‹ L'Ordre des Chartreux et la Chartreuse de BosservilleChapitre 20 sur 57 · CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES · texte numérisé non relu

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES

ture, mais uniquement comme livres de mensonge et dHmposture sont bafoués et vendus aux chiffonniers. La parole de Dieu est remplacée dans les assemblées reli* gîeuses du culte nouveau par Texplication de la Déclaration des droits de l'homme, par la lecture du bulletin des armées, le récit des événements les plus marquants de la semaine, par des discours de morale humanitaire, le tout entremêlé d*hymnes républicains et d'airs patriotiques (i). Les églises, uniquement fréquentées par les curieux, voient les cérémonies catholiques remplacées par des représentations théâtrales, par des danses en Thon* neur de la Liberté, par des bacchanales et des orgies sans nom, et sont dédiées à FAmitié, à rAbondance, à THymen, au Commerce, à la Fraternité, à la Liberté, à FEgalîté et autres divinités de la raison démocratique* Les prêtres sont proscrits au nombre de cent mille, et ceux qui préfèrent la foi à Tapostasie sont jetés en prison, envoyés en exil ou massacrés sans pitié par les sans-, culottes, car il faut à tout prix purifier Tair des vapeurs, dangereuses de la superstition. Les couvents sont détruits, ou, affectés à une destination tout (autre que leur destination primitive et leurs habitants, expulsés par la justice révolutionnaire, sont réduits à tendre la main, eux qui. jusqu'alors avaient nourri la multitude des pauvres, avaient été la providence des peuples aux jours de la famine. L'habit ecclésiastique et, à plus forte raison, Fhabi t religieux sont proscrits, non-seulement dans Paris, mais dans le reste de la France et les prêtres se voient obligés de s'habiller comme des séculiers. On ne recule devant aucune ruine, on ne laisse rien subsister de ce qui peut rappeler le christianisme dont on veut effacer jusqu'aux derniers vestiges et le Panthéon est destiné à la sépulture des nouveaux dieux que la France en délire s'est donnés. L*épreuve fut rapide, terrible, décisive. Tout le passé pa-

(1) Thters» Hi$i. de ia Révolut. franc., t. III, p. 467.

rut emporté pour jamais. On afla jusqa^ écrire sur le poriail des cimetières, au mépris de toute philosophie spiritualiste, ces paroles d*une coRCisîoii trop sigmfièatiTe pour qu'il soit nécessaire d*en faire ressortir la portée : Sommeil éirmeL Enfin, ramassant des femmes dans la boue des mes, on les place sur des autels improvisés où, sous le nom de iféesifes, elles figurent la Raison et l'infâme Chaumette, en inaugurant une de ces déesses, a limpudeur de dire : « Nous avons abandonné de vaines » idoles pour cette image vivante de la Raison , chef- » d'œuvre de la nature (i). » On sait aussi que l'on installa la Raison sur le maitre-autel de Notre-Dame de Paris en y faisant monter la fille Maillard.

Telle fut la Révolution, telle fut Tœuvre sanglante qu'avait préparée Voltaire avec son engeance dans les écrits où il mordait en caressant, où le poison était masqué sous le miel, où le serpent se glissait sous des fleurs. Cette persécution du christianisme était-elle méritée? Avait-elle au moins les ombres et les apparences de la justice et defëquitét Non. Si quelques ecclésiastiques prêtaient à la raillerie et paraissaient, sinon avoir perdu totalement, du moins avoir laissé s'affaiblir Tesprit de leur état, considéré dans son ensemble, était instruit, pieux, dévoué, en un mot ee qu'il devait être. Voyons plutôt :

Qu*est-ce que le clergé, tant séculier que régulier, faisait de ses biens ? L*usage le plus saint, remploi le plus intelligent. Les revenus de l'Ordre ecclésiastique qui comptait plus de 400,000 membres, dont 54,000 moines, pouvaient s'élever et 200,000,000 de livres, ce qui, en moyenne, faisait pour chaque ecclésiastique un revenu de ^00 livres par tête. Voltaire lui-même ne put s'empêcher, peut-être en jetant un regard sur son neveu l'abbé Mignot, supérieur de l'abbaye de Sellières, d'avouer que les richesses et la puissance du clergé français comparées à celles des cler*

(i) Thiers, i. c, p. ^08.

gés étran^^ers étaient très-acceptables. Avec ees i*eveDus r^glise de France pourvoyait non-seulement à rentretien de aes prétresi non-seulement à Pentretien du culte, nonseulement à rentretien des pauvres, mais elle offrait tous les ans à fEtat, comme don volontaire, la somme de 11,480,660, somme qui devint un impôt permanent et obligatoire. Sans les cas de nécessité^ et cela arrivait fréquem- Boent, le gouvernement du roi s'adressait volontiers i VOrdre ecclésiastique qui était, au point de vue financier^ le plus ferme appui de FCtat et TOrdre ecclésiastiquç fessait to^jour8, sur les autels de la patrie, lés sacrifices que les autres Ordres ne pouvaient pu ne voulaient pas faire» €*e8t ainsi que sous Louis XY, à Tépoqye de |a guerre de Sept-Ans, le clergé donna à cinq reprisçs^ en don, volontaire, de 11 à 23,000,000, c'est-à-dirç qi|MI offrit à l'Etat la huitième partie de ses revenus, abstraction faite des autres dons qui découlaient abondamment de ses mains, car il se signalait par une bienfaisance iQ|ë* puisaUe. Les hôpitaux qui, au nombre de 700, avaient pn revenu de 22,000,000, soignaient 110,000 pauvres et malades, avec une sollicitude que Ton ne trouvait dans i^ucun pays du monde. Si le clergé avait des richesses, il montait donc, par rusage qu'il en faisait, que ces richesses étaiepf dans des mains intelligentes et charitables et beaucoup plus dignes que les mains de ceux qui le spolièrent. La vie des moines, les annales des couvents en font fçi, n*é^iit qu'un djÉvquement non interrompu à fhumçinité igi^)rante, pécheresse, souffrante. Par là même qui^ndles con-* ventionnds décrétèrent la confiscation des biens de l'EgKse de France, comme étant de bonne prise, tgpte la question était là, quand, pour s'en emparer plus f^cilc^- DMnt, ils mirent le prêtre bors la Ipi^ c'est-à-dire ay ban de la société et de l'humanité, ils violèrent tout droit divin et humain, attendu qu'fl .est injO^me de tuer poqr X^Mr* Qwnjt à. i» 4m^ mv^^ 4m xdftrgé d^ FrMC^« fdHe.^e révéla au jour de l'épreuve. S'il y eut quelques évoque»

équivoques, TEpiscopat se montra ce qu*il devait être» ferme au jour de Tépreuve, intrépide en face des persécuteurs. S'il y eut bon nombre de prêtres jureun ou assermenléSf qui crurent pouvoir prêter serment à une Constitution schismatique, disant qu^en cela ils ne faisaient que payer leur dette à la patrie, il y en eut nombre beaucoup plus considérable qui répudièrent le nouveau droit canon sorti des officines des Parlements et ne tendant à rien moins qu'à faire de TEglise de France une Eglise du Bas-Empire. Ces prêtres fidèles, connus dans la langue révolutionnaire sous le nom de prêtres réfractaires ou non -assermentés y se montrèrent, pour employer les expressions de pape Pie VI félicitant le clergé d'Autun de s*être séparé de son évêque Talleyrand, ces prêtres se montrèrent « comme David, intrépides devant Goliath, comme » les Machabées, inébranlables devant Antiochus, comme

> Basile, sans crainte devant Valens, comme Hilaire, de- » vaut Constance, comme Ives de Chartres, devant Phi-

> lippe (1). » Ce fut dans Fâme de ces prêtres, de ces religieux, de ces évêques que se réfugièrent comme dans un dernier asile le sentiment de la dignité humaine, à une époque où il n'y avait plus que des tyrans d'un côté et des esclaves de l'autre. Tel entr'autres, pour citer des faits particuliers, l'évéque d'Agen disant à ses persécuteurs : « Je ne regrette la perte ni de mes dignités, ni de » mes revenus ; je ne puis prêter le serment que vous me

> demandez, vous me mépriseriez vous-mêmes si je le » faisais. » Tel le curé Fournetz, député du diocèse d'Agen, qui s'écria : « Mon évêque a refusé le serment, je » me fais gloire de le suivre, comme saint Laurent suhit » le Pape (2). » L'attitude de la grande majorité du clergé français fut noble et digne. Quand donc, malgré tant de vertus, on lui déclara une guerre infernale, inouïe

(i) CoUectio Brevium PU VI, anno 1796.

(2) Cf. Rohrbacher, HiëLuniverselle de i'Eg lise catholique, t. XXVIIy 1.98, p. 514-SS30,1'« édition.

CONSIDÉEATIONS GÉNÉRALES. 24S

depuis Tère des persécutions inaugurées par Néron » quand au nom de la force brutale qui était alors l'unique raison, la raison dernière, un gouvernement livré aux sophistes décréta la Constitution civile du clergé et proposa aux ecclésiastiques, sous peine de mort, Tapostasie €t le parjure, afin de garantir la France des miasmes provenant de Rome, quand on les immola par hécatombes, quand on les contraignit à errer au hasard et à se faire de Texil une nouvelle patrie, quand on fit tout cela, on commit, comme on Favait déjà fait en les dépouillant, la plus flagrante iniquité, la plus criante des injustices, à tel point que Siéyès ne put un jour que s'écrier : « Vous « voulez être libres et vous ne savez pas étrejustes 1 » PTétait-ce pas en effet un spectacle étrange que celui qui s'offrait alors aux regards? D'un côté, on proclamait l'égalité, la fraternité, la liberté et, de l'autre, tant il est vrai que la Révolution n'est qu'un masque hypocrite et menteur, on incendiait, on pillait, on assassinait, on se livrait à toutes les fureurs de la haine la plus sauvage, se montrant d'autant plus avide de ruines qu'on en avait entassé davantage, d'autant plus ivre de sang qu'on s'en était plus enivré. Au nom de la fraternité on massacrait des frèrxîs, au nom de la liberté on faisait régner la terreur universelle, au nom de l'égalité on ne laissait pas même à toute une multitude de citoyens le droit de vivre et de mourir sur le sol de la patrie, dans la maison de ses pères.

« On a dit, répété, c'est un historien moderne qui » parle, que ce furent la royauté, la noblesse et le clergé » qui poussèrent le peuple à la révolution par leurs > mauvais exemples, par une domination oppressive, par » la concentration des richesses du pays entre leurs 9 mains. Nous nions qu'en somme, le clergé de France 9 ait eu cette part de responsabilité morale à l'explosion » de la révolution. Il n'en fut cause ni par l'accumulation » de richesses qu'il avait légitimement acquises, ni par

SM U RiTOUniOa. nf* COnSIDteiVUOM JGÉRÉRALBS.

