XX. U aaipût en ie73, 4 Màait^keBorgMi pria de
(i) DoriTaly Deêcription de /a Lorroinâ ei du Barrois, U I, p. 106. Digot, ff. de l., Yl, 251-384.
fS4 LA LOTHARimiB
Coaunerey, Dom Galmet, ce puits d*éradition dont les ouvrages vivront autant que la science sacrée elle-même, c'est-è-dire jusqu'aux derniers âges, puisque FEglise aura toujours les intelligences à illuminer aux splendeurs de sa doctrine, des préjugés à dissiper, des sophismes à confondre, des erreurs à redresser, une fausse philosophie à démasquer. Son nom devint bientôt européen. Il est le père de Thistoire de la Lorraine. Malgré des contradictions qu*il faut attribuer à la multitude des collaborateurs qu*il fut obligé d*employer, il a jeté sur les annales de ce pays les plus vives et les plus pénétrantes lumières. On sait aussi que les ciseaux de la censure française taillèrent, sans pitié ni merci, dans les trois premiers volumes de son histoire , quarante-cinq feuillets formant cent quatre-vingts colonnes, comme renfermant des passages injurieux à la France, et qu*ainsi le célèbre bénédictin ne fut pas libre de dire tout ce qu*il savait. Lui aussi, il eut à Senones la visite de Voltaire qui ne put lui refuser le respect que sa vertu» rétendue de ses lumières et sa rare modestie méritaient. Hais rhôte hypocrite n'avait d'autre but que d'engager les Bénédictins de Senones à lui préparer des matériaux pour VE$$ai $ur le$ mtBurs et Vesprii des nations dont il s^occupait alors, et d'user plus à loisir de leur BibKo* thèque, « les faisant monter sur l'échelle pour lui dénicher un livre ou pour lui montrer la page dont il avait besoin (i). » — En même temps, il dénigrait dans ses lettres ceux dont il mangeait le pain, se riant du Benedieiifj disant que l'imagination de Dom Calmet baissaii^ appelant ses livres d^anliquei fatras^ des passe-temps^ nouvelle preuve de la dignité de son caractère, de l'élévation de ses sentiments. Voltaire parut néanmoins se repentir plus tard d'avoir déchiré à belles dents ceux de rhospitalité desquels il avait si largement usé et si indi
(\)LettrtduHjfUniTSJ.
ou LES CHARTRBUX EN LORRAINE. 135
gnement abusé. A la mort de Dom Galmei, il improvisa ces vers qui furent gravés au-dessous du portrait du célèbre commentateur de la Bible :
D«8 oncles sacrés que Diea daigna nous rendre,
Son travail assidu perça robscoritéy
Il fit plosy il les crut avec simplicité,
El fot par ses vérins digne de les entendre.
Dom Calmet mourut à Fàge de quatre-vingt-six ans, estimé de tous ceux qui l'avaient connu, pleuré par la Congrégation savante dont il avait été la lumière et dont il est encore la gloire. Il s*était lui-même composé cette épitaphe :
Frater AcGusTiNUS Calmet
NATIONE GALLCSy REL1GI0NE CATHOLICO-ROMANUS, PROFESSIONS HONACHUS, NOMINE ABBAS, MULTUH LE61T, SGRIPSIT, ORAVIT, UTINAM BENE !
XXI. Là naquit Richier (Ligier), sculpteur célèbre qui animant la pierre au souffle de son inspiration, la fit parler avec toute r éloquence dont elle est susceptible. Il donnait tant de vie à ses œuvres que les cbiens aboyaient en voyant les animaux sortis de son ciseau. Il a été surnommé le Michel-Ange du Nord ; son chef-d'œuvre est un Saint-Sépulcre conservé dans une église de Saint- Mihiel. Rien de plus saisissant, de plus émouvant. C'est une prédication en pierre. Toute parole est froide quand il s'agit d'en redire la vie et l'expression ; il faut le voir pour s'en faire l'idée et quand on le considère on est bientôt comme irrésistiblement absorbé. On voulut, au commencement de ce siècle, transporter à Paris le grand œuvre de Richier, mais fort heureusement pour la Lorraine, l'entreprise fut jugée impossible. Au-dessus de remplacement du Sépulcre on lit ces deux vers dont nul visiteur n'a jamais contesté la vérité :
|i$ U iOTHAaiKQtt
Quiêquii adei, êanetum Christi mirare êepulchmm, Sanetitu aï nuihtm putchritu oHrit habet. Passant de Jésos-ChrUt admin M tanbtaa»
U en fat un ploa saint, mais jamais on plus beau.
