OD LES CHARTBBUX BIT LORRAINS
imufayiilé relative, alors que la France et rAliemagne étaient en proie aux guerres de religion. Charles m att soin aussi d'entrer dans la Ligue dont il fût nommé le Uemenuit général et dont nous parlerons bientôt eoBune d'une gloire de notre pays. Sous lui, la Lorraine, quoique déjà florissante pendant te régne d^Antoine» parvint au plus haut degré de la prospérité ec de la splendeur. On la citait comme un des plus beaux pays de TEurope, à tel point que Le Tasse, lorsqu'il composa son Parallèle de Clialie et de la Pranee^ 86 crut forcé d'établir que la Péninsule renfermait des provinces comparables à notre patrie : « On s'épuise, 9 dHrily en éloges sur la beauté de la Lorraine et de la » Provence, mais surpasse^t^elle celle des deux rivières » de Gènes, celle de la côte qui borde les mers de Naples B et de la Calabre ? QuHls prononcent ceux qui ont bien » vu et bien parcouru ces différentes contrées (1). »
Chartes DI se fit remarquer par les qualités les plus éminentes. Sa parole était sacrée, et quand il avait dit : « Foi de gentilhomme, » il ne revenait plus sur ce qu'il avait dit, loin de ressembler à tant de disciples de Machiavel qui se Jouent des serments les plus saints en affirmant, au nom de l'Etemel, ce qu'ils n'ont pas dans le cœur. Sa patience et sa bonté étaient si grandes, qu'ayant été attaqué d'une colique néfrétique pendant la nuit, il défendit, parée que le temps était affreux, et bien qu'il éprouvât les plus déchirantes douleurs, que l'on appelât son médedn et attendit le Jour pour recevoir quelque soulagement. Son chirm^en lui ayant ôté une dent saine au lieu de celle qui était malade, il se contenta de lui dire avec une tranquillité toute stoïque : « Vous aviez donc prévu 9 qu'elle se gâterait aussi. > Ayant été légèrement IMessé à la chasse par son favori, Louis de Beauveau, cdui-ei se jeta à ses pieds pour kd demander pardon et Chartes de
(1) Digo^ ibid., Pi un.
ii4 LA LOTHARINGIE
lui dire : « Monsieur de Beauvau, levez-vous, votre dour
> leur m*afflige plus que le danger que j'ai couru. » Le feu ayant pris un jour à un bâtiment du palais, le maréchal deSalm saisit le domestique qui était la cause de Tincendie et le frappa violemment; mais le duc s*écria: « Laissez cet » homme, il m*a rendu service, demain j*aurais fait abat-
> tre ee bâtiment qui me déplaisait (i). > Très-religieux, il se faisait un devoir d*assister tous les jours à la sainte Messe, à tel point qu*il n*y manqua qu'une seule fois pendant les douze dernières années de sa vie, et encore parce que se trouvant dans un lieu où sévissait une maladie contagieuse , il ne pouvait entrer dans Féglise sans s'exposer à un péril évident. U édicta des peines trèssévères contre les blasphémateurs. Jamais il ne se permit l'exercice de la chasse les jours de dimanche et de fêtes, qu'il employait presque entièrement au service de Dieu* Sa charité se manifestait en toutes circonstances. Sur le point de comparaître au tribunal du Souverain Juge, du Dieu des justices, il adressa, moribond, à son successeur ces paroles dignes d'être le catéchisme des rois : « Mon » fils, je vais entrer dans la voie de toute chair, aimez et » craignez Dieu sur toutes choses, conservez la concorde » entre vos frères et les princes de votre maison, et la » paix avec vos voisins. Je vous laisse un Etat tranquille, » je vous le recommande et mon pauvre peuple. > Ce fut sans doute pour lui, à ce moment décisif et suprême, une consolation ineffable de pouvoir se rappeler ces paroles du manifeste de la Ligue, qu'il avait fait rédiger :
< La maison de Lorraine n'a Jamais dégénéré ni dévoyé » de la vraie foi catholique romaine.
9 La maison de Lorraine et celle de Bar, — desquelles » il était issu — ont toujours combattu contre les héréti- 9 ques et les Turcs.
> La race de Lorraine est hérédiudrement saine, nette^
(i) Ghe?rier, HUt, de LorraiM, t. IV, p. 2$6-2ff7.
ou LES CHAATRECX EIC LORRAINE. il(
» impollue et immaculée d^aucune hérésie sans excep- » lion (1). »
On fit à Charles III de si magniifiques funérailles que, depuis cette époque, on disait en façon de proverbe : < Les trois plus belles cérémonies à voir au monde, sont le couronnement d*un empereur d'Allemagne, à Francfort, le sacre d'un roi de France, à Reims, et Tenterrement d'un duc de Lorraine, à Nancy (2), »
XIIL Là naquit la Ligue. Nul doute qu'elle ne fut sainte. Elle se constitua à une époque critique où la cour de France, s'étant jetée à corps perdu dans les bras des Huguenots, allait apostasier et, par son apostasie, calviniser et protestantiser le royaume ; elle se constitua offensive et défensive à la fois, pour refouler et extirper l'hérésie, pour maintenir la suprématie au catholicisme dans le royaume très - chrétien. Si son but était sacré, elle était elle-même sacro-sainte comme la guerre qu'elle en» treprit. Nul doute que la Ligue ne fut éminemment nationale, puisqu'elle se proposa la conservation du culte de la nation depuis Glovis, du culte public accepté et voulu librement pour tous ; d'une religion qui avait porté la France dans ses bras, avait fait son éducation, conduit ses drapeaux, inspiré ses soldats, préparé et formé ses grands hommes. Nul doute que la Ligue ne fut légitime: elle se révèle à nous comme le mouvement du peuple tout entier qui sentait le besoin de reprendre lui-même la direction de ses propres affaires, si mal menées par ses souverains, comme une explosion du pays contre son gouvernement qui ne le protégeait point dans ses croyances, e*est-ii-dire dans ce qu'il y a de plus intime et de plus vital au sein de la conscience, au plus profond de Fàme humaine. Aussi la Ligue se répandit-elle comme une
(1) Cartulaire de la BibltQthèque de Nancy, p. 869 et saW.