»:}eimaiiiN|iS'.usa(|e.'qu!iI %n itmsitj jpi par te né^KcfiMe v»,d88 lOfaUgMtioBs dpi >iBiiidatèce, iDi fiar lune mbHiOD » jn0n4aiaeyioi .par jAep ■muns aoBirairaa i<8a ivpeaiioa. « r^aBs >4oute Je ^souffle du diK^liuitiènie 'ai6cle>avail'iiu 9 iBîÊÊifiAr^ luius !pariie dfi «fergé, f}e ^Hicaniaine M ^ » jaBfléouHK iiyaîtiii fak daa fwages iitopa d^Mi^ ^ -^ ibranae. Mai^y >en 4$énénily le olarg é aiiaîA oonamiié h t9 digailé et la .«onsoieiiee .de.sa jiiUiroevaaatâan. (kim- .> aienl •aiMrailrîI mottiD^* tiint de fenndé, de.6Doaiaiice<^t # .tfibéroiaiDe aa mHitu.du tau. des iëpfettim>ijie$ nMairas A de-Ëexii, ..de Ja.captivîAëf.enfac^idelaff^iii? «MPilMit n Aunit-il pu domieriuo spacHide .ai i^iAfmi §»W Mt^ 9 u wçi liomoBies »si FeaprU du monAe iFavaU cimMipa » ;ei dégrader C^datdaas répr^uineique rboiQcqedëfnwli^e •a ta qU'il.Mtei cequ*il ^y B»an lui (ft). <i

(1) Dtcliofi* Mcye/pp.j trad. GoicUwj ||t. Réfotau ruçtisey c XX»

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ftNMPITRË Vil:

LA RÊYOlUTfOlf (SWfE).

Lâsr eii<ÂRfVtf»:st t^'ktfi lé ^Yfatfiitf.

Ce lie tel pm' seblment k PavW que le pWldflophiinè^ p#rtt[> 868 fnlHè' pUes H moptolÉ,^ joMïï dam tduto far France y jiusqaè éan» lear provinoe» tnr pl«ié reciiléea»' qnl éleinbhiieiit; por lear éleîBDeifcc'nt Aèvoii^ être épar» giiées* par l-erage;^ jmqae dmnr let' aaUM da reiftieîHemeàDet de ki^ prière^, qliiy restant étratigers h fa» pèHtn cple et aux agitaticHia du moÉKlev pandnaiêiil dêveir être Fè^peelés' fsr là ftévokitlofii fran^iael Une vaste pei^denthm ftit organisée et rieit nf àcbappa à aesiuMarir pas fllua Bosaerville que tdnt d'autve^ monastêrea fai s'éniaiit' iHinIrëB pat h, adetree^ pinr M Vbrtu^ par des siikKiâes dier prtaiier efdre} rendus ii tu soeiété; II* nous faut dire' iéi ee fûb deirint eetoe Maisoil dans le gnmd' ootaelyfcme ifkiée déoinfaià wÊr FEgKseehi Franoeet^ pour melXre quelque ordre daiis les fditS'laméùtaMès que Mes 9vons ir rielfiter, mms' redirelns d^abotd ôe quel devinfenli les Cbartretaxv nous vedirona ensuite ee que devint lar Chartreuse elle-même, une fois qu*elle fut veuve de ses hôtes.

Les Chartreux de Bosserville ne devaient pas jouir long- 4emps de Tasile sacré qu'ils s'étaient créé au prix de ta&t de labeurs, de tant de démarches, de tant de sacrifices» de tant de persévérance. La construction de leur couventt commencée en 4666, ne fut à peu près terminée qu'en 4751 ; or, dès les premières années de la Révolution, en 4790, ils furent obligés de se disperser devant la force brutale, qui, voulant inaugurer l'avenir sur les ruines du passé, ne respectait aucun droit ; par là même ils ne jouirent paisiblement de leur Désert qu'environ soixante ans. Qui pourrait dépeindre leur tristesse au moment où la foudre vint les frapper? Spectacle déchirant ! Ils se trouvaient réduits à dire comme le divin Maître : « Les renards ont leur tanière, les oiseaux du ciel 1 ont leur nid et les fils de saint Bruno n'ont pas où re- » poser leur tète (1). » Semblables au maître d'une maison le lendemain de l'incendie, ils n'avaient plus ni foyer, ni abri, ni ressource. Ils se voyaient jetés dans le tumulte du monde, dans la haute mer du siècle, au milieu des vagues écumantes, eux qui avaient fui le monde, eux qui avaient cherché à échapper à ses écueils, à ses récifs^ à ses flots perfides et meurtriers pour mener une vie cachée en Jésus-Christ, pour couler leurs jours en Dieu au sein de la pieuse retraite qu'ils s'étaient choisie, de la tranquille solitude qu'ils s'étaient faite. Non, les Enfants dlsraêi, entrainés captifs à Babylone, ne versèrent pas des larmes plus abondantes et plus amères que nos Chartreux, forcés d'abandonner leur demeure et de dire adieu, peut-être pour toujours , à la Maison si chère où ils avaient enseveli leur existence ; à Féglise, où le jour et la nuit ils avaient fait-retentir les louanges de Dieu; à lents cellules où ils s'étaient livrés à de si douces méditations, où ils avaient récité de si saintes et si ferventes prières ; à leur cloître, où ils trouvaient tant de bonheur

(1) Maith. nu, se.

& enfermer leur vie ; à leurs frères bien-aimés, dans la société desquels ils avaient retrouvé les joies et le bon* beur de la famille absente. Mais la nécessité était là, il fallut se séparer. Ils le firent, les vieillards pleins de regret et ne comprenant point qu'on ne leur permit pas au moins de mourir dans leur Chartreuse, qu*on ne la leur laissât point à titre de tombeau ; les plus jeunes se voyant jetés loin de leur vocation dans toutes les incertitudes de Tavenir; ils le firent, jetant un dernier regard sur leur couvent, et lui disant : Adieu, chère solitude, adieu, retraite trois fois bénie, nous ne vous reverrons plus. Ils partirent sans résistance, se disant qu'il faut s'incliner devant la volonté divine , alors même qu'elle déchaine les tyrans pour flageller et punir. Ils étaient d'autant plus tristes que, immédiatement avant de se séparer, ils avaient rendu les derniers devoirs à un des leurs, D. Nicolas Payen, de Strasboui^ (i737), qui était mort la veille, le jour même de la fête de saint Bruno (4792). C'est ainsi que les Chartreux finirent, en célébrant leur fête patronale et en faisant un enterrement. C'est ainsi que les dernières notes qui frappèrent les voûtes du sanctuaire furent les notes funèbres du De profundis et du Dies trœ, « cette lugubre com- 9 plainte, qu'on dirait chantée par le dernier des humains » sur les décombres de l'univers. > Mais consolons-nous d'avance, en conduisant D. Nicolas Payen au cimetière, on n'y conduisait pas le dernier des moines. Il en restait d'autres que la Providence réservait pour réparer un jour les ruines de Bosserville et montrer une fois de plus à l'enfer et au monde que les familles religieuses sont une race éternelle bien qu'il n'y naisse personne.

Que devinrent les Chartreux de Bosserville ?

Les uns, recourant à la fuite en présence de la persécution, prirent la route de l'exil. Ce n'était point lâcheté de leur part puisqu'ils auraient pu échapper à la mort, à la persécution et jouir des douceurs de la famille

M6 lia RÀvoLVTioif' (imm)^

evi^ I» p.ati'Je en pf6taBl le fl(etmêiH«q[iftQ Géaaplew^ demandait i c'était prudenee^ ilS' se i^éservafeAi fiaijâr jAbsf temps meilleurs ;• éditait ^ritè^ Hs Youlàiefii églavgner ir leurs bourreaux le erkoe d*boa4eide. Ditreatè^epoeM^ ils ne fatsaieatr que se eooformev it Teieniple du'divnr Maitre» cpii s*étak^ dérebé par la luUe- Ir aea pKwèéu^ teurs (1> et quî^ len»qifte les Juifs dte^chatent * té' tnov avait soin de ne pas se meiifrei'>ett |iubBe (S);* Sar'ne faisaient que suivre Fexeitipla doimé dans lesr |>reîttitM siàele» de FEglise, pur bon* nombre de Smtsf érainents, par saint Gyprien ealr'autrer, eomnlè chafanti saiCi hk pers^euiien de Diee venait d^éelfcter (Md);*. Les paîena' qui ne pouvaient pardonner h 06' grtod év8qtiè^> vantufi das leurs^son oii6n9etaaerit'deÉi(Bm*S'et''w version au Christ^ TaVeienf' désqfné p<mr née de Yé&m premières viefimes etv ivreé= de ragpe^ criaièdr eonfasA^' ment danis raœphUbéàiré : Ofprien' àuw liatn. Or^iqne' fit' le saint évéqUe a|ii*è6 aVoir eotisnltô Dietf danv te prière ? U s'enfuit^ non par drainléy sa vie et sa matl^ furent la preuve^ maie pour épargner tin erime à* siw coneitoyens et ausâi potir ëe conservera setf ounHfer, è* S09 diocèse, à son' Eglise; qu^îl continiia k gnoverhèr dir fond de sa solitude avee tout le ièle et toute l^aclMli^ que lui connaissent oeilx qui ont ktsâ oorrespondMéé.

£tf ProVidenee adlftiraUe! tandisrque leaprécresevlSB relîgiieilt qui n'avaient point pi'èté serment et», par le, étaient devetius les' nanjiSrs* dé Fuhité, de rihdépMdHiidlB^ et delà hiérarchie de l'Eg&se, taMî9 que ces prdlM^'«t^ ces religieuic étaient! expubés d'un pays caihoHqttli, fi^ furent acciJelIlis k Bras owrert? par les* gvmvernemaits' hérétiques qui a'Mtfiaieat mr speetaèie dé leur foTet de*

(I) Qusrebant ergo eanr apprehendere et exml de manibos eoram. Jéa»*»

(e>Jeitf« ef^e jahi iièta itf pMalé>MiiVolalibi^M A9ë6s,M^Mi iHré'ffiohVtBt jnttt defèrtOBt. Jùm» » XI; •54'.

LES ghA»tmb6x' DIRIB' vê siMlb. Sttf '

le«F MralMie ; ^ toStiiwé^: par kpHMaéde^'ptfr rXlii^ mcSBè» ^«nMAtey p«r rAiff^lve <}iU'ély eftéetkf^ it settim {Un' dta' MiH flftiHe. Oii< i» remahpié'tfsrèïr vèriié qw «e»' prAlri96,'^ eesfPCJHgiéur chi)èi«eoiiiifbuèrëlii'pMi% uÉé- iBfgb^ part èe di9âi|^br les préja j^ pre^iie IMS* fois sécQliffre» deè pIroMtinitS' contre' l'Ej^stf nmflfifs; ei'< àrprépaMr <M9> iidnièrett»* i^tenrs' qur ont été' déUs ntfife siède' une' gloire eir imè' ooneolatiDii' potlr le eCK' tlielieisiittf^' *