Nul doute que si Riehier avait créé son chef-d^œuvre autre part que dans une ville obscure et ignorée, son nom ne fût célèbre dans tout Tunivers.
XXH. ià naquit riUustre Guinet, avocat élotpwnt, jiirisooiiBHlte profond. Son amour po«r la juatioe étaM lai qu*fl avait pria pour devise de sa vie oeite maisat hnmt^ lée par hn-^niéme : Fut jds adt perbat wiuoay -^ QfH le droit triomphe ou que le monde périsse. — Il prétail gn^ tuitementrappui de son éloquence aux orphelins, aux vieillards, aux pauvres, et faisait porter dans la demeure des malades et des infirmes une partie des aliments préparés pour sa propre table. Averti par de violentes douleurs qu'il allait bientôt être délivré du fardeau de la vie, et passer dans un monde meilleur, il fit venir le médecin de rame avant de recourir à celui du corps, et, comme celui-ci s*en plaignait, Guinet, qui comprenait la prééminence de Tesprît sur la chair, de Féternité sur le temps, lui répondit : « Certaines affaires se font indifféremment » ou plus tôt ou plus tard, mais Taffaire des affaires doit » passer avant toutes les autres, et, d'ailleurs, ne Foubliez > pas, les édits de nos ducs vous défendent à vous, méde- » cins, de visiter pour la troisième fois un malade sans » lui avoir procuré le bonheur de recevoir la divine Eu- » charistie({). ■
XXin. Là naquit Callot, le premier graveur de Funivers. Il se déroba deux fois à sa famille pour aller étudier en Italie, et comme la misère Tavait forcé de s'associer à une bande de bohémiens, il puisa en leur compagnie
(1) Snni, Clarissime Domine, certa negotia qa« matarins ni tardios fieri (pieant, at hoc negotiom negotlornm pnestat nntorîas qoam tardios tbsel- Tere. Calmet, Bibl. larr,, c4. It8-4ê0.
oc LES CaAATBVDX BN VORBAIRB. 1S7
rîoapiratioii de ces ocmibreux grotesques qu*il eut dass la suite reproduire avec taai d*art, eomoie ea se j«iMil el par naaière de passo^emps. Il faut en efiet se garder de eroire qu*U ii*aii pas produit autre ebose. U s^eierça sur des sqj^ts historiques et sacrés* Des MaoretZr pftrlanA du talent de cet artiste lorrain a dit : < Quelle fierté dana ce chef de guerre 1 Quelle charité dans ce religieia qui exhorte un patient à la mort ! Remarquez le beau maintien de cette dame, Téléf anee de son Cavalier en oontraste avec Tattitude humiliée du pauvre qui soUieite leur pitié. El cet Enfant Prodigue ! n'est-il pas auasl noUe quand il prend congé de son père, qull est dégradé quand il revient implorer son pardon (i) ? » FeUer a dit aussi, à la louange de Gallot : « Peraonne a*a possédé à un plus haut degré le talent de ramasser dans un petit espaee une infinité de figures et de représenter dans deux ou trois coups de burin Taction, la dé* «arche» le caractère particulier de chaque personnage. La variété, la naïveté, Tesprit, la finesse caractériseat son burin. Ses Fotres, [ses Suppliées^ ses Miêéres de Al guerre^ ses Stéfes, ses Vies, sa grande et sa petite Pa^ «îo» , son Ewmtailf son Parlerre, sa Tentation de eëinê Aniomej sa (7oiit;erstoii de $ain$ Paul seront admirés et reehercbés tant quMl y aura des curieux (2). » Par un keureux aecord que Ton ne rencontre pas toujours, le eanuatire et le génie étaient chez Gallot à la hauteur Ftin de Pantre. Un trait suffit pour peindre son patriotisme. Laïuia XIII, étant Mtrè en vainqueur à Nancy, pressa CaHot dlmmortaliser par la gravure cette facile et peu glo* pieuse conquête, mais OnUbt répondit avec fierté : « Sire, » je suis Lorrain et jamais je ne ferai quelque chose de » contraire à Fhonneur de mon prince, » et comme les courtisans irrités de son refus parlaient de le contraindre
(2) Diction. Art. Gallot.