(2) Dumast, Nancy, Hiitcire et Tableau, p. 4,7, et Digot, H. de £., l.m« ch. IV» 384-401.
lit LA L0THAiUN6»
tmiaéeîde poudre, les assodés Jurant la main sur leg saints Evangiles de défendre une religion qui, oon-seuler ment est émanée du eiel, mais qui encore faisait partie de la constitution politique des peuples au moyen-âge, en était l'artide fondiunental et premier.
Mais à la Lifue il fallait une organisation. Où s'orga^ nisa-tHsUe ? Ep Lorraine. C'est à Nancy, dans la maison de campagne du sieur de Bassompierre, située au milieu du Talion de Boudonville, que fut formée par des personnages éminents de la Lorraine la nouvelle associa» tion catholique que Ton peut appder une nouvelle croisade* C'est à Nancy que plus tard, en 4988, les ligueurs se rémûrent peur signifier au mi Henri m qu'il eût à se déclarer ouvertement et définitivement pour la Ligue, pour le ealboliciame contre le protestantisme, et k ne plus avoir désormais une politique boiteuse, toute d^équivoque, sans plan arrêté, sans principes établis. A la ligue, il follait des chefs. Elle en trouva dans les Guise, œtte noble phalange de héros lorrains dont on disait que les autres princes étaient peuple à c6té d'eus et q^i descendai^t de Claude, duo de Guise et fils di» duo René II que nous avons vu. A la Ligue, il fallait de&. secours, car l'aident est le nerf de toute guerre, mémo^ des guerres saimes^ Les Lorrains, dei^é, noblesse, tier» état, comme on devait dire plus tard, votèrent et payè^ rem volontiers un nouvel impôt pour le grand oeuvm du succès duquel dépendaient le maintien de la religioii et le salui de la patrie, car on combattait en même teiepa pour le foyer et l'autel, prd foei$ ti aris. Les états^éné-i^ raux convoqués au mois de mai dans la ville de Nancy s'empressèrent d'accorder i^ un aide extraordinaire d^ deux écus au soleil sur chaque conduit (ménage) ; S^ un million de francs barrois à payer par le clergé et la noblesse; 3<^ le dixième des grains des ^aj^noi^es apparte* nant aux deux premiers ordres ; 4* trois gros par jour de terre labourée de charrue et ensemencée, deux groa
ou LES CBABVUOX EN iORRAINB. 417
fèit Jour de pté ei im' groi par ]Mr de vigne ; B* le di« xHmt àeê remes constituées ; 6<* enfin le dixième denier du profil des trafiquants (i). Le etergé lofrain» eonyaincu de la grandeur du péril qpe le catltoHelssne ooimdt en iVanee, ne se borna pas à foire les nénies sacrifices <{ue la noblesse et le tiers étaii« Allani beaucoup plue loin^ fl aetorda au due Charles ni, dans Tété de t5M, un don gratuit de einq cent mille francs barrois^ à répartir sur buit années^ à condition toutefois que le Souveraln'^Poi^ lîfe approuverait cette mesute (S). A laLigtie, qui étaH une association catholique, il fallait l'approbation dé FEgliae. Les âuise eurent soin de faire approuver leur œuvre par le pape Grégoire XlU d'abord (3) él ensuite par le pape Sixte-Quint, qui permit de lever en faveur dé la Ligue un décime sur les biens ecclésiastiques. C'est ainsi (pie la Ligue s*appuyait sur les deux extrémités de réchetle sociale : en baut sur la papauté, en bas sur le peuple, catholique jusqu'au fond des entrailles* Telle fut la Ligue« Telle se montra la Lorraine à cette époque critique et décisive pour ses destinées ; elle se sauVa en restant elle-même, elle sauva la France en la makitansM ee qu'elle était, la fille atnée de TEglise et, à ce titre, la première des nations chrétiennes. Aussi, de nos jours, malgré rempire des préjo^ dynastiques, la Ligue a-i» «Ue été vengée de toutes les aecusallona par lesquelles des taisioriens aux gages du césarfsme ou du calvinittne avaient cherché à la noircir. Kerker, parlant du cardinal de Lorraine, a dit : « Il ne peiuvait, il ne devait pas
* bosser Fadministration de PEtat tomber aux mains des
* Bourbons dealers. Leur règne non contesté eût été, > selon toute vraisemblance, en ce moment, la victoire
* du protestantisme en France. Les tenir éloignés des
<1) Digot, m»t. de Lorraine, t. IV, p. 851.
(3) Ctimet, Biblioth. lom. Suppléai., <Dl. 80 «t Bi .
