‹ L'ordre de Malte en Amérique [microforme]Chapitre 7 sur 8 · MORT | VER · texte numérisé non relu

MORT | VER

Rien d'étonnant, dira-t-on, que de Montmagny fit compléter la défense de Québec et fortifier le château Saint-Louis, C'était dans l'intérêt de la colonie que le principal poste du pays fût puissamment protégé contre les invasions continuelles des sauvages,

Ceci est très naturel, en effet, mais il ne faut pas oublier que Champlain fut vertement blämé pour avoir commencé, en 1620, la construction du château Saint-Louis sur les hauteurs. Ces messieurs de la Compagnie craignaient, dit un ancien historien, que Champlain après s'être puissamment fortifié n'imposât ses volontés aux traiteurs.

Dans le commencement, on voulait bâtir la ville dans la vallée de la rivière Saint-Charles. C'est là que les premiers établissements religieux s'étaient élevés. Montmagny, en installant le siège de son administration sur les hauteurs, força les communautés et les habitants à se grouper autour du fort. C'est lui qui fit tracer les premières rues de la Haute-Ville, et qui consacra définitivement ce rocher abrupt en capitale quand la nature et les besoins du commerce

indiquaient la vallée qui s'étend au pied de la falaise.

Ce fut là sans doute l’origine des plaintes dont parle

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M. Aubert de la Chesnaye, dans son mémoire, et qui devaient causer tant de troubles à M de Montmagny.

Ces plaintes n'étaient point formulées par le gros des habitants qui estimaient beaucoup de Montmagny, et lui en donnèrent une preuve éciatante en lui faisant don du premier cheval qui fût venu dans ce pays, mais par quelques unes des principales familles

de la colonie naissante.

C’est un fait remarquable que M. de Montmagny, pendant tout le cours de son administration, chercha à amoindrir au profit des colons le prestige et l’autorité de la compagnie des Cent Associés, dont il était pourtant le représentant. Les colons, ainsi que l'indique Ferland, considéraient M. de Montmagny comme leur protecteur nalurel.

L'intérét est la norme des actions, dit un vieux brocart, et l’on se demande quel intérêt pouvait bien avoir M. de Montmagny à prendre la part des habitants de préférence à celle de la compagnie, propriétaire de la colonie ? Voulait-il décourager cette société et la forcer d'abandonner son entreprise, afin d'en faire profiter quelque combinaison qu'il méditait ? Tontes ses actions semblent dirigées vers ce but. Nous disons

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plus, M. de Montmagny chercha à éloigr2r de la colonie toute société nouvelle de colonisation, et à accaparer dans ses mains tout le commandement et l'administration.

C’est à son instigation que la compagnie donna aux habitants le privilège de faire la traite des pelleteries.

Elle s’enlevait du coup les seuls revenus immédiats qu’elle pouvait espérer afin de se dédommager des dépenses premières qu'elle avait faites.

À quoi lui servait cette suzeraineté factice qu'elle conserva après le traité de 1647 ?

Tout en contribuant à faire abandonner la traite des pelleteries en faveur des habitants, M. de Montmagny sut faire entrer dans le nouvel arrangement des articles qui le rendaient le principal et parfois le seul arbitre souverain des affaires du pays. Ces articles, approuvés en 47, par un arrêt du conseil du Roi, peut étre sans une assez grande connaissance de cause, dit l'abhé Faillon, (1) ne furent point goûtés par plusieurs personnes, en Canada et en France,

(1) ‘Histoire dé, la colonie française en Canada,” 1 1

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parce qu’ils leur semblaient avoir été inspirés par un autre motif que celui de l’intérét public.

Quels étaient ces motifs ? Il serait important de les connaitre.

Le gouverneur, à part 25,000 livres d’appointement par an, eutretenait une garnison de 70 homme: On lui avait demandé de tenir bonne garde dans les postes élevés sur les bords du Richelieu comme nne barrière contre les incursions iroquoises. Il laisse démanteler ces forts, rappelle les garnisons dans Québec où il se cantonne, et garde les recrues qu on lui envoie de France.