D*autree éer nos' GMtrlreoi* jhestèheni' dan» le pr^' Ai' pM' ferl' de M^tonrtiaétite, se réfogianb dans les fîir<%, data . les' mohta|fn<fe|; dMa le» cayernes^* dbnd' dev miri^ sens «amies y tf'oè'eh les voyaitr sortir pour caUédttser M AiUMsr, alMMidre'M'péelieiirsv' dsifstev Ice màû^ rènt» d«i9 le* dernier elmÂatv pWhr dirb Ià« messe dirri^ le#^ einpeei dans les éenNes/- dam' les' lyrangesy dansr les faut^gpenîeA,) é» pki^- profoiUt' et an pltls' doscin- éèéhaWlaliènSy édifiant' lés fidèles' par leur coarage, leur' almégalibil* et leur hérdisme, lais^nl Ausl les fantiineà (ftt les^ aeeueîHaieht dMttIpérissables souvenii^ qbc lèipaitnis' se* faisaieÉt wt devoir et un bonheur dé redire à' leilrs' enfants;- G^ GhartreitXf ainbi que les prétrevdits MllMs^t refidti^ntj' eomme nolis lé véf f*o<isv d*immenses sefvieee au'peliple éhrAiénv soit pendant qu'éclatait IV rafByeoi^lorsliuej le* cahne revetiu; ifà se livrèrenft aux pénièlélB Mtwwht dit minisièfe pastoiM, et- rafferiitirent les âméeriers'fortéMtinléés. Sans eu??, le peuple elirétien' fui' resté longieiiipft'QBtfotipeau satis pasteUr, lèstraditions' cbrétieMMs 0e seraient oblitérées et FEglisé de Fràii6e eue seoffertr d'incalculables dommages. L'ancienne milice saeerdolale avait- disparu sous le poids des siilnêés; âous le eeuteàu des persécuteurs^ dans lès privations et les rigueei^ de Fexfl; lesfSéminairés, dans lesquels oiieultivé le» veeéHiom^ e&Ëlésiastiques et qui sbnt les pépinières de l'Eglise, étaient anéantis, les idées régdaiMea loin die difi^ £rer les^jeilnes gens verS^rétbt eeelésia8tHtUèr,les'peliaiétit

SdO LA BÉVOLUTION (SUITS).

vers rarmée, le clergé paraissait frappé jusque dans la racine où résident Fespèrance et l'avenir. Si les religieux, si les prêtres cachés n'eurent point le bonheur de mourir pour TEgli^e, ils eurent donc la gloire de vivre, de combattre et de souflrir pour elle» ils eurent la gloire de la servir par de salutaires et d'inappréciables travaux.

D'autres, enfin, de nos Chartreux furent saisis,* emprisonnés, déportés, martyrisés ; rappelèrent, par leur attitude, les héroïques combat» de la religion naissante et méritèrent une place dans les annales du martyre.

Voilà ce que devinrent les religieux de BosserviHe, sans que l'historien se voie réduit à la douloureuse nécessité d'enregistrer parmi eux des défections, tant il est vrai que leur Maison était toujours restée Adèle à la sainte austérité de sa Règle, avait constamment conservé toute sa ferveur première ; tant il est vrai que l'esprit du siècle n'y avait point altéré l'esprit de saint Bruno ; tant il est vrai que, ferme sur les principes, elle était demeurée attachée du fond des entrailles, pectore ab imo^ au Siège de Pierre, qui est pour l'Eglise la source de toute lumière, de toute chaleur, de toute vie, ce que la tète est au corps, ce que la racine est à l'arbre, ce que le fondement est à rédifice. La Chartreuse de Bosserville s'était si bien maintenue ce qu'elle devait être, qu'il n'y a pas même possibilité de songer à lui donner cette louange décernée à d'autres maisons religieuses, à la Trappe entr'autres : La réforme les a fait monter plus haut que la décadence ne les avait fait tomber bas.

Mais ce n'est là qu'un aperçu général , il nous faut entrer dans le récit des faits particuliers. Citons donc ici les détails biographiques qui nous ont été transmis, soit par la tradition imprimée et manuscrite, soit par la tradition orale, touchant la noble conduite, l'attitude digne, les mâles exemples des Chartreux qui habitaient Bosserville à l'époque de la dispersion.

D. JÉRÔiie (Nicolas-Christophe du Laurier, 1766), fut

LES CHARTREUX DANS LE SIÂGLE. S5f

iacarcéré aux Carmélites de Nancy, où Ton avait mis sous les veiToux plus de cent préires, bien que cette maison ii*ait été destinée primitivement à abriter que vingt religieuses, et mourut le 7 octobre 4795, âgé de 58 ans. Ayant refusé net de prêter serment à la Constitution civile du clergé et de prendre parti pour César contre le Christ, c'est-à-dire pour le schisme contre Funité hiérarchique de TEglise, ayant été enchaîné pour la foi et étant mort dans les fers, il a fait reluire sur lui et rejaillir sur la Chartreuse de Bosserville la gloire du martyre. J*ai tenu à citer son nom. Une telle mort le rend digne de vivre dans les souvenirs de la postérité, dans rbistoire qui a enregistré tant de noms beaucoup moins glorieux que le sien, dans Thistoire qui perpétue beaucoup tùienf la mémoire des héros que ne peuvent le faire le marbre et Tairain. JËre perennius.

Trois autres Chartreux de Bosserville, après avoir été emprisonnés pour leur fidélité à la cause de TEglise, furent déportés à Tile d'Aix, avec plusieurs prêtres de la Meurthe, entr*aulres avec le respectable abbé Michel, qui devint, à son retour, supérieur du Grand-Séminaire de Nancy, puis curé de la Cathédrale de la même ville, et qui nous a laissé une relation de ce qu'il eut à souffrir lui et ses compagnons dans le cours de sa déportation. Donnons quelques détails sur ces trois Chartreux.

D. Jean-Baptiste Barthélémy, coadjuteur de Bosserville en i757. 11 mourut à File d'Aix, le 12 août 1794, âgé de 94 ans.

D. Charles Ranbourg, natif de Custines, vicaire de Bosserville en 1768. Il mourut aussi à File d'Aix. Sa vocation avait été précoce, car pendant qu'il faisait ses humanités à Nancy, il prenait souvent le chemin de Bosserville où il passait ses moments libres. Lors de la dispersion de la Communauté, il se retira dans son village natal, dans la maison paternelle. Recherché par les sbires du pouvoir, il leur échappa plusieurs fois en se ré-

SM M llAyOL«TI01f (6{HTB)%

fugiani dans une oheminée que m mère afiRsaitt» d6>tor-* mer et devant laquelle elle s^asseyak^ tenant sa qjueneuiUe à la main et pressant son rouet, pour mieux- dé^isiet, tani est ingénieuse la tendresse materneUei- lea iaquisitei»» d'Un nouveau genre. Mais D. Charles,, •raifl^nant'de nom*' promettre sa familley alla se constituer lui-même prison^ nier, préférant rincarcératton à Vexil, aimant mieux sidrir le martyre que de recourir à la fuite. L'abbé Guillon a dit de lui i- cLes autorités renvoyèrent à Roohefert pour qu*il » fut déporté sur des rives lointaines et mortelles* On* » rembarqua sur le navire les Beux^Aéêoeià^ Les* torta- » res du séjour de Ventrepont de oe b&timenty ajoutées- » aux effets des persécutions précédentes> aux sotrfIraBOflS* » d'un affreux et long voyage , eurent bientôt aeeablé » D« Rambourg. Il mmirot le SI juillet 4794,; à Page de » 46 ans. Son corps fut inhumé dana Pile d-Aix (1)« »-

D. Denis des BaocHEas (d'Einville), âltr d* Albert Réhé des Broehers dit des Logés, écuyer officier au service dti^ roi (4771). Gomme ses deux confrères; il mauryt à- VH^ d'Aix. L*abbé Guillon encore a dit de luî } « Broehertf » Gharled-Denis, des préûrés et religieux Ghartreuxi> sou» » le nom de Denis, dans le monastère de BosservHle^ prèê » ^fancy, était venu, après la supprésaiion des OrdMo- » monastiques, habiter son* payd natale EinvHle aux Jaifii » diocèse de Nancy. Les persécuteurs* du départem^ii de* 9 k Meurthe ne lui pardonnèrent point son éloignement » du schisme constitutionnel de 1 791 , ni ses vertusi ni » son attachement invariable à la foi catholique. Ils le » firent enfermer dans la prison de Nancy en 1793 et » traîner bientôt à Rochefort pour y être compris dan» » une déportation de prêtres non-assermentés. D. Denis » fut embarqué sur le navire les Deux-Àmociiê et les* » tortures de Tentrepont du bâtiment eurent bientôt mis

(1) léê m/ottt^i été ta fiA penitMé Ât nê^OfutMi fi^àH^ainf, pêt AÀflié QoiHon. P*it, teif , âri. Raniboiirf .

« in<à'9€S jeun. >I1 expira ie 17 aeûi 4794, i r^e de 4tt ^ aii&;'SOfi <MM>p8*ful inhumé dans nie d*Aix {ri). 9

6^1 è peine 6i Ton peut croire à l'faistoire relatant •l«ut<;ç qu'eurent à endunereesttrois Chartreux martyrs, ^insi que tes prêtres déportés de la Meurthe que Fon en- ^K)yaK à 'la' Guyane ^française « pour purger la France du «fanatisme religieux. » lisez plutôt le JourncU de Tabbé 'tti€Aiel, qui fût leur compagnon d*exil, qui souffrit avec ^ux, avec lequel ils souffrirent ; les nerfs frémissent, les ^e^eux se dressent sur la tête. Menés de brigade en bri- -gade jusqu'à ieur destination, sous Tescorte des gendar- «es, on les laisse pendant des heures entières exposés sur la piace 'puMique, à la pluie, au vent, au froid, à la risée, aux avanies, à tous les mauvais traitements auxquels oa peut s'attendre de la part de la plus infime populace et des plus vils goujats. Conduits sur une mauvaise charrette, ils sont accueillis presque partout par des injures grossières, des chansons dérisoires, des vociférations impies et tumultueuses qui tiennent du hurlement et dans lesquelles leurs oreilles parviennent à distinguer, tant la rage est extrême, tant la fureur ne parle plus que par cris entrecoupés, les mots de brigands^ scélérats, tnortf guillotine. Ds ne recueillent le long des chemins, comme le Christ dans les rues de Jérusalem au jour ignominieux de «a Passion, que T'outrage, le sarcasme et le blasphème. Ils couchent sur la paille, sur* la planche, dans des écuries, dansHl'infeels cachets. On les laisse en proie aux. tortures de la faim, aux ardeurs brûlantes de la soif. La nourriture qu'on daigne Ieur^etjçr^.^prçs().e$jteynçs prQloQ|{/$s, est nauséabonde, sQÂt pur^re q]ii.'sUe,Ast>mal apprêtée, soit parce qu'elle est corrompue ; l'eauqu'on leur donne est fétide (9).

(i) ibid,, art. BroohMS.

(2) Qnod OHNlfr ip«ptti|Som iétrat jmd- {nllor in or«

JUiidêMi ; Mliatiit diq«^s fui uk pMiOM Tiret BMMiMooraat'diiMoti» foMius «lî,

254 LA RÉVOtUTIOM (SHITE).

On ne leur permet même pas de donner satisfaction à Ul nature lorsqu*ils sont pressés par les plus urgents besoins €t le conducteur répond à Tun d*eux qui lui demande de descendre de voiture pour quelques instants : « Tu ne » descendras pas, scélérat de brigand, sinon je te fends » la flgure en deux d'un coup de fouet. > Arrivés sur le vaisseau qui doit les conduire à la Guyane française, ils voient bientôt s'augmenter les horreurs de leur position. Tantôt on les laisse sur le pont exposés aux rayons d'un soleil brûlant, tantôt on les entasse dans les cales du navire, où, étendus sur la planche, ils ne peuvent pas même oublier leurs maux dans quelques courts instants de sommeil, où ils ne respirent qu'un air pestilentiel, souffrant, avant de mourir, des suppliées plus cruels que la mort même. Ils furent entassés en tel nombre dans le vaisseau dit les Deux-AssoeUif relativement à l'espace disponible, qu'un officier de santé chargé de faire une enquête sur leur état sanitaire, sur la manière dont ils étaient traités, avoua que « si l'on eût mis quatre cents chiens en cet endroit » (les déportés étaient au nombre de quatre cent neuf), » ils seraient tous crevés dès le lendemain ou seraient » devenus enragés. >

En proie à la maladie et privés de remèdes, rongés par la vermine, ne pouvant ni respirer un air pur, ni jouir de la brillante lumière du soleil, ni faire aucun exercice, n'ayant pas même la consolation de soulager leur douleur.

