‹ L'ordre de Malte dans la ville d'ArlesChapitre 53 sur 129 · Ârch. da Gard. C · texte numérisé non relu

Ârch. da Gard. C

4. Y OIT z.\xii Pièces Justificatives Iz citation ^dressée au Commandettr de Saliers.

lui, ni aucun commandeur ne vint à cette réunion, ni à aucune autre de ce genre. Les chevaliers de Malte avaient reçu ordre, ainsi que nous Tavons dit, de n y point paraître ; cette défense fut confirmée par le chapitre du 3 mai suivant qui décida de n'envoyer aucun commissaire aux assemblées des balliages et sénéchaussées pour élire les députés aux États-Généraux.

Le chapitre du 3 mai 1789 fut présidé par Louis- Gaspard de TuUe-Villefranche et comprit seulement onze chevaliers et quatre prêtres conventuels. Il nous donne des détails sur les événements fâcheux qui venaient de se passer dans Arles. Le commandeur Bruno -Marie de Foresta prit la parole et dit :

€ Vous n'ignorez pas les émeutes qui sont arrivées en cette ville d'Arles, les diverses menaces qui ont été faites par le peuple, les placards affichés aux portes des riches habitants, l'incendie et le dégast qu'ils voulaient porter dans nos archives, l'hôtel prieural et nos domaines, situés dans le terroir de cette ville, vous scavès aussi que les particuliers, les corps et tous les habitants aisés, et qui craignoient pour leurs possessions donnèrent gratuitement des sommes considérables pour soulager le peuple, mes procureurs m'instruisirent de tout, et j'ay cru qu'il étoit du devoir de notre Ordre, et pour préserver nos maisons et nos biens d'incendie et de dévastation de faire compter au receveur de cette imposition libre et généreuse la somme de 2400 livres ; mon exemple a été imité par Messieurs T'illustrissime Grand-Prieur de Saint-Gilles et le vénérable bailli des Pennes, commandeur de Saliers qui ont donné en leur particulier une somme

relative à leur générosité et je demande sur ce subjet votre approbation»

« Le chapitre déclara qu'il ne pouvait trop applaudir à la sage conduite du receveur, qui a été déterminée par les circonstances et a seule produit rheureux effet de préserver les archives, les maisons et les biens de Tordre, dans la ville d'Arles et son terroir, de l'incendie et de la dévastation dont ils étaient publiquement menacés par les membres de rémeute qui, pendant assez longtemps, a répandu la crainte et la terreur dans Tesprit de tous les honnêtes citoyens de la dite ville dont plusieurs ont été pareillement menacésdes mêmes violences ^ (i).

Ces mesures préservatrices permirent aux chevaliers de Malte de ne pas trop ressentir les premiers effets de la Révolution. Ils continuèrent encore pendant quelque temps de louer les terres dépendant de TOrdre, d'en retirer les revenus, de se réunir comme à l'ordinaire dans le Grand- Prieuré ; toutefois les chevaliers se faisaient rares, quelques-uns avaient déjà quitté la France et gagné Malte.

Avant la réunion de ce chapitre, Jean-Daniel- Joseph Beuf, procureur du Grand-Prieur de Montgey, rendit ses comptes au bailli de Foresta, receveur de Tordre. Parmi les recettes et les dépenses desagestiondu i"mai i78vSau3oavril i789(2),ilfaut relever les suivantes : 40,000 livres données par Delpuech, fermier général du Grand-Prieuré ; 300 livres payées à Tabbé Pillier, pour une année de

