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au baïlli de Souvré, son ambassadeur auprès du roi de France. Il le charge de travailler à obtenir de ce prince deux articles qui lui paraissent très importants : le premier est de contenir par son autorité royale les entreprises du sieur de Patrocles de Thoissi, chef du parti opposé au commandeur de Poincy, et son ennemi capital ; le second consiste à acquérir les droits des propriétaires de l’île, et de tâcher en même temps d’y faire comprendre les îles de la Guadeloupe et de la Martinique, et autres îles voisines.
Cette négociation, conduite avec habileté par le bailli de Nouvré, aboutit à plein succès. L'ile de Saint-Christophe est vendue à l’ordre par contrat passé à Paris et ratifié à Malte en 1652. Cette cession se fait à deux conditions : la première, que l’ordre s’oblige de payer aux habitants de l’île tout ce que la
compagnie des marchands propriétaires leur peut
devoir : la seconde, qu’il donnera une somme de 120,000 livres tournois. Dans ce marché on comprend non-seulement la propriété et la seigneurie de l’île Saint-Christophe et des petites îles voisines, comme Saint-Barthélemi, Saint-Martin, Sainte-Croix, et quelques autres, mais encore les habitations, terres, esclaves noirs, marchandises, munitions et provisions,
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ce qui fut depuis confirmé par lettres natentes de Louis XIV.
Après cette acquisition le grand-maître nomme le chevalier de Sales pour aider de ses conseils le baïlli de Poincy qui se trouve dans un âge fort avancé et qui mourut peu de temps après. (1).
La dépouille de ce chevalier, dit l’abbé de Vertot, bien loin d'enrichir l’ordre, ne se trouva consister qu'en dettes passives, qu’il avait contractées pour se soutenir dans son gouvernement.
En 1665, l’ordre vendit St-Christophe à une compagnie de marchands français qui, sous la protection du roi, s’y établirent.
Comme les rois de France, comme les compagnies particulières qui tentèrent de fonder des établissements au nouveau monde, l’ordre de Malte fut cffrayé des dépenses énormes que coûte toujours une
(1). Philippes de Louvilliers—Poincy, gouverneur de Saint-Christophe, portait des armes de gueules à l’aigle d’argent écartelé d’or à la croix ancrée de gueules, et sur le tout d’argent à trois fasces de gueules, Il à été Cominandeur du membre de la Magdeleine, Saint-Thomas, près Joigny, en 1619; Chef d’escadre des vaisseaux du Roi en Bretagne, en 1622; Bailli et Commandeur d’Oisemont, en 1624; Commandeur de Couleurs, en 1640 ; Grand- Croix de l'Ordre et Gouverneur et Lieutenant-Général pour le Roi dans toutes les îles de l’Amérique, terres et confins en dépendans, en 1651.
Son nom est inscrit sur les registres de l’ordre en 1605,
première installation coloniale, et il abandonna $t- Christophe au moment même où il en aurait pu espérer des revenus considérables. Le grand-maître, cantonné sur son rocher de la Méditerranée, ne sut pas comprendre la généreuse pensée du vieux de Poincy, qui n'avait pas craint de braver la colère du
roi très chrétien, et de pousser jusqu'au sacrifice de
sa vie son dévouement à ses frères d'armes, afin de leur assurer une prise aussi précieuse que celle des Antilles.
Les négociants anglais, plus patients, plus tenaces, ne mesquinant point sur les dépenses premières, parce qu'ils avaient deviné toutes les richesses qui dormaient dans ces îles alors presque inconnues, héritèrent de la dépouille de l’entreprenant chevalier.
Les salines de l’île Saint-Christophe, si recherchées des pêcheurs de Terreneuve, et où nos propres négociants allaient s’approvisionner sous le régime français, les rhums de Sainte-Croix, les plantations de Saint- Barthélemi font maintenant la fortune des armateurs.
Cette page oubliée de l’histoire des Chevaliers de Malte nous laisse entrevoir que, dès le commencement du XVII° siècle, certains personnages avaient
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songé à faire jouer à l’ordre un rôle important en Amérique.