Mucidus est panis, vei quo non dariorilex. Quas mare dat carnes corruptc, 8«pe babulcnm Incoclam, semper conspersam sordibus ; addas Si laridam, crudam est, nimium vel sal infieit fllad. Permixta est fœx et vinum simol, omnia tandem Hsc ade6 parce proscriptis dantur, nt inde Atra feroxqae famés morientia corpora roactet. Brevis descriptio horum quœ perpesii sunt Christi Saeerdoteê H€f deporiationem damnati. Composé par on vieux curé malade & bord des DeuX'Aisociéi, Voir ce petit poème à la fin da volume dans les Appendiees.

de faire pour quelques instants trêve à leurs maux en chantant sur les fleuves de Babylone les cantiques de Sien, comme Ta dit le Fieux Curé qui a décrit en vers latins leurs souffrances (i) , la plupart de ces déportés et entr'autres nos trois Chartreux , succombèrent avant que la Révolution, devenue plus traitable, fit sonner Vheure de la délivrance. Quelques-uns seulement survécurent comme par un dessein particulier du Ciel, afin qu'ils pussent redire à la postérité et ce dont la rage de^Tenfer, la prétrophobie a été capable dans notre siècle en fait d'atrocité et ce que le courage des chrétiens contemporains , se montrant dignes des premiers martyrs, a su endurer pour Thonneur de Dieu, la foi en Jésas-Christ, la liberté de TEglise, Tédification des siècles futurs et de la confusion de Timpie (2). Honneur! trois fois • honneur à ces dignes prêtres, à ces dignes Chartreux ! Ils ont puissamment concouru par leur fermeté et leur constance h sauver Thonneur du drapeau, à réveiller Fesprit chrétien engourdi, à démontrer aux esprits les plus prévenus et les plus aveugles, h faire voir à tous que le christianisme était aussi plein de sève que dans les premiers siècles, où il n'y avait guère que des persécuteurs d'un côté et des martyrs de l'autre. Ils ont aussi coneouru puissamment au rétablissement de la paix dans une société pour laquelle, à l'exemple de Louis XYI mourant sur Téchafaud, ils offraient leur sang, le sang des martyrs qui comme le sang du Christ est un sang pa-

(1) SoUiettadinibus pressos quam sacra levareot Canlica ! Quam dalces haarirent fonte perenni Leiitin seasus ! Solamioa tanta oegantar. Non licet exulibos dire Babjflonis in oris

Tarn blandas cilhars digitis perstriogere chordas, Tôt gladios inter pietas gcrnebanda silescit.

(2) Journal de la déportation des ecclésicutiqueg du département de ia Meurthe, par an des déportés, 1'* édition. Cf. Rohrbaeher. Hist, tmtv. de CEsliêexathol.y 1. XC, t. XXVII, p. iJ75 et suiv.

9B6 u AÉvoiiUTiûji (scnB).

0i8caUiir» de véme qu'il est une semepce jde ciuréCieas, dinfij.queJe dit.eoeoce le Vieux Ciir^.daDS oes sam :

Martyrio pUcaff, Deas justissime, loo^o Et paceiD (ua Relligio ferat nsque serenan.

ïfih ;$e ipontrèrent m^ .^m\pU^ de ^aip) S^up iW^ leur eipui^sipp ,de BosserviUe. 0rillaiHe8 prniof^iw « i^j^llçs roei»»fie8, 3o«ffra<i€es bç^n^il^l^s^ i^i^n ^^ jvilw .^ppler. I>Hissç leur attim4e prémunir, jmqp'à ]» ^4» .tf;iiif>3, les génératiops ehrét^Rflçi^, ^nVfp Je^ aiimHia .si|nK3p^ du siècle qui tendept à toul é||)efi(Qr, ^ 4gçit .^mqfpdrir |^^ ^ fake d<sa obrétiefis piriimtils uoe e^pite^ ^er4ue, PRe raee ppr^mei^t of siniplc»n»eiH hmtQrJ«nft. .Ç^ itrpj» ^éiF«j37|iérpp o'pat pi^p., aifi^i q«P 4a jif««wi f|e 14^9^8 ppippggDftng, reçu k? bftnnauBS dp la »&piibpw i*i:4«^iip; rf>q(m C*|t |enr çjwfittère, kj^ fl^^ 6i«qiia le«r ^eçqHpîl, Je^r i;^i;p8 t^^ dévwé par Ip^ çeqnif», t^m jj^,p'#g ^n^p^ mpipp d^ iQ^rtp .glqrîeiiii.. P^ oftiilfwé & la pA^lévifé .mieu^ guejevil^ ««^s é<^rUp s^r )# isn^H^ itt r?|cÉo de m^QHRittftie tafttueux, Us lui cM .Ifii^ 4P mW» e^pipJe» flpi readroByt lepr ^qro inuBon^. <te^ fifl^ PAS^efi lenr sQîwt nue o^op twèbse .^sî q|iie ^m Am% ^«rp ^^tçam dp PQèpie q^e le Vieifop <:|^^ iMH IOalf»dP iWi'W fiteU, Jiaa^p Otç^dmi en s^iy oqn^^ ftpiqipiQU de? Çqt/s :

Ojuvenum generota cohors queii nomina veêtra Verêihuê.emortiem mnctQÊ4iM£branda per orbm. Par qoals \tn célébrer vos venu, votée gloire» Dignes d'être eiitoos lieux tratsmise» par k'Iiiatoife.

Leurs hayts faits et gejstes forment ui^e des plus J>elle8 .pages.dÇSxWîOftl^MP l'Eglipeet wériteraient jl'èArÇ «rt|ir tés par la plume d*un Gyprien ou d*un Tertollien. Bs

subi le martyre, ils Font subi de plein gré, désirant être réunis à Dieu au plus tôt, soit pour mieux le connaître et Taimer, soit aussi pour échapper à ce qu'ils appelaient alors, tant les crimes étaient déchaînés partout, FEnfer de la terre? n*est-ce point là tout dire?

Quant à ceux des Chartreux de Bosserville qui crurent devoir prendre la route de Texil et se réserver pour des temps meilleurs, Thistoire nous a transmis les noms que voici :

D. Bernard (Jacques Abram, fils de Nicolas Abram, syndic de Charmes), qui entra à la Chartreuse de Bosserville le 25 février 4779, y fit profession en 4780, y rentra en 4839 pour y mourir le 6 septembre '4 840, à Page de 82 ans. Il devint successivement, lorsque refleurit la liberté de l*EgUse, curé de Saulxures-lés-Nancy, puis de MarainviOe, dans les Vosges. Il avait emporté, pour la sauver du pillage, la caisse des Chartreux, qu*il rapporta en 4835, pour aider à payer le rachat de la Maison qu*il eût le bonheur de voir rendue, par un siècle réparateur, à sa destination première, et arrachée à une ruine plus ou moins imminente, mais certaine. Il nous apparaît à Fépoque fkitale de la sécularisation comme une relique. d'un passé meilleur, comme la semence et Tespoir d'un avenir plus consolant. In ipem meliaris œvù Lorsqu'il revint à Bosserville, ce fut avec un indicible bonheur. Ses yeux se mouillèrent de larmes, mêlées à la fois d'espérances et de regrets, quand il revit la cellule qull avait quittée comme depuis cinquante ans. Il fit remarquer avec attendrissement à ses nouveaux confrères un cep de vigne, qu'il avait planté de ses mains, qui avait grandi, était devenu vigoureux, et lequel, moins maltraité que les Chartreux, moins maltraité que celui qui l'avait planté et lui avait donné la première culture, n'avait été ni déraciné, ni emporté par la tempête. Nous retrouverons, quand nous parlerons du rétablissement de la Chartreuse, D. Bernard, qui avait quatre frères religieux conune lui :

Nicolas-François, Chanoine Régulier, Jean-Charles, Bernardin ; Joseph, Bernardin aussi et enfin Dom Pierre, Chartreux comme son frère Jacques, mais qui, avant le rétablissement de Bosserville, se rendit à la Grande-Chartreuse de Grenoble, où il mourut le 17 mars 1836.

D. Ambroisb (Nicolas) Houzelot, de Novéant-aux-Prés, fut curé de Manarmont et mourut à Rambervillers le 15 janvier 1808.

D. Léopold (François-Léopold) Lerouge, fils de François-Bonaventure Lerouge, docteur en médecine de la Faculté de Montpellier (1786), devint curé de Removille, où il mourut en octobre 1828.

Ces Chartreux, devenus pasteurs d*àmes, édifiaient d*une manière à eux les peuples qui leur étaient confiés. En effet, quoique au milieu du monde, ils conservaient autant que cela leur était possible les habitudes de leur vie claustrale. S*ils avaient été dispensés de la pratique de leurs vœux, ils n*avaient point pour cela été dispensés de leurs vœux eux-mêmes dont ils devaient conserver Tesprit afin de pouvoir s*en inspirer même dans le siècle. Nous avons sous les yeux la formule de dispense accordée aux Chartreux dans les circonstances où ils sont obligés, devant la force majeure, de vivre en dehors du Désert. Il y est dit entr*autres que si la calamité des temps les contraint d*alléger quelque peu le joug de Jésus-Christ, qu'ils portaient dans le cloître d'un cœur si allègre, le Souverain-Pontife néanmoins ne leur accorde , et cela pour la tranquillité de leur conscience, que la dispense des points de Règle qu'ils ne pourraient observer sans de grands inconvénients. Il leur est permis, il est vrai, de revêtir le costume du clergé séculier, mais sous ce costume ils doivent toujours porter quelque vêtement particulier à leur Ordre. Il leur est permis de faire gras les jours où TEglise Tautorise et de ne point suivre Tantique austérité de la Règle au point de vue de Tabstinence, mais ils doivent, autant

^ue faire se peut, observer les jeûnes de FOrdre trois fois par semaine au moins. Ils sont dispensés de réciter tes Offices des Morts prescrits par la Règle, mais ils doivent, en compensation, dire deux messes par semaine pour les défunts. Us sont autorisés à disposer librement de Targent ou autres objets qu*on peut leur donner, soit pour subvenir à leurs propres besoins, soit pour subvenir à ceux des pauvres, mais ils doivent, ayant sans ^esse présent à Tesprit leur vœu de pauvreté, se contenter de la nourriture et du vêtement. Ils doivent aussi se tenir constamment dans une telle disposition d*esprit, qu'ils soient toujours prêts, si le calme venait à succéder à la tempête et la sérénité à Forage, à revenir à leur ancien état, à reprendre )e chemin de leur cloître et de leur cellule. Ils doivent également avoir soin de ne pas se mêler au siècle, se rappelant constamment qu ils n'ont pas cessé d'être solitaires devant Dieu s'ils ne le sont plus devant la loi, et se conduire de telle sorte que leur vie impose silence au monde dont la langue maligne s'exerce sans cesse contre les religieux. Ils doivent enfin luire tellement que leurs exemples portent les fidèles à louer le Dieu qui est dans le ciel (i).