ISS LA LOTHARIIIGIB
à exécuter ce que le roi lui demandait. « J*aiinerais mieux^ > leur dit-il ; me couper le pouce » ce que le roi apprenanty s*écria : c Monsieur le duc de Lorraine est bien- » heureux d'avoir de tels s^jets. » Le nombre des compositions de Callot, qui s*élève à quatorze ou quinze cents pièces, parait fabuleux quand on pense que le célèbre graveur mourut à Tâge de 42 ans et que chacune d'elles est tellement parfaite qu'il serait très-difficile de décerner une palme incontestée à celle-ci plutétqu'à celle-là (i).
XXIV. Là naquit Gilbert. Alors que son astre se levii sur le monde, la bande impure des Encyclopédistes travaillait à écraser Vinfàmey recourant pour cela, tantôt aux armes déloyales de la calomnie, tantôt à la raillerie légère, au souris moqueur, entassant les assertions les plus monstrueuses, comme les géants, c'est-à-dire les démons, entassaient montagne sur montagne pour escalader le ciel et détrôner Dieu. Toutes les passions les plus basses et les plus honteuses, mises en jeu, étaient déchaînées contre l'Eglise, comme au temps de la réforme dont le philosophisme du dix-huitième siècle fut l'enfant naturel. Or Gilbert, loin de se laisser entraîner au torrent, loin d'arborer le drapeau de ceux qui, placés au faite de Topinion, distribuaient la renommée et la gloire, resta fidèle à son baptême, et mettant à nu les philosophes dont il repoussa les offres séduisantes, aima mieux mourir pauvre et délaissé que de forfaire à sa foi, en pactisant avec le mensonge. Son Dix-Huitième iiécle est plein de verve. Sa Fin du poêle abandonné arrache des larmes aux âmes les moins sensibles. Citons, pour donner une idée de son génie, les vers dans lesquels il flagelle les écrivains philosophistes du XYUI'' siècle :
0 malhenreox Tsatear doot la plone élégtnto Se montre encore du ;oût sage et fidèle amante,
(1) Heaume. Hecherchei iur la vie et le» ouvragée de Jaequêê Cft/- !•(., paasim, et p. 62-63.
ou LBS CHARTRBDX EN LORRAINE. IS^
Qui, rempli d*QDe Boble et constante fierté,
D«dai0Yi« un nom fameux par Tintri^e acheté
Et n'ajFant pour preneurs que aes muets ouvrages
Veut par a%s talents seuls enlever les suffrages.
Vais trois fois plus heureux le jeune homme prudent
Qui de ces novateurs enthousiaste ardent
Abjure la raison, pour eux la sacrifie.
Soldat sous les drapeaux de la philosophie.
D'abord comme un prodige on le prône partout,
H nous vante, en effet, c'est un homme de goût.
Sou ehef-Hl'œuvre est toujours récrit qui vient d'éclore.
On récite déjà les vers qu'il fait encore.
Qn'il est beau de le voir de dînes en dînes.
Officieux lecteur de ces vers nouveaux-nés.
Promener ehex les grands sa muse bien nourrie !
Paraît-il ? on l'embrasse ; il parle, on se récrie ;
Fût-il nu Dorosoy tout Paris l'applaudit.
C'est un auteur divin, car nos dames l'ont dit.
La marquise, le duc, pour lui tout est libraire,
0e riches pensions on l'accable et Voltaire
Du titre de génie a soin de l'honorer
Par lettres qu'au Mercure il fait enregistrer.
