‹ L'oraison [microforme]Chapitre 35 sur 37 · COIN · texte numérisé non relu

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me les autres les prières de règle? Et m'acquittant si mal de celles-ci n’étaitce pas témérité de ma part, de vouloir en faire davantage? Oser y prétendre c'était montrer bien peu de respect pour Dieu et bien peu d'estime pour ses faveurs’’(1). Entendons-la maintenant juger cette pernicieuse erreur et signaler le précipice aux âmes inexpérimentées.

‘‘Instruite par l'expérience, je me permettrai de dire: quelques fautes que commettent ceux qui commencent à faire oraison, ils ne doivent pas l’abandonner. Qu'ils se tiennent en garde contre l démon, qui, sous couleur g'humilité les tentera, comme il m'a tentée, de renoncer à ce saint exercice. Qu'ils croient à la parole infaillible du Seigneur: un repentir sincère et une ferme résolution de ne plus l'offenser le désarment; il nous rend son amitié, il nous fait les mêmes grâces qu'avant, souvent même de plus grandes, si la vivacité de notre repentir le mérite’””(2).

(1) Vie, chap. XIX.

(2) Ibid, chap. VIIT.

“L’espérance de prémunir les âmes contre le découragement est une des principales raisons qui m'animent, étant telle que je suis, à obéir à l'ordre qui m'a été donné d'écrire ma vie... C'est aussi ce qui me ferait souhaiter en ce moment, que mes paroles eussent assez d'autorité pour qu'on fut obligé de me croire ; plaise au Seigneur de m’accord:r cette grâce, je l’en supplie de toute mon âme.

‘Je le répète donc: que nul de ceux qui ont commencé à faire oraison ne se décourage jamais, en disant: si je retombe dans mes fautes, je ne puis continuer ce saint exercice sans devenir plus coupable... Pour ruiner en moi la confiance, le démon me tendit le piège le plus perfide: il me persuada qu'’étant aussi hnparfaite que je l’étais, je nv pouvais, sans manquer d'humilité, me présenter à l’oraison. Cela me jeta dans de telles angoisses qu'enfin Je quittai ce saint exercice... Infortunée, qu'avais- F fait! De moi-même je m'étais mise en enfer, sans qu'il fut besoin des dé.

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effrayant aveuglement! Et que l'ennemi du salut va bien à ses fins, quand il s'efforce de tout son pouvoir, de nous faire abandonner ce saint exereice! Où avais-je donc l'esprit, Ô mon adorable Maître, lorsque hors de vous, j’espérais trouver un remède? Quelle folie de fuir la lumière pour heurter à chaque pas dans les ténèbres... Maintenant encore je ne puis sans effroi me rappeler cette invention perfide que le démon me présentait sous une couleur d’humilité; à mes yeux c’est le plus grand péril que j'ai couru de mm vie’”’(1).

‘‘Gans doute, continue-t-elle, il était bien de voir mon indignité; mais en tirer pour conséquence pratique que je devais abandonner l’oraison, voilà ce qui fut un très grand mal... C’est là, je crois, le commencement de la tentation par laquelle le démon perdit Judas... Pour l'amour de Dieu, que tous ceux qua 8'«donnent à l'oraison, fassent à cela une attention profonde.”

Si je suis mauvais, c'est une raison de

(1) Vie, chap. XIX,

plus de m'approcher humblement de la source de tout bien, au lieu de m'ensa.

ger plus à fond dans le sentier du mal À moi de profiter d’une vie que Dieu m« laisse précisément pour me convertir pour me tourner vers lui qui donne là vertu avec sa grâce.

“Tout le temps que j'abandonnais le saint exercice de l’oraison, dit encore sainte Thérèse, ma vie fut remplie de beaucoup plus d’infidélités qu’auparavant.”" C'est l'expérience univeréelle.

Et, elle continue avec une légère pointe d'ironie: ‘‘on peut juger par là, de la bonté du remède que me donnait le dé.

mon et du plaisant résultat de cetté hu:

milité, qui n’enfantait en moi qu’un trouble effrayant, humilité superbe que k démon sait inventer pour faire abandonner aux àmes, la colonne tutélaire de l'oraison’’(1).

Instruits par la confession de saints Thérèse, nous saurons éviter le piège «t nous prémunir contre la lächeté, l’orgureil ou le démon.

(1) Vie, chap. VIIL.

de la "engamal.