(i) FftATBR M, PRO TEKPORE Prior CARTU8LB M , VenerabUi Ptirî D. N.f professo Gtrtiisis domos iV., salatem et sanetam in tôt advenis safferentiain.

^qaïUB et jnstom YÎdetar at illoram paeî ac tranqaillitati provideatnr qoi Ghristi jugom alaeri animo portabant, quosqoe de illo aliqoid imminoere sola cogit prasentiam tempornm calamitas. Ad omnem ergè in eis eonscientis sti-> Moloffi rtmoTendom, Ministre generali Ordinis Cartiuîensis benigniter induisit Sommns Pontifex, ot sive per seipsam sive per eos qnos eligeret, légitima hanm observantiamm eis eoncederetar dispensatio, qoas in dispersione saA BOR niai cum gravi incommodo ampliùs senrare non possent.

IdeircÀ antoritate nobis super boc coneessft, in bis que sequnntnr rite te dispensatom pronuntiamns.

i^ Lieeat tibi, si easos oecurrerit, religiosam vestem deponere, et illam ifldaere qus elero sateulari propria babetnr, eà tamen lege ac eonditione, at iatus aiiquod testimenti genus semper déferas, quod ordini tuo spéciale fait.

2* Ab antiqnis Ordinis abstinentiis inunanem te facinos, et cames edere ^îebos ab eedesià non probibitis, licentiam tibi concediaBos, senitia

960 LA aÉvoLUTiON (suite).

Veilà commenl les Chartreux sécularisés vivaient dan» le monde sans être du inonde, comment ils se prêtaient à la société sans s*y donner, comment ils faisaient fleurir au milieu du siècle les vertus du désert.

Parmi les Cbartrenx de Bosserville qui se vouèrent au service des âmes et vinrent en aide au clergé séculier qui ne suffisait pas aux besoins du peuple chrétien, nous mentionnerons aussi d*une manière spéciale. Comme ayant été un de nos prédécesseurs et afin de lui payer 1» dette de la gratitude, D. Anthelme, Nicolas-Louis-Grosdidier, sacristain (1757), et ensuite procureur de sa liaison à Tépoque de la Révolution. Né à Sainte-Marie aux-Mines, il avait pris parti pour la Chartreuse contre le gré de ses parents, et, après six semaines de postulat, leur avait écrit que sa résolution de mourir au monde

Uitaen, qaantum possibile erit| jejnniis Ordinis, saltem per très hebdomade di69.

Z^ Ne M privatè degenti, tel forsitan aliàs occopato, gracia Dîmis et ontit»sa fiant a aria quas in Ordine pro defanctis debebas officia, ab illis gêneratim te absolvimus, sab onere tamen duas qualibel septimanâ celebrandi Hissas pro defanetis ; in officio yerb canonico juxta ritom Cartasiensem persohendo, et in horariis Beats Marie preeibns qnotidiè recitandis, nibil immutandum putamos, quandiu privatim illa exolvere libéra erit tibi facoltas, et idem obserrandum credimns in missœ celebratione, secloso tamen scandalo.

4^ Datnr tibi lioentia ni assignatam tibi pecanic sabsidinm» et qoidquid aliod qaovismodo consequi licite poteris, libéré administrare valeas, et iflod ▼el in proprias nécessitâtes, vel in eleomosinas impendere in tno erit arbitrio ; sed memor totomm qna distinxemnt labia tua : habens alimenta ei vestimenta qoibas tegaris, bis contentas este.

His ntens dispensationibns, ità mente et Tolontate sis affectas, at si De« annoat, et feliciora saccadant tempera ad pristinum stàtura redire, et commit-nam ac rcligiosam vitam dennè amplecti sis paratas ; intérim cave ne commis» tos inter gentes, discas opéra earum ; sed memor arrepti propositt, et scie» te eoram Deo semper monachum existere, immaculatom ab boc ssculo te eutodire satage, et talem inter gentes babere conTersationem stode, qom obmii-' Incere faciat impmdentiom bominom lingaas, qos de statu religioto defrahant : et sic laceat lax taa coram hominibas, nt ex bonis operibos If «•nsiderantes, glorificcnt Deom qui in cœlis est. Qood ot asseqnaris, libi opo^ Icntom de cœlis apprecamar aaxiliam. Datom svb ebiregrspho nostrô, et dMiàs Cartuim li^o, die... mensis... UDi...

LES. qHARTRHOX DA1I8 LB SlACLB. 964

4lait déflnitivemeni arrêtée , quMIs pouvaient compter "sans lui. A Fépoque de la Terreur, il se déroba aux poursuites des agents de la Convention, sans toutefois s'éloif ner de la Chartreuse et de sa chère celhile dans laquelle il revenait sans cesse, à tel point qu*on peut dire qu'il ne la quitta jamais ; c'était la dernière, à gauche du grand doitre. Les gendarmes, le sachant dans le pays, arrivaient tantôt à pied, tantôt à cheval, à Pimproviste, au moment où on les attendait le moins, afin de surprendre le moine non-assermenté et réfractaire; mais D. Anthelme parvint heureusement à leur échapper, gr&ce au dévoue* ment des habitants de Bosserville qui exerçaient la vigilance la plus active, faisaient le guet pour avertir du danger ; grâce aussi à Thospitalité que lui donnait, au péri! de sa vie, un chrétien courageux et dévoué nommé Calet. U se réfugiait le plus souvent dans une tuilerie située près 4e la Chartreuse, entre Bosserville et Art-sur-Meurthe. 'C'est là que, au plus fort de la persécution, il célébrait le saint sacrifice de la Messe, faisant couler le sang de l'Homme-Dieu sur Tautel, pendant que le sang humain coulait à flots sur l'échafaud et laissant ainsi luire aux yeux, au milieu de tant de ruines entassées sur des raines , un rayon d'avenir , donnant à penser que des Jours de sérénité brilleraient sur le monde. Le sang du Christ, qui est un sang pacificateur et purificateur, continuant à être offert, devait, tôt ou tard, apaiser et réhabiliter un peuple armé contre lui-même, et souillé de tant de crimes si horribles, de forfaits si •épouvantables dont avaient été victimes les âmes les plus élevées et les plus nobles, tant de saints religieux, tant de vierges pures, tant d'ecclésiastiques bien méritants que des tigres acceptaient la triste mission d'égorger, bien que souvent ils eussent la triple dignité du sacerdoce, du malheur et de la vieillesse. Et, preuve que les sentiments chrétiens continuaient à vivre au fond des cœurs, alors qu*ils ne pouvaient plus ae nutnifester exté*

rieurementy bon nombre de chrétiens des paroisse» environnantes s*empressaient d'assister à la messe de Dom Anthelme» profitant, pour s*y rendre, de Theure des ténèbres, lesquelles, à cette lamentable époque de notre histoire, offraient seules quelque sécurité aux fidèles qui voulaient rendre leurs hommages à Jésus-Christ, au Dieu public et authentique de l'histoire.

Lorsque Ton cessa d'offrir des primes à qui dénoncerait un prêtre et que des jours meilleurs vinrent, après des Jours si mauvais, à luire sur la France ; lorsque le peuple chrétien commença à respirer , Do'm Anthelme qui s'était donné aux âmes, autant que les circonstances le lui avaient permis, s'y dévoua entièrement, desservant à la fois les villages d'Art-sur-Meurthe dont la Chartreuse fait partie, et de Laneuveville, n'ayant d'autre presbytère que sa cellule dans laquelle se rendaient les enfants de ces deux paroisses pour se préparer au grand acte de la première communion, au plus heureux et au plus beau jour de la vie. Les vieillards de Laneuveville, où son nom est encore vivant malgré l'oubli qui pèse bientôt sur la tombe de ceux qui ne sont plus, ont conservé de D. Anthelme le meilleur souvenir. Ils n'en parlent qu^avee les sentiments d'une vénération profonde, ils n'ont qu'une voix pour célébrer sa bonté, sa douceur, pour reconnaître en lui toutes les vertus qui font le saint prêtre, le cèle et l'activité qui font le bon curé. Lorsque la Chartreuse fut vendue, les acquéreurs lui laissèrent la libre disposition de sa cellule où il continuait à mener la vie érémitique, préparant ses aliments de ses propres mains et étant lui-même à lui-même son serviteur (i).

D. Anthelme disait souvent à ses paroissiens de Laneuh veville, dans les prédications qu'il leur faisait : « Je ne

(1) La tradition orale de Laneuveville, représentée par des témoios à la fois ocalaires et aaricdaires contemporains de Dom Anthelme qu'ils oDt tu 4 Vmvrrtf eu ils sobI oelogéaaires.

» serai heureux que quand je rentrerai dans ma cellule » pour ne plus en sortir, » montrant par là une fois de plus la vérité de ce proverbe reçu dans toutes les familles monastiques, tant on y trouve le vrai bonheur : « Moine hors du couvent, poisson hors de Teau. » Le pbilosophisme avait prétendu, et, pour égarer Fopinion, avait répété sur tous les tons que les moines étaient des esclaves gémissant sous les verrous de leurs couvents, des victimes cloîtrées ; il avait appelé les monastères, les Chartreuses, la Trappe, des prisons quil fallait ouvrir afin de rendre à la liberté les malheureux qui y étaient détenus et qui sans cesse, selon eux, soupiraient après rheure de Taffranchissement et de la délivrance. L'expérience prouva que si jamais mensonge impudent sortit de la bouche ou de la plume des philosophes, c*est celuilà et qu*il faut dire au contraire avec le poète, à rencontre des détracteurs du monasticisme :

Gai, c'est un vaste amoar qu'au fond de vos calices. Vous baviez à plein coeur, moines mystérieux. Vous aimiez ardemment, oh ! vous étiez heureux.

Ces enfants du désert et de la solitude jetés dans les villes, dans les paroisses, regardaient le monde comme un exil et n'avaient d'autre désir et d'autre ambition que de se réunir à leurs frères pour reprendre l'exercice de la Règle, tant ils aimaient leur communauté, comme un enfant aime une bonne mère, tant ils y trouvaient la véritable paix, tant l'intérieur du cloître était pour eux la vie, tant le dehors était pour eux la mort ; tant il est faux que les moines soient ce que les jugements du monde nous les représentent, des hommes qui se sont engagés sous un joug de fer, dans un moment d'exaltation, dans un excès de ferveur passagère et qui ne tardent pas à regretter la démarche qu'ils ont faite, rongeant leur frein malgré eux, et n'étant retenus dans

364 LA RÉVOLUTION (SUITB).

la région du deuil, de la tristesse et des larmes que par Tascendant despotique qu*exerce sur eux le directeur de leur conscience. Ici les faits se pressent pour attester que le moine dans son cloître nage dans les délices. Baronius ayant été obligé, en vertu de Fobéissance, d'accepter la pourpre romaine, pleura comme un enfant lorsque, le jour même de son élévation au cardinalat, il fut contraint de quitter son couvent , et il demanda à genoux qu*on lui laissât du moins la clé de sa cellule afin qu*il pût de temps en temps s*y retirer et s'y recueillir dans le silence et la prière (i). Lorsque Pierre de Blois quitta Tabbaye de Croyland, pour retourner dans sa patrie, il s'arrêta sept fois pour regarder en arrière et contempler encore les lieux bénis où il avait été si heureux. Âlcuin, au moment de quitter son cloître pour la cour de Charlemagne, disait : « 0 ma cellule ! douce et bien-aimée de- » meure, adieu pour toujours. Je ne verrai plus ni les » bois qui t'entouraient de leurs rameaux entrechoqués, » et de leur verdure fleurie, ni tes prés remplis d'herbes » aromatiques et salutaires, ni tes eaux poissonneuses, > ni tes vergers, ni tes jardins où le lys se mêlait à la » rose. Je n'entendrai plus ces oiseaux qui chantaient » Matines comme nous et célébraient à leur manière le » Créateur. Chère cellule, je te pleure et te regretterai » toujours (2). »

0 cellt mihi htbitatio dulcis amaU Semper in Bleninn, d nea calla vala !