Les habitants avaient le droit, d'après J: nou ‘eau traité, de se choisir un syndicat d’administratior:, ils en cassent tous les élus et directeurs et mettent toutes leurs affaires entre les mains de M. le gouverneur, attendart, dit le Journal des Jésuiles, quelque établissement.

Cette tendance centralisatice et autoritaire de M. de Montmagny a quelque chose d'étrange, surtout lorsque l’on sait qu’il a fait tout en son possible pour diminuer l'autorité de ceux qu'ils représentent.

Quel est cet établissement qu'il attendait et dont parle le Journal des Jésuites ?

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Comment expliquer aussi l'accueil que M. de Montmagny fit à de Maisonneuve lorsqu'il vint fonder la colonie de Ville-Marie ?

Il fait des efforts incrovables pour le dissuader de son entreprise. Îl lui représente tous les obstacles qu’il va rencontrer. Pourquoi ne s’établit-il pas dans l’île d'Orléans à l'abri de Québec ?

Quand, par la persuasion, il n’espère plus convaincre de Maisonneuve, il assemble les colons de Québec et ceux-c1 s'opposent à l’entreprise de Montréal. Dans l'hiver, de Montmagny emprisonne arbitrairement les gens de Maisonneuve qui ont eu le malheur de tirer de l’arquebuse par un jour de fête publique. Maisonneuve est rendu à Ville-Marie, Montmagny le poursuit encore, Il essaie de miner son influence. Il écrit en France pour le faire rappeler, et de Maisonneuve pour se justifier est obligé de publier une brochure qu’il intitule: Les véritables motifs qui l'ont engagé à venir coloniser l'ile Montréal.

On ne peut dire que de Montmagny voulait protéger les Cent Associés en ernpêchant toute concurrence étrangère, puisque depuis cinq ans il ne perdait pas une seule occasion de diminuer l'influence de cette compügnie. La société de Montréal venait donc

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briser quelques uns de ses projets ? Dollier de Casson, dans l’histoire du Montréal (1640-41) dit que M. de Montmagny improuva d’abord l'établissement de Montréal pour céder à des insinuations qui lui étaient faites. Quelles étaient ces insinuations? C’est un point sur lequel il faudrait faire de la lumière.

Voilà, croyons-nous, un groupement de faits qui indique chez de Montmagny des dispositions à s’arroger lin pouvoir souverain à son propre avantage et bénéfi:. plntôt qu'à celui de la compagnie.

Pour ‘“ de Montmagny s'emparait-il du gouvernement de toutes les affaires du pays ? Dans quel dessein, lui l’homme pieux par excellence, qui lavait les pieds des pauvres au vendredi saint, empêchaitil de Maisonneuve, chef d’une société essentiellement religieuse, de s'établir à Montréal ?

Ce ne pouvait être au profit de la compagnie des Cent Associés qu’il méprisait. Si l’on dit que c'était pour son propre avantage, il faut en conclure qu’il travaillait en sous-main dans les intérêts de l’ordre de Malte, car, à la mort de chaque chevalier, leur succession devait retourner à l’ordre. (Constitulions de l’ordre publiées dans Verlot). Le grand-maître n'accordait la permission de tester pour le quint qu'aux plus

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anciens chevaliers, et on a vu cette règle s'appliquer à de Razilly.

M. de Montmagny était dévoué à son ordre. Il se fait accompagner à Québec par son lieutenant de l'Isle. Antoine Louis de Bréhaut de l'Isle, d’une maison de Bretagne, avait été reçu chevalier de Malte, le 30 juillet 1631. Il avait dü connaître le gouverneur pendant ses années de probation dans la forteresse du grand-maitre.

C’est à un.dignitaire de l'ordre que de Montmagny demande des secours pour la colonie qu'il commande. Le commandeur Sillery, puissant à la cour, un des héros de l’ordre qui l’a comblé d'honneurs, devait évidemment travailler au bénéfice de ses frères d'armes.

Par le Journal des Jésuites, on voit que M. de Razilly engage une correspondance active avec le gouvernement de Québec, sous l'administration de Montmagny.

