‹ L'oraison [microforme]Chapitre 32 sur 37 · CHAPITRE TREIZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TREIZIEME

Motifs de ces aridités.— Encouragement

Le premier motif qu'a Dieu, dan:

retrait des consolations, c'est de puriti notre intérieur et toutes nos facultés ( leurs fautes passées et de leur inelin:

tion au péché. Il veut en extraire toi le poison, comme on extrait le venin 4 la plaie, en la comprimant, Ce divi médecin veut guérir nos blessures, «1 les brûlant par le fou du sacrifice, malur les gémissements d2 la nature viciée, qu ne saurait être assainie autrement,

Du même coup il ferme brusquem n la porte à tous nos instincts terrestre et bas pour ne laisser à notre âme d'au tre issue que vers les hauteurs. Il nou:

arrache à ces objets sensibles qui nou captivent pour élever nos aspirations vers le plus parfait, Il se cache à nos sens, pour que nous le cherchions par la foi: -tpedit vobis ut ego vadam.

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Jésus se retire pour exciter nos désirs et enflammer notre amour, afin que, comme l'Epouse des Cantiques, nous n'ayons de repos jusqu'à <e que nous l'ayons trouvé. Tell: une mère qui s'éloigne de son enfant, pour lui apprendre à marcher résolument vers elle et se jeter dans les bras qu'elle lui tend. Aussi bien dans ces moments d'épreuves, que d'appels, que de démarches inspirées par la plus parfaite charité!

Avouons-le cependant, ces angoisses que Dieu permet pour nous former à une vertu solide, sont parfois le résultat d'une caus: toute naturelle, de l'infirmité du corps. L'âme et le corps sont s’ étroitement unis que Le malaise de l’un réagit sur l’autre. Quand le corps est fatigué, l'esprit se trouve géné dans ses mouvements, Aussi saint Jean de la Croix attribue-t-i] une partie des épreuves de l’oraison ‘‘aux mauvaises dispositions Cu corps et des humeurs." Sainte Thérèse soutient la même doctrine dans les termes suivants :

“Très souvent, dit-elle. l'impuissance:

+ méditer ne vient que de l’indisposi-

tion du corps. C’est une vérité que m'ont apprise tant l'expérience et l'observation, que des personnes spirituelle:

avec qui j'en ai conféré. Oui, telle est notre triste condition ici-bas. Tant que la pauvre âme est unie à ce corps mortel, elle en est prisonnière, elle participe à ses infirmités. Victime des changment:

du temps et de la révolution des humeurs, elle se voit souvent, sans qu'il y ait de sa faute, dans l'impuissance de faire ce qu'elle veut, elle n’est propre, ce mr semble, qu’à souffrir de toutes manitres... Il faut que c2s personnts comprenrent qu'elles sont malades... qu’elles passent comme elles pourront le temps de cet exil. Il est cruel pour une àme qui aime Dieu de se voir dans une «i misérable vie, sans pouvoir faire cc qu'elle veut, à cause d'un hôte si incommode que ce corps’”(1).

C'est le bon sens qui parle. Peut-on dire, après cela, que les Saints n’entendent rien aux choses de ce monde ?..

Un autre grand théologien, de Luge.

(1) Vie. chap. X1. sub. fin.

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explique les sécheresses dans l'oraison par les nombreuses occupations de cert&ines personnes : c’est comnse un souffle brülant qui tarit les sources d'eau vive, Le tourbillon d’affaires empéche Dieu de Se faire entendre, car il ne se révèle que dans le calme: non in com motione Dominus(1).

Mais en tout cela, il n° a pas la moin.

dre culpabilité. On ne saurait en dire autant de Fucoup d'âmes infidèles à ln grâce. “C'est leur faute, dit l’Imitalion, si elles ont peu ou point de consolations’’ (2). Leurs aridités sont une punition de leur vanité qui ne songe qu’à S'étaler dans les rues et jusque dans 1 lieu saint, et qui ne sait pas s’envelopper d'une vraie modestie : punition de leur dissipation ; punition de leur envie, de leur malice qui déchire, à tout propos, l\ réputation du prochain; punition de leur sensualité si opposée à l'esprit chrétien, et qui les rend esclaves des aises du corps: “‘tant qu'une Âme est atta-

(1) 3 Reg. XIX, 11.

(2) Im. Liv. I. XXI. 8.

chée aux plaisirs des sens et aux douceurs de la vie présente, dit Bourdaloue, en vain espore-t-elle goûter jamais Îles douceurs et les consolations divines.

C'est une nécessité de rononcer à l'un ou à l'autre, (4). Allez done savourer des sucreries, si vous avez la bouche pleine de boue. I faudrait commencer par se laver, se ‘‘déterréniser.”

