CHAPITRE QUINZIEME
De la Méthode
Faut-il se plier à une méthode dans l'exercice de l’oraison ? Si oui, dans quel esprit convient-il de la faire? Et enfin, laquelle préférer parmi celles que nous proposent les différents auteurs ? Trois questions auxquelles nous répondrons brièvement, avant de terminer notre modeste travail.
Sans aucune hésitation, nous répondrons par l’affirmative à la première.
Ja bonne moitié de tour traité d'oraison, est destinée à guider les âmes dans l, pratique de cet exercice, en leur expliquant la nature des actes qu'ils doivent produire, l’ordre dans lequel il est préférable dé les placer, les écueils à éviter ete. Or tout cela, c'est la méthode.
Ft ce serait témérité, folie même, de mépriser ces recommandations traditionralles dans l'Eglise; de traiter d'inutiles
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ou d'exagérées toutes ces règles posée par les Docteurs et les Saints.
Sur notre siècle souffle un vent d'in dépendance et d'orgueil. J'ose croir que nos lecteurs ont su ne pas s’y laisse emporter, mais qu'ils se sont déjà for més suffisamment à l’école de l’humbl et docile Jésus, pour comprendre le pri d'un guid> sûr, d’une méthode, dan:
l'oraison. C’est l’unique moyen de pro gresser rapidement dans cet art difficile
Mais qu'on ne s'y méprenne pas, nou:
parlons toujours de l’oraison ordinaire de la méditation, de la petite oraison Aux âmes appelées de Dieu vers de voies plus sublimes, dont nous ne vou.
lons point nous occuper ici, nous dirions avec sainte Chantal : ‘La grande métho.
de d'oraison, c’est qu’il n’y en a point, quand le Saint-Esprit s’est rendu maitre de la personne qui médite, car il en fait ce qu'il lui plaît sans qu’il y ait pour lui règles ni méthodes. Il faut que l’âme soit entre les mains de Dieu, comme l'argile entre les mains du potier pour en composer toute sorte de vases, ou ainsi qu'une cire molle pour en recevoir
posées
È d'incroire laisser à forumble e prix dans e profficile.
, Nous naire, aison.
s des » Voulirions 1éthopoint, naître n fait pour l’âme amie )ur en ainsi cevoir
l'impression du cachet, où comme une table blanche sur laquelle le Saint-Esprit écrit ses divines volontés. Si allant à l'oraison on pouvait se rendra une pure capacité, pour recevoir l'esprit de Dieu, cela suffirait pour toute méthode; l’oraison doit se faire par grâce et non par artifice””(1).
Du reste de nous-mêmes, nous ne saurions réussir à ‘‘faire l’ange.”” Quiconque, dit sainte Thérèse, voudra passer outre et élever son esprit jusqu'à ces zoûts spirituels qui ne lui sont point donnés, se verra frustré à mon avis de l'un et de l’autre. En effet, ces goûts étant surnaturels, aucune tentative ne saurait y atteindre... Et puis, n'y a-t:il pas une espèce d'’orgueil à vouloir d:
notre propre mouvement monter plus haut? On portera la peine d’une si folle tentative. Outre que c’est travail perdu, l'âme en éprouve je ne sais quel dégoût. Elle ressemble à celui qui s'étant élancé pour sauter, sent tout à coup derrière lui une force qui l’arrête
(1) Œuvres, édit. Plon. 1876, t. III. p. 260.
et rend son élan inutile... Je le répète:
on ne doit pas élever son esprit, mais attendre que le Seigneur l'élève lui.
même'’’(1).
Mais revenons à des réalités plus pratiques pour nous.
Il est donc incontestable qu’une âme prudente doit s’aider d’une méthode pour réussir dans l’oraison. Mais il faut savoir s'en servir avec intelligence. Et puis n'oublions jamais que dans une œuvre aussi difficile et importante à la fois, le secours de Dieu est avant tout nécessaire. |
‘’L'oraison, dit excellemment le père Bourgoing, n’est pas un bien de la na:
ture, mais un don de la grâce; ce n’est pas une invention de l'esprit humain, mais une infusion du Saint-Esprit; d'où vient que nous ne pouvons pas penser pouvoir acquérir ce bien à force de bras, c'est-à-dire par l'étude et l’élévation de notre entendement, et par les efforts de notre volonté, ni aussi par l’industrie humaine ct par un art composé: mais
(1) Vie, chap. XIL.
‘pête :
mais à lui.
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plutôt le demander à Dieu en humilité, l'attendre en patience. Je recevoir avec action de grâces et en user et y coopérer avec fidélité. Mais, comme il ne faut pas écarter toute méthode, je consrillerai d'en user sobrement et avec grande retenue, de l’assujettir à la grace et la rendre entièrement soumise à l’esprit de Dieu: car de vouloir abaisser Dieu à nos pensées, et donner des bernes à son esprit c’est orgueil; d'attirer un chacun à sa voie, c’est chose odieuse ; et se captiver à celle d'autrui est souvent dangereux’’(1).
“L'art de méditer, dit à son tour le Père Roothaan, est proprement la science des Saints et dépend bisn moins des enseignements de l’homme que de l’onction du Saint-Esprit et des désirs d’une volonté ferme. En vain posséderiez-vous toutes les règles que nous venons d’exposer, cette connaissance: demeurera stérile si elle n’est animée d’un véritable désir de votre avancement spirituel :
vitte vérité est claire par elle-même. Je
(1) Direetion de l'oraison, 1er avis.
dis plus, le désir de votre avancement et l'observation exacte de cette méthode seront encore sans effet, si la L'äce dk l’Esprit-Saint ne survient pour les renan efficaces’”(1).
