CHAPITRE XI
SOMMAIRE : Le Grand-Prieur de Montgey. — Réunion du lo novembre 1788. — Saint-Gilles et le siège du Grand- Prieuré. — Les chevaliers et les assemblées électives. — Chapitre du 3 mai 1789. — Compte financier du Grand- Prieuré de 1 788-1789. — Mort du Grand-Prieur. — Avènement de Tulle-Villefranche. — Ses brillants états de service. — Il s'exile en Suisse. — Le Prieuré reste ouvert. — Libéralités de la Langue de Provence pour les pauvres. — Le i4 juillet 1790 à IMIôlel prieural. — Dernières réunions en 1790 et i79r. — Fermeture de la maison en 1791. — La ville d'Arles, dans le besoin, a recours au receveur de Foresta. — Premières destructions. — Fête du 1 3 mars 1793. — Le Grand-Prieuré est vendu avec son mobilier. — Inventaire des archives. — Leur transport à Tarchevêché d'Arles, puis à la Préfecture de Marseille. — Vente des dernières épaves. — Le Grand-Prieuré en 1795. — Derniers jours et mort du Grand-Prieur de Villefranche. — Réattu achète l'IIolel Saint-Jean. — Sa fille le vend à la ville. — Une école de dessin y est installée. — Conclusion,
]i RANÇois-Louis de Franc-Montgey remplaça le Grand-Prieur de TEstang-Parade.
Il était né le II août 171Û et avait été reçu chevalier le 21 novembre 1715. Il avait été commandeur de la Favillane d'assez bonne heure, en 1766. En 1772 il possédait la commanderie d'Astros et résidait à Toulouse, en son hôtel,
situé rue des Chapeliers, où nous le voyons remplir en 1787 et 178S plusieurs actes de sa haute fonction. Il prit pour son lieutenant Louis-Dominique de Gras-PrévilJe. Pendant son court « priorat » il ne parut point aux assemblées annuelles. Elles eurent lieu, savoir les 26 août et 3 octobre et furent présidées par Toussaint de Vento des Pennes ; celle du 17 octobre par Victor-Nicolas de Vachon-Belmpnt (i), commandeur de Condat; celle du 6 novembre 1786 par Jean-Antoine- Joseph-Charles-Elzéar de Riquetti-Mirabeau, commandeur de Sainte-Eulalie et de Béziers (2) ; celle du 17 février 1787 par le même de Vachon; celle du 6 mai suivant par le même Mirabeau ; celle du 5 novembre par Louis-Dominique de Gras-Préville, commandeur de Millau, celle du 31 mars 1788 par Toussaint de Vento des Pennes, lieutenant du Grand-Prieur, enfin le Chapitre du 4 mai 1788 par le même Mirabeau.
Les mauvais jours approchaient. Les événements allaient se précipiter et détruire sur le sol français
I. Victor-Nicolas de Vachon-Belmont était fils de Nicolas et de Justine de la Porte TArtaudière. Il naqait à Grenoble (paroisse Saint-Louis) le 18 novembre 1738. Il servit dès le plus âge, dans les armées du roi de France. Depuis 1768 il était commandeur de Condat. Il mourut à Malte le ao août 1807. Voir aux Pièces justificatives l'épitaphe qu'il dédia à son oncle le bailli Jean-Armand de Vachon-Belmont. Arch. des B.-du-R. Ordre de Malte. — Dossier n* 469.
3. Jean-Antoine-Joseph-Charles-Elzéar de Riquetti-Mirabeau était iiU de Jean-Antoine et de Françoise de Castellanc. Il naquit à Pertuis le 8 octobre 17x7. Il fut capitaine de vaisseau et gouverneur de la Guade« loupe pour le roi de France. Il reçut des blessures dans différents combats, les Anglais le firent même prisonnier. En 1766 il obtint la commanderie de Sainte-Eulalie en Rouergue. C'était un homme sensé, ins- Iruit, bon, profondément religieux, mais d'une grande fierté. Il parvint à former à Pertuis, dans le château de son père, une bibliothèque de plus de 6000 volumes. Elle fut dilapidée pendant la Révolution. Il mourut le x8 avril 1794. On voit son épitaphe dans l'église Saint-Jean, à Malte* Nous la reproduisons aux Pihn justificatives^
les établissements des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, Le Grand-Prieuré ne fut pas épargné ; il eut ses vicissitudes avant d'être totalement abandonné et couvert de ruines.