XXY. Là naquit Saint-Lambert qui, dans son poème des Saisons^ eut le bon esprit de cultiver la poésie de la nalure, qui est Tœuvre de Dieu, et de rompre ainsi avec la mythologie qui est Tœuvre des passions et dont la tyrannie, grâce à la renaissance, comprima le développement de la Littérature nationale qui aurait trouvé mieux dans les annales de notre propre patrie, que dans les récits toujours fabuleux et par fois si ridicules et si grotesques empruntés aux traditions des Grecs et des Romains. Dieu, puis la nature qui est son œuvre dans Tordre de la création, puis le christianisme qui est son œuvre dans Tordre de la déification et de la rédemption, tels sont les thèmes les seuls vrais, les seuls dignes du génie poétique, depuis que la croix a été plantée sur le Calvaire ; le reste n*est qtt*une servile imitation du passé, une protestation contre Tesprît national et chrétien, un dédain de ce que nous devons admirer et aimer avant tout, une fausse route qui nous fait reculer de vingt siècles dans le passé, sans que
LA LOtHAMiroa
nous tenions compte de la lumière de TEvangile et des progrès qui se sont aceomplis sous rioÙuenee de Fesprit inoculé au genre Imnaia par le Gtirist ; que dirai-je, le reste est un anachronisme de dtx-huit siècles. « Chacun sait, » dit H. de Dumast^à quel point s*élail perdu le sentiment
• de la beauté rurale, naturelle ; pas iiii homme du dix- » septième siècle n'en soupçonna seulement Texistence. » Aucun poète n'aurait mentionné les toréts, sinon pour
> y placer des $ylvmn$ ou des fmme$ ; on ne se tût jamais
> permis de voir dans les rivières ou les ruisseaux, autre » chose que des urnes ou des naîadeêf ni de désigner la » mer autrement que sous le nom i'AmtMiritêj tant on
• vivait persuadé, selon ta célèbre profession de foi du
• grand Corneille :
Que la nature entière avec toat son éda(.
Sans rOIympe et ses dieux n^ôlfre rien <|ue de pltC.
» Or, contre le stupide esclavage qu*avijit enfin étiMt ce » faux goût, qui donc allait enfin s'nsorger t Un enfanc » de Nancy. Le marquis de Sainfr-Lambert» officier aiut » gardes lorraines, fut Vbomme qui osa roflapre h glac^. * Créateur de la poétie dcêcriptive^ Saint-Lambert parvint Ê à gagner, en la plaidant en beaux versi la owse no»*
> seulement des paysages» mai» aussi, disons-le pour son p juste éloge, celle des paysans, alors encore smunî^ à 9 bien des chargea et des gènes. Lancé soua une ferme » éloque&te et dotise, mais fui n'en fut que plus effionee»
> le premier erî pour oblonir TaboHitott de la ssrv^ est 9 parti de Nancy (I). « Nous r^retions vivemeM <pi0 ku bornes que nous nous sommes présentes ne nom per*^ mettent pas de dter quelques vers de SainlrLamberl^ pour donner une idée de sou genre, oomme nous Vavoas
(1) Ce que futjadiê ta Lorraine et €é qu*éHéé$ieHcùrêâi^9fgNtlmi^ ». t»4M.
