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l'endroit qui porte encore son nom, un établissement considérable pour les sauvages hurons : un fort, une chapelle, un hôpital, des maisons pour les néophytes.
M. de Montmagny, gouverneur de Québec, et de Razilly, lieutenant du Roi en la Nouvelle-France, seigneur suzerain de plus de vingt lieues de pays sur les bords de la rivière Sainte-Croix en Acadie, rêvèrent-ils avec le commandeur de Sillery, le pieux gentilhomme qui devait plus tard se faire prêtre, de continuer sur la terre d'Amérique les grandes œuvres et les hauts faits accomplis dans Rhodes et sur le rocher de Malte par les disciples de Villiers-de-l’île- Adam et de la Valette ?
Avant d'étudier cette question, rappelons un incident historique qui se passa aux Antilles et qui servira peut-être à éclairer notre marche.
En même temps que de Montmagny et de Razilly exercent le pouvoir souverain, l’un sur la Nouvelle- France et l’autre sur l’Acadie, un frère d'armes, chevalier de Malte lui aussi, le commandeur de Poincy,
occupe la charge de gouverneur général des îles d'Amérique.
ne 15
M. de Poincy a fixé le siège de son administration
dans les Antilles, à l’île Saint-Christophe, qui appar-
tenait alors à une compagnie de marchands français
sous la haute suzeraineté du roi de France.
Caractère entreprenant, de Poincy fait construire
un château fortifié en forme de citadelle, Sous le prétexte de défendre l’île contre les corsaires, il arme
en course plusieurs vaisseaux de guerre.
Les colons s'inquiètent de voir de Poincy se forti-
fier aussi puissamment. Patrocles de Thoissi, à la
tête du parti des mécontents, demande à la cour de
chasser de son gouvernement, un officier qui prend
ces allures autocratiques. Son terme de gouverneur
est expiré, mais de Poincy persiste à garder son com-
mandement. (1)
fu C’est cet incident qui obligea le roi de France à
rappeler de Montmagny du Canada qu’il avait com-
mandé depuis douze ans, à la satisfaction générale. (2)
(1) Vertot loc. cit.
(2) M. de Poiney, gouverneur général des îles de l'Amérique et parent de 4 M. de Montmagny, ayant refusé de livrer son poste au successeur que lui pit avait nommé le roi, on crut devoir prendre des mesures pour empêcher que
il pareil exemple ne fât suivi daus les autres colonies [Charlevoix—liv. IV.] se
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M. de Poincy, voulant déjouer les desseins de ses ennemis, s'adresse au grand-maitre de l’ordre de Malte, Lascaris.
I] lui écrit que sa dépouille est bonne, très considérable, et qu'il désire la conserver au profit de l’ordre. “ Si je meurs dans cette île, dit-il, la compagnie des marchands ou mes propres ennemis s’en empareront. Je demande un ou deux chevaliers pour me remplacer si je viens à mourir, afin que ma succession ne soit point perdue pour l’ordre.”
M. de Montmagny, depuis son retour du Canada, est devenu receveur du prieuré de France. Lascaris lui apprend la position où se trouve de Poincy, son parent. Il lui donne commission expresse, en qualité de procureur général de l’ordre, de se transporter dans les îles d'Amérique qui relèvent de la Couronne de France, avec pouvoir de se choisir un autre chevalier pour l'accompagner dans ce voyage, et pour le remplacer s’il vient à mourir. (1)
Le grand-maître ne s’en tient pas là. Assuré dela bonne volonté du Chevalier de Poincy, qui n'agit dans toute cetle affaire que pour le bien de l'ordre, il s'adresse
(1) C’est à Saint-Christophe que mourut M. de Montmagny, au dire de M. Aubert de la Chesnaye. Mémoire écrit en 1676.