou ils en abandonnent l'exercice.

Ils font à peu près comme les enfants qui agissent non par raison mais par sensualité; ils ne courent en la vie intérieure qu'après les consolations sensibles'(1) .Oui, enfantillage et gourmandise spiritueile toujours funestes aux ñmes. ‘‘La dévotion ne s’acquiert pas force de bras, comme quelques-uns 8e l'imaginent, dit dans son langage pittoresque, le vérérable Louis de Grenade.

Des efforts extraordinaires, des larmes

(1) La nuit obscure de l'âme, livre I. chap.

VI, trad. du P. Maillard.

excessives, une tristesse forcée... tout cela n’est bon qu'à dessécher le cœur et à retarder Ja visite du Saint-Esprit, [e plus souvent ]a santé en souffre et l'âme ressent tant de peine dans cet exercice qu'elle redoute de S y appliquer de nou.

Veau. Si Dieu nous accorde la compontction et les larmes, æcceptons-les avec humilité, mais il serait vraiment insensc de vouloir les obtenir par la violence’’(1).

Et voilà Pourtant ce que font certaines Personnes ! Il faut, tout en blämant cette erreur désastreuse, avoir pour elles une tendre compassion et un€ pieuse sollicitude,

Il faut avoir Passé par ces épreuves Pour en comprendre l'amertume, C'est une sorte d’impuissance de méditer, que sainte Thérèse compare à la ‘“‘stupidité tantôt une propension aux divagations de l'imagination qui dessèchent l’âme et lui enlèvent toute sève de dévotion, tan.

tôt une impression d ‘angoisses désolantes qui porent à un dégoût profond de la vie de piété, du ciel et de la terre, Pour.

tant, certes, ce n'était point cela que à

(1) De l'oraison et de la consid. p. I, c. 30

tout ur et se Es | ‘âme rcCice not:

Jon a vec ensé LE 07 ines ette uhe

1Vves est que

De es Le | ’

ons Del an] tes

la U)"-

pauvre âme était venue chercher. Le prophète semble avoir voulu dépeindre cette situation dans le psaume soixantedeuxième :

“Mon Dieu, mon Dieu, s'écrie-t-il, je m'arrache au sommeil, dès la première apparition de Ja lumière pour venir à vous: Deus, Deus meus; ad te de luce rigilo. Ah! c'est que mon âme a soif de contempler votre beauté souveraine, de méditer vos perfections adorables, d’entendre votre parole, de se tenir palpitante à vos pieds, dans la sainte oraison:

sitivit in te anima mea; et mon corps lui-même, entraîné par ces ardeurs, tressaille et soupire après vos douceurs:

quam maultipliciter tibi caro mea! Comment n'en serait-il pas ainsi pour une âme qui a conscience de ses immortellss destinées? La terre que j'habite, c'est ur désert: in terra deserta. Désert où l'on ne trouve à certains jours, ni pensées surnaturelles, ni sentiments affectueux, ni rien qui adoucisse la vie. Désert sans chemin : èn terra invia; partout l’immensité des sables, rien qui guide et repose le regard et au fond, à l'horizon, Îles

mornes couleurs d'un ciel de plomb.

Désert desséché, brülé, sans eau: in terra inaquasa. Sur la tête un soleil 4:

fou, le feu des passions et des douleurs de l'existence, et sous les pieds un «ol brûlant où pas une source d'eau fraîche ne permet d’apaiser ces ardeurs dévo rantes, un sol où il faut des prodiges pour préserver les frêles tiges des vertus.

Voilà où j'en suis, 6 mon Dieu, quand j> viens à vous chaque matin, quand je me prosterne dans votre sanctuaire, avec l'espoir et l’ardent désir de ressentir les douces influences de votre puissance et de voir votic gloire: sic in sancin apparui tibi ut viderem virtutem tuum ef gloriam tuam.’’