118 iA LOTHARIHGIB
» affairés, même contre le texte de la loi et Tapparenee » du droit, était donc on acte conservateur des lois » fondamentales du royaume, un acte qui sauvegardait h » la fois la religion et Tunité politique de la France (1). » Je sais que Ton a accusé les princes de Lorraine de calculs personnels, d'ambition, de la volonté ferme et arrêtée de supplanter la race affaiblie des Valois, de recueillir la succession de la maison de France. Je n'examinerai pas si c'eût été leur droit d'accepter la couronne de France, à supposer qu'elle leur eût été offerte ; je me contenterai de dire sur ce point que le droit du peuple est plus profond que le droit de ses princes, puisque ce dernier en émane. Je me contenterai de dire que si les rois régnent de ce que l'on a appelé le droit divin, le peuple est l'organe et l'interprète de ce droit et qu'il faut toujours en revenir à l'élection comme à ce qu'il y a de plus premier et de plus radical dans le droit public. Je me contenterai de dire que le grand tort des Guise, aux yeux de bon nombre d'historiens, est de n'avoir pas été de ces catholiques auxquels leur indifférence en matière de religion a fait donner le nom de politiques et qui méritent le nom d'apostats. Quant au . mobile des Guise, ne fut-il pas avant tout pur et désintéressé? Ne se proposèrent-ils pas principalement le règne de Dieu, laissant venir le reste comme par surcroit, ce qui leur était permis? N'eurent-ils pas pour but de « soutenir la liberté de la re- > Ugion cabolique, » comme le dit Edmond Boulay (S) ? François de Guise, qui avait glorieusement défendu Metz contre Gfaarles-Quint, qui avait repris Calais aux Anglais, Ham, Guines et Tbionville sur les Espagnols, François de Guise ne fut-il pas, dans une circonstance officielle, proclamé par le parlement de Paris le comer--
(i) Diction, eneyclop,, art. Lorraine (Charies, cardioaJ de). (2) Coti^onetion da lettrée et dee armée.
ou LES CHARTRBUX E!« LORRAINE. ii9
txUeur de la pairie ? N*accueillU-il pas une tentative d^assassinat par ces paroles dignes de passer à la posté*rite : Si ta religion t^ordonne de m^assassiner» la mienne m'ordonne de te pardonner, paroles si magnanimes que la poésie a cru devoir les reproduire :
Des dieax que noas servons connais la différence. Les tiens t'ont commandé le meurtre et la Tengeance. Et le mien, qaand ton bras vient de m'assassiner, M'ordonne de te plaindre et de te pardonner.
N*est-il pas vrai que les Guise, la liberté de la religion eatholiqne une fois assurée, se retirèrent de la lutte loyalement et sans y revenir par des détours, ainsi que Ta remarqué M. de Dumast dans ces paroles : « Dès qu'il » n'y eut plus de crainte pour le catholicisme en France,
> on vit la droiture austrasienne pardonner à la iQnesse
> gasconne, accepter en entier les faits accomplis ; on vit » la lignée de lorraine, si persévérante dans le souci du » bien, disparaître franchement d'un théâtre où désor- » mais les intérêts chrétiens et sociaux se trouvaient 9 garantis, bien que garantis par d'autres qu'elle. Du » haut de l'immense considération dont il jouissait en » Europe, le grand et bon duc Charles III, le propre chef » de l'illustre maison, voulut, par le mariage de son fils » avec la sœur même du Béarnais à peine converti, 9 amnistier moralement les Bourbons, redevenus enfin » Français et conservateurs (i). >
Quoi qu'on ait pu dire des Guise, il est certain qu'ils représentaient le grand parti de la nation qui était catholique et que par suite ils représentaient le catholicisme: Aussi, en même temps qu'ils furent la terreur d'une cour dégénérée de ses ancêtres et devenue indigne du sceptre et de la couronne, furent-ils les idoles du peuple qui se groupait autour d'eux, les appuyait et les acclamait
(I) Phitoêophie de PHiêtoire de Lorraine, p. S6 et S7.
190 LA LOTHARIRCK
comme les défenseurs de sa foi menacée, de sa eoBacieace opprimée» comme les vengeurs de ses énAiB honteusement et lâchement abandonnés par uaeoeiir dont rattachement aux nouveautés était considérée à juste titre comme une trahison de la Cause ealboU^M^ Et c'est après cela que Ton est assez osé pour dire que la Ligue ne fut qu*un coup monté contre le trône, que les ligueurs n'étaient que des insurgés, que les Guise n'étaient que des conspirateurs. Non ! jamais ! Trois fois non ! Trois fois jamais, excepté pour ceux dont le cœur n'a jamais palpité à la pensée d'un grand dessein, à la vue d'un dévouement généreux, au spectacle de l'abnè* galion et du patriotisme. Quand donc n'écrinHron fiuÈ l'histoire qu'en philosophe et en théologien, plaçant avadt tout le droit naturel et le droit catholique, mesurant tout aux principes et abattant à droite et à gauche dans la forél des préjugés ?
N'oublions pas de citer parmi les ligueurs le prince lorrain Philippe-Emmanuel, duc de Hercœur, soit à cause de ses hauts faits, soit à cause de l'ondson funèbre qu'en fit saint François de Sales, montrant suffisamment par là que la Ligue avait conquis ses suffrages. « Je dis le » duo de Mercosur, ce sont les pat-oies du Saint, un des p remparts de la chrétienté, un des prolecteurs de la foi,
• le guidon du crucifix, terreur des Musulmans et lhhi>-
• métans, exemplaire de charité, bref, la bénédiotion 9 de son siècle I 0 mort, que tu nous prives de grandes > choses (i) t »
Disons enfin, à l'endroit des historiens qui ont é|KMiié contre les Guise l'esprit de la cour et l'esprit de cour, au lieu d'épouser les principes et les principes seub : € Malheur à la politique qui ensevelit le souvenir dés grands hommes ou dénature leurs actions* »
(I) Oraiêon ftmèbre tur le Tréêpoê du Trè9'Btmi, etc., due de JTerconir, proDoncéc le 27 ivrU 1602^ CEnnw, u L td.» 1709. Pwis, 1M5.
