‹ L'oraison [microforme]Chapitre 33 sur 37 · YER UE · texte numérisé non relu

YER UE

cette Ame à déjà parcouru una grande partie de la carrière. Qu'elle ne eraigne point, malgré tous ces faux pus, de retourner en arritre; l'édifice spirituel qu'elle élève repos: sur un ferme fon dement. Qu'on le sache bien, Le véritable amour de Dieu ne consiste pas à répandre des larmes, ni dans ces douceurs et cette tendresse que Nous désirons d'ordinaire, parce quelles nous consolent, mais & servir Le Seigneur dans la justice, avec un méle courage ct avec lumilité. Autrement ce serait tendre loujours la main pour reccroir et ne lamais rien donner’(1).

Oui! voilà le vrai mot! Ces âmes qui se déconcertent si facilement parce qu'affamées d Jouissances, sont des âmes égoïstes, basses, sans générosité. La Mmagnanime sainte s’en indigne. Et malcré son humilité, dans Je seul désir d'animer ls autres par ses exemples, cle dit ailleurs: ‘Je ne demandais à mon céleste Epoux ni les douceurs, ni la

tendresse de la dévotion, je ne l'aurais

(1) Vie, chap. XI.

jamais osé... Je ne me souviens de lui avoir demandé des consolations, qu'une seule fois dans ma vie, c'était un mo ment de grande sécheresse. Je ne m'aperçus pas plutôt de ce que je faisais, que la confusion et la douleur de me voir si peu humble, me donnèrent ce que j'avais eu la témérité de demander. Jr savais bien que cela n'était point defondu: mais je ne le croyais permis qu à ceux qui se sont disposés par une véritable dévotion. Il me semblait que mes larmes étaient seulement des larmes (dr femme, des larmes sans énergie’”’(1).

Et pourtant c'étaient des larmes de l'amour le plus viril, les larmes de celle qui disait à Dieu: ‘‘Seigneur, j'ose vous tel prier, ne donnez pas le trésor si précieux de votre amour, à des âmes mercenaires, qui ne vous servent que pour SAVOUTEE les délices’’(2).

Elle ne sait comment témoigner sa gra titude, bien loin de songer à jouir: “0 mon souverain Bien, entendez ma prière:

(1) Vie, chap. IX.

(2) Ibid., chap. XT.

qui

S CI TON ires, urer

gra TES

ière !

Vienne l’heureux jour où je pourrai vous PaYET au moins quelques deniers sur mes dettes immenses! Hätez l'heure, Seineur, Où il sera enfin donné à votre servante de vous rendre quelque petit service ! On a vu d'autres femmes vous prouver leur amour par des actions héroïques ; et moi je ne sais que parler.

l'ant recevoir et ne rien donner en retour sun martyre auquel Je succambe’'(1).

Chers lecteurs, laissez-vous embraser par les paroles de cette grande âne !

Comme elle, tenez bon au milieu des tempéies, et continuez Väillamment votre chemin sous le poids de Ja croix :

voilà le véritable amour.

Sainte Chantal ne pensait pas autrement: ‘Il faut, disait-elle, se tenir forme en loraison et ne jamais la quitter: car tn ce jeu, qui la quitte la perd; si l’on lit semblant de ne pas vous écouter, criez encore plus haut; si l’on vous chusse par une porte, entrez par l’autre :

Si l'on vous dit comme à la Chananéenne ue vous ne méritez pas la grâce que

(1) Ibid., chap. XXI.

vous demandez, avouez qu'aussi Vous ne prétendez pas aux graces exquises, US seulement de manger les miettes qui tombent de la table divine” (1):

“ne faut pas se décourager, ni quit ter l'oraison, dit à son tour le vénérable Louis de Grenade, parce que la ferveur que l'on désire vient à manquer. Il en est du cœur humain, comme d'une eau qui à été troublée et qui ne redevient limpide qu'avec Je t:mps... Il nous arrive parfois ce qui arrive aux personnes occupées à fuire brûler du bois vert:

avant de jouir de Ja douceur et de l'éclai de sa flamme, il faut Jui donner le temp de dégagcr Phumicit qu'il contient: #1 attendant. les soufflets fonetionnent sans

relèche et la fumes aracire plus d'une larme. Apres besucour <t persévérance la flamme désiee para (2).

Mais, direz-vous, essaver de faire orul son dans de telles conditions d'impui:sance, de éistraetiGæs de sécheresse.

(1) Œuvres, DEL Petat traité Sur l'oraison.

(2) D: raison. cha XXX

IS ne mit qui

quit rable PVeUr l'un vient rie Jet vert.