Et maï'gré la bonne volonté qu'elle manifeste, la pauvre âme ne rencontre point Dieu, elle demeure seule À endurer ce cruel martyre que l’auteur de l'Imi-.

taïion appelle ‘l'exil du cœur, exilium cordis”’(1)

Chères âmes qui souffrez de la sorte.

apprenez que si Dieu soutient ‘‘la piét:

(1) Livr. 11. chap. IX.

lomb.

Sn eil de leurs n Sol aiche dévo lices rtus.

uand nd Je avec ir les sance imcto ua

l'elle ntre lurer Imilun

rte, ét

aissante’” des commençants par des conkolations sensibles, il a coutume de sup-

Lrimer ee régime trop doux dès que la

hose est possible, et de conduir: son

pwuple choisi vers ]a terre promise de

1 sainteté, en le faisant passer de nombreuses années dans le désert. Et là, le nourrit, il le fait grandir avec des

iliments plus solides, avec les sacrifices, avec le pain des larmes : cibabis nos pane

lucrymarum (1). Tous les saints en ont fait l'expérience.

Pendant quinze ans, sainte Rose de Lima, ‘la première fleur de sainteté” ‘panouie sous le ciel de l’Amériqu® méridionale, supporta des aridités qui lui étaient plus amètes que Ia mort, “omni morte amariores’”(2).

Sainte Chantal, l’héroïque fondatrice

Edo la Visitation, passa les neuf dernières

unnées de sa vie à s2 croire souillée de péchés abominables et comme remplie de reptiles qu'elle ne pou ait chasser.

Parfois elle pleurait en silence, n'osant liver les yeux vers le ciel.

(1) Psalm. 79, 6.

(2)Brev. Rom. 30 Aug.

Pendant dix-huit années, sainte T rése eut à subir des tourments analocur Durant l'oraison, lle s'ennuyait à mou ‘Pendant des années entières, elle préoceupait moins d'utiles et sain réflexions que du désir d ‘entendre l'h loge annoncer ]a fin de l'heure cons cree à la prière”’(1). Mais elle av:

l'ame vaillante, elle Soutenait Ja Ju jusqu'au bout.

Ecoutez-la encore, âmes faibles qui 1 cherchez que des joies à l’oraison :‘‘hi des fois, Je l'avoue, J'aurais préféré | plus rude pénitence au tourment de m recueiilir pour l’oraison. C'est un fa certain, j'avais un combat à outrance Soutenir contre le dé‘non ou ma mauvais habitude pour me rendre à l'oratoire « je me sentais saisie, en ÿ entrant, d’un tristesse mortelle, Je faisais néanmoin effort sur moi et Dieu venait enfin à mon SeCOUrS, Mais pour me vaincre j'avais besoin de tout mon Courage, qui, dit-on.

n'est pas petit. Dieu me l’a donné bien Supérieur à celui d’une femme, — ce qui

(1) Vie, chap. VIII.

ite Th.

alouue.

A Inour elle v sainte.

*e ] "hor. :

Cons:

e avai a lutt.

qui ne ] "bien féré la de m.

in fai ance à UVAIS oire et d'une Moins à non avais lit-on.

é bien 5e qui

ke les excuse pas d'en manquer par leur buute. — Lorsque je m'étais ainsi vaineue, je goûtais plus de paix et de delices qu'à certains jours où l'attrait m'avait onduite à l'entretien céleste""(1).

C'est donc une loi de [ordre surnatuel, révélée par l'expérience, que, parvenus à la virilité, Dieu nous sèvre des suavités spirituelles. Il semble nous lie comme à ses apôtres: ‘‘il vous est itile que je m'en aille, que g me cache, que je vous luisse seuls dans les ténèbres er Ja désolation’’(2). Dieu est sage et Dieu est bon: il ne fait rien sans des

lessoins de miséricorde. Nous allons

«xuminer, dans un chapitre spécial, les motifs de ces aridités,

(1) Ibid.

(2) Joann. XVI. 7.

RE het D es

nat à 2 L

Page 1