Le lundi lo novembre 1788 se tint la réunion d'automne présidée par Louis-Gaspard de TuUe- Villefranche, commandeur. Etaient présents : Louis- Dominique de Xiras-Pré ville, lieutenant du Grand- Prieur, commandeur de Millau ; Bruno-Marie de Foresta, procureur général ; Chrysostome de Gaillard, commandeur de Poët-Laval et de Beaulieu ; Louis-Charles-Régis de Coriolis d'Espinouse (i), commandeur de Lugan ; Pierre-Claude Secret de Gueydan (2), commandeur de la Vernède ; Jacques de Durand Sartoux, commandeur de la Favillane ; Charles-Antoine de Guignard de Saint-Priest, commandeur de Saint-Christol ; le chevalier Charles de Pontevès Maubousquet (3), et le prêtre Jean- Baptiste-Joseph Gros, « archivaire >. On nomma, pour représentants du Grand-Prieuré aux réunions préparatoires à l'élection des députés aux prochains Etats-Généraux : le bailli de Villefranche, le chevalier de Gaillard et le chevalier de Saint-Priest. € A cet eflfet, dirent les capitulants, nous leur donnons plein et entier pouvoir d y intervenir et préalablement se concerter avec les députés des autres grands prieurés de la nation française tant sur le
I. Louis Charles -Régis de Coriolis d'Espinoose était fils de Pierre et de Renée-Charlotte-Félicité de Vintimille . 11 fat aussi lieatenant des vaisseaux du roi.
3. Pierre-Claude était fils de Gaspard de Gueydan et d'Angélique de Simiane. Il naquit le s^ janvier 17^5. Arch. des D.-du-R. — Ordre de Malte. Dossier n* 233.
3. Charles était fils de Melchior-Lazare de Pontevès et d'Ânne-Jnlie d'Olon. n fut baptisé à Ners (Gard), pays de sa mère, le 4 octobre 1739. Id. Id. Dossier n* 3x9.
rang à obtenir par l'Ordre dans cette assemblée que sur les autres objets qui Tintéressent ; les chargeant toutefois expressément d*y traiter, accepter et conr dure tout ce qu'ils aviseront de mieux pour le bien, l'honneur et l'utilité de notre Ordre » (i). Mais cette délibération ne fut point approuvée à Malte, et les chevaliers qui avaient fait acte de présence à Aix, aux premières réunions préparatoires, durent rentrer dans leurs foyers quand la défense de Grand- Maître leur fût connue (2).
Au commencement de l'année 1789 eurent lieu les assemblées des délégués des diverses corporations pour la rédaction des cahiers de doléances à présenter aux États-Généraux. Le 12 mars les députés de la ville de Saint-Gilles réunis dans ce but émirent le vœu qu'à l'avenir le Grand-Prieur soit tenu de résider dans cette cité et non plus à Arles, et d y convoquer les chapitres et assemblées de son ordre et que jamais le Grand-Prieuré ne soit donné à une personne obligée, par sa place, de résider ailleurs (3).
Le Grand-Prieur lui-même, quoique absent, fut convoqué pour assister à l'assemblée des trois États qui devait se tenir dans la ville d'Arles le 30 mars, à huit heures du matin, concourir avec les autres chevaliers présents (4) à la rédaction du cahier de doléances et procéder à la nomination des députés qui seraient mandés aux États-Généraux, mais ni
I. Arch. des B.-du-R. — Ordre de Malte. Chap, et Ass. (i 784-1 791). Vol. XXI.
a. La voir aux Pièces justificatives,