'éclu enip t; en SUIS d'une Trance

» pl'itl-

npuis-

TeSse,

raison.

c'est vraiment perdre son ternps.—Quoi donc? est-ce perdre son tetips que de faire la volonté de Dieu” Ecoutez cet exemple frappant de saint François d:

Sales :

“Mon cher Théotime, prenons la Hibor.

té de faire catte Imagination, Si une Statue que le seulpteur aurait niche. duns Et galerie de quelque grand prince, était douée d'entndement et qu'elle put discourir et qu'on lui demandät: 6 belle Statue, dis-moi, pourquoi es-tu ]à dans

cette niche? Parce que, répondrait-elle, mon maitre m'y à colloques. Et si on répliquait : mais pourquoi Y demeures-tu Sans rien faire? Parce qu: dirait-elle, mon maitre ne m'y à pas placée afin qu JV fisse quelque chose, mais seulement afin que j'y fusse immobile. Que si de rechef on la presait en disant: mais Pauvre statue, de quoi t: gort-il d’être li de la sorte? Eh Dieu! répondrait-ell:.

j* Suis pour obéir et servir à la volonté d: mon Ssignour et cela m. st (Eÿ.:

(1) Traité de l'amour de Dieu, livr. VE, chap. X.

Ainsi donc, mon pauvre frère, ma pauvre sœur, appliquez-vous à faire bien la statue, si vous ne pouvez faire mieux, mais ne quittez pas la niche, ne délaissez pas l'oraison. Ilest fort à propos, du reste, dans ces temps exceptionnels d'impuissance, de faire consister votre méditation en de fréquentes oraisons jaculatoires, ou bien en des prières vocales, par exemple, cinq Pater, cinq Ave Maria, le Credo ete, le tout récité lentement, en se mettant humblemen: aux pieds du Maitre.

Voici sur ce sujet une belle page de sainte Chantal: ‘‘Il faut exciter son cœur sans attendre que Dieu nous mett le Jait ou le miel en la bouche, pour Farler à sa bonté, car il veut que nous nous aidions nous-mêmes. Quand l'âme est si fort accablée qu'elle ne sait presqu* où se mettre, ni quelle mine tenir, et cela non tant pour les pensées volages que pour une rude et âpre sécheresse, qui lui ôte quasi tout pouvoir d'agir.

alors Dieu la fait souffrir d’une manière bien plus haute; elle doit faire l'oraison:

de révérence, de soumission et de sOUf-

france, de conformité, de pauvreté d'’esprit, se tenant devant Dieu comme un pauvre devant son souverain libérateur.

Je suis, Ô mon Seigneur ! doit-elle dire, une terre sèche toute hâlée et crevassée par la véhémence de la bise et du froid ; mais, vous le voyez, je ne vous demande plus rien, vous m’enverrez quand il vous plaira, et la rosée et la chaleur’’(1), Enfin écoutons cette dernière parole de Notre-Seigneur à la fille de saint Francois de Sales et de sainte Chantal, à là Bienheureuse Marguerite-Marie: ‘‘Sj; Je te voulais en ma présence, sourde, ‘veugle et muette, n'en devrais-tu pas étre contente”? C'est la parole du Maitre lui-même qui consacre toutes les autres. Il n’y a plus qu'à clore ce long chapitre destiné aux âmes éprouvées, non toutefois sans avoir donné un conseil pour le temps des consolations, car l: printemps succède à l'hiver, Gardonsnous bien alors de nous prévaloir de ces douceurs dues à la seule miséricorde de Dieu. L'orgueil attirerait sa disgrâce,

(1) Œuvres, II p. 340.

hin2e its.

jouissons avec modération, avec calme, tout préts à servir notre Créateur par pur dévouement s'il jug> sage de nous éprouver de nouveau.

‘Quelquefois, dit à e2 sujet l'un des maîtres de la vie spirituelle, le vénérabl:

Louis de Grenade, il s2 produit dan:

l'âme de grands mouvements de ferveur et de dévotion sensible : on ne ferait qu’ soupirer et gémir. Ne vous abandonne pas à tous ces mouvements. Au contraire, essayez d2 les modérer, et contentez-vous de remonter intérieurement à la véritable source, je veux dire à là lumière divine ; mett z de côté ces agitations de la nature et attachez-vous à goûter 125 joies tranquilles de la présence de Dieu. Vos consolations, pour :noins se manifester au dehors, n’en sero::5 que plus solides, plus profondes et plus durxbles. Il y aurait d’ailleurs un grand inconvénient à s’habituer à cette espèce de ferveur; plus les émotions sensibles deviendraient vives, plus la lumière intérieure perdrait de sa clarté et de sa chaleur. Ces sortes de mouvem®nts sont excusables chez les commençants

me,

pur rou-

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qu° nnez conconnent

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US à

ence 1oins ; que lurad inspéce sibles miere le sa nonts gants

que l'attrait de la nouveauté surprend et transporte hors d’eux-mémes; mais ce moment passé, ils ne sentiront plus autant de ferveur sensible, ni autant d'empressement... Le paralytique guéri par saint Pierre (Act. IIT. 8), dès qu'il s'aperçut de sa guérison $> mit à marcher, à sauter, à louer Dieu... Il eut hâte de jouir de sa liberté, en donnant libre carrière à ses mouvements. Cela ne dura sans doute qu’un instant, il est à croire qu’il modéra sa joie dans la suite et qu'il ne passa pas le reste de sa vie à sauter’’(1).

(1) De l'oraison, Part. 1. chap. XXX.

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