D. Ravenet, ancien coadjuteur de la Chartreuse de Lugny, voyant l'orage révolutionnaire s'apaiser, alla aussitôt trouver l'acquéreur de son ancienne Maison pour le supplier à genoux et les mains jointes de lui rendre sa cellule ; il s'y installa, y vécut et voulut y mourir. Une pau-

(1) Theioer, Diction, encyclop. Trad. Goschler, art. Néri.

(2) Âlcmni, Opp. T. U, p. 486, éd. Fob. Cf. Moatalambeit, Le$ MÊoinm d'Occident, 1. 1. latrod., ch. Y.

vre servante dévouée allait avec une hotte recueillir dans les villages voisins ce que les bonnes âmes lui offraient pour soutenir les jours du vieux moine, et elle offrait en retour le don de ses prières (i).

La douleur qu'éprouvaient les moines, lorsqu'ils étaient obligés de quitter leur couvent , le désir qu'ils avaient d'y rentrer au plus tôt, lorsqu'ils en étaient sortis, ne sont-ils pas la preuve la plus convaincante, la plus irrésistible d'évidence du bonheur qu'ils y goûtaient? — Mais laissons là des considérations sur lesquelles nous aurons occasion de revenir, lorsque nous dissiperons les préjugés contre les Chartreux, en leur opposant le soleil de la vérité et de l'histoire.

Dom Anthelme resta curé de Laneuveville jusqu'à sa mort, ayant rendu la Chartreuse utile au pays, alors même que les Chartreux étaient dispersés. Il fut enterré dans le cimetière de Bosserville, le visage tourné du côté de la Maison qu'il avait tant aimée et qu'il pouvait en quelque sorte contempler du fond de sa tombe. Son ami fidèle, le protecteur dévoué qui l'avait recelé pendant les jours de la Terreur, fit ériger à sa mémoire un monument taillé en forme de croix et reconnaissable à la fois par un calice sculpté et par une inscription ou épitaphe ainsi conçue :

MÊênument 4e reeonnaisêanee éri§é par un vrai awii^

même au-delà du iambeau^ à ta précieuse mémoire du

M. P. Dom Louis Grosdidier^ Procureur de cette célèbre

Malien^ décédé le 34 février 1804, 4 ventôse an XII ^ Agé

de 7i «M, 47 de profession ; il posséda éminemment les

vertus de son état ; priez Dieu pour un de vos principem»

Menftriteurs.

Nous sommes allé visiter la tombe de l'illustre confesseur de la foi. En nous rappelant ses vertus, nous n'avons

(i) Bi$i9irê éeê priitcifatei fondtaimiê retigimtei du BaUtiose de Im Mcmtapkê «n Bowrgognêf par BiigMird, p. 189. Paris at Dijon, 1894.

366 LA RÉVOLUTION (SUITB).

pu nous empêcher de nous rappeler et de lui appliquer cette parole d*un ancien :

Sta viator^ heroem ealeas,

et de nous écrier :

Arrête voyageur, d*nii héros c'est la cendre.

Puis 9 pour nous conformer à la recommandation de l'épitaphe, nous lui dîmes un De profundis , avec la pensée qu'ayant eu une si sainte vie, il avait beaucoup moins besoin de nos prières que nous n'avions besoin des siennes.

D. Antoine ( Charles - François - Xavier Lottinger) , est Tun des Chartreux les plus célèbres de Bosserville, car il sut se montrer en même temps confesseur de la foi en prenant le chemin de Texil, apôtre en revenant bientôt dans sa patrie pour y exercer secrètement le ministère sacré, et enfin martyr en versant son sang, généreux athlète, pour la cause de Jésus-Christ et de son Eglise. Nous devons, par là même, entrer ici dans quelques détails plus particuliers touchant sa vie, qui serait digne de figurer dans les Actes des martyrs.

Né à Blàmont en i75i, D. Antoine fit profession en 1772, à Fàge de 2i ans. U devint bientôt le modèle vivant de ses frères, par la pratique de toutes les vertus qui font le vrai chrétien, le saint prêtre, le religieux parfait, par sa régularité, sa ponctualité, sa charité et surtout par le dédain de la vie présente et le désir de la vie future. Quand éclata la Révolution, il se retira en Suisse où, pour donner satisfaction à sa piété envers Marie, il fit une première fois le pèlerinage de Notre-Dame des Ermites^ qu'il se proposait de faire de nouveau, tant il avait éprouvé de bonheur dans son pieux voyage. Après

avoir passé trois ans dans l'exil, ce qui le fit porter sor la liste des émigrés et fut plus tard le prétexte de sa condamnation, il revint dans sa patrie afln de se rendre utile aux fidèles qui étaient comme un troupeau sans pasteur et se trouvaient errants çà et là , sans savoir autour de qui se grouper. On le vit, prenant à la main le bâton de TApôtre, aller de hameau en hameau , de village en village, de bourg en bourg, et, le jour et la nuit, par les chaleurs brûlantes de Tété, comme par les froids glacials de rhiver, se porter avec empressement, sans se donner ni repos ni trêve, partout où Ton réclamait les secours de son ministère, partout où il y avait un pécheur à absoudre, un malade à consoler, un mourant à bénir et à fortifier, au moment suprême, contre les terreurs de la mort et les derniers assauts de Fenfer. Rien n'arrêtait sa marche rapide, bien qu'il fut d'une santé três-délicate et exténué par la fatigue. Séjournant deux jours au plus dans le même endroit, il se transportait bientôt plus loin dans la pensée que les âmes pourraient périr par sa faute, s*îl n'avait pour elles un dévouement à toute épreuve, s'il ne se donnait pas à temps et à contre-temps. Se rappelant les paroles du divin Maître à ses apôtres, il marchait sans sac de voyage, sans bâton de défense, sans double vêtement, ordonnant, quand il changeait de linge, qu'on donnât celui dont il se dépouillait aux pauvres pour lesquels il avait une charité qui tenait de la tendresse d'une mère pour ses enfants, et auxquels il tendait d'une main ce qu'il recevait de l'autre. S'abandonnant en tout point à la divine Providence, il ne permit jamais que les personnes qui l'accompagnaient dans ses voyages pour lui indiquer les chemins, prissent des armes, persuadé que celui qui travaille pour Bien a Dieu pour lui, ejt que ce que Dieu garde est bien gardé, selon ces paroles de l'Ecriture : « Ce qui sauve les » rois ce ne sont pas leurs armées nombreuses, ce qui 9 sauve le géant ce n'est point sa grande vigueur, la con- > fiance que l'on met dans le cheval est trompeuse. Mais

» les yeux du Seigneur veillent sur eeux qui le crai(^ent » et qui mettent leur espoir dans sa bonté (i). » Et encore : « Les uns mettent leur espérance dans leurs chariots» les » autres dans leurs chevaux; quant à nous, nous invoque- » rons le nom du Seigneur (3). » Si quelquefois il prit des mesures de prudence, ce fut comme à regret, pour être agréable aux personnes qui lui portaient intérêt, ou pour ne point donner une occasion de blâme à des esprits mal faits, qui apprécient tout à la mesure étroite des jugements humains et ne connaissent que la prudence du serpent, sans même comprendre, loin de la mettre eo pratique, la simplicité de la colombe.

Si D. Antoine avait si peu de souci àTendroit de la vie ou de la mort qu'il regardait comme une bonne fortune, comme un gain, àTexemple de TApôtre (5), on comprend quMl n'ait jamais voulu pactiser avec la Constitution schU" matique que le gouvernement d'alors proposait aux ecclésiastiques, au mépris de la Constitution divine de FEglise. Quand on lui proposa le serment exigé de par la loi, de par la République une et indivisible, il refusa, et devint ainsi ce qu'il devait devenir, un prêtre réfractaire. Lorsqu'aprës son arrestation ses juges lui demandèrent pourquoi il n'avait pas prêté serment, il répondit avec autant de fermeté que de dignité : « Ma foi et ma conscience ne » me le permettent pas. » Lorsque la commission militaire devant laquelle il fut traduit lui présenta le procèsverbal de son arrestation et celui de sa comparution devant le tribunal, pour qu'il les reconnut, il dit sans hésitation aucune, bien qu'il sût que ses paroles provoqueraient une sentence de mort : « Oui, je les reconnais^ » j'ai signé celui-ci , D. Antoine^ prêtre cafAottfice, » ce qu'il avait fait, soit parce qu'il estimait son titre de

(i)P«a^m. XXXII, 16-18.

(2) Pêolm, XIX, 8.

(3) Blilii eoim in«n Cbristtu ast et mori i«enui« PkiHfP^ U 2t.

prêtre eatbolique par dessus tous les titres, soit pour protester contre la loi qui voulait non plus des prêtres catholiques, mais des prêtres gouvernementaux. Et comme on loi demandait pourquoi ce titre de prêtre catholique ne se trouvait pas joint à sa signature sur un des deux procèsverbaux, il ajouta avec animation : « Si je n*ai point signé » ici prêtre eatholiquey c'est parce qu*on ne me Ta point » permis. Je voulais ajouter ce titre à mon nom. » Souvent il se recommandait et se faisait recommander aux prières des prêtres et des fidèles, mais il avait soin d'ajouter, tant son attachement à TEglise Romaine, au siège de Pierre était profond, tant il marchait droit comme un principe : « Ne me recommandez pas aux prières des

* prêtres qui ont prêté le serment, et ne sont pas dûment

* réconciliés. Ils sont pour moi des hommes qui se met-

> tent en présence du crucifix, pour lui cracher au visage.» Ajoutez à tout cela que D. Antoine, tant il avait une

ème supérieure, souhaitait vivement verser son sang pour Jésus-Christ et faisait de la mort sanglante sa grande ambition. Ce Alt là la pensée de ses pensées, son désir dominant. Une seule réflexion pouvait tempérer son ardeur à œ sujet, celle que la vie lui permettait de s'employer pour les fidèles et de servir les intérêts sacrés de la religion. A part ce sentiment, il aurait voulu revêtir la robe empourprée du martyre. « Je ne désire pas mourir, disait-il » souvent dans l'intimité, tant que je pourrai exercer mon » ministère, mais une fois qu'il ne me sera plus donné de

* eontriboer au salut des âmes, je souhaite ne plus vivre,

> Il me sera mieux d'être avec Jésus-Christ. » Ce désir d'une mort sanglante acceptée pour l'Eglise, l'avait toujours poursuivi et lui avait donné comme un pressentiment de son martyre futur. Souvent il demandait à Dieu qu'il lui fût àéùné de mourir pour son saint nom. Il portait ordinai* remeni avec lui un recueil de gravures représentant les divers genres de tourments par lesquels les persécuteurs exerçaient la patience et éprouvaient la foi des premiers

270 LA RÉVOLUTION (SDITS).

chrétiens et, dans ses moments de loisir, il le feuilletait avec complaisance, contemplant pendant des heures entières les roues, les chevalets, les peignes de fer, les martinets pour la flagellation, les bûchers, les chaudières bouillonnantes et faisant de ces divers instruments de supplice Fobjet favori de ses méditations. Il portait aussi sur lui des reliques de divers martyrs, pour lesquelles il avait une vénération profonde, en lesquelles il mettait une confiance pleine et entière et dont la vue Taidait a cultiver son désir de marcher sur les traces des premiers témoins du Christ. Un jour quHl voyageait par une nuit ténébreuse et froide, D. Antoine est assailli et arrêté par deux volontaires^ comme on disait alors, qui n*avaient ni mission ni mandat de le saisir. Sa première pensée est de leur offrir de Targent pour quMls le laissent libre de suivre son chemin ; Tun accepte, l'autre s'obstine & vouloir le traîner devant les tribunaux. Dom Antoine, par un mouvement vigoureux, se dégage des étreintes de ce dernier, et continue sa route d*un pas rapide et léger ; mais bientôt, tant était vif son désir de mourir pour Jésus- Christ, il éprouve des regrets et presque des remords, se reprochant d'avoir manqué Toccasion du martyre, se consolant uniquement par la pensée qu'une nouvelle circonstance favorable se présenterait et que la grâce qu'il désirait si ardemment ne tarderait pas à lui être enfin accordée. Cette grâce ne devait pas se faire attendre longtemps.