La méthode ne peut tenir lieu de | grâce ; elle ne tient pas lieu non plus à l'expérience, de la pratique personnelle de l'habitude de l'oraison : fabricando fi faber.
‘Voici une simple et courte méthode écrit saint Francois de Sales, en atten dant que les bons livres et surtout votr propre expérience, vous en instruisent fond’’(2). Tel est aussi l'avis du vent rable Père Bourgoing.
‘“Crois-moi, chère: âme, nous n'appre nons jamais si bien à prier qu'en priant et l'oraison est une bonne méthod: :
pratique par elle-même. Plusieurs, sun doute, recherchent divers moyens « adresses sans jamais avancer dans l'ora son, ni profiter, parce qu'ils veuler savoir et non pas faire. Feuillette
(1) De la manière de méditer, conclusion.
(2) Vie dévote, 2e part. chap. IT.
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Saintes-Ecritures, regard: les exemples des Saints: tu verras partout qu'il faut commencer par faire et non pas par savoir. Je dis et j'avoue que l'étoile d> la direction nous doit guider conrme les Mages ; mais après cela mettons-nous en chemin, et travaillons sans nous arrêter à philosopher sur le cours de cette étoile et vouloir trop discerner et réduire toute la conduite spirituelle en art ou en science dont nous fassions profession. Peut-être que ceci paraîtra à plusieurs un paradox2...; mais, ami lecteur, si tu as quelque expérience des choses intérieures et que tu y sois avancé, j'espère que tu m'entendras aisément; et si tu es encore néophyte et commencant, contente-toi de croire simplement”"(1). | La méthode n’est done pas tout. Elle est un secours humain précieux, mais qui ne remplace ni la grâce d'en haut, ni l'expérience et le travail personnel.
Elle ne doit pas non plus enlever aux imes leur spontanéité, leur liberté de
(1) Direction de l'oraison, 3e avis.
mouvement. Elle indique par avance:
quelles sont dans le jardin mystique, les fléurs les plus belles et les plus embu
mées, les arbres qui produisent les fru:.
les plus savoureux, mais elle laisse à ch.
eun la faculté de se porter, selon «on attrait, vers ceux ou celles qui auront |:
préférence. Ubi spiritus Domini, ibi liber.
tas, là où est l'Esprit de Dieu, là est aussi la liberté, Aimons donc la méthode, mais appliquons-la sans contention d'’esprit, sans contraint: du cœur, avec douceur, avec paix; et en certains cas, sachons sacrifier tel ou tel des actes qu'elle prescrit. ‘‘Il arrivera parfois, dit saint François de Sales, qu'après avoir fait la préparation de votre méditation.
votre âme sentira une douce émotion qui la transportera d’un coup en Dieu : alors, Philothée, laissez toute cette méthode que je vous ai donnée, car, bien que l'exercice de l'entendement doive précéder celui de la volonté, cependant, si le Saint-Esprit opère en vous par ces inipressions sur votre volonté, les sainte:
affections que les ’considérations de !a méditation y doivent exciter, n'allez plus
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À plus
cnercue: die votre esprit ce que vous
{ uvre: dei dans le cœur. C'est une règle
wusrse at! faut toujours ouvrir le
rur ant al.ections qui y naissent, soit
4 las considérations, soit après. Vous U vez encore suivre cette règle pour tous «cles ue religion qui entrent dans la meditaiion'"(1).
Arrivons enfin à la troisème question que nous avons posée au début de ee chapitre: quelle méthode préférer dans l1 pratique de l’oraison ?
Disons d’abord qu’un fond identique se retrouve dans toutes les méthodes ; la formé et les détails d'importance secondaire seuls varient. Il n'en est aucune qui ne demande les considérations, les affe: ions, le retour sur soimème, la prière et les résolutions, c'est ï-dire la partie essentielle de l'oraison ; le corps de l'édifice. La différence est dans le nom et l'agencement de certains actes. bn Ç
Élle est aussi dans la somme dé travail
(1) Vie dévote, 2e partie, chap. VIEIL."
demandé à l'imagination, à la mémoire ou autres facultés, et surtout dans l’usage de quelques expédients propres à faciliter le succès.
Aucune méthode ne saurait ètre condamnée ou blämée.
| Certaines âmes préfèreront la méthol:
de saint Ignace qui fait une plus large part aux facultés imaginatives. D'autre:
profiteront mieux avec la méthode d:
saint Sulpice et de saint François d° Sales, où tout s’enchaîne dans un ordre merveilleux. C'est elle que nous aVOR adoptée, à quelque modification près:
et c’est elle que nous avons exposée pres que complètement, Fans la nommer.
Il nous reste à en tracer un rapide tableau d'ensemble, avec les points dont nous n'avons pas été amené à parler.
La méthode embrasse trois parties:
la préparation, le corps de l'oraison t la conclusion.
Il y a d’abord la préparation éloignée Elle consiste à vivre habituellement dan:
une grande pureté de cœur, dans la fid lité à garder tous ses Sens, intérieurs o!
extérieurs, contre la vanité ou la curk
oire Puy