‹ L'Ordre des Chartreux et la Chartreuse de BosservilleChapitre 28 sur 57 · VIE ÉRÉMITIQUE OU SOLITAIRE · texte numérisé non relu

VIE ÉRÉMITIQUE OU SOLITAIRE

voit s*agenouiI1er pour faire une arnencte I^onorable et réparer sa distraction, tant les Chartreux ont à cœur d^ qhanter les louanges de Dieu avec dignité, attention et dévotion.

Remarquons en passant que si Ton admire Bossuet inter* rompant son sommeil çt se relevant pendant la nuit» en hiver aussi bien qu'en été, pour la science (1), le siècle doit pardonner aux Chartreux de se relever pour la piété.

Remarquons encore que si le Chartreux ne se livre pas au ministère actif conime la prédication, renseignement, il a rOff^^e du chœur ; s'il n'a pas uAe chaire, il a une sialle, tandis que les Religieux livrés à la vie active ne sont pas astreints à chanter les Heures Canoniales, mais seulicment obligés de les réciter en particulier. Remarquons en d'autres termes que si le Chartreux ne fait pa3, . par exemple, ce que fait le Jésuite, le Jésuite ne fait pa^. non plus ce que fait le Chartreux, il ne m^te pas son corps par des jeûnes continuels, par des veilles prolongées, ce. qui a fait dire au roi d'Espagne Philippe V, se trouvant à> la Chartreuse de Biiraflora, province deCàstiUe, alors que. commençait à poindre le règne du bel esprit : Si les Je-, suites combattent l'esprit par la chaire, les Chartreux com*. battent la chair par l'esprit.

m. Après quatre heures de chant ou de prières vocales,, et s'être un peu chauffé pendant l'hiver, le Chartreux va faire un second sommeil bien mérité et qui dure trois à quatre heures, afin par là d'accorder à la nature ce qu'elle réclame sans lui accorder aucune satisfaction superflue et de reprendre des foi ces pour de nouveaux tra-: vaux. C'est ainsi qu'après avoir élevé ses mains vers la ciel pendant la nuit et avoir veillé un temps considérable, il se trouve debout dès le matin comprenant, que dis-je, faisant piieux, mettant en pratique ce proverbe antique : Vheure 4u maOn a de Cor dam la main»

(I) Baasset^ HUtoire de Bosêuet^ 1. VII, n. 23, Genre de vie de Bossaet dans son intérieur.

LA CBARTRB08E SPIRITUELLE.

IV. Aussitôt après le lever, car le soin de sa toilette mo* nastique, à laquelle il a bientôt mis la dernière main, ne lui dévore pas les heures d*un temps précieux, vers si^ heures, le Chartreux récite une partie de TOffice canonial, une partie de TOffice de la sainte Vierge, puis vaque à différents exercices de piété. Si la récitation de rOfflee divin, des psaumes immortels que le roi-prophète a légués à la postérité comme la forme de la prière et que toutes les générations ont redits d*àge en âge avec joie et bonheur, parce qu'elles y puisaient respérance et la consolation, si, dis-je, la récitation de l'Office divin est de tous les exercices de la journée celui qui occupe le Chartreux le plus longtemps parce qu'il est le tribut qu'il doit payer nuit et jour au maître du ciel et de la terre, elle est aussi Texercice le plus salutaire, soit au Chartreux luimême, soit au peuple chrétien. Quelques esprits sont peut-être tentés de prendre en pitié le prêtre etiemoine, lorsqu'ils les voient réciter leur bréviaire, mais d'autres esprits éclairés à une lumière meilleure pensent tout autrement. Un écrivain contemporain a écrit sur ce sijyet ces paroles trop remarquables pour que je ne les cite pas tout entières : « S'il est vrai que les armes de TEglise » militante sont la prière et les larmes, s'il est vrai que » la prière est comme l'esprit de vie qui unit le corps » mystique de Jésus-Christ, s'il est vrai que des pui&- » sances invisibles et surnaturelles agissent dans toute » l'histoire, il ne peut plus y avoir de difficulté à corn- » prendre l'intention de l'Eglise imposant à ses prêtres » la prière du bréviaire, c'est-à-dire une prière divine, » continue, dictée par l'esprit de Dieu même. En outre, » si l'esprit d^oraison et la dignité sacerdotales sont des » idées corrélatives, de telle sorte qu'un prêtre sans Tes- > prit d'oraison est un esprit anormal, comment l'Eglise » aurait-elle pu mieux imprimer dans le cœur du clergé » cette vérité si importante qu'en lui faisant de cette » prière un devoir spécial ? Le prêtre, maintenu ainsi