Le 26 avril 1798, D. Antoine reçoit un billet par lequel on le prie de venir à Gerbéviller pour y exercer son ministère spirituel. Pour lui, être appelé c'est partir, bien que des patrouilles organisées partout soient à la chasse des prêtres restés fidèles et que des bruits sinistres circulent de toutes parts. Notre Chartreux arrive à onze heures du soir, confesse le malade pour lequel on l'avait appelé ; mais le lendemain à midi il était saisi, arrêté par les émissaires de la tyrannie et conduit devant le juge de paix

LES CHARTREUX DANS LE SIÈCLE. â7l

auquel sans hésitation, sans crainte, avec tout le calme d*un vrai stoïcien, il déclare qu'il est prêtre catholique^ qu*U a émigré, et qu'après son émigration il est rentré dans sa patrie. Conduit à Lunéville, les juges, afin de lui sauver la vie, lui proposent de le faire passer pour fou, ce qui eût été facile, soit parce que son corps était tout exténué, soit parce qu*il se faisait remarquer par une grande naïveté qui, en lui, n*était que la simplicité évangélique, c'est-à-dire une vertu d'autant plus précieuse que le monde ne la connaît pas. A cette proposition, D. Antoine s'indigne et s'écrie : « Non, je ne souffrirai 9 point qu'on recoure à un tel subterfuge. Si mon défen-

> seur veut l'employer, je me lèverai devant lés juges et B je saurai leur faire voir que je possède tout mon bon » sens. » Le 28 avril, Dom Antoine est amené à Nancy et conduit à la Conciergerie à onze heures du matin. Interrogé à quatre heures du soir, il est condamné comme ayant émigré. Conservant toute sa sérénité habituelle, il écoute avec le plus grand calme la lecture de l'arrêt qui le condamne à mort. Il mange ensuite avec son appétit ordinaire, se félicitant, devant un pieux laïque qui était accouru pour le voir une dernière fois, de la grâce qui rattend. On lui apprend, avec tous ses détails, la mort édifiante d'un de ses amis prêtre, qui avait été fusillé le il avril précédent, il répond que «lui faire ce récit, c'est

> lui servir un bon dessert. » On veut lui suggérer des moyens de défense pour le jour où il sera traduit devant la Commiêrian mi/ttoire, il se contente de répondre : c Je ne m'embarrasserai pas la tète de tout cela. Jésus- 9 Christ a dit : « Ne vous inquiétez pas de ce que vous 9 aure^ à répondre aux juges lorsque vous comparaîtrez 9 devant eux pour mon nom ; le Saint-Esprit vous sug- 9 gérera ce que vous aurez à répondre. » Or, je veux met- • tre en pratique cette recommandation et je m'aban- 9 donne entièrement à la Providence. » Jusqu'à sa mort, c'est-à-dire tout le temps qu'il passa à la Concier-

gerie et pendant les deux jours qu'il fut détenu à la Tour, avec les justiciables de la Commission militaire^ il ne fit plus que chanter son bonheur dans des hymnes et des cantiques qu'il composait lui-même et dont il faisait part à ses compagnons de captivité. Ceux-ci étaient ravis d'admiration et hautement édifiés à la vue de tant de vertus et d*un spectacle si étrangement divin.

Le mardi i**^ mai, D. Antoine comparait devant le tribunal, au milieu d'une foule de spectateurs, attirés les uns par la curiosité, les autres par la piété et parmi lesquels se trouvait D. Bernard. Les juges, voyant sa grande bonhomie , se montrent tout disposés à lui donner le moyen d'échapper à la peine capitale et lui proposent d'alléguer, comme prétexte à sa décharge, son ignorance des lois alors en vigueur, ne lui demandant que de se taire et de laisser parler. Mais notre Chartreux, notre confesseur, notre martyr de répondre : < Je ne le soQf-

> frirai pas, je ne veux pas racheter ma vie par un men-

> songe, ni imprimer une tache à mon sacerdoce Je

» savais bien à quoi je m'exposais en restant dans l'inté-

> rieur du pays, mais en cela j'obéissais à ma conscience. » La seule chose que je me reproche, c'est d'avoir offert

> un écu de six livres au gendarme qui opérait mon arres-

> tation pour l'engager à me laisser fuir. » Comme il avait été saisi avec ses malles dans lesquelles on avait trouvé des vases sacrés, des ornements sacerdotaux qui étaient une pièce de conviction , l'avocat propose à notre héros de dire que ces objets n'étaient pas à lui, mais il répond : « Non, c'est à moi, je suis prêtre catholique, je dis la • Messe et je continuerai à la dire tant que cela me sera » donné. » C'est ainsi qu' c il dérouta par ses réponses toutes franches » la bonne volonté des juges à son égard. Comme on feuilletait la liste des émigrés pour s'assurer s'il y était inscrit, le greffier, qui voulait le sauver, lui dit : « Votre nom n'y est pas. » — « 11 doit y être, répondit Lottinger. > — « Il n'y a point de Charles-Fran-

LB8 CHARTREUX DAJI8 LE SlftCLB. S73

çois Loltinger, » reprend le greffier.— « Eh bien, reprend

* à son tour raceusé, eberchez aux A, vous y trouvez 9 D. Antoine, Chartreux de Bosserville, c'est moi. » Les juges ayant délibéré, D. Antoine, eondanmé une seconde fois, fut reconduit à la Toiu* après une séance de trois heures.

Quel dévouement sublime ! On ne demande à notre prisMinier , pour le sauver , que de répondre par un petit mot de trois lettres, d*une seule syllabe, par un oui ou par un non , selon que la question lui sera posée affirmativement ou négativement, comme autrefois, on ne demandait aux martyrs que de faire fumer en Ilionneur des idoles un tout petit grain d*encens, et ce monosyUabe, il ne veut pas le prononcer, et ce petit grain d'encens, il ne veut pas le faire fumer, alors qu*il y va pour lui de la vie ou de la mort.

Arrivé à sa prison, D. Antoine trouve un repas modeste qui lui avait été envoyé par une personne touchée de son malheur. 11 ne fait que goûter les mets, puis, s*avisant tout-à-coup, il dit avec gaité : c C'est un beau

* jour que celui-ci, c'est un jour de fête ; ordinairement > je ne bois pas de vin, mais j'en boirai un peu aujour- » d'hul. > A deux heures, les juges arrivent et lui lisent la sentence qui le condamne à la peine capitale. Il l'entend avec le plus grand sang-froid, la plus profonde tranquillité d'âme, puis il prend d'un pas ferme, avec un air recueilli, la direction de la place de Grève que le manuscrit appelle « la place des nouveaux martyrs. > Arrivé sur le lieu de l'exécution, ses joues s'enflamment, son visage s'illumine, ses mains s'élèvent instinctivement vers le Ciel. Il prend bientôt un mouchoir que depuis longtemps il portait siu* lui, dans la prévision de sa mort et qu'il avait eu soin de bénir ; il s'en bande les yeux, feit le signe de la croix, joint les mains et se met à genoux. A la première décharge, il tombe sous les

balles, mais parait encore plein de vie. Deux soldats s'ap-

'974 liA ftAVOLQTIOll (8C1TB).

**)iroeliBiu, et Nii font une viouYeHe décharge itans la tèie, "ft b(mt (foriMt. On le citrftmort, on le met diftis le éérciieil ; mais, 6 prodige ! on l*y TOit johidre les mrins comme pmir prier. Nouvelle et troisième -didiarge. -^ Enfin, il expire , et son ftme, dégagée des UeHs de là chair et des entraves du corps, prend son vol vers le Ciel.

Le maiHyre de D. Antoine était vn indiee que le ^ris- •ti&iïisme, qu'on croyait avoir enterré pour toujours, n'était pas encore mort. Se peut-il, en effet, une cause plus vivante que eelle pour laquelle on sieiit volontaireînent mourir? La ijlort, dans de tdles circonstances, n*était^e point la plus grande preuve de la vie? Aussi, le coi^ de notre martyr, qui était tout meurtri, tout fracassé, en lambeaux et inondé de sang, fut-il Tobjet d*un culte tout religieux, aussitôt qu'il eut été frappé par le pIoAib homicide, non, je me trompe, par le plomb sa^îrHége. Les «as recueillirent son sang , malgré la défense dte agents du Pduvoir, les autres y tretnpëreilt des Itng^ qu*ils aiaîént apportés ; ceux-ci arrachèrent Therbe s<tr laquelle on avait déposé ses habits , céux-li déchirèrent le mouchoir avec lequel il s*éCait bandé les yeux, afin d*en emporter un morceau, si petit qu'il fût ; la foule tout leotiëre voulut racconipajgner lorsqu'on te conduisit à sa dentière démettre, au cimetière des Trois-Maisons, et hn fit des funérailles qui parurent plutôt une ovation et une marche triôtnphale qu'une cérémonie funèbre. N'avaitelle pas raison ? N'était-ce pas un jour de fête pour le ciel et pour la terre ? Pour le ciel qui comptait un éhi nouveau, pour la terre qui avait un intercesseur et un protecteur de plus ii).

Un ami du saint martyr remarqua avec soki l'emlroit

(i)7VWfeé turta tkott'fpréctfnuû^u R. P. D. ilnl»lnr A></fiiaref% Ms. de U Bibliothèque de la Chartreuse de Bosserrille. — Martyre de Dom Antoine^ Chartreux, Id. Ibid. — Lepage, Les Chartreuêet de SatiU»- Ànnh U'de B6$MrviUe, p. 'tt5.

