‹ L'Ordre des Chartreux et la Chartreuse de BosservilleChapitre 22 sur 57 · LA CHARTRBOSE DANS LE VEUVAGE. 38S · texte numérisé non relu

LA CHARTRBOSE DANS LE VEUVAGE. 38S

Ja plupart avec effraction, à l'aide de ciseaux et autres instruments tranchants. Les plafonds sont lézardés, et même tombés. Les murs des jardins sont écroulés. Les robinets des fontaines ne versent plus Teau né* eessaire pour Farrosage. L*étang est à sec. Les tuiles de la toiture sont enlevées en partie. La charpente et les planchers des greniers, où les oiseaux nocturnes et les oiseaux de proie ont élu domicile, sont pourris, grâce aux gouttières. Les cellules sont ouvertes, les vitres brisées, les cloisons renversées, les murs souillés et profanés par des dessins impies ou obscènes, par mille inscriptions diversement ignobles. Tels étaient devenus ces lieux naguères entretenus avec tant de soin par Tactivité et les mains industrieuses des moines ; tel est le triste état auquel se trouvait réduit Bosserville et que le rédacteur du procès- verbal € affirme en son âme et conscience être véritable. » La Chartreuse était là comme une mère désolée qui a perdu tous ses enfants, qui les pleure et ne peut se consoler parce qu*ils ne sont plus. Ajoutez que, comme si ce n*était pas assez de tant de mutilations, la République avait voulu imprimer son eachet impur sur les diverses parties du bâtiment, et, par suite, leur avait fait subir les changements les plus étranges et les plus contraires à leur destination primi- Uve. L*église, toujours d*après le même Procén-verbal, régUse où tant de fois, le front dans la poussière, avait gémi le repentir, avait espéré la prière, s'appela la salle de la République ; les chapelles de saint François et de saint Joseph, «aUff de t Indépendance; la sacristie, salle de la liberlé ; la chapelle du sacristain , celle de saint Pierre et sainte Madeleine et celle de sainte Barbe, premier^ second et troisième réduits. L'appartement du € ci-devant curé » était devenu la salle de garde des offlciers de santé ; le logement du Prieur, celui du Di* recteur de l'ambulance ; la bibliothèque avait été affectée è la lingerie de l'ambulance. La grande salle à manger

4d6 LA RÉVaLUTKMf (StITB).

Hélait 'de bnreau au régisseilr ; ië VeMWfile , k glittdie de la salle à ttiang^r, était la Éàtie iè nspôi.U ^atte fa laquâle aboutisses le tëfeetoire des Prëits, le pa^sàg^e de la terrasse, était la iûile 'de la iFrttt^tfStè. Gne cage de latrines h Tusage des malades occupant leinBieu "du cimetière ; Fendroit était vraiment Wen <^i»i «t un tel éhoix ne peut (^ue prouver pertinemuient te tout l^t de la République. Le cbapitre réuni au réfectoire était la salle de VVmm. Le Idgementdu « ci-deviHit "ProicUfreur » servait au chirurgien en Chef ; la chapelle ée YamSlle fa la suite de laquelle se trouvaient les prisons des « ci-devant religieux, • des « ex»Chartreutx, » était transformée eh magasin de Fambulànce. Enfin, k Téta^ Mpêrieur étaient les salles du Bonheur ^ de YJnrntittàOU, de VBûmùfiité, des Bom-Enfants et de TlndivWbUUé. •Bref , « Il faudrait , dit le Procès-verbal cité, on v6- » lume pour décrire les dégradations énormes qu*oDl » éprouvé successivement les bâtiments de la Cbar- » treuse de Bosserviile depuis la vente de quelques ^ mefubles et panneatix de lambris, faite en 1793 par le •» Directoire du district de Tfancy, jusqu'à ce jour. Il est » infi^nt d'arrêter les dilapidations de tout genre qui «e '» commettent journellement dans celte Ynaiison et de -» remédier surtout aux dégradations des tditures qui » entraîneraient la perte des plancheirs et plafoods (!)• > Nous le demandons, n'était-ce point là un speoiaeie unique depuis Torigine des temps ? AVaiit*on lamais vu «ne naftioti ^e laisser ainsi dépouiller, 'par ses propres eitoyens, des monuments qui chez elle rendaient témoignage à la piété et à la religion des ancêtres? àla sclenee, à r«irt, fa la sainteté? et qui étaient pbUr ''elle cottiine iune profession éclatante et publique du culte qu'elle

(1) Proûèi'Vêrbal d'^sUmatimi de ia CAotItmim, éi 4âpemiêM9h dressé Tan sixième de la ftépubliqoe française une et inditisibley le 17* jour 4d mois 'PluYid&t. Ms. à la BiUiothèiiUe de la Chartreuse de Bosserville.