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II. Notre Sainte, en faisant connaître l'une de ses plus touchantes dévotions, va nous signaler un nouvel écueil. Nous nous permettons ces longueurs et ça et là quelques répétitions, pour être plus utile à nos frères.

‘Seul et plongé dans la peine, dit-elle, notre divin Maître devait selon moi et à cause de son abandon même et de sa détresse, se sentir porté à m'admettre en sa présence, Je raisonnais ainsi dans ma simplicité. Je méditais avec une sorte de prédilection, sa prière au Jardin des Olives. Là, je me plaisais à lui tenir compagnie, je considérais cette tristesse de son agonie et cette sueur de sang que le brisement de la douleur faisuit ruisseler. Si ma main compatissante n'eut rencontré d’obstacle, j'aurais essuyé cette sueur divine; j'en avais un urdent désir; mais, jamais, je m'en souviens, je n’osais Je tenter, je me sentais arrètée par la vue de mes péchés. Je restais ainsi avec mon adorable Maître, «atant que mes pensées me le permettient, car j'en avais bon nombre d'im-

portunes qui faisaient mon tourment.” (1).

Quoi donc? la grande contemplative, Thérèse de Jésus, a subi des visions abominables qui torturaient son cœur de vierge, et jusque dans son oraison li plus affectueuse? Oui. Après cela, comment nous étonner des tentations qui nous assaillent dans notre pauvre petite oraison, peut-être jusqu’à la table sainte, dans l'acte le plus sublime de la religion ? Vraiment on trouve les pièges partout ‘‘h cause de la bassesse de la nature.”

‘Un exemple va expliquer ma pensée, continue la Vierge d’Avila. Voulant nous exciter au mépris du monde, nous considérons combien tout en lui est vain et passe vite; mais cette considéri.

tion même arrête nos regurds sur des objets qui nous plaisent, Quelque àr dent que soit notre désir de nous en éloi gner, la pensée de ce que nous ferons ne laisse pas de ralentir un peu le mou vement de notre àme vers Dieu; et sou

(1) Vie, chap. XIV.

ent.”

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vent les considérations mémes que nous appelons à notre secours pour nous délivrer des périls du monde, deviennent un péril pour nous. Ce n’est pas qu'il faille pour cela abandonner son oraison, mais il y a toujours lieu de craindre et il faut toujours être sur ses gardes””(1).

Misérable condition que la nôtre!

Mulheureuses créatures, qui nous délivrera de ce corps de mort?

C'est une tentation bien délicate et bien pénible pour des âmes qui veulent rencontrer Dieu et qui se trouvent arrétées par de hideuses visions. Mais elles ne doivent pas s'en préoeut per : ‘‘Qu'elles ne se troublent pas des mauvaises pensées, dit sainte Thérèse, mais qu'elles se souviennent que le démon les présentait aussi à saint Jérôme dans le désert’”(2).

Nous connaissons tous également ce trait célèbre de la vie de sainte Catherine de Sienne. Un jour, cette âme si pure ‘ait assaillie des fantômes les plus

(1) Chemin de la perfec. chap. XX.

‘2) Vie, chap. X1.

abominables, et tout son étre était comme bouleversé par l'Enfer. Elle sup.

pliait son divin Epoux de venir à son aide, et s’efforcait d’éteindre ces feux impurs dans les larmes, Enfin le calme revint et Jésus lui apparut. ‘‘Seigneur, s’écria-t-elle, où étiez-vous donc, tout-àl'heure, tandis que j'étais ‘ongée dans le mal?—Ma fille, lui répondit le Sauveur, j'étais dans ton cœur, tu ne me voyais plus, mais c'est moi qui te gardais.”” Il vous gardera toujours de même, s' vous vous confiez à Lui.

Ce que l’auteur de l’Imitation dit à propos de la communion est tout ausii vrai de l’oraison : ‘L'esprit du mal vient au milieu des fils de Dieu... afin de les troubler par sa perversité habituelle. et.

par ce moyen, de diminuer leur dévotion, d’affaiblir leur confiance et de les éloigner de la table sainte ou tout au moin:

de ne les en laisser s'approcher qu'avec tièdeur. Mais il ne faut tenir aucun compte de ses mensonges et de ses imaginations, si honteuses et si horribles qu'elles soient, et lui renvoyer à la tet:

comsup- \ son feux alme neur, >ut-àdans Saui- € me » gar-

1ème,

dit à aussi vient le les

et otion, éloimoins avec ucun imaribles À tet:

tous ses fantômes. Il faut mépriser le misérable et s’en moquer...."(1).