ou LES OIARTIIEUX EU LORRAINE. lit
ffth pour soir compatriote et son contemporam Gilbert. léRt h Lomiike noBs apparait dans Iliistoire. Elletat une terre fereRe en grands savants, en grands artistes, en grands liommes, en grands caractères, en grands héros, en grands eapîtarnes, en grands princes et en grands safnis. Intervenant depuis quatorze siâcfes dans la pofitique générale de l'Europe, elfe iait partie de la trame de TMsteire nnivierselie , se trouve mêlée à toutes les grandes affaires de la efarélientè et placée même à letrr limon, loin de rester confinée en elle-même. Rien de granti ne s'est fait sans qn*eHe ne fût là. Elle a refoulé la Imrlmrie en contribuant, en la personne de saint Védast, à l'hrstructlon chrétienne et au baptême de Glovis, le premier roi barbare qui devint chrétien catholique, ainsi que son peuple, par un acte de foi sur un champ de batoHte, comme on Ta dit. Elle a refoulé le mahomé* tisme et l'abrutissement oriental, au midi d'abord, en lïi personne de Charles Martel, à l'orient ensuite, en la personne de Godefroi de Bouillon. Elle a créé ta puissance teroporeRe et la puissance politique de fEglise, en créant les Etats du Sainl-Siége et Tempire d*Occident, en la personne de Gharlemagne, qui donna sa dernière et solide osmffe à ta papauté^ en tant qu'elle a besoin dans le monde d\m point d'appui matériel, d'un centre d'opération. Elle a refoulé les Anglais et leur anglicanisme futur, en la personne de Jeanne d'Arc, et par là rendu b elle-même la France qui a joué un si grand rôle dans le monde. Elle a refoulé le luthéranisme et le calvinisme^ en se Jetant à travers de rAlIcmagne devenue Infidèle ; elîe a refoulé le jansénisme, se faisant amsi lé chevalier de toutes les saintes causes, payant à la fbis, pour les foire triompher, de sa parole, de son or, de son épée, de sa tranquillité, de son sang et de sa vie. Ella n^ eu pour adversaires qua les adversaires du Cbvist ei de l'Eglise, les sectaires en qui sa fermeté pour la foi exeitait une rage de Satan, et dont les calomnies contre
143 LA LOTHABINGIE
le nom lorrain n*ont été colportées que par une foule ignare d'écrivains routiniers, qui restaient étrangers aux sources de Thistoire et ne savaient faire mieux» gent moulonniëre» que de redire ce qui avait été dit par des devanciers très - peu scrupuleux à Fendroit du mensonge et versés dans Vart perfide de la calomnie. Son commerce prospère échangeait à Saint-Nicolas, alors que le pèlerinage florissait , les marchandises et les monnaies de toute TEurope. Sa brillante Université attirait du fond de l'Angleterre et de la Russie même, des maîtres et des auditeurs (1). Les pompes de sa cour étaient d'une magnificence royale. Elle eut l'insigne bonne fortune d'être gouvernée par une succession de souverains telle qu'on en chercherait vainement une semblable ailleurs, dans les fastes des grandes et des petites monarchies, n'ayant eu pendant l'espace de sept siècles que quelques princes faibles ou incapables. Son peuple était remarquable, et par sa foi qui ne connaissant ni défaillance ni défaite, le fit rester constamment fidèle aux traditions reçues des ancêtres, et par son dévouement sans bornes à sa dynastie et au sol natal, et par son courage militaire, et par son amour du droit et de la liberté, et par son àpreté au travail qui féconde le sol et en extrait la richesse, à tel point que La Ferté, nommé en 1643 gouverneur de la Lorraine, au nom du roi de France, fut obligé de dire que « pour rui- » ner les Lorrains, il fallait leur couper les bras (2). » Elle sut, quoique placée entre deux grands Etats, toujours rivaux et souvent en guerre, la France et rAllemagne, se suffire à elle-même, conserver sa nationalité et son indépendance pendant des siècles, résistant à la violence et à la ruse, se donnant partout et toujours et laissant dans l'histoire d'impérissables souvenirs. Nous le deman-
(1) Et ab extremà Riissia confluentes. Anon. ap. D. CalmeU Bihlioih^ Lorr., p. ^17.
(2) D. Calmet, iï. de L, liv. XXXVII, n. 144.
ou LES CHARTRBDX EN LORRAINE. 143
doDS, la Lorraine n*aura-t-eUe point droit à Vadmiration de la postérité^ tout le temps qu'il y aura des hommes pour admirer la fierté qui ne s'abaisse pas devant les insolences de la tyrannie, la générosité chevaleresque, le désintéressement qui se dévoue pour se dévouer, qui accomplit le devoir pour le devoir, en s'inspirant de cette noble et immortelle devise : Faire ce que doisj advienne que pourra ?