I. Arch. des B -da-R. Foods de l'Ordre de Malte. Chap, et Ass, (i 784-1791). Vol. XXI.

3. Dans rOrdre de Malte l'année admînbtrative commençait le x«r mai.

service à la chapelle de l'Hôtel prieural ; 150 livres à chacun des quatre garde-terres et bois du Grand- Prieuré ; 18 livres à chacun des quatorze capitulants venus au chapitre de 1788 ; 54 livres à BonnefiUe, marbrier, pour les armoiries du Grand-Prieur de Montgey, apposées sur l'Hôtel prieural (i) ; 30 livres à Lion, puîné, pour frais de deux assemblées extraordinaires tenues à Marseille par le bailli de Gaillard ; 440 livres 10 sols pour les différents dîners donnés au Grand-Prieuré à l'assemblée de novembre 1788, suivant le compte de Vignaud, traiteur ; 1296 livres données en aumônes suivant les ordres du Grand-Prieur, savoir : 1200 livres à la Charité d'Aries et le reste à l'Hôpital de Saint-Gilles ; 56 livres lo^ols à l'imprimeur Mesnier pour différentes affiches des arrentements du Grand-Prieuré ; elles furent placées à Nîmes, Montpellier, Saint- Gilles, Beaucaire, Fourques,. Générac, Vauvert ; 192 livres pour prix d'une cafetière eji argent donnée au notaire Gautier, à Saint-Gilles, pour les peines et soins qu'il avait pris pour défendre l'Ordre et 64 livres 3 sols au charcutier Orcel, pour deux envois de saucissons au Grand-Prieur (2).

11 fut fortement question pendant cet exercice financier de refaire l'autel en marbre de la chapelle. BonnefiUe en avait fait le devis qui se montait à plus de 1400 livres, il avait même commencé cet ouvrage ; sur les ordres du Grand-Prieur il dut s'arrêter. Le rétable aussi devait être renouvelé ; les nouvelles colonnes étaient estimées 300 livres

I. Tous les nouveaux Grands-Prieurs faisaient mettre leurs armoiries sur le Grand- Prieuré. BonnefiUe toucha encore 54 livres, le 30 décembre 1789, pour avoir placé celles de Villefranche, le dernier titulaire.

a. ArcWves parUcuUères de M. Beuf, de Nîmes. Comptes annueU.

AUM01Uli:S DU (;r.AM>-I»lUELIl LOI IS-(;ASI»AliD 1)K TLLLKMLLKFIlAXIHi:

(Ifnrtjenl, n un />a/ de tjneules chartjé de trois papillons d'argent milrnilléi d'azur, j

et le reste 830 livres. Ce fut également Louis-Gaspard de Tulle- Villefranche qui tint rassemblée du 9 novembre 1789 et où furent présents cinq chevaliers et un prêtre (1).

Le Grand-Prieur de Montgey mourut le 8 septembre 1789 et fut inhumé dans Téglise Saint-Jean du Grand-Prieuré de Toulouse ; il eut pour successeur Louis-Gaspard de Tulle- Villefranche (2) qui était né à Avignon le 6 janvier 1720, de Jean-Dominique de Tulle, marquis de Villefranche, qui fut reçu page du roi en sa petite écurie le 16 avril 1704, et de Marie-Madeleine de Pelletier de Gigondas, et avait été élu chevalier de Malte le 18 septembre 1737. Entré au service du roi de France en 1733, il assista aux campagnes de 1734 et de 1735 comme cornette dans le régiment de Gesvres, passa ensuite capitaine dans le régiment de Clermont-Tonnerre, et prit part à la guerre de la succession d'Autriche et se trouva aux batailles de Dettingen (1743), de Fontenoy {1745), ^^ Raucoux (1746) et de Lawfeld (1747). Clermont d'Amboise qui commandait un escadron dans ce dernier combat ayant été blessé, il le remplaça et battit un détachement d'un régiment hessois. En 1757 il fut fait aide maréchal gé-

X. Archives particulières de M. Bœuf, de Nîmes. Comptes annuels,

3. La farniHe de Tulle de Villefranche originaire de Naples où elle possédait des fiefs en 1187, puis établie en Piémont, vint se fixer à Avignon en 1389 sous le pape Clément VII qui retint h. sa c our, à son pas- S3ge> Jacques de Tulle accompagnant Amédée VII de Savoie auprès du roi de France. Cette famille a fourni des premiers Consuls^ des Viguicrs, des Primiciers d'Avignon, un Recteur (gouverneur) du Comtat Vénaissin» trois Évéques d'Orange et de Lavaur, six Abbés de Saint-Eusèbe et de Blanche-Lande, des Pages du Roi, des Maréchaux de camp, des Ambassadeurs du Roi de France et de la ville d'Avignon, de nombreux Chevaliers de Malte dont deux Commandeurs. Le Marquis de Villefranche fut créé Pair de France sous le règne de Louis XVIII. (D'après Pitbon-Curt, le P, Fistoni, d'Hozier et autres généalogistes).