Le rappel subit de Montmagny par la cour de France nous permet aussi de tirer quelques déductions au

profit de la thèse soutenue.

Une cabale ourdie contre M. de Montmagny le fit révoquer, dit le mémoire de M. de la Chesnaye que nous

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avons déjà cité. L'abbé Faillon, qui n'aime pas M.

de Montmagny à cause de l'opposition qu'il fit à

l'établissement de la colonie de Montréal, assure que M. de Maisonneuve exerça son influence à la cour et obtint le rappel de son persécuteur.

Charlevoix, toujours bien informé, déclare que ce fut la conduite de M. de Poincy qui entraîna la décision de la cour.

On craignait qu’il n’eût des imitateurs dans les autres colonies.

Garneau et Ferland suivent la version du père Cha: voix.

“ Le rappel de M. de Montmagny, dit Garneau, cat. queique surprise : il provenait d’une décision générale que venait de prendre la cour. Le commandeur de Poincy, gouverneur des îles françaises d'Amérique, avait refusé de remettre le gouvernement à son successeur, et s'était maintenu dans sa charge contre l’ordre du roi. Cette espèce de rebellion avait eu des imitateurs.

“ Pour arrêter le mal, le conseil avait décidé que les gouverneurs seraient changés tous les trois ans, et c’est en conséquence de cette résolution que M. de Montmagny était mis à la retraite.”

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Vu que de Montmagny fut remplacé par d’Ailleboust, une des créatures de Maisonneuve, il n’y a pas de doute que le fondateur de Montréal dut invoquer l’exemple de Poincy pour forcer le rappel de Montmagny.

Le P. Lalemant (Relation de 1648, p. 2) fait remarquer que M. de Montmagny, dès qu’il eut connaissance de ce rappel, ne se contenta pas de l’accepter avec le respect et l’honneur dûs à la volonté du Roi et à celle de la Reine, mais que, de plus, il fit paraître une généreuse magnanimilé, en ordonnant qu'on disposât toutes choses pour la digne réception de son successeur.

“ L’emphase de cette expression semblerait donner à entendre qu'il ne quitta la Nouvelle France qu’à regret et que son rappel lui offrit la matière d’un vrai sacrifice,” dit Faillon (p. 97, t. 2.)

Le rapprochement que Charlevoix fait entre le rappel de Montmagny et la quasi-rébellion de Poincy est digne de mention.

On sait, qu’à son retouren France, de Montmagny

fut nommé par l’ordre de Malte receveur du grand prieuré de France et qu'il fut le premier à qui s’a-

dressa le grand-maitre Lascaris pour aller porter

secours à de Poincy. Ces deux faits indiquent encore

que le gouverneur rappelé, dévoué à Malte, jouissait

dans son ordre d’un certain prestige.

Il ne nous reste plus qu’à étudier un fait qui peut prouver, croyons-nous, que le gouverneur de Montmaony eut réellement l'intention de faire jouer dans Québec un certain rôle à l’ordre de Malte. Nous voulons parler de la pierre que l’on voit maintenant dans le mur de l'Ecole Normale, et sur laquelle est gravée une croix de Malte avec le millésime 1647.

Le 17 septembre 1784, les ouvriers, occupés à niveler la cour du vieux château Saint-Louis, découvrirent ; la pierre qui se trouve aujourd’hui placée à la gauche de la porte conduisant aux offices de l'Ecole Normale. (Journal de James Thompson 1759-1820). Cette pierre, tailléé en cône irrégulier, porte sur un écusson en relief le plastron de l’ordre de Malte sculpté au repoussé. Au-dessous de l’écusson se voit le millésime

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Le temps fit se déliter l'angle droit de la base et le dernier chiffre de l'inscription disparut.

À l'aide du journal manuscrit de M. James Thompson, surveillant des travaux du gouvernement en 1784, on a pu retablir la date d’une manière au-

thentique.