N'est-il pas à déplorer que dans les séminaires, les lycées, les collèges et autres établissements privés ou publics d'instruction primaire et secondaire, on nous fasse étudier longuement les Grecs et les Romains, voire même les Chinois, et qu'on nous laisse dans une ignorance crasse des annales de nos ancêtres, de l'histoire du pays où nous avons reçu le jour, où nous sommes appelés & vivre, h combattre, à mourir ? Pourquoi aller chercher si loin des modèles de vertu, lorsque nous en trouvons de si accomplis dans nos propres fastes ? Pourquoi aller mendier lorsque nous sommes si riches? Ne pouvonsnous pas, en effet, nous écrier après ce que nous avons dit brièvement : Sans la Lorraine, où en serait la France ? où en serait l'Europe ? où en serait le monde ? On a compté jusqu'à quarante-neuf initiatives prises par le noble peuple Lorrain.
Le Père Lacordaire a dit, en parlant du royaume auquel Lothaire a donné son nom : « En quelle terre l'héroisme des fortes vertus avait-il mieux pris racine et donné ses fruits ? Quel royaume avait reçu de Dieu une dynastie plus imperturbablement féconde en princes justes, bienveillants, hospitaliers, merveilleux dans la guerre et faisant mieux de la paix le repos magnifique d'une nation ? Que si l'heure était venue où Tépée des forts n^avait plus de contrepoids dans le souvenir des services et l'immortalité des droits, du moins fallait-il descendre avec honneur du rang des nations et laisser à la postérité un de ces tombeaux où elle vient et où elle
444 LA LOTHimmGTfi
ddmire ce qui se peut pour la glaire, quand rien ne se peut pour le salut (i). »
M. de Saint-Mauris a dit aussi : t Si Ton veut connaître la Taleur morale d*un peuple et la place qu*il mérice d'occuper dans Thistoire , il faut chercher d'abord quelles ont été ses croyances. En appliquant œ principe à la petite nation qui est Tobjet de notre étude, on trouvera que son esprit, ses tendances, ses aspirations à toutes les dates de son passé, se résument dans un mot d*une haute signification, celui de catholique. Cest Ift le trait caractéristique de la Lorraine. Avant tout et toujours, elle a été éminemment catholique. Depuis le ; moment où son nom apparaît pour la première fofs,^ sous les Carlovingiens, jusqu'à celui où il ne désigné plus qu'une province de la monarchie française ; depuis la première Croisade à laquelle un duc de Lorraine attache son nom glorieux jusqu'à la dernière, conduite non moins glorieusement par le duc Charles V, le souffle puissant du catholicisme a constamment animé les populations lorraines, au point de leur imprimer, i de certaines époques, une force d^expansion ou de résistance bien supérieure à leur force numérique. Voilà pourquoi, malgré son étroite circonscription, la Lorraine est mêlée à tous les grands événements de rhlstoire et s*y montre parfois sur le premier plan. Elle joue un des rôles les plus brillants dans la grande épopée des Croisades. Au XY* siècle, elle abat la puissance bourguignonne. Dans le siècle suivant, lorsqu*arrive Ta réforme, et avec elle le déchirement de Funité religieuse de rEurope, c*est dans les anciens duchés de haute et basse Lorraine que Thérésie rencontre une barrière invincible. Aujourd'hui même, les peuples de ces contrées, Lorrains et Belges, n*offrent-ils pas, en dépit de tant de révolutions, les vestiges reconnaissa*-
(1) Panégyriq. du B, P. PourUr.