néral des logis de Tarmée, et en remplit toutes les fonctions pendant la guerre de Sept- Ans (1756- 1763), sous les ordres des maréchaux de France d'Estrées, de Richelieu, du prince de Clermont et de Broglie. La bataille de Rosbach (1757) est la seule des affaires où il ne se soit pas trouvé pendant ces campagnes. En 1760 il devint colonel, en 1767 brigadier et le i**^ mars 1780 maréchal de camp. 11 passa au moins seize ans de sa carrière militaire en campagne. Ces brillants états de service lui valurent une pension de plus de quatre mille livres (I).

Il avait lait profession dans la chapelle prieurale d'Arles, comme nous l'avons dit plus haut, en 1768. Il était commandeur d'Aix et de Trinquetaille lorsqu'il obtint le Grand-Prieuré et il avait déjà présidé plusieurs réunions de chevaliers, notamment en 1788 et 1789. Depuis le 8 mai 1787 il avait, de plus, la charge de l'auberge de Provence, à Malte (2), avec le titre de grand commandeur. Il prit possession de sa fonction de Grand-Prieur le i®'mai 1790 et le lendemain il ouvrit les séances du chapitre qui ne compta que 12 chevaliers et 2 prêtres. Après la tenue de cette assemblée il se retira à Avignon d*où le 13 juin suivant il partit pour l'exil. 11 se r(?fugia quelque temps à Chambéry, puis à Lausanne où il passa les plus mauvais jours de la Révolution. Il y arriva le 24 septembre 1791. Les registres de la paroisse d'Assens, dans le pays de Vaud, pour 1794, portent sa signature : « Louis-Gaspard

X. Bibliothèque ou Musce-Calvet d'Avignon. Ms. 3158 : Documents concernant diverses familles de l'Etat éC Avignon, etc, fol, 107.

3. En cette qualité il envoya d'Avignon son portrait à Malte pour être placé dais la salle de l'auberge. Il demanda à être représenté en costume militaire avec les insignes de sa dignité.

de Tulle- Villefranche, Grand-Prieur de Saint-Gilles, de rOrdre de Malte, maréchal des camps et armées de sa Majesté très chrétienne ». Il était là avec plusieurs membres de sa famille (i).

Cependant la vie ne s'éteignit pas au Grand- Prieuré. Après le départ du bailli de Villefranche, Jacques Archinard, associé avec son frère aîné, fit valoir les biens, en qualité de fermier général. Un jour il alla même trouver le Grand-Prieur dans son exil, à Lausanne, pour régler certaines affaires restées en souffrance.

Jean-Daniel-Joseph Beuf, agent de l'Ordre, gérait les intérêts qui lui avaient été confiés par le Grand- Prieur par une lettre datée de Texil, le 17 février

La municipalité arlésienne avait décidé, le 12 mai 1790, de faire une quête pour les pauvres d'Arles. Le receveur de TOrdre donna 1200 livres et le 21 mai suivant il fut décidé que cette somme serait distribuée aux artisans ayant femme et enfants.

L'abbé Pillier remplissait toujours sa charge d'aumônier de la chapelle. 11 y célébrait même avec une certaine solennité la fête de saint Jean- Baptiste en 1790 et 1 791, s'il faut en croire les comptes de ces deux années. Après le concierge Cordeau, un certain Bouchony le remplaça momentanément, puis Paul Cornet fut agréé. Les ouvriers de tout corps d'état travaillaient, comme auparavant, aux réparations urgentes. Voici le nom de quelquesuns : le menuisier Mure, le vitrier Vidal, le ferblantier Brunel, le tourneur Ménard, le maçon Gom-

I. François Discottbs. Les émigrés en Saooie^ a Aoite et dans le pays de Vaud, Chambéry, 1903 ; pp. 9^8 et 536.

bert, le serrurier Estivalet, le plâtrier Bébet, le peintre Nouveau (i).