ou LES ÛUAtmÈCX EU LORRAINE. 121
XPf. Ut mqaiî à Mireeoort^ en I86S, le B. P. Fourier, qui fut à la fois pasteur d**nies, fondateur d'un Ordre^ la Gongrégalion de Notre-Dame, réformateur d*un autre, les Prémoflirég^ eonseiller de son prinee el de son pays, et qvif selon le mot du P. Lacordaire, « a rassemblé dans » sa personne des souvenirs qui suffiraient à plusieurs » vies illustres (i). » Curé, Fourier rétablit dans sa paroisse de Mattainoourt, quUl avait choisie paroe qu^elle était plus ingrate, Tempire de la religion et des mœurs, qui en avatent presque complètement disparu par suite des Toyages et dea relations avec les pays hérétiques que néeessitflit ie négoce très-actif auquels se livraient les habitants du lieu* lA paroisse était tombée tellement bas que « la mease ne s'entendait qu*aux plus gran-^ des fêtes de Vannée ; à peine se confessait^on à Pà-^ ques, lea fêtes étaient profanées , les autels dépouillés et règUde déserte, tandis que les cabarets et les tavernes regorgeaient tous les jours, ce qui était tellement connu dans tout le voisinage que vulgairement on appelait Mattaineourt la petite Genève (i). > Ses succès dans ie mt^ aiafère furent si complets que H. des Porcelets disait de lui : « Je ne voudrais que cinq prêtres de ce genre pow » changer la face de mon diocèse, un à chaque coin et » l'autre au milieu (S). » Gomme missionnaire, Fourier ramène à la foi le bourg de Badonviller qui avait passé au calvinisme et où il ne resta bientôt plus que le souve^ nir de rhérésie. Comme religieux, il prend rinitiative |MNir la réforme de la vie monastique. Gomme fondateur cf Ordre, il onganise rinstruction priniaire« H avait pour itiasdme favorite ces paroles qui l'ésumeiu sa vie et qui devraient être inscrites en lettres d*or sur les monumenis publics, comme résumant toute morale divine et h«<> nnttie, oemme dépassant de beauooup les maximes les
(i) Panépyri^. du B. P. Fourier.
(2) Bédel, Vie du Révérend Père Pierre Fourier, p. 97.
(5) Ghapk) Hi$t. du B. P. Fourier, 1. 1, p. 17S.
129 LA LOTHARINOIB
plus fastueuses et les plus vantées de la philosopbie : Prodesse omribus, osessE NEMiMi, Sif^ ^l^ à tous et ne nuire à personne. Le Père Lacordaire a dit de lui : < Fourier fut à la fois un saint prêtre et un grand citoyen. ■ Et encore : « Que Dieu soit loué, il se trouva » qu*un curé de village avait Fàme d*un consul ro» » main (i). >
XV. Là régna Henri II, surnonuné le Bon. Sa généro* site allait si loin, que quand il manquait d*argent, il donnait ses meubles et sa vaisselle. Gomme on lui rqiro* chait sa trop grande libéralité, il se contenta de répon» dre : < Hais c*est le péché originel de notre maison ; » mot qui caractérise parfaitement cette race de larges danneurSf comme on a appelé les ducs de Lorraine. Sachant que son frère ne se faisait pas scrupule de le blâmer, il disait : « D*autres viendront après moi qui ne me ressem* » bleront pas et alors on verra ceux qui auront le mieux » gouverné (â). >
XVL Là régna Charles V, surnommé le meilleur des grands hommes, dont la vie fut une lutte à outranee contre les Turcs et qui porta la gloire de la Lorraine jusqu'aux confins de TAsie. Chevalier sans peur et sans re* proche, il battit trente et une fois les infidèles, emporta cinquante-trois forteresses, prit plus de trois mille cinq ùents bourgades. G*est lui qui, avec Sobieski, en sa qua^ lité de généralissime de Fempereur, fit, dans la Croisade qui fut la dernière parce qu^elle porta le coup suprême à la puissance ottomane, lever le siège de Vienne dont il devint ainsi le sauveur en même temps que celui de la chrétienté. Ce ne fut point là une victoire facile, un fait d*armes vulgaire. Les hordes musulmanes se sont précipitées sur TEurope comme une avalanche, au nombre de trois cent mille combattants ; Fempereur est aux abois.
(i) Panigyriqu0f etc.
(S) Digot, H. de L, t. V» p. 52.
00 LES CHARTREUX EN LORRAINE. i2S
Louis XIV n^envoie qu*un secours dérisoire après avoir été vivement pressé par le Saint-Père* Depuis Charles Hartely l'Islam ne s'est pas rué sur la croix en phalanges» plus compactes, en masses plus profondes ; la consternation est générale ; il faut un autre marteau, quel serat-il ? Ce sera Charles V qui, n'ayant que vingt ans, écrasera tellement le Turc, à la journée fameuse de Raab ou de Saint-Gothard , que dès lors il n'osera plus se montrer. C'est à lui, qu'en cette bataille on dut le salut des troupes, l'honneur de la victoire; la valeur avec laquelle il chargea les Turcs ayant redressé le combat que toute l'aile droite avait abandonné et laissé aux Français qui étaient à l'aile gauche le temps d'arriver et de vaincre (i). Un duc de Lorraine avait été le généralissime de la première Croisade, un duc de Lorraine encore le fut de la dernière, à près de six cents ans d'intervalle. A notre noble pays donc la gloire d'avoir ouvert et fermé par la victoire le cycle des expéditions saintes. M. de Dumast, parlant de Charles V, a dit : t Par une
> touchante faveur d'en haut, il fut donné à quelques
> infortunés enfants d'une pauvre nation qui ne pouvait » plus se protéger elle-même, de protéger encore autrui. » Ceux de ses fils que l'on n'avait pu ni tuer ni corrom-
> pre, on les avait chassés au-delà du Rhin ; ce furent » eux qui empêchèrent le Croissant d'arriver victorieux » jusqu'au Rhin. En face d'un péril immense et des jalou- 9 sies réciproques qu'on nourrissait, la confiance man- » quait partout, chacun se taisait consterné. Lorsque trois 9 cent mille Turcs en vinrent à se déployer sous les murs 9 de la capitale de l'Autriche, si l'on n'eût pas osé appeler 9 sur-le-champ au commandement des armées germani-; 9 ques le jeune et magnanime proscrit, on n'aurait pas 9 même eu le temps d'obtenir l'aide de Sobieski et de ses
(I) D'HiossoniriUe, Hiii. de la réunion de la Iprratne à la Prtmeey t. in, p. S99-301, eh. XXXH.