YIB ÉaÉHITIQUE OU SOLITAIRE. 583

9 dans Tobéissance à Fégard de Tautorité et tenu de lui » apporter à chaque jour et à chaque heure le sacrifice » de sa volonté propre» devient vraiment un récipient de » la grâce pour lui-même et un canal de grâces pour les » fidèles. En même temps, cette communauté de prières » s*élevant de la bouche de tous les prêtres de toutes les » contrées de Tunivers, ne représente-t-elle point d*une » manière grandiose et simple à la fois Tunité et Tuni- » versalité de TEglise catholique ? N'est-ce pas aussi un » grand avantage du bréviaire que de faire entrer le pré-

> tre dans Tesprit de chaque fête et de Tunir incessam- » ment par la pensée, par la méditation, par la louange, » par la supplication, d*une manière intime, lui qui fait

> partie de TEglise militante, à TEglise souffrante et à » TEglise triomphante (i)? »

V. Tantôt à sept heures, tantôt à huit, les Pères assistent à la Messe conventuelle, qui est précédée ou suivie des Messes basses.C'est là que les Chartreux unissent leur prière à celle de TAuguste Victime qui dit chaque jour à Tautel conune autrefois sur la croix : « Mon père, pardonnez-

> leur, car ils ne savent ce qu'ils font. » Ils prient non-seulement pour eux, mais pour le monde à qui il ne vient pas même à la pensée que les Chartreux prient principalement pour lui. Us prient pour tous sans exception, pour les vivants, pour les mourants, pour les morts, pour les malades du corps et les malades de l'esprit, pour leurs amis, pour leurs bienfaiteurs, pour leurs ennemis, pour ceux qui ne prient pas ; ils prient pour ceux qui sont sur mer, qui font voyage, pour les biens de la terre, pour la» bonne températion de l'air, ils prient pour la patrie et pour l'Eglise (2). Voilà comment, par une prière

(1) Mastf Dictionnaire encyclopédique, art. Bréviaire.

(2) Prostrati in terram pro omni statu intercédant, videlicet pro St«ta nostrc Religion is, pro Statu sacro-sancts Romane Ecclesis et D. N. Pape, pro Dioecesano proprio et ecteris episcopis personisque Ecclesiaslicis universis : pro Imperatore Romano, >cl Rege proprio, Regibnsque ac omnibu»

384 LA CHARTRBUSB HATÀMBLLI.

surabondante, les Chartreux réparent les omissions d*un grand nombre, dans une contrée surtout où le dèvelop* peraent de Tindustrie tend fatalement à faire disparaître le dimanche, avec le dimanche le christianisme prau'que^ avec le christianisme pratique le christianisme ttéorique ou la foi, avec la foi les traditions séculaires qui de tout temps ont fait la force et la grandeur de la France, lui ont assuré la prééminence, en ont fait un peuple hors ligne, un peuple placé à la tête de tous les peuples, le peuple par excellence et par antonomase.