Les événements extérieurs trouvaient leur écho jusque dans le Grand-Prieuré. Le 14 juillet 1790 fut un jour de grande fête pour Arles ; c'était Tanniversaire de la prise de la Bastille, une grande manifestation civique et religieuse se produisit dans la ville. Un autel fut dressé en plein air sur la place des Lices, deux prêtres : le chanoine de Castellet et le Père Venture, de l'Oratoire, y célébrèrent en môme temps la messe, à laquelle assista une foule immense. Après la prestation du serment, on se réunit à Saint-Trophime pour chanter un Te Deum^ et le reste de la journée se passa en réjouissances diverses. Le Grand-Prieuré prit part à l'allégresse générale et s'illumina dans cette nuit du 14 juillet. On donna même trois livres à l'homme chargé des préparatifs de décoration (2).

Cependant les réunions des chevaliers au Grand- Prieuré touchaient à leur fin. Les dernières furent présidées par Louis-Dominique de Gras-Préville ; elles furent très peu nombreuses ; celle du 8 novembre 1790 ne compta que trois chevaliers et un prêtre ; la suivante qui se tint le i®' mai 1791 ne vit présents que 5 chevaliers et 2 prêtres (3). Le lieu-

X. Archives particulières il e M. Beaf, de Nîmes. Comptes de 2790 et de zyi^i»

a. D'après le Journal historique de la Révolution dans Ar/», manuscrit de Pierre Vcran, aux arch. munie. d'Arles et les papiers de famUle de M. Beuf, de Nîmes.

3. Dans ce nombre ne sont pas compris les coUégiats de Saint-Gilles qui étaient tenus de se rendre à Arles, pour la session de mai, suivant la déclaration de deux d'entre eux. Terras et Gontard, en février 1790, devant la municipalité de Saint-Gilles : « Le Grand-Prieur convoque tous les ans à Arles le premier dimanche de mai, nous sommes obligés d'y aller pour faire le service dans la chapelle prieurale pendant tout le temps du chapitre ; notre séjour à Arles et les deux jours qu'il faut pour

tenant du Grand-Prieur annonça qu'il avait commencé les visites réglementaires par la maison de la commanderie de Saliers et de ses dépendances et qu'il était dans l'intention de continuer. Les événements allaient lui donner un cruel démenti. Une assemblée eut encore lieu cependant le 7 novembre suivant. Avec le lieutenant du Grand-Prieur y assistèrent René-Charles de Gras Préville, commandeur de Millau, le chevalier Charles de Pontevès Maubousquet, et l\ archivaire -^ Jean- Baptiste -Joseph Gros, prêtre. C'était la fin de toutes ces inoubliables réunions tenues au cours des siècles dans cette vieille maison (i). Ce n'était pas encore la fermeture définitive de l'Hôtel et quelques événements allaient encore s'y passer.

C'est ainsi que le 13 mars 1791 avait été un jour de fête pour le Grand-Prieuré. On avait inauguré, ce jour-là, dans la ville d'Arles, la place Antonelle ; les cloches avaient sonné à toute volée, le canon avait grondé, la légion, sous les armes, précédée de la musique, avait fait une promenade civique dans la ville, et le lieutenant-colonel, Daniel Francony, monté sur un échafaudage dressé pour poser le marbre de la dédicace à un des coins de THÔtel de Ville, avait crié pendant trois fois : Place Antonelle ! Vive Antonelle ! et la foule avait répété cette acclamation. La maison prieurale prit part à cette réjouissance et s'illumina ce soir-là.

y aller ou revenir après ledit chapitre dont la durée est an moins de six jonrs y compris les fériés, ce qai fait huit jours pendant lesqnels nous sommes obligés de nous loger et de nous entretenir à nos dépens, ce qui fait pour un chacun une dépense de 48 livres >. Arch, munie, de St' Gilles. DD 17.