ou LES CHARTREUX EN LORRAINE. 445
» bles de leur glorieux passé ? Placés comme à dessein » en regard des forces les plus expansives du protestan- » Usme, il semble qu*ils aient reçu d'en haut la mission » d^opposer une digue à renvahissement des doctrines • dissolvantes. Tel est, croyons-nous, le point de vue d'où » il faut embrasser les annales lorraines, si Ton veut ne » rien perdre de leur enseignement (i). >
Si, malgré la haute mission providenUelle qui lui a été confiée et la fidélité avec laquelle elle a répondu à sa vocation, la Lorraine n'occupe pas dans l'histoire écrite le rang qui lui advient, c'est qu'ayant eu des hommes d*Etat, des hommes de guerre, des hommes de loi, des hommes d*art, elle n'a pas eu, comme on l'a fait observer, des hommes de littérature ; c'est qu'ayant manié l'épée, te code, le ciseau, le pinceau, le burin, elle négligea la plume. Pour parvenir à la renommée, à l'immortalité terrestre, il faut un Homère, fût-on un Achille ; il faut un Quinte-Gurce, fut-on un Alexandre. « Heureux les peu- « j^es, a dit Salluste, qui ont su non-seulement accom- » pilr de belles actions, mais encore les raconter ! »
Après cet aperçu, nous nltésitons pas à le répéter, s*il fut une terre digne d'accueillir les fils de saint Bruno, une terre dans laquelle les Chartreux pussent dignement s'établir , c'est la terre de Lorraine. Aussi , la Providence voulut-elle que l'Ordre Cartusien fleurit sur le sol Lotharingien. Il y fut appelé par Marguerite de Bavière, épouse du duc Charles IL Ce prince, élevé à la cour de France et rompu au métier des armes, n'avait ^e vingt-cinq ans lorsqu il monta sur le trône. On le vit pendant près de dix ans, bien que chef d'un petit Etat perdu pour ainsi dire au milieu de l'Europe, se lancer dans une Croisade contre Tunis , entreprise par les Génois, sous le commandement du duc de Bourbon. On
(1) Eludei hiêtoriguei sur l'ancienne Lorraine, V l, ch. U, p. ilS-119.
44S LA L0THÀtlI)f6IE OU LES CËARTREUX &N LORRAINE.
jésuite, dans son livre intitulé La Bavière sainte (i). Tièl est le premier établissement des Chartreux en Lorraine;. Nul doute que ce ne fut pour notre pays une heureuse acquisition que celle de ceâ religieux dont il a été dit par le cardinal Bbna : « Les Chartreux sont les miracles du monde. Ils vivent dans la chair comme n*en ayant pas. Ce sont des anges qui sur la terre représentent Jean-Baptiste dans le désert, ils font le principal ornement de Tépouse de Jésus-Christ. Ce sont des aigles qui prennent leur essor vers le ciel, leur Institut est avec raison placé avant tous tes autres (2). é
Alberon, dans sa Lettre au pape Innocent, a dit aussi : Alors sortit de la sainte école du vénérable Bruno, la Religion jusqu'alors sans précédent des Chartreux qui vivent dans la chair sans tenir de la chair, chose étrange pour les mortels ! Elle nous fait voir les anges sur la terre, Tapètre Paul dans le paradis, Jean- Baptiste et Paul Termite flans le désert. C«e n*est pas trop dire que d'appeler cet Institttt la fleur du monde (5). > La Chartreuse de Rethel était un germe fécond d'avenir, car les Chartreuses de Sainte^Anne et de BosservHle devaient en émaner sous le règne du duc Charles IV, i)ui cfn Tût lé généreux fondateur et dont H nous faut paiter.
(I) Baoaria nneta^ itHBff, 1. 111, sens le titre De Bêàta Margarita. Cf. Le P. Arthur de Monstier, Sacrum gffnecmum, 27 Aag.; Digot, H.deL,, L U» p. ZHO ; Saint-iifauris, Etudes, 1. 1, p. S08-209 ; Notice êur Marguerite de Bavière, par M. l'abbé CuHqae. Metz, 1S64.
<3) De divina Pealmodia, g. XVHI, % 5, p. 897.
(5) Deimie cartkasiafia iUa Religio, inoodo haeienos inaudita de sanc» lissima schola Reverendissimi Branonis processit, que in came extra eâ'rnèm inaolîto moruIibti more vîvendo, angelos in terra, Panlau apostcK Itim In P^aradifto, Joaînnem BapUsUm et Paulam eremitam In dcBorto nobii hodiè représentât, nt merito kane Religionem Florem mundi nomines. In Hiêtoria epiêcopwrum Virdunenê. à Bercario. Ap. Calmet, feT. de L.f t. II. Prennes p. 50.
Charles IV.ducde Lorraine, S^afondé la Chartreuse de Nancy, lan de grâce i632.