‘Non, ne vous étonnez point, écrivait saint Francois de Sales à la Fondatrice de la Visitation, moquez-vous des assauts de votre ennemi, tenez la croix de Notre- Seigneur sur votre poitrine... Vive Dieu!

ma très chère fille et cette espérance: !

Hardiment cheminons en cet amour ssentiel, fort et invariable de notre Dieu, et laissons courir, çà et là, les fantômes des tentations. ‘Da, disait saint Antoine, je vous vois, mais Je ne vous regarde pas.” Regardons Notre- Seigneur qui nous attend par-dessus toutes ces fanfares de l'ennemi, réclamons son secours... contre C2s assauts

Rtenez-vous close, vous n'avez rien à

aindre”’(1).

III. Enfin il est un dernier piège dans lequel il faut s2 garder de tomber. Nous voulons parler de l'abattement qu'on ressent à constat>r son peu de progrès dans les voies de la sainteté. C'est la

(1) Liv. IV. chap. X.

| (21 Œuvres, II. Fragments du Petit Livret, p. 6.

désillusion, qui semble nous couper |:

ailes.

Le mal vient de ce que l’on est tro pressé, et qu’on ne laisse pas aux « mences le temps de germer, de pous« et de mürir en épis. Du reste, plus s’éprend d'estime pour la perfection, « plus on désire l’atteindre au plus tôt; il est vraiment pénible de se voir ave les mêmes défauts, les mêmes péchés « souvent même avec moins de générosit:

après des mois et des années d'effort:

Alors on se dit de nouveau: ‘mais ] perds mon temps, mais je m’épuise in tilement ! À quoi bon m'’entêter à fouill:

des pensées qui n’ont aucune influence sur ma vie. Autant vaut tout laisser € reprendre ma liberté.”

Cette tentation dangereuse trouve écl dans la mauvaise nature, qui toujours horreur de la difficulté et cherche «ar cesse à secouer le joug. Il est donc u gent de la démasquer et üe se prémun contre elle,

Mon cher lecteur, qui gémissez 1 votre manque de progrès et qui vous pr parez à tout abandonner, faites vott

per là

st trop LUX $epousser plus on ion, et tot ; et ir avec chés et érosite, efforts.

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fouiller fluencs isser et

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SeZ de US pré } votre

examen de conscience, en toute sincérité. Que découvrez-vous? Des négligences volontaires, de la paresse spiri-

ituelle, l'oubli des conseils de la sagesse

chrétienne en matière d’oraison? Alors, ne vous plaignez que de vous-même, de votre làcheté et null:ment de l’oraison ; remettez-vous tout de suite et courageusement à l'œuvre, et vous pourrez prétendre à la récolte.

Mais si, avec la grâce de Dieu, vous découvrez loyalement que vous êtes une ime de bonne volonté, que vous faites tout votre possible, et que cependant vos succès sont bien inférieurs à vos désis : tranquillisez-vous, la situation n’est pas mauvaise. Ce que Dieu couronne, cest la constance dans les bons efforts et la patience en dépit de tout. Soyez assuré que les progrès dans votre âme ont tres réels, quoique lents et cachés.

Que diriez-vous d’un enfant qui me- Surerait sa taille après chaque repas, et ïe constatant aucune différence depuis l: veille, prétendrait renoncer à toute nourriture ? Soyez plus sérieux, et n’ouiiez jamais, que malgré les apparences,

l'oraison nourrit infailliblement, quoique mystérieusement.

‘L'âme, dit sainte Thérèse, cst alor.

comme le petit ânon qui va paissant, € qui, sans presque le sentir, se sustent et grandit à l’aide de la nourriture qui trouve. Dieu, je n’en doute pas,”sot tient cette âme par quelques grandes gr ces, puisqu'elle supporte avec une tra quille résignation, le fardeau de sa m sérable vie; mais comme il n'y a:

mouvement, ni effets intérieurs, elle n pas la conscience de ce qui se pass « elle. Il me vient en ce moment € l'esprit que ce progrès insensible et cucl est comme la marche du vaisseau « pleins mer par un vent doux et favorabl il fait beaucoup de chemin en peu:

temps sans qu'on s'en aperçoive””(1)

Tendons bien les voiles au souffle :

Dieu, plus souvent doux que violent, veux dire, soumettons bien toutes 1 facultés à son influence, et nous àt verons au port.

(1) Vie, chap. XXX.

10iqué

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