Sans doute ils ne comprennent pas Timportance du sacrifice de la Messe, ces esprits charnels qui ne voienc dans TEucharistie qu'un symbole vide, une figure sans réalité, mais ils ne comprennent pas non plus la valeur et la force de ces paroles de Tabbé de Nogent : « Si » FEucharistie n'était qu'une ombre et non une réaliiéy • nous serions tombés des ombres de l'ancienne Loi en » des ombres beaucoup plus vides encore (i). »

VI. A neuf heures a lieu la méditation, qui porte sur quelque vérité dogmatique, sur quelque vertu humaine ou chrétienne, sur quelque mystère de la vie 4e Jésus ou de Marie, sur les exemples de quelque Saint, sur les besoins particuliers de celui qui médite. Cette pratique^ sans laquelle on ne peut faire aucun progrès dans les voies de l'ascétisme et de la spiritualité et sans laquelle^ par là même, l'homme ne peut que se traîner terre à terre loin de s'élever jusqu'à la sphère divine, cette pratique, aussi salutaire que nécessaire, est de la plus

Principibus christianis , pro omntbas benefactoribus , recommondalis , ftmi^ liaribos et amieis, pro omnibus ientatis et in qoaoamqnt oorporis tt aiiiai« tribttlalione constitalis, pro existentibus in peccalo mortali, pro redoc— tione baereticorom et schismaticonim, pro conversione judaeorum et pagano— ram, pro navigantibos, peregrinis et infirmis, pro terre fmctibiis et etthoribis •oramdeai, pro temperie aeris, etc. SitU., Ul p., c. I, n. 9.

(1) Si ombra esset non corpus, in nmbram de ombra decidiraos, iomM» n détériora valde devenimos. Ep. ad. Sigefridum De (mceella Judm dala, et de verilate domiaiei eorporis C. lU, 0pp., p. 283 D, E. Loletim, MDCLL.

V4« 6IIÉIIITIQVB ou SOLITAIM. 5l$S

hauto imporlanee. C'est dans la méditation que le chré* tien, que le Religieux, rentrant en kii-méme, s'applique k vérité dont la philosophie ne fait qu'une théorie vaine et sans influence sur la vie pratique. C'est là qu'il prévoit ce qu'il fera, ee qu'il évitera. C'est là qu'il se résout en s'ar» mant luinaoéme contre kii-méme de pied en cap. C'est là qu'il met ordre à sa journée au point de vue spirituel. C'est là, en un mot, qu'il puise la force qui lui donne de rester constamment fidèle à sa sainte vocation, à sa pre^ mière ferveur, de ne pas dégénérer de lui-même, de marcher de progrès en progrès, de vertu en vertu jus-r qu'au haut de la sainte montagne où habite le Dieu des vertus. Sainte Thérèse disait qu' « il est moralement im* > possible qu'un rehgieux qui persévère dans l'oraison ne » se sauve pas. » Saint Philippe de Néri a dit aussi : < Un » religieux sans oraison est un religieux sans raison. > Maine de Biran, parlant de cette sainte pratique, a dit de même : « La prière, les exercices spirituels, la vie çon- » templative ouvrent le sens supérieur, développent cette » faoe de l'àme tournée vers les choses du ciel et ordi-* » nairement si obscurcie. Les premiers chrétiens et les m hommes qui ont mené une vie vraiment sainte ont 9 connu ces moyens (i). » Il écrivait le 20 décembre 48fiS : < Je ne sentirai de progrès qu'autant que s'élevant 9 dès le matin vers le ciel, mon ème y cherchera son

• élément, son pain quotidien et son repos (2).»^- «Agir,

• niéditer, prier sans cesse, voilà les seuls moyens du B renouvdlement de l'homme intérieur... Ce renouveU » lement s'obtient surtout par une méditation soutenue, » par la prière fervente où l'àme humaine s'élève jusqu'à ^ la source de la vie, s'y voit de la manière la plus in- » tkne, s'y trouve identifiée par l'amour (3). »

(1) Pensées de Maine de Biran, p. 52$.

(2) Ibid., p. 'iiO.

(3) Ibid , p. M.

VII. Après roraison, vers dix heures, a lieu le travail des mains qui a pour but de retremper le religieux dans la vigueur