1M LA tOtHARlffGft
V rigoureux Poloûaisr ; (fen était fait du Sidnt-Empire. » Henreusement, le drapeau d'Antoine et de René, eelnl qu^avait déjà fait flotter Mercoeur sur les bords du Danube, reparut comme un astre dVspéranee pouf to cœurs découragés. B avait sauvé PEurope du communisme, il la sauva de Tislamisme.
» Tandis que les Musulmans, réorganisés et reviviflés, pénétraient au plein cœur de TEurope, deux chevaleresques sœurs. Lorraine et Pologne, matt^haient ensemble au secours de la civilisation ; Lorraine surtout qui, poursuivant seule Pœuvre commencée à deùt, ne se contenta pas de voir mise hors de péril cette ville de Vienne sauvée par Charles et par Jean, mais dirigeaM elle-même la quatorzième et dernière Croisade, continuait, sous son magnanhne duc, les victoires demeurées nécessaires ; Lorraine qui, par le gain de la bataille de Mohacz et par la prise de Timprenablé Bude, arrêtait définitivement les conquêtes de Mahomet, dont le^ adeptes, depuis ce temps, n*ont plus gagné xm pMce de terrain.
« Telle fut la tiche de Charles Y, Aettûet généfdissiihe de la chrétienté, nouveau Grodeflrol de Bouillon, non moins sage, non mohis venueux et pkrs brillant c|ue lé premier, c Les Croisades, comme Ta dit M. dd fia Tour {Lorraine et France j p. 73), avaient commencé aoua les ordres d*un du<!f de Lorraine, et c'est sous le eomman^ dément d*un duc de Lorraine que Ms Croisades devaient finir (l).n La mort, que Charles avait tant de feds bravée mt les champs de baiaiHe, le trouva prêt. Pour terminer digne-'* ment et chrétiennement sa pure et glorfeuse carrière, il toulut recevoir le» sacrements de FEgliae, fit récita près de lui rOffice des Morts, et demanda qu'on lui lût les
(i) Ûe que ^JaéHt ht LàrtiOnt, |k. él'M^ et PkHa$ephie éé fÊit^ ioire de Lorraine, p. 29 et 30.
ou LES CHARTREUX ES LORRAINE. 122^
P0aiunies de David, pour lesquels il professait la plus yive admiration. Cette 0d chrétienne, loin d'être de sa part un bonuaage tardif rendu à la religion, ne fut que l'écho de «a vie. On Tavait vu au milieu des camp^ comme au sein de 3a famille, entendre la messe et se recueillir chaque jour dans la prière et la méditation des vérités éternellesL Comme il ne pouvait plus parler, il fi| aîgne qu*on tai donnât une plume, et il écrivit à Fempereur : f Sacrée Majesté, j'étais parti d'Insbrûk pour aller » recew)ir vos ordres, mais un plus grand maître m'ap^ 9 pelle et je pars pour lui rendre compte d*une vie que
> je vous avais consacrée. Je supplie très-humblement
> Votre Mfl^esté de vow ressouvenir d'une femme qui 9 vous touche d'assez près, d'enfants sans bien et de 9 sujets dans l'oppression (!)• » N'était-ce point là mourir en chrétien et en chevalier?
Louis XIV, apprenant la mort de Charles Y, ne put s'empêcher de lui rendre hommage en disant : « Je viens 9 de perclre le plus grand, le plus sage et le plus gêné* 9 reux de tous mes ennemis, » Né dans l'exil, ayant presque eonstanunent vécu à la tête de son armée cam^ pée en Allemagne, il mourut sans avoir revu le sol de la patrie et la ville de ses aïeux depuis le jour où il en avait pris possession, mais quand il y revint au fond de son ^i:cueil triomphal, ce fut comblé d'honneurs apportant pour richesses aux provinces qu'il avait tant aimées, la inenommée européenne de ses vertus, de ses victoires, et les drapeaux conquis par l'épée lorraine sur les formi-» dablea armées du Grand*Seigneur, drapeaux auxquels on ne peut comparer en importance, en titres, aux res^ peeta historiques que les trophées de Lépante et dont quatre sont encore suspendus aux voûtes nancéennes de Ban-Secours (3).
(i) StistrWMris , JfMfiÊ hi$i* 9ur l'ime, Iorraiii0, t. U, eb. h p. 277.