LA CHARTREUSE DANS tE VEUVAGE. ^87

fendait à lia Divinité'? Qaéls pt-ôfdnds sôtipirs, qiï^ls lugtibfës g&tiA^sétnëtïis SaMt 'Btlïno do haut du cfel ne devait-il point pousser & la vuie d*ane de ses maisons en pfoie à d^e'tetlés tnutilailôns ? Quelles prières ardentes ne dtitH pas adresser à Dieu pdur apaiser sa colère et t)rélJàfÊir à fiosiâéiViUe des JoUk^s plus beïïreùx. OJé^Vis, s'ééHâit-11, ma Ynai^ôn/^ùi était Ta vôtre, n*^ést plus 'qu*une ruine, mes enfants ont été dispersés, Vos éUnenifs triomphent et marchent le front haut ; Rs ne laissent pas même lés hiorls jouir en paîx de leur sépulcre. Votre âanctuaii*e est indignement profané, les ddns que vous avaient faits les l'ois sont emportés par des mains avares et rapàces qui se demandent à quoi bon des maisons 'de priëfe, à quoi bOn de Tor dans les léinplés. Ah ! sîl m'était donné de pteurér, quel tOitent de larfnes je vëfrserais sur tant de maux, sur tant de crimes qui Sont la perte d'Une multitude d'âmes rachetées non pas au poids de For, mais m prix de vdtre san^ . Quand doUc, ô mon t)ieu, mettrez-vous fin à v^m de maUx, à tant de douleurs, & ttfnt de sa(^riléges ? » n était Urgent, d'apfès ce que noUs avons dit, de vendre au plus tôt Bosserville, au point de vue de la cons^érvalion de Fédifice, afin que l'acheteur lui portât mi intérêt qui le préservât, le gouvernement ti^^n ayant auéun soin et ne le protégeant pas plus eonere les injures du temps que contre les injures des hommes, plus destt^ucteurs que le temps lui-même, selon cette patoled^un ancien : TèfripUs edax rérim^ Homo 'edhei&r. La maisbn fut donc mise en vente, et prOposée-pour f63,IS90 francs, séans qu'il 'se trotMtt d'aeqfuéreurs à la première pabM^atioD qui eut lieu le^7 ventôse to Vl (6 mars 1798). A la seconde 'pdbHciitlèn, qui eut lieu le 37 du même mok, sept féîix ftfrent suéeéMFv^tUént aHumés, et ptttéiettl»s t^mionts faits par ^iv«i*s particuliers de NMcy «lé^raat Fèstimathm primittte jusqu*à la somme de 3,M0,b00 francs. Après Viextinction du huitième feu, la Ghàrtr^ude

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fui adjugée à des négociants de Nancy et de Luoétine moyennant cette somme dont le dixième seulement payable en numéraire et le reste en valeurs.

Que devint notre Chartreuse entre les mains de ses nouveaux acquéreurs ? Les couvents ont eu, après la grande perturbation qui marqua en France la fin du dix-huitième siècle, des destinations bien différentes. Ils furent transformés en bagnes, en haras, en écuries, en faïenceries, en filatures, en brasseries, en magasins à bois, à fourrages, en manufactures de tout nom et de tout genre, le matérialisme s*installant partout là où auparavant régnait le spiritualisme ; or, la Chartreuse de Bosserville, pleurant toujours au souvenir de sa destination primitive, devint une manufacture à teindre les étoffes de coton. Les églises furent, elles aussi, à la suite de la Révolution française, employées à des usages bien étranges. On en fit des rendez-vous de chasse, de réunions de plaisir; on en fit des cabarets, de telle sorte que les chants de Bacchus retentirent sous des voûtes qui jusqu*alors n*avaient tressailli qu'aux accents sublimes du cbanU'e dlsraêl. L*église de la Chartreuse fut toute épouvantée de se voir transformée en séchoir.

En 1814, la Chartreuse de Bosserville devint de nouveau une ambulance où Ton recueillit les malheureux soldats français, qui, à la suite de la campagne de Saxe, arrivaient blessés, exténués, atteints par le typhus. Depuis lors, n'ayant plus de destination particulière, elle resta la propriété du gendre d*un des acquéreurs de 1798 et ne fut plus guère qu'une maison de campagne, qui, onéreuse pour ses propriétaires, alla se détériorant de plus en plus* Nous avons vu en 1834 la Chartreuse dans son veuvage, elle étal comme une demeure dont la mort a frappé tous les habitants et où règne un morne silence. On y entendait seulement, par intervalle, les jacasseries de la pie et le cri lugubre du hibou remplaçant le chant des hymnes et des cantiques sacrés ; les herbes croissaient sur les de-

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