CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES
et nihiliste, ne fut plus qu'un animal dont la lignée remontait à la noble race des orang^Otttang, Tàme une partie du corps» I» pensée un produit, une sécrétion du cerveau. La volnplé fat regardée comme le but suprême de la vie, le spirituel fut déclaré illusoire, les jouissances tes plus vulgaires proclamées comme étant Tunique bien de Thomme, le souverain bien. Tout cela fut ensei*gné, propagé dans des livres tellement légers de doctrine que le plus mince séminariste aurait pu en faire bonne et prompte justiee, sans qu'il lui fut pour cela nécessaire de recouf ir à son saint Thomas, que Savanarole n'appelait d*autre nom que du nom de géant. Jouis tant que tu existes, car une fois dans la tombe tu ne pourras plus jouir ; ne relarde jamais le moment de la jouissance et par suite répudie le christianisme, qui, plaçant Thomme à Fécole austère du devoir et ne lui parlant que de mortification et de sacrifice, n'est ni plus ni moins qu un Irouble-féte.
Voltaire lui-même savait sur ce point se mettre très à Taise. Ecoutons plutôt ce qu'il disait dans l'intimité : « Vivons au jour la journée. Levons-nous en disant : Que » ferai-je aujourd'hui pour me procurer de la santé et de M ramusement (1) ?» — « Tout est bon pourvu qu'on 9 attrape le bout de la journée, qu'on soupe et qu'on » dorme, tout le reste est vanité des vanités, comme dit » l'autre (â). « — « Il ne faut jamais rien négliger de son » plaisir, parce que la vie est courte (3). » — « Le plaisir » est le but universel, qui l'attrape a fait son salut (4). > Voilà comment Voltaire le philosophe savait être sardanapale et offrir des sacrifices sur les autels d'Epicure. Voilà où était tombée la philosophie, tant il est vrai qu'en
(f ) 18 nov. 1761, à M»* do DefTant.
(2) 24 avril i769, k la même.
(3) Nov. 1737^ & l'abbé Moossinot.
{i) 10 oclob. 1736, à Berger.
dehors de la révélation, on s'éloigne bientôt de la grande route du sens commun, tant il est vrai qu'il faut la foi c pour diriger la raison, même dans les bornes étroites de la raison, » tant il est vrai qu' « une philosophie naturelle est un roman de philosophie (i). » Ajoutez que les mécréants comptaient sur le succès, qu'ils croyaient assuré. Entre autres paroles, Voltaire, le général en chef, écrivait à M. de Ghabanon : c Ces cuistres-là n'en ont pas encore » pour longtemps dans le ventre (â), » et à Damilaville : c Dans quelque temps on dira : Il y a eu des Jésuites (5).a Tout à coup les événements se précipitent et paraissent devoir réaliser ces espérances impies. La Convention décrète que la religion catholique est à jamais abolie et sera remplacée par le culte de la Raison. Les Sections de Paris se réunissent et déclarent, l'une après l'autre, qu'elles renoncent pour jamais à toutes les erreurs de la superstition, qu'elles ne connaissent plus d'autre culte que cdoi de la nouvelle déesse. On dépouille les églises de leurs ornements et de leurs objets les plus précieux en or et en argent, qui sont déposés à la barre de la Convention ; on boit le vin dans les calices consacrés ; on jeue dans les rues les statues, les images, les reliques des Saints, pour charger ensuite ce butin sacrilège sur un âne ou sur quelque béte de somme et le faire emporter au milieu des cris furieux, des rires niais d'une foule stupide et avinée. L'image de la sainte Vierge est enlevée de partout, et ses statuettes, qui se trouvaient dans des niches au coin des rues, sont remplacées par les bustes de Harat et de Lepeletier. Les tombeaux sont violés, les autels profanés, le dimanche aboli, les confessionnaux livrés aux flammes etleurs cendres jetéesauvent; les livres saints, qui ne sont pas même considérés comme des livres de haute litléra-
(!) Féoelon, ///• Lettre 9ur la Religion. <2) Il jao. i768.
(3) 2 mars t7G9.