On trouve dans Lescarbot (liv. II) qu'en 1555, Nicolas Durand de Ville Gagnon, chevalier de Malte, mécontent du grand maître qui l’accuse d’avoir mal défendu Tripoli contre les Turcs, fonde un établissement français au Brésil. Engagé dans l’ordre religieux de Malte, Ville Gagnon se fait calviniste, mais craignant les foudres de l’ordre, il revient de ses erreurs et chasse les disciples de Calvin qu'il a appelés de Grenève.
Pourquoi cette illustre compagnie, jetée comme une sentinelle au milieu de la Méditerrannée, et qui défendit pendant trois cents ans les côtes d'Europe contre les invasions de la barbarie, ne serait-elle pas venue dans les forêts d'Amérique protéger les établissements chrétiens contre les attaques des infidèles ? Quelles grandes et belles pages elle aurait ajoutées à son histoire déjà si glorieuse !
Que ce fut là une pensée arrêtée dans l'esprit des grands dignitaires de l’ordre, il ne reste aucuns documents qui puissent nous permettre de l’avancer
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comme une vérité historique indéniable. Si l’on veut grouper, cependant, certains incidents arrivés aux premiers temps de la colonie, on arrive à des conclusions assez convaincantes.
Que l’on remarque, d’abord, l'influence successive des dignitaires de l’ordre dans les affaires de la colonie. Au commencement du siècle, en 1601, c’est de Chaste devenu presque l’unique propriétaire de toute la Nouvelle-Franee. En 1611, le comte de
Soissons est nommé vice-roi.
Le commandeur de Chaste nous donne Champlain. Montmagny lui succède; il a avec lui son lieutenant de Lisle, qui, on l’a déjà vu était aussi chevalier de Malte. Aux instances de Montmagny et de Razilly, Sillery, baïlli et grand-croix de l’ordre, distribue princièrement dans la colonie les 40,000
livres d’appointements annuels que lui donne la
commanderie de Troyes.
À un moment donné, toutes les colonies françaises d'Amérique sont au pouvoir des chevaliers de l’ordre.
M. de Poincy est gouverneur général des îles d'Amérique. On a vu qu'il a su en profiter pour
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donner à Malte St-Christophe et une partie des Antilles.
M. de Montmagny commande sur le rocher de Québec.
M. de Razilly, suzerain de vingt lieues de pays sur la rivière Sainte-Croix, exerce le pouvoir sur toute l’Acadie.
Si ce n’est là qu’une coïncidence, on avouera qu’elle est étrange.
L'ordre est tout puissant. Ses sujets se recrutent parmi la meilleure et la plus ancienne noblesse d'Europe. Craint des rois, protégé par l'Eglise, l'ordre, en retour des services qu’il rend à la chrétienté, reçoit des faveurs extraordinaires. Ses richesses ne se comptent plus. Il règne parmi tous les chevaliers un grand esprit de corps. Ils obéissent au mot d'ordre du grand-maître. Au premier appel ils accourent à Malte. Chacun cherche à se signaler par une action d'éclat et ne dédaigne pas d’arrondir les domaines de la compagnie.
Le grand-maître protège ses chevaliers.
On a vu de Poincy appeler Lascaris à son secours, et Lascaris a été assez influent auprès du roi très
chrétien pour maintenir un gouverneur qui s'était révolté contre l'autorité royale.
Pourquoi Montmagny et Razilly n'auraient-ils pas songé à accomplir en Acadie et dans la nouvelle France, l’œuvre commencée par de Poincy aux Antilles, c’est-à-dire faire acquérir à l’ordre de Malte les vastes domaines sur lesquels ils commandaient. On avouera que la dépouille était bonne et très considérable.
Nous avons la preuve certaine de ce fait pour de Razilly dans un document authentique que l’on retrouvera au premier volume des Manuscrits de la Nouvelle France, à la page 114.
Le 8 septembre 1635, de Razilly écrit au grandmaitre. Il lui fait connaître la bonté du pays qu'il
occupe et il lui demande de l'assistance pour fonder
un prieuré à Port-Royal.
Voici la réponse :
‘“ À Malte, ce 80 février, 1636.
“Très cher et bien amy Religieux, j'ay reçu vostre lettre du 8e 7bre et veu la citation de la bonté du païs où vous estes, des progrès que vous y avez faicts jusques icy et de ceux que vous espérez y faire à l’'advenir, dont je reçois ung extrême contentement, et
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pour l'amitié que je vous porte, l'estime que je fay de votre mérite et pour cette autre considération que vous alléguez, que ce ne nous est pas une petite gloire que le premier inventeur de ces lieulx-celuy qui jette les premiers fondements du christianisme parmy des peuples si barbares et dans des terres de si grande estendue—soit de cet ordre.
“ Je loue encore grandement le zèle que vous avez de fonder en ce lieu ung prieuré pour lequel vous vouliez de l'assistance, maïs nos affaires ne sont point disposez à cela, nous entreprenons une fortification en ceste place qui coustera deux cens mille écus, avant qu’elle soyt à sa perfection et qui nous est entièrement nécessaire, d'aultant que nous sommes menacez d’un siège desjà dès l’année passée pour lequel nous envoyasmes les citations à nos religieux par toute la Chrestienté et ne la peusmes revoquer à temps pour empescher que la plupart des Français et des Espagnols n’eussent faict plus de la moitié du chemin et qu’une grande partie n’en vint icy.
“Pour la permission que vous me demandez de tester (1) elle est absolument contre nos statuz. Je
(1) On sait que d’après la constitution de l’ordre de Malte, il n’était pas permis aux chevaliers de tester autrement qu’en faveur de la compagnie.
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ne puis vous le donner que pour le quint; mais pour cela je vous l'octroyeray fort volontiers et ne tiendra qu’à vos procureurs de vous en envoyer par cette occasion icy, les expéditions où vous cognoistrez que je prie Dieu qu’il vous tienne en sa garde.”
Les circonstances extraordinaires où se trouvait l’île de Malte, menacée d’une attaque par les Musul-
mans parce que les galères de l’ordre s'étaient em-
paré d’un riche convoi où se trouvait une des favorites du Sultan allant en pélerinage à la Mecque, (1) firent échouer les projets de Razilly. Le brave chevalier mourut en 1637 (2), et l’on n’entendit plus parler du prieuré de Port Royal.
M. Rameau, dans son livre Une colonie féodale en Amérique, (3) raconte comment M.de Razilly, toujours obsédé par les difficultés pécuniaires que rencontrait le développement de son entreprise, conçut le projet que nous venons de signaler, projet dont les conséquences eussent été de la plus grande importance, s’il avait pu réussir.
“ M. de Razilly, écrit-il, était un plus grands dignitaires de l’ordre de Malte, et commissionné
() Vertot. loc cit.
(2) Ferland.
(3) Page 74 et suiv.
nint; mais tiers et ne nvoyer par cognoistrez arde.” se trouvait les Musultalent emt une des la Mecque, Le brave tendit plus
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momentanément dans le service maritime du roi de France.
“ Or il songea à associer à ses desseins l’ordre auquel il appartenait, les chevaliers de Malte étaient presque tous destinés à être marins ; la possession d’un fief considérable et d’un bon fort sur les côtes de l’Amérique pouvait donc être à la fois un but excellent de navigation pour former les jeunes chevaliers dans leurs caravanes, et offrir plus tard à l’ordre un domaine important et fructueux. Il écrivit dans ce sens au grand-maître ; il eut abandonné sa seigneurie de la Hève avec ses dépendances, et probablement aussi le magnifique port de Chibouctou, (Halifax). En y créant une commanderie sous la suzeraineté du roi de France, les chevaliers eussent poussé avec activité la création d’une station navale, dont les chantiers eussent été alimentés par les belles forêts de la contrée, tandis que la population se serait rapidement établie, groupée et développée autour de ce poste.
‘Dans ce plan, la seigneurie de Port-Royal avec ses alentours était réservée pour d'Aulnay, qu'il aimait particulièrement et dont il connaissait les goûts et les aptitudes agricoles, tandis que lui-même eût pu se ménager encore, sur les côtes du sud ou sur
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la baie Française, un fief respectable où il se fut installé comme gouverneur royal de l’Acadie. Razilly eût eu de la sorte la satisfaction de voir la colonie acadienne bien établie dans un court laps de temps, avec quatre ou cinq seigneuries coloniales, dont l’ensemble eüt acquis promptement une importance capable de balancer l'accroissement, que faisaient dès lors présager les colonies anglaises du Massachussetts et de la Virginie.
‘“ Malheureusement ces beaux projets ne purent aboutir, le commandeur 42 Paulo, un des conseillers du grand-maitre, repondit que les dépenses considérables entrainées par les fortifications du port Lavalette ne pouvaient permettre de s'engager dans une entreprise si lointaine et pleine d’imprévu (1); détermination fâcheuse, aussi bien pour l'avenir de l’ordre de Malte que pour celui de l’Acadie.”
Charles Huault de Montmagny avait été reçu chevalier de Malte, le 8 août 1622. On retrouve la des- M TL cription de ses armes dans les chroniques de l’ordre. ls
Li | Elles étaient d'or à la fasce d'azur, chargée de trois
(1) Moreau, Hist. de l’ Acadie française, (Techener Paris 1873).
il se fut e, Razilly la colonie de temps, dont l’enmportance isaient dès sachussetts
ne purent conseillers es considéport Lavadans une (1); déterr de l’ordre
té reçu chebuve la dess de l’ordre.
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molettes d'éperon d'or, accompagnée de trois coquerelles ou bouquets de noisettes de gueules.
Le vaisseau qui portait M. de Montmagny, nommé en remplacement de Champlain, arriva en rade de Québec dans la nuit du 11 juin 1636. Le fondateur de la Nouvelle-France était mort le jour de Noël 1635. A cette saison avancée de l’année, aucun messager n'avait pu traverser du Canada en France annoncer la mort du gentilhomme saintongeoiïs. La brusque arrivée de Montmagny, au printemps de 1686, laisse donc croire qu'il avait reçu sa commission de gouverneur du vivant même de Champlain.
Il n’y a que M. Sulte, croyons-nous, qui ait signalé le fait que M. de Montmagny vint remplacer non pas Champlain décédé, mais Champlain rappelé.
M. de Montmagny gouverne la Nouvelle France de 1636 à 1648. Nous n'avons pas l'intention de résumer les événements d’une administration que tous nos historiens ont racontés. Détachons, cependant, certains faits qui, dans notre opinion, pourraient laisser croire que le second gouverneur de la colonie
tenta d’imiter la conduite du gouverneur des îles d'Amérique.
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Il est impossible de trouver dans toute cette période de douze ans une note décisive, une lettre à la Razilly, un coup de maître comme celui que frappa de Poincy sur son adversaire Patrocle de Thoissi, mais de l’ensemble de l'administration de Montmagny se dégagent des incidents qui, habilement exploités par des historiens experts, nous ameneraient à croire vraisemblables des suppositions qui n’appartiennent qu'au domaine des hypothèses.
Dès les premiers jours de son arrivée, M. de Mont-
magny s'occupe de faire agrandir et de fortifier puissamment le château que son prédécesseur a commencé à construire sur les hauteurs de Québec, C’est par ce déploiement militaire qu'a débuté le cousin de Poincy dans l'ile Saint-Christophe.
Les palissades de bois, sont remplacées par de
sôlides murs de pierre, avec créneaux et mâchicoulis. Les sentinelles se relèvent nuit et jour au château.
Les soldats se rompent à l'exercice militaire. On se réveille tous les matins au son de la diane. La ; forteresse est gardfe dans la paix, comme le serait une place d’importante, dans l’ardeur de la guerre, dit la Relation de 136.
e cette lettre à lui que ocle de tion de habile- 1s ameositions othèses.
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