On doit nécessairement se fier aux indications de M. Thompson puisque c'est par ses soins que la pierre fut incrustée à l'endroit où elle est maintenant, Cette pierre, lorsqu'elle fut découverte, était intacte, et

M. Thompson, à la marge de son journal, en reproduit un fac-simile avec la date 1647.

Cette pierre est le seul monrment archéologique qui nous reste du séjour des chevaliers de la Religion de Malte sur le rocher de Québec.

Comment se trouvait-elle enfouie dans la cour du vieux château ? Pourquoi porte-elle la croix de l’ordre de Malte?

Ces questions ont souvent intrigué les touristes

chercheurs et les curieux de Québec. Nous allons

essayer d'y répondre.

Ce plastron n’est pas, ainsi qu’on le croit généralement, la pierre de fondation du vieux château Saint- Louis.

Il est facile de le prouver en étudiant l'endroit où la pierre fut trouvée, le millésime et les armes qui y sont gravées.

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Le fort Saint-Louis fut commencé en 1620 par Champlain, et continué peu à peu. En 1624, il était presque terminé. M. de Montmagny, à son arrivée en 1636, fit immédiatement construire de pierre les ouvrages élévés par son prédécesseur, et il augmenta considérablement le palais vice-royal.

Ces dates 1620, 1624, 1636 ne correspondent pas du tout avec l'inscription retrouvée en 1784.

Le premier château Saint-Louis s’élévait à l’est de l'Ecole Normale actuelle, en ligne droite avec l’ancivnne terrasse Durham, qui s'appuie sur la plus grande partie des murs du palais des gouverneurs français. On reirouve encore les vestiges des anciennes murailles au côté sud de la terrasse.

L'edifice que l’on appelle maintenant le vieux château est simplement une aile de l’ancienne demeure vice-royale.

Ce n'est point une construction française. Elle fut élevée en 1784 par le gouverneur Haldimand pour y donner des réceptions et des bals à la société fashionable de Québec.

Le véritable château Saint-Louis, de construction

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française, fut détruit par l'incendie vers 18234, croyonsnous,

Château Saint-Louis, incendié en 1884.

(Gravure extraite de Hiwkin's Picture of Qu:bec.)

Si le plastron incrusté dans le mur de la ©. : de l'Ecole Normale était la pierre de fondation du château Saint-Louis, on l'aurait retrouvé dans les ruines, à l'angle de l'édifice, et non pas dans la cour du Château, cinquante ans avant l’incendis,

En 1647, le château Saint-Louis était terminé, et la

pierre dont il est question n’a pu par conséquent être

déposée dans ses murs de fondation.

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Les armes de Malte n’ont pu être gravées sur la pierre angulaire d’un édifice destiné à l'habitation d'un gouverneur, lieutenant du roi très chrétien dans un pays où celui-ci était seigneur suzerain.

Il suffit de consulter l'histoire pour connaître quelle était la coutume suivie dans ces circonstances.

St. les pierres de fondation, on gravait les armes du roi, celles du grand maître de la navigation et du gouverneur particulier du pays.

Champlain, racontant les travaux de construction de l'habitation de la Basse- Ville, dit :

“ Le six de may 1624, l'on commença à maçonner les fondements, sous lesquels je mis une pierre où estoient gruvez les armes du roi et celles de monseigneur, avec la datte du temps, et mon nom escrit, comme lieutenant de mon dit Seigneur au pais de la Nouvelle France, qui estoit une curiosité qui me sembla n’estre nullement hors de propos, pour un jour à l’advenir si le temps y eschet, montrer la possession que le roy en a prise, comme je l’ay fait en quelques endroits dans les terres que j'ay découvertes.”

Cette pierre posée dans les fondations et portant la date de 1624 fut trouvée vers 1830; elle fut placée dans le mur d’une maison adossée à l'église de la

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Basse-Ville, et formant l’encoignure des rues sous le Fort et Notre-Dame. Un incendie détruisit cette maison en 1854, et l'inscription a disparu.

Champlain a dû suivre le même cérémonial en jetant les fondations du château Saint Louis sur les hauteurs. Si cette pierre angulaire n’a jamais été retrouvée, il n’y a rien d'étonnant à cela quand on sait qu’une grande partie des murs de fondation de l’ancien château est encore intacte sous la terrasse Durham.