I. Arch. des B.-dn-R. — Ordre de Malte. Chap» et Ass. (lyS^-T'jpiJ, Vol. XXI.

Un arrêté du Directoire du département des Bouches-du-Rhône du 28 juin 1791 ordonnait la fermeture immédiate de la chapelle, « où le service divin ne pourra être fait publiquement, libre aux prêtres y desservans et frères de Tordre de le faire à huis clos, avec inhibition d'y laisser assister personne >. C'était le coup fatal pour la vie religieuse de cette maison. Cependant la municipalité d'Arles appréciait les religieux de Malte, même dans ces temps troublés. Voici en effet la lettre que le receveur de Foresta recevait le 27 janvier 1792 ;

Monsieur, Les malheurs qu'a éprouvés la ville d'Arles et qui sont l'effet de trois inondations consécutives, Tétat de détresse dans lequel se trouve le peuple et que sa bonne conduite depuis six mois rend toujours plus touchant, ont déterminé le conseil municipal renforcé des principaux propriétaires du terrroir d'authoriser quatre commissaires qui sont MM. Pomme, médecin, l'abbé d'Icard, Ganteaume fils et Brunet fils aîné d'acheter 3000 charges de bled, de le revendre en assignats, d'emprunter pour cet achat toutes les sommes dont ils auront besoin, avec promesse delà part des propriétaires, de les relever et garantir des pertes que cette opération pourroit occasionner, les achats ont été faits au désir de nos habitants mais nous avons eu la douleur de voir qu'un emprunt ouvert dans la ville n'avait produit qu'une somme d'environ 61.000. Nous avons cherché inutilement dans les villes voisines, et nous voici à la veille de faire face à un payement très considérable sans savoir où le prendre. Nous nous sommes flatés, Monsieur, qu'en vous faisant part de notre situation, vous pourries venir à notre secours. Nous avons besoin d'une somme d'environ 60.000 livres en assignats, la sûreté du prêt qui est garanti par la majeure partie des propriétaires de cette ville, la nécessité de païer notre approvisionnement et plus que tout cela les témoignages d'attachement et d'inthéret

que notre ville a toujours reçus de votre ordre sont les titres que nous employons auprès de vous, nous sommes sûrs par avance que vous ne sçaurés aucun mauvais gré de cette demande, à laquelle nous vous prions de faire la plus prompte réponse possible.

A M. le bailli de Foresta receveur de TOrdre de Malte (i).

Ce dernier recevait le 5 juillet suivant un ordre du Grand-Maître le priant de se rendre à Malte mais il ne crut pas devoir répondre à cette invitation, crainte d'être soupçonné d'émigration (2).

Cependant la Révolution accomplissait peu à peu son œuvre de destruction. Ainsi le 9 avril 1792, les commissaires provisoires dû district d'Arles, délivrèrent à Jean Pascal, fils aîné de Simon, maître maçon, moyennant la somme de 300 livres, la descente de 30 cloches, parmi lesquelles celle du Grand-Prieuré et celle de Sainte-Luce. L'entrepreneur devait les dégarnir de leurs bois et fers pour les transporter dans la cour de Fancien archevêché.

L'événement qui se passa le 9 octobre suivant apporta un moment d'accalmie, mais il fut de courte durée. Il y avait, à cette époque, une grande division parmi les Arlésiens. Pour faire cesser ce mal, une adresse avait été rédigée par quelques membres de la Société des Amis de la Liberté et de r Egalité priant^an nom sacré de la religion tous ceux de leurs frères égarés que la crainte ou la méfiance avaient éloignés de la ville d'Arles de rentrer dans

I. Arch. muaicip. d'Arles. Correspondance du conseil municipal (1790-

3. Voir aux Pièces Justificatives la lettre du Grand-Maitre et la répons* d a bailli de Foresta.

leurs foyers où ils trouveraient sûreté personnelle et respect pour leurs propriétés, ils vouaient à Texécration publique tous les méchants qui les avaient séduits et qui, par des insinuations perfides voudraient les empêcher de se rendre à cette généreuse invitation ». Cette adresse fut signée de part et d*autre. On se rendit à Saint-Trophime pour en entendre lecture, puis proclamation solennelle en fut faite dans la ville, c'était la réconciliation générale, le Grand-Prieuré s'illumina de nouveau pour prendre part à la joie commune.