<S) MMMy, «le., p. 48 et 74.
tS6 LA LOTHARINGIE
XVn. Là gouverna le due Léopold. Son règne, d*une félicité et d'une perfection idéales, fut essentiellement réparateur. Grandes routes, peinture, sculpture, agriculture, commerce, écoles, monuments, hôpitaux, hospices, institutions de charité dans chaque paroisse^ il créa, institua, encouragea, féconda et vivifia tout. Le jansénisme, cette hérésie déloyale et hypocrite qui prétendait rester dans TEglise tout en se mettant hors de TEglise, ayant voulu envahir la Lorraine, parce quMl ne trouvait pas en France la liberté qu*il désirait, Léopold se hâta de prendre les mesures nécessaires pour arrêter les progrès de la secte. Il ordonna d'enregistrer la célèbre Bulle Unigenitusj enjoignit au procureur-général de faire exécuter les lois contre les hérétiques, et d'avoir Toeil ouvert sur leurs menées. Des difficultés s'étant élevées entre lui et le Saint-Siège, au sujet du Code Léopold qu'il avait fait publier et qui empiétait sur les droits spirituels, en exigeant comme condition préalable de la publication des Bulles pontificales rautorisation de la Cour, Léopold eut la sagesse de s'incliner devant les décisions du Souverain- Pontife et prévint sagement Forage qui allait éclater, en faisant radier du Code toute clause contraire aux privilé* ges et immunités de l'Eglise. Il avait un dévouement sans bornes quand il s'agissait du bonheur de ses sujets. La peste orientale ayant éclaté à Marseille, en 47âO, il se mit en mesure pour en préserv'cr ses Etats, et, pour secourir les pestiférés dans le cas où le fléau viendrait à sévir, il approvisionna le pays de pain, de vin, de \iandes, de remèdes, de matelas, de paillasses, de couvertures. Il disait que devant travailler autant qu'il dépendait de lui à la conservation de sa famille, il l'éloignerait de Lorraine, mais que pour lui il resterait au milieu de son peuple, c A mon égard, mon parti est pris absolument ; non-seu- » lement je ne veux pas quitter mes Etats, mais je veux, n au contraire, me tenir à portée du lieu où ce malheur » serait arrivé, pour donner les ordres nécessaires et
ou LES CHARTREUX EN LORRAINE. i27
» tâcher de sauver le plus que Ton pourra de TEtat. Mon » devoir, ma conscience m^y obligent ; ainsi tous les con- » seils que Ton me donnerait contre, non-seulement ne
> seraient pas suivis i mais je ne pourrais les croire » venant que de personnes qui auraient peu à cœur mon » honneur et mon devoir qui m*y engagent devant Dieu et ^ devant mon peuple. » N'est-ce pas bien là le Souverain qui disait souvent: « Je quitterais demain ma souveraineté
> si je né pouvais faire du bien ? » Son courage était celui d*un chevalier. Luttant encore jeune contre les Turcs sur le même théâtre où avait débuté son père, il avait eu un cheval tué sous lui et un de ses gentilshommes frappé mortellement à ses côtés, sans que son ardeur se ralentit. Gomme il s'apprêtait à charger de nouveau, son gouver^ neur lui dit : « Prince, souvenez-vous que la vie du » souverain appartient à ses sujets. > — Et Léopold de répondre : c Si je succombe, mes sujets ne manqueront » pas de souverain et qu'y a-t-il de plus glorieux que » de mourir les armes à la main en accomplissant un
> devoir ? ■ Lorsque, après cette expédition, il arriva d'Allemagne où il était né dans l'exil, tous ses sujets connaissaient son nom, bien que nul d'entr'eux ne l'eut encore vu. Aussi, hommes, femmes, enfants, vieillards, se portèrent-ils au-devant de lui avec un enthousiasme si touchant, si électrique, si irrésistible, que le sol même sembla s'émouvoir et que la voûte des deux mille églises de la Lorraine et du Barrois vibra comme un tonnerre aux chants universels et si longtemps désirés du Domine saivum fœ Ducem (1). Louis XIV ayant fait occuper la LrOrraine, Léopold, obligé de fuir sa capitale, en avait été réduit à s'installer dans un château délabré. Le monarque l'apprenant lui offre une résidence royale, mais Léopold, tant il avait de grandeur d'àme, se contente de répondre : « Un souverain ne mérite plus de l'être dès
(I) Dumasty Nancy y etc., p. 18.
fSS LA LOTHARinOlf
» qu*H abandonne ses sujets (1). » M. de Gerbéviller ayant cru poavoir, malgré ces paroles^ proposer au ^iie de se réfugier en Allemagne, Léopold répondit eu traçant un cercle autour de lui avec sa canne : « Monsieur, il ne me 9 resterait que cela, tant que je serai souverain j'y demeu- » rerais. S*il ne me restait que mon lit, je n*en bougerais » pas. » (S) Sa délicatesse, quand il s'agissait de venir en aide au malheur, était exquise. Ayant reçu à sa cour un gentilhomme étranger dont il connaissait la détresse, il lui proposa une partie de billard, et perdit à dessein une somme considérable. Quelques courtisans lui ayant fait observer que le sort lui était bien contraire : c Non, > leur répondit Léopold, je n*ai jamais joué plus heureu-* 9 sèment, mais je devais être le seul à m'en apercevoir. » «^ Un médecin lorrain, nommé Marquet, au service d'un vaisseau marchand, avait été pris par des corsaires barba« resques et conduit à Alger. Sa sœur implora la pitié du duc et le supplia de payer la rançon du prisonnier. Le duc Tautorisa à disposer en faveur de Marquet de Targent que Ton trouverait dans un tronc placé dans la Collégiale Saint-Georges et destiné à recevoir les offrandes pour In rédemption des captifs, promettant qu*il y joindrait ce qui serait nécessaire. Pendant la nuit, il fit verser dans le tronc une forte somme et, quand on l'ouvrit le lende* main, on en tira quatre mille livres, c'est-à-dire plus qu'il n'en fallait pour racheter le médecin qui revint en Lorraine et voulut s'appeler toute sa vie Vesclave de Momeigneur (3). Quant à la piété de Léopold, elle était celle d'un saint. Il entendait souvent la messe dans sa pa* roisse, confondu avec les simples particuliers ; il communiait une fois par mois, faisait ses Pâques en public avec
(i) Lio»aois, HUtoire dât vilUê vieille ai nemue ée Nonçf, I, lU» p. 53.