Pourquoi Montmagny n’aurait-il pas enfoui la croix de Malte sous les fondations du château, nous demandera-t-on ?

La date de 1647, comme nous l’avons dit déjà, ne correspond pas avec les premiers travaux entrepris par de Montmagny, et nous disons de plus que de Montmagny a dû suivre la pratique inaugurée par Champlain.

Comme tous les chevaliers de Malte, il avait ses armes particulières, et il s’en servait de préférence au plastron de l’ordre,qui n’était porté que sur la tunique par les serviteurs de la Religion.

Il est facile de s’en convaincre par un passage des Relations de 1637 (p. 82), où on lit ce qui suit :

“ Le 1° mai 1637, les soldats plantent un mai devant

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le fort portant une couronne sous laquelle paraissaient les armes du roi, celles du Cardinal de Richelieu, et celles du gouverneur.”

Les armes de Montmagny, dont nous avons déjà donné la description, ne contiennent pas la croix de Malte.

De tout ceci, nous concluons que la pierre incrustée dans le mur de l'Ecole Normale n’appartenait pas au château Saint-Louis, et qu’elle a dû former partie des murailles d’une maison appartenant à l'Ordre de Malte. D'ordinaire, cependant, l’écu d'un chevalier

repose Sur un support dont d'Hozier donne la gravure suivante : :

Le plastron de Malte, suivant certains auteurs, porte quelqueicis les initiales de la devise de l’ordre F. E. R.T. Fortitudo ejus Rhodum tenuit (sa valeur a sauvé Rhodes.) Le ternps qui a fait disparaître le dernier chiffre du millésime n'a pas plus respecté sans doute l'inscription.

Le chiffre 1647, gravé dans la pierre, coïncide avec l’année où de Montmagny groupait dans sa main les pouvoirs de la compagnie des Cent ssociés et de celle des hubitants, et se faisait ainsi l’arbitre souverain de la colonie.

Où se trouvait située cette maison de Malte ?

M. James Thompson nous dit que la pierre a été découverte dans la cour du château.

* J'aurais désiré,dit M. Thompson, découvrir cette pierre assez tôt pour l'incruster dans le mur du nouvel édifice (l'aile Haldimand), afin de transmettre à la

postérité l'antiquité du château Saint Louis : j'ai or-

donné aux maçons de la placer dans les parois de la porte que nous construisons. ”

Au moment de l'invention, cette cour du château, dont on faisait alors le nivellement, s'étendait à l'ouest de l'édifice actuel de l'Ecole Normale. C'est donc là qu'il faut chercher. Une pierre de fondation

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doit nécessairement indiquer le lieu où un édifice était assis. C’est le témoin chargé de raconter à l’avenir l'histoire de la construction.

Il est bien extraordinaire, dira-t-on, que tous nos anciens écrivains, les annalistes des cloîtres, le Journal des Jésuites, si minutieux dans ses récits, ne nous aient conservé aucun souvenir de cet édifice. Les voyageurs comme LeBeau, LaHontan, LaPotherie,nous décrivent Québec, et ne soufllent mot de la maison de Malte.

Le greffe des notaires, la source par excellence où doit puiser celui qui veut faire l’histoire de la propriété au pays, ne contient aucun acte, aucune indication à ce sujet. Ce silence parait étrange, en effet. Audouard, le premier notaire québecquois, a commencé à pratiquer en 1636. De 1636 à 1647, il y a eu dans la colonie une douzaine de tabellions.

L’incendie de 1640, en réduisant en cendres les archives de l'Eglise et les papiers du greffe, nous a enlevé malheureusement une foule de documents précieux qui auraient jeté de la lumière sur cette obscure question. Près de dix années du greffe d'Audouard sont disparues.

Quand on ne sait pas encore où se trouvait la chapelle de Champlain, dans laquelle fut enterré le pre-

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mier gouverneur de la colonie, quand il a fallu des années de recherches aux abbés Casgrain et Laverdière pour découvrir le site de l’église de Notre-Dame de Recouvrance, il n’y a rien d'étonnant si l’on ignore celui de la maison de Malte.