Mais, nous voulons le croire, nous avons à faire à des àmes de bonn:

volonté, et nous l?s conjurons de se souvenir, au milieu de leurs épreuves providentiell»s, que la vertu et le bonheur, le mérite et la joie ne coexistent pas toujours nécessairement, et souvent vont l'un sans l'autre. C'est une vérité qui paraît évidente en théorie; mais en pratique, dans la vie courante, combien d'àmes se laissent facilement convaincre qu'elles n'ont aucun mérite devant Dieu.

dès qu'elles n'ont plus de Joie, et que travailler sans plaisir, c'est travailler sans vertu. C'est là un produit de la sottise ou du démon.

(1) Pensécs sur la dévotion.

Comment? Mais tous ces ouvriers qui peinent dans les champs ou dans leg usines, pensez-vous qu'ils agissent tou.

Jours avec goût et par attrait? Non.

cest la nécessité, c'est le devoir, qui les maintient au labeur. Et ils savent que leur maitre les rétribuera à la fin du Jour, pour leur travail, et non pour les sentiments de joie qu'ils auront Cprouvés.

Ainsi en est-il du Père de famille. 11 nous demande de travailler à sa Vigne, et ne réclame que notre labeur, Donnonsle lui généreusement, assurés du salaire, au soir de notre vie.‘ Au milieu de e°tte sécheresse intérieure, écrit sainte Thérese, le devoir du disciple est d'aider le divin Maitre à porter cette croix dont il lut chargé toute sa vi. Sans chercher iel-bas son rovaume et sans Jamais ‘bandonner l'oraison, il avesptera même Jusqu'au dernier soupir cett: désolante uridité et il ne laissera point Jésus- Christ tomber sous je fardeau de s:

Croix. Un temps viendra où cet adorable Sauveur le récompensera de tout:

non, non, il n’a pas à craindre de perdre

le fruit de son travail. Il sert un bon maître dont les regards sont constamment attachés sur lui”’(1).

Oui, Dieu ne veut que notre travail:

que ce soit dans la joie ou dans la dé:

solation, il n'importe, Même dans ce dernier cas, le mérite est beaucoup plus grand. Oh! quel service rendre aux àmes que de leur inculquer cette convietion ! Imprimons-la encore plus profondément, avec l’aide des amis de Dieu, qui n'ont cessé de prècher cette doctrine durant leur vie.

Voici une déclaration de sainte Chantal: toute sa vie n’en a été que l’héroique commentaire: ‘‘Savourer les suuvités de Dieu n'est pas amour solide:

mais s’humilier, souffrir les injures.

mourir à soi-même, vouloir n'être coninu que de Dieu seul, c'est véritablement aimer.”

Entendons maintenant saint Françoi:

de Sales, maître incontesté en fait de spiritualité.

‘Que tout s° renverse autour de nous

(1) Vie, chap XI.

bon ani -

vail :

dé

plus aux confon- TOUTE Érine

hanéroisuilide :

Ares.

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nous

el en nous, c'est-à-dire que notre âme soit dans la tristesse ou dans la joie, dans l’amertume ou dans la consolation, dans la paix où dans le trouble, dans les ténèbres où dans la lumière, dans la tentation ou dans le repos, dans le goût où dans le dégoût de la dévotion. qu'elle soit comme une terre brûlée par le soleil où rafraichie par la rosée : il faut toujours que notre cœur, notre esprit et notre volonté tendent invariablement et continuellement à l'amour de Dieu.

‘Quand nous aurons ces douces consolations..., gardons-nous de dire; Oh!

que je suis bon! Non, Philothée, ce ne “Bt pas des biens qui nous rendent meil.

leurs; car, la dévotion ne consiste pas en Cela... Celui qui a du sucre en sa bouche ne peut Pas dire que sa bouche soif douce.

“C'est donc un très grand abus et l'incipalement chez les femmes (sainte Thérèse le dit aussi) de croire que le service de Dieu, sans goût, sans attrait, Soit moins agréable à su divine Majesté :

LS roses fraîches paraissent plus belles.

Huis elles ont plus d’odeur et de forces

quand elles sont séches: de mème, bien qu'une vive t:ndresse de cœur nous ren de à nous-mèmes nos œuvres plus agreables, parce que nous en jugeons par 1 déleetation qui nous en revient, elles ont pourtant une meilleure odeur pour le ciel en cet etat de sécheresse spirituelle.

et un plus grand mérite devant Di La bienheureus: Angèle de Foligno dit que l'oraison la plus agréable à Dieu est celle qui se fait par contrainte, c’est-à dire, celle que nous faisons, non pas avec woût et par inclination, mais en violen tant la répugnance que la sécheresse d' notre cœur nous y fait trouver (1).

\fuis nous ne pouvons oublier sainte Thérèse, toujours invoqué à bon droil dans ls questions qui nous occupent :

‘Qu'on remarque bien ceci: JE LE DIS PARCE QUE JE LE SAIS PAR EXPÉRIENCE.

Quand une âme entre avec courage dans > chemin de l’oraison mentale, et qu’ell:

wagne sur elle-méme de n'avoir ni beutt coup de joie dans les consolations, n beaucoup de peine dans les sécheresse.

(1) Vie dévote, Part. IV. chap. XIIT et ae

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