(2) Digot, Hiet, de Lorraine, VI, 39.
(3) Lionoois, t6., t. Il, p. 168.
ou LES CBARTRBOX EN LORRAINE. f29
sa famille, suivait fréquemment le prêtre qui portait le Saint-Viatique, entrait dans la chambre du malade pour joindre ses prières à eelles de TEgtise. H donnait Vexempte de toutes les vertus chrétiennes. Après son dîner, il passait une demi-heure en prières dans Téglise des Capucins et, le soir, il se dérobait à la* cour brillante qui rentourait pour aller adorer lé Saint-Sacrement dans la chapelle du palais. Il se plaisait à rehausser Tédat ded cérémonies par les magnifiques ornements dont îT enrichissait les églises (1). Ses mœurs étaient très-nëgulières et sa vie fut tellement édifiante que la part qn^il prit aux démêlés survenus entre la Cour souveraine et le Saint-Siège n*apparatt que comme une légère écume sur une onde limpide, ou, si vous aimez mieux, comme un léger nuage dans un ciel pur et serein. Ayant été satsf delà flèvre par suite d*un refroidissement, et une fluxfott de poitrine s'étant déclarée, il fut le premier h comprendre la gravité de son état. Après avoir remercié Dieu de lui avoir envoyé une maladie qui lui permit de se confesser, il reçut les sacrements de TEglise. Quand il sentit approcher le moment suprême, 0 prononça ces dernières paroles dans lesquelles respirent et son amour pour son Dieu et son amour pour ses sujets : « ie meurs sans » autre douleur que de n*avoir pas servi Dieu avec autant
> de fidélité que je le devais et de n'avoir pas travainé 9 au bonheur de mon peuple avec autant de soin que je
> le pouvais. » D baisa ensuite le crucifix et expira doucement à Tàge de quarante-neuf ans (S). *
Voltaire, traçant le tableau du règne de LéopoM, que l*bn a appelé un âge éPor de trente onnëat, a dit : « Il est » k souhaiter que la dernière postérité apprenne qu^un » des plus petits souverains de VEnrope a été celui qui a 9 fait le plus de bien à son peuple* Léopold trouva la
il) Dw•^ B. de I., vu 36-Hi.
(S) md. p., 109-110.
LA LOTHABIRGIE
Lorraine désolée et déserte, U la repeupla, il renridiii ; il fa toujours conservée en paix pendant que le reste de rEurope était ravagé par la guerre, fl a eu la prudence d*étre toujours bien avec la France et d*étre aimé de l'Empire, tenant heureusement ce juste milieu, qu*un prince faible et sans pouvoir n*a jamais su garder entre deux grandes puissances. H a procuré à ses peuples Tabondance qu ils ne connaissaient plus. Sa noblesse, réduite à la dernière misère, a été mise dans Fopulence par ses seuls bienfaits. Voyait-il la maison d*un gentilhomme en ruines, il la faisait rétablir à ses dépens ; il payait leurs dettes, il mariait leurs filles ; il prodiguait des présents avec cet art de donner gui est encore ourdeM^us des bienfaits ; il mettait dans ses dons la magnificence d*tm prince et la politesse d*un ami. Les arts, dans ses duchés, produisaient une civilisation nouvelle qui fait la richesse des Etats. Sa cour était formée sur le modèle de celle de France. On ne croyait presque pas avoir changé de lieu quand on passait de Versailles à Lunéville (où Ton ne trouvait pas toutefois les orgies et le libertinage de la Régence). A Texenqile de Louis XIV, il faisait fleurir les belleslettres. U établit à Lunéville une espèce d'Université où la jeune noblesse d'Allemagne venait se former ; on y apprenait de véritables sciences dans des écoles où la physique était démontrée aux yeux par des machines admirables. Il a cherché les talents jusque dans les boutiques et les forêts, pour les mettre au jour et les encourager ; enfin, pendant tout son règne, il ne s*est occupé que du soin de procurer à sa nation de la tranquillité, des richesses, des connaissances et des plaisirs. Je quitterais demain ma souveraineté^ disait-il, si je ne pouvais faire du bien : aussi, a -t-il goûté le bonheur d'être aimé, et j'ai vu, longtemps après sa mort, ses sujets verser des larmes en prononçant son nom ; il a laissé son exemple à suivre aux plus grands
ou LES CHARTREUX EN LORRAINE. 131
:» rois, et il n'a pas peu servi à préparer à son fils le che- V min du trône de TEmpire (i). >
Léopold a été glorifié, non-seulement par la prose mais encore par la poésie. Breye, dans une ode où il célébrait les avantages que la neouralité procurait à sa patrie, a dit :
Lts biens qa'i Léopold offre l'heareuse piii. Sont-ils moins glorieax que cens de la vieloire T La plus solide et la plus dooce gloire Sont de combler ses sujets de bienfaits. Est-il de plus belles conqaêtes Que tous les cœurs d'un peuple beurau T Non, roli?e qui ceint nos têtes Ne cède point au laurier fastueux.