Mais la tranquillité ne revint pas, et à Arles, comme ailleurs, on vit les pires excès. Le Grand- Prieuré dans lequel toute vie religieuse avait cessé allait passer en des mains mercenaires. Un décret delà Convention du 19 septembre 1792 ayant prescrit la vente comme biens nationaux de tous les domaines de TOrdre de Malte, l'estime en fut faite pour les biens situés au terroir d'Arles. Ils atteignaient, selon une note de Pierre Véran,le chiffre de 1.217.568 livres et rapportaient plus dei40.ooo livres. Les scellés furent apposés sur toutes les portes de THôtel prieural ainsi qu'aux archives et l'agent de l'Ordre, Jean-Daniel-Joseph Beuf, avocat, remit le 19 novembre 1792, les clefs de l'immeuble aux administrateurs du district. La vente commença presque aussitôt, les biens furentdonnésà vil prix pour la plupart. La vaste maison du Grand-Prieuré avec ses cheminées en marbre, ses rampes en fer, sa belle chapelle gothique, fut vendue le 17 mars 1793, 13.600 livres en assignats, à André Cabissole, portefaix. Le 19 février précédent, la basse-cour, les remises et écuries, estimées 3200 livres, furent délivrées au citoyen Evrard, fils aîné, pour 3850 livres, sans compter une petite cour isolée, cédée le 20

janvier 1793 à Gombert aîné, maçon, aux prix de 200 livres.

Le Grand-Prieur ne possédait dans Arles, outre son hôtel et sa chapelle, que deux coussous enCrau, dont l'un, appelé le Retour des Aires, fut adjugé le 17 septembre 1796 à Honoré Martin, avocat d'Arles pour 83.666 livres, et Tautre nommé Abondoux fut cédé le 8 août 1796 à Pierre Tinet, de Montpellier pour 77.500 livres.

Restait le mobilier. Le 2 mars 1793 une commission nommée par les administrateurs du district d'Arles et composée des citoyens Bebet, Bourget, Maquinet, Beaudesseau fils et Babandy, fit l'inventaire des meubles et effets renfermés dans l'Hôtel prieural. La vente, commencée le 23 avril, fut finie le 3 mai 1793. Elle fut présidée par les administrateurs du district qui s'en adjugèrent la meilleure partie à des prix dérisoires. Cette première adjudication produisit 9470 livres en assignats, soit 4835 livres en valeur réelle. Une seconde enchère faite, le 23 avril 1793, par Imbert, officiel ministériel, et finie, le lendemain, par Labrot, autre officier ministériel, donna 1215 livres en assignats, soit comme valeur réelle 607 livres. Ce n'était même pas la moitié de la valeur à laquelle tous ces biens avaient été estimés.

Mais qu'étaient devenues les archives? Un arrêté du département des Bouches-du-Rhône, du 9 décembre 1792, avait nommé Claude Milhe, travailleur, et Pierre Sicard, géomètre, pour procéder à la recherche des titres généalogiques et brûler tous les nobiliaires qui se trouveraient dans les dépôts publics. Ils eurent le bon goût de s'adjoindre Antoine Tinet, prêtre constitutionnel, qui avait fait des recherches autrefois à Barbentane, sa ville na-

taie, et qui sauva, grâce à ses atermoiements, la partie importante des immenses documents accumulés dans le Grand-Prieuré depuis des siècles.

Ils commencèrent cet énorme travail de dépouillement le matin du 12 janvier 1793, après avoir visité la veille la bibliothèque des Frères des Ecoles chétiennes, où ils n'avaient rien trouvé. Un membre du Directoire, Michel Roquèl, leva les scellés. Le lendemain, dimanche, à 4 heures du soir, ils se rendirent sur la place Antonelle, trouvèrent un bûcher tout préparé par la municipalité et brûlèrent les nobiliaires et autres menus papiers •conformément aux ordres qu'ils avaient reçus. Ils continuèrent leur besogne les jours suivants ; le 18 janvier, Pierre Sicard, appelé ailleurs, les quitta ; leur travail avançait lentement ; il ne se termina que le 22 mars au soir. <: Ensuite nous avons réunis ensemble, écrivaient-ils dans leur rapport, une certaine quantité de papiers imprimés et inutiles comme mémoires pour TOrdre, arrests des parlements et du conseil, lettres patentes que nous avons fait porter au district d'après l'avis du citoyen procureur général sindic (Maurin), pour être employés aux gargouces ou à tout autre objet que le département désignera » (i).