LES iïHARTRBUX DANS L« STÂCLB. "275

précis OÙ 'il fut intramé et, quelques jours après, y mtt ^ans le sol une ptoque oblongue, eii rosette, sûn que plus tard, lorsqu'on ouvrirait tme nouvelle fosse ou que 4es temps deviendraient meilleurs, on put reconnaître les testes précieux, les ossements sacrés de Tintrépide soldat ilu Christ. Or, en 1828, lorsqu'une nouvelle fosse fut ereusée pour une nouvelle sépulture, on découvrit cette plaque sur laquelle nous avons lu cette inscription assez ^grossièrement burinée : Chartei-François- Xavier Lottin- ^er , prêtre Chartreux à BosêerMlle , sous le nom de Dam Antoine , natif de Blàmont, âgé de 47 ans, a été fusillé à Nancy comme prêtre eathoUque, le i*' mai

47§8, entre 4 «/ 5 heures. M. Tabbé Thiébeult, parent de mitistre mort, recueillit ses principaux ossements. II fit ensuite don à la Chartreuse de Bosserville, où ils ^ont encore maintenant conservés, du chef du martyr, tle I*humérns d'un de ses bras, ainsi que de la plaque qui 'garantissait Fauthenticité de ces précieuses reliques. Nul iloute que ces restes ne tiennent la première place dans le trésor de l'église de la Chartreuse. Quoi de plus pro* pre à entretenir le zèle, à exciter le courage, à communiquer à l'Ame de saintes ardeurs et à lui donner le feu ide r&mour, que la vue des ossements sacrés de ceux qui ont vécu dans nos rangs, ont habité nos demeures, porté le même habit, suivi la même carrière que nous «I qui, du chamfp de bataille où Us sont glorieusemeînt tombés, semblent nons dire de marcher ^ur leurs traces -ou, à tout le moins, de recueillir, pom* tes transmettre à la postérité, te patrimoine de vertu et d'héroïsme qu'ils nous ont légué. Quoi de plus propre à atteindre ce but, è produire ce résultat que ces restes des ancêtres appelés ptfr l'antiquité : GranéHa ossa patrum f

Tels se montrèrent au monde, à la fin du dernier ^{ède, les Chartreux de Bosserville Idr^ulls furent Jetés dans le creuset de l'épreuve, tel leur «til momentaxié , ear Us devaient revenir un jour, a révSIé leur

S76 LA RÉVOLUTION (SClTl).

vie. Ds supportent tout, plutôt que de profaner leur Ame par Tapostasie. On peut juger par là qu*ils nV valent point dégénéré des premiers chrétiens, puisqulls surent souffrir ce que savaient souffrir les martyrs des premiers siècles , alors que le sang de Jésus - Christ était encore tout chaud. On peut juger par là qu*ib n*avaient point dégénéré de Landvin, ce compagnon de saint Bruno, qui dans son amour pour la chaire de Pierre n*avait pas reculé devant Tincarcération à laquelle le condamnèrent les partisans de Tantipape Guibert et de Tempereur Henri IV. On peut juger par là qu*ils n'avaient dégénéré ni d'eux-mêmes, ni de la grande Chartreuse, foyer de leur Ordre, ni de saint Bruno, leur Fondateur et leur Patriarche. S*il est vrai que Tapostasie extérieure est toujours précédée de Tapostasie intérieure, il est vrai aussi que la profession extérieure de la foi au milieu des fusillades et des noyades, des persécutions de tous genres, suppose la foi intérieure avec toutes les vertus dont elle est la racine et qui en sont le couronnement. Les Chartreux disparurent enveloppés dans les plis de tout un manteau de gloire.

Et ici, c'est un besoin pour moi, prêtre catholique, de payer le tribut d'une juste reconnaissance à tous ces généreux confesseurs qui ont protesté jusqu'au dernier souffle contre des pouvoirs persécuteurs dont la prétention allait jusqu'à vouloir régenter le christianisme et en faire le complaisant servile de leurs passions. Que seraitil arrivé si le clergé de France avait accepté la ConstiUk- Uon civile du clergé^ et avait préféré l'apostasie à la mort ? si , pliant le genou devant les tyrans, il avait accueilli la pensée des philosophes, leurs précurseurs et leurs complices ? Il serait advenu de l'Eglise de France ce qu'il est advenu de l'Eglise d'Angleterre, de l'Eglise d'Allemagne, de l'Eglise dite orthodoxe de Russie, de l'Eglise de Byzance ou du Bas-Empire. Les prêtres n'eussent plus été que des fonctionnaires civils à la solde et à

LIS CHAHTREUX DAHS LE SIÈCLE. 177

la dévotion de FEtat. L*EgHse» ayant perdu son indépen* dance, n^osant plus parler, serait devenue basse, rampante, vénale, comme Test devenue, devant des monstres tels que Henri VUl et Elisabeth, TEglise anglicane, pour conserver ses riches abbayes, ses grasses prébendes, ses opulents revenus. Elle eut sanctionné tous les errements et tous les crimes du pouvoir à la merci duquel elle se serait mise , regardant la personne du prince €omme une incarnation de la divinité et toutes ses décisions comme des canons sacrés, fut-il un Nicolas, empereur de toutes les Russies, ou un Constantin 1*ordurier. Elle n*eut jamais su que dire oui sans se sentir la force et le courage de dire : Non debemuê^ non ponumuÊ^ non volumuê. La cause des âmes eut été perdue à toc^ours» Qu'attendre, en effet, d*une Eglise devenue la proie du pouvoir séculier? Qu'attendre d*un clergé qui, s'étanl laissé façonner à des habitudes d'esclave, n'a bientôt plus ni courage, ni initiative et ne sait plus que s'incliner devant le fait accompli, c'est-à-dire devant toutes les volontés impériales et royales, ces volontés fussent-elles oppressives des consciences? Qu'attendre d'une place forte quand c'est la garnison elle-même qui fait brèche aux murailles? Mais le clergé français aima mieux sacrifier tout, richesses, dignités, repos, vie même, que de sacrifier l'indépendance de l'Eglise sur les autels de l'intérêt ou de la peur; il aima mieux s*exposer à la faim» à la soif, à la nudité, à la pauvreté, à la prison, à l'exil, à la torture, & là mort, que de forfaire à son devoir en sa» crifiant l'épouse du Christ. Merci à lui, mille fois mercf, pour avoir sauvé l'avenir, pour avoir couvert le sacerdoce d'une gloire immortelle, pour avoir su perpétuer tes traditions d'indépendance et d'autonomie qu*il avait su conserver malgré l'influence pestilentielle du gallicanisme, qui avait une si forte odeur de protestantisme , malgré les traditions pernicieuses du jansè* nisme , enfant naturel du gallicanisme et du protestan-

ii EÉVOiUTlOll (SUTB)»

ti^me à la fois. H a su ne pas accepter la pensée de preftq^e tous les gouvernemenis que la liberté de TEgUse est contraire à la dignité et à Tindépendance deTEtat; merci à lui encore^ une fois^ Mais ici, écoutons un ce-* lèbre écrivain de ce siècle, M. de Mootalembert, développer ces considérations et couronner dignemeni ce chapitre :

« Au point de^ vue purement buipain, quel contraslQ » entre Tattixade virile et vraiment civique de ce grand » corps (le clergé), la première des corporations de Tan-- » cienne société et la seule qui lui ait survécu, avec les 9 misérables faiblesses» les palinodies, les étourdisse-- 9 ments et les affaissements, les compUôsanees et les dé- » laillances dont le spectacle nous a été donné depuis 9 quatre-vingts ans, par la population civile, y compris 9 les classes éclairées, et ceux qu'on appelle trop facile-^ » ment les honnêtes gens I Quel contraste surtout avec » leurs persécuteurs, dont la plupart, après s'être signa-^ » lés par leurs déclamations libérales et démocratiques» 9 sont allés s'éteindre dans les emplois les mieux rétri<* 9 bues du foncUonarisme impérial. Oui, le clergé fraa^ 9 çaia de 1789 ^ remporté une glorieuse victoire sui: «Vimmoctel champ de la dignité humaine. Il n'a paa 9 seulement été le pontife et le ccyoteaseur de la foi reli- 9 gieuse. Il a compris et pratiqué l'honneur, cette vertu» » U feiu le dire avec tristesse, dont les démocraties apn » prennent trop facilement à se passer. On ne saurait Ic^ » proclamer asse^^ haut ; Thistoire politique du sac^rdocq » en France fiait par une page mérpocable, fl^Quiée i| » l'histoire de la foi et de rhonneup. Il devrait suffira 9 d'être un homme d*haoneur, un homme de qcaur pour 9 savoir & ces prêtres un gré iiwnonel des exemples 9 d'indépendance „ de couruge ei d^ viplité fn'ito oni » donpé. èJa France et au monde»

9 Mais„ co9mie chrétien supiout, que qe devonsrnous 9 paiBt i c^ clergé I et quelle iograiitude ne s(wit pas. la

•.ndtrQ» si now ne lui residîiQiw pM riv)wiMge qiii<Uik >. est dû ? Sup|M>60Q«» un iostam qu'il em flé^i* qWîi sOi » fut lw$6 séduire et in^ûnider.daot, eect^ \vM^i QÙ.ii: ue A Sk'agîswil d*^prd oi de lu foi| ni d^A i9mMS»et:Oj| i) n*y«

> avai^d*attaq«K& qu'ui^.swl jkoîutt èJavérités^idWSifaiM-w B ment important, Tindépendance de TEglise et sa compé- » tence exclusive en matière spirituelle. L'exemple des » origines de Fanglicanisme est là pour nous mont,r|erà^

> quoi une première concession sur la question d*auto- » rite peut aboutir. Nous aurions eu un soi-disant clergé » national, qui eût à jamais compromis la pureté et la j» dignité du christianisme. En mettant les choses au » mieux, et en supposant que Timpiété terroriste n'eût

> pas tout infecté ou tout balayé, nous aurions vu, au » sein de la première des nations catholiques, se renou- » vêler le spectacle que nous donne la Russie, d'une » Eglise réduite au rang le plus subalterne, enrégimentée » dans rinnombrable armée des fonctionnaires publics, » incurablement engagée dans les engrenages de la méca- » nique administrative et méritant de s'entendre appliquer » les paroles de Voltaire au comte Schouvaloff en 1768 : « D n'y a que votre illustre souveraine qui ait raison, elle » paie les prêtres, elle leur ouvre la bouche et la ferme ; » Us sont à ses ordres et tout est tranquille. »

» Voilà cependantle régime spirituel que subissent, sans » protestation et depuis des siècles, soixante millions de » chrétiens baptisés et parmi lesquels se trouvent sans

• aucun doute un nombre infini d*àmes pures, d'âmes » simples, honnêtes et dignes d'un meilleur sort. Quel » sombre et douloureux mystère ! Et combien ne devons- » nous pas bénir ceux dont le courage et la constance » invincible nous ont préservés de cet abîme ? Grèce à » eux ! tous les pouvoirs qui se sont succédé en France

* depuis la Révolution, ont appris à compter avec l'indé- » pendance et la dignité des convictions et des institutions » religieuses. Leur exemple a contraint les plus revéche»

S80U RÉVOLUTION (suite). — LB8 CHARTREUX DàNS LE SltCLB.

> au respect et à une certaine intelligence de la force » morale. Ds ont imposé ce respect et cette intelligence,

> même à Fauteur du Concordat, c'est-à-dire à lliomme » des temps modernes qui a le plus haï la liberté des

> âmes et le plus méprisé la conscience humaine (i). •

(1) La perêéeution reli^nue de 1789-1791, dans le Corre^pimdaMi, août 1807.

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