XVin. Là régna François III qui, couronnant dignement la noble série des princes lorrains, monta sur le trône d*Âllemagne, sous le nom de François I, et vit les ducbés de Lorraine et de Bar cédés en souveraineté au Toi Stanislas, et destinés à être réunis, après sa mort, à la couronne de France. G*est ainsi que les princes lorrains, après avoir défendu courageusement leurs Etats hérédi* laires contre Tincorporation dans ce que Ton a appelé depuis ia grande patrie , ne les quittèrent que pour arriver à TEmpire , position qui leur faisait prendre rang avant le roi de France, et donner à F Allemagne une race de souverains. G*est ainsi, comme on Ta dit, 4iu*ils finirent par une Assomption. Marie-Thérèse, que le duc François III avait épousée, fut si inconsolable de sa mort qu*elle ne quitta plus le deuil tant qu*elle vécut. Elle fit de ses propres mains le linceul qui devait envelopper Vempereur et, le i 8 de chaque mois, Fempereur était mort à ce quantième, elle se retirait dans le silence •de ses appartements et passait des heures entières près du sépulcre de François, au couvent des Capucins (â).
(t) SiècU de LoHiê XIV, eb. 17.
(2) Dictionnaire encyclopédique, Art. Marie-Tbérèse.
iSii U tOTHAfttHfilK
JUL tÂj enfili, yéffk» Staniriaa, dit le Bienfaisant mais d'une royauté viagère, n'étant i|ue simple usufruitier tiiMftqu# DOiis venooa de le dire. Il fut un roi-éerivain et doMa pendADt quelque temps, en 900 dtàceau de Lmé^ villie» rNapHalibi k maitre Vollaire. Comme on renga* geait à se défier de ce singe parasite dont tes diaeouia étaient devenus très-mesurés, il répondit par ces paroles qui peignejit à la fois et le roi et son hôte : < C'est lui- » même et non pas moi qu'il fait dupei du rôle qu'il joue. » Son hypocrisie du moins est un hommage qu'il rend à » la vertu et i\e vautrit pas mieux que nous le voyions
> hypocrite ici que scandaleux ailleurs f > Plein d'une admiration presque in¥oiootaire pour ce prince, Voltaire disait : « J'ai trouvé le vrai sage qui se prépare k la
> gloh*e des Saints en faisant le bonheur des hommes. » liais Stanislas, ayant appris que le serpent cherchait dans l'ombre à répandre le venin de son impiété, lui témoigna une grande froideur et demanda à M. Alliot le moyen à prendre pour éconduire un visiteur si dangereux : c Sire, lui répondît Tintendant, citant Jésus-Christ : c Cette race de démon ne peut être mise à la porte ■ que par la prière et par le jeûne (i). ■ Comme Allipt ne croyait pas beaucQup à l'efficacité de la prière en cette circonstance, il eut immédiatement recours au jedne, et pour prendre le poète par la famine, défendit de lui fburnir des vivres. Voltaire aurait pu $e tirer des périls de la situation qui lui était faite, sH avait voulu aller prendre ses repas à une des tables qui étaient servies chaque jour aux dépens du roi^ mais comme il avait la prétention de manger dans sa chambre; il se trouva bientôt réduit à la dernière extrémité. Le vingt-neuf août, à neuf heures, à neuf heures un quart et à neuf heures trois quarts du matin, il écrit trois bit-
(i) Hoc gênas d^noDiomiii non ejieilor mû •nùoÊ^'H^viBà^ MûM., XVII, 80.
ou LES GBÉBVamX IN lOERAlNB. Mt
tois ipMr réHamef ton déjeuMr qtii VA fait tdfOliA^
Pas un seul peiU morceau Dé meuélie on dé vénui^sètu.
Le» deux premiers billeto, reoûs à IL Alfiat,. «esifM «ans. réponse. Que faire ? Les poitM fie vivent pas que du eulte des Muses. Dans ua iroisième biMeti Voltaire s*adresse au roi lui-même, employant uob argumeiH qoi triompha de toutes ses rigueurs. • Sipo> » lui disait; le » flatteur-mendiant, il faut s^adresseràDieuquiinéon' est > en paradis. Votre Majesté m-a permis^ de vemf lui M faire sa cour» Elle sait que je suis irèsHnsalado eii q»e . B des travaux continuels me retienncoèt dans m^ afH « partements autant que mes souffrancesk Je auia ft)peé 9 de supplier Votre Majesté qu*elle ordonne quion daigne » avoir pour moi les bontés néeessirirea et conveitAMes ft 9 Ut dignité de sa maison. Les rois sonti depuis Alexan^ » dre, en possession de nourrir les gêna de leiUres^ et «quand Virgile était chez Auguste^ 4//îolii«è.eo06eilter » aulique d'Auguste, faisait do^er à Virgile, da puin^ dtt » vin, de la chandelle. Je suis malade aujourd*taiî» €t jd m a*ai ni pain ni vin pour dîner. » Stanislas^, eslimatii que la plaisanterie était poussée assea loia» Qsdowa de: four* air à Voltaire ee qu'il réelamaîA ot{ étant parti quetqMea jours aps es pour Paris, il emmena son hôte aveir lui peuv s*en débarrasser; mais U ne connaissait guère son homme. VoUairCi ayant perdu teu^. sentiment de dignité* revint anrec le roi au château de Luné^Usv^ où i^ dem6ura quelques mois^ encorOf jusqu^à la mort de la norquMie du Ôiâtele^ avee laquelle^ depuis longtempsy il entretenait dea relations: scaadaleuses (t).
Mais que d^autres iHustrations a produites toiomraip»!