L'abbé Tinet avait demandé de nouvelles instructions à Marseille, et le 5 avril 1793, Maurin lui écrivait :

« J'ai communiqué, mon cher Tinet, votre lettre à l'administration qui, après avoir rendu hommage à votre zèle, m'a chargé de vous autoriser à faire Tenlèvement de ces fatras théoîogiques, dont trop longtemps nous avons été

t. Arch. des B.-du-R. Fonds de Tordfe de Malte. Inventaires t. 114

ennuyés, ainsi que des ouvrages séraphiques, monuments éternels de honte et dlgnorance, à condition qu'il seront de nature par leur format et par leur qualité, à pouvoir être utiles au service. Vous voudrez bien par voie de mer, ce qui entraînera une petite dépense, les adresser le plutôt possible à Toulon, à l'adresse des administrateurs du Var... » (i).

Mais cet ordre ne fut pas exécuté. Les archives, on le sait, occupaient un vaste local au-dessus de la chapelle ; des armoires, qui se joignaient, étaient placées le long des murs. Les papiers de chaque commanderie étaient réunis dans un ou même deux de ces placards. Pas une pièce ne sortait qui ne fût délivrée par Tarchiviste. Le i6 avril 1794 les administrateurs du district délibérèrent de mettre aux enchères l'enlèvement des armoires et des archives de TOrdre de Malte pour les transporter au siège de leurs assemblées. En conséquence les papiers de TOrdre de Malte allèrent prendre place dans l'ancien archevêché où Tabbé Tinet (2) les fit mettre dans un appartement donnant sur le jardin. Ce transfert ne se fit pas avec beaucoup d'ordre ; bien des pièces disparurent alors, principalement celles des commanderies, vendues en même temps que le Grand- Prieuré, et situées à Arles ou dans les environs. En 1797, le citoyen Maréchal, un des membres de l'administration départementale des Bouches-du-

I. Arch. muntcip. d'Arles. Pierre Véiak : Chartier relatif à la Révolu* luiioH. T. u, pièce 94.

3. Peu après le s; avril 1794 il était arrêté comme modéré» condamné k mort par la commission d'Orange et exécuté le 38 juillet suivant. Antoine Tinet était né le 9 janvier I7^^i à Barbcntane où il avait d'a-« bord exercé le saint ministère avant de devenir curé constitutionnel de Saint-Jolien d'Arles.

Rhône, étant venu à Arles au mois de mars fit enlever plusieurs caisses de documents, entre autres les inventaires de chaque commanderie ainsi qu'un inventaire général et fit transporter le tout à Marseille. Mais la plus grande partie de ces archives resta assez longtemps dans le palais des archevêques. On eut Tidée, un instant, de les distribuer entre les départements du Midi et d'attribuer à chacun les papiers les concernant ; on y renonça et avec raison. Pourtant les titres d'un certain nombre de commanderies sont épars dans les départements du Gard, de l'Hérault, des Alpes-Maritimes, des Hautes-Alpes, de TAveyron et surtout de la Haute-Garonne (i). Une lettre de Charles Delacroix, préfet de Marseille, datée du 30 messidor an X (19 juillet 1802) invitait le maire d'Arles à lui envoyer par mer tous les livres et objets déposés à larchevêché ; il lui expédiait en même temps quarante caisses pour emballer tous ces papiers ; elles ne purent en contenir que le tiers. L'ancien agent de l'Ordre Jean-Daniel Beuf fit de vains efforts, en 1808, pour pouvoir conserver à la ville d'Arles ce qui restait de ces dépouilles. En mai, il adressait un mémoire à Aix pour obtenir de faire un triage dans ce dépôt, et, peu après, il pressait le maire, Joseph de Grille, de garder dans la ville d'Arles ces archives précieuses et utiles à plus d'un titre, et qui allaient être déplacées puisque la gendarmerie devait bientôt occuper l'archevêché. Ce fut en vain, et le dépôt principal des archives du Grand- Prieuré de Saint-Gilles se trouve aujourd'hui à Marseille, Il y avait encore au Grand-Prieuré quelques ob-

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