Est-ce que l’on pourrait nous dire où se trouvait la fontaine de Champlain dont parlent tous les vienx écrits ? où le buste du roi élevé à la Basse-Ville en 1686 ?

Au greffe de Tronquet, tabellion garde-notes qui fut secrétaire de Montmagny, on a trouvé à la date du 19 octobre 1646 un marché entre les habitants de Québec représentés par Jean Bourdon, ingénieur et

arpenteur, et certains ouvriers pour ‘“ revelir de murailles un bastion qui est au bas de l’allée du Montcarmel dépendant du fort Saint Louis de Québeq dont un des flancs est opposé à la porte du fort, de quatre toises de

longs sur douze pieds de hauteur.

C’est la seule note qui nous reste au sujet de la construction des dépendances du fort Saint-Louis. On remarquera que ce sont les habitants de la Nouvelle France, et non le gouverneur représentant la compa-

gnie des Cent Associés, qui signent ce contrat.

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Nous notons aussi en passant que ce bastion s'élève au bas d’une allée qui porte encore aujourd’hui le nom de Mont-Carmel. Ce Mont-Carmel est l'élévation rocheuse que l’on voit en arrière de l’ancien hôpital militaire. On y avait construit un moulin à vent. (1)

La Religion de Malte avait un sous-ordre qui portait le nom d'ordre du Montcarmel. C'est Montmagny évidemment qui baptisa la rue qui longe le côté nord-est du Jardin du Fort.

Si nous n'avions que le témoignage de l'écrivain inconnu de l'American Gazelleer pour nous faire croire à l'existence d’une maison de Malte à Québec, nous arvouons qu'il ne pèserait pas dans la balance.

Ce n’est pas la première fois qu'une erreur trouve l'hospitalité dans un récit de voyage. Les voyageurs nous ont habitués à leurs bévues. Celui qui nous occupe dans le moment ne parait pas très renseigné au reste sur les affaires de Québec, puisqu'il dit que c’est au château Saint Louis que se tenait le grand conseil de la Caroline.

Melius est non habere litulum quèm habere vitiosum.

(1) P'an de Québec eu 1690,

Si ce vieux brocart de droit est vrai pour la propriété, il l’est aussi pour l’histoire. Il vaut mieux ne pas citer de documents lorsqu'on les puise à des sources suspectes.

Nous avouons cependant que le témoignage de Knox nous parait plus sérieux. Le capitaine Knox a tenu garnison dans Québec après la capitulation. Il y a vécu. Il a été à même de se renseigner.

Son récit d'ordinaire très détaillé est toujours exact. Pourquoi nous aurait-il parlé d’une maison inachevée des Chevaliers-Hospitaliers si elle n’eut pas existée ?

Le capitaine Knox, dira-t-on, passant près de l’Hôtel-Dieu, et entendant dire que ce superbe édifice était habité par des Hospitalières, n’aurait-il pas confondu par hasard les bonnes religieuses avec les anciens chevaliers qui portaient primitivement le seul nom d’'Hospitaliers ? L'ordre, à l’origine, ne se partageait-il pas en deux classes: les Hospitaliers et Hospitalières ?

Knox n’a pu commettre cette erreur, car dans la suite de son récit il nous parle de l’'Hôtel-Dieu et des religieuses qui l’habitent. À

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constances pour nous permettre de dire que l'indication de Knox est parfaitement corroborée.

Il nous reste maintenant à étudier si un prieuré des chevaliers de Saint Jean de Jérusalem a existé dans Québec.

Le fait qu'il existait à Québec une maison appartenant à l’ordre de Malte n'implique pas nécessairement qu'un prieuré des Chevaliers y fut établi.

Le mot prieuré a dans notre langue plusieurs significations. Dans un ordre militaire ou religieux il veut dire : 1° L'une des grandes divisions ou communautésmères de l’ordre avec les bénéfices qui y sont attachés: 2° La maison habitée par le prieur.

Dans le premier cas, l'anglais traduit prieuré: priory. Quand il veut parler du prieuré en tant que maison il se sert du mot composé prior’s house.

On ne peut se rattacher au texte des deux écrivains que nous commentons pour croire à l'existence de ce

prieuré des Chevaliers de Saint Jean de Jérusalem.

L'American Gazetteer et Knox disent : House of Knights. Le mot House ne veut pas dire prieuré.

Jependant, comme la question a été posée, il faut la résoudre.

L'histoire des Chevaliers de Malte, les constilutions de cet ordre illustre, les annales canadiennes sont là pour nous donner réponse.

L'ordre de Malte était composé de huit langues ou nations : Provence, Auvergne, France, Italie, Aragon, Allemagne, Castille et Angleterre. Chaque langue était subdivisée en prieurés, ceux-ci en bailliages et les baïilliages en commanderies. À chacune de ces charges honorifiques étaient attachés des bénéfices, des seigneuries, des fiefs et des revenus souvent princiers. C'est ainsi qu’on accorda à Noël Brulart de Sillery, qui s'était distingué dans plusieurs rencontres, la commanderie de Troyes qui rapportait alors 40,000 livres annuellement.

La langue de Provence comprenait les prieurés de Saint Gilles et de Toulouse et le bailliage de Manosque. Celle d'Auvergne était composée du prieuré d'Auvergne et du bailliage de Bourganeuf. La langue de France possédait trois grands prieurés, ceux de France, d'Aquitaine, de Champagne, et deux bailliages

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dont les titulaires étaient le commandeur de Saint- Jean-en-l'Ile, près de Corbeil, et le commandeur de Saint-Jean de Latran à Paris.

Est-il possible que les annales de l’ordre, qui donnent la liste des possessions et bénéfices, n'auraient pas mentionné le prieuré, le bailliage ou la commanderie de Québec ?

Au reste, combien de Canadiens auraient pu faire preuve des qualités requises pour être sacré chevalier de Malte ?

Les membres sont divisés en trois classes : les chevaliers, les chapelains, et les servants d'armes. Pour être sacré chevalier, il ne suffit pas d’être noble, il faut prouver sept quartiers de noblesse du côté paternel et autant du côté maternel. Les chapelains et les servants d'armes doivent prouver qu'ils sont nés de parents honorables, et qui ne se sont point mêlés d'arts et de professions mécaniques on basses.

Aux origines du pays, comment choisir les titulaires quand c’est tout au plus si, pendant le siècle et demi de régime français, on peuttrouver en Canada vingtcinq familles nobles régulièrement inscrites à l’armorial de France ? Des trois vœux sacramentels que l'Ordre: exigeait, nous n’en connaissons qu’un seul

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que nos ancêtres auraient pu faire en toute sureté de conscience c'est celui de pauvreté.

Un prieuré suppose toute une organisation : des bailliages, des commanderies, des chevaliers, des chapelains, des servants-d’'armes, aspirants, donnats et demicroix. Comment recruter ces dignitaires ? Dans ces temps de chevalerie, où l’on tenait si fort à ses titres, comment se fait-il que dans les vieux documents, personne ne prend qualité de prieur, baïlli, commandeur ou simple demi-croix ?

En supposant qu'une commanderie—dernier échelon des établissements de l’ordre—eut été fondée à Québec, où sont les bénifices, les fiefs ou seigneuries attachés à cette dignité ? Nos régistres de foi et hommage, nos papiers-censiers gardent là-dessus le plus parfait silence.

L'ordonnance ou code civil de Louis XIV, donné à Saint-Germain en Laye, au mois d'avril 1667, enrégistré au Conseil Supérieur à Québec en 1678, dit à l'article XVII :

“# Les grands Prieurs de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem seront tenus dans l’an et jour de la profes-

sion faite de nos sujets dans l’ordre de faire enrégis-

trer l’acte de profession, et à cette fin enjoignons au

reté de

n : des les chaet demians ces s titres, iments, mman-

r échendée à neuries et homle plus

donné à [, enré- B, dit à

Jean de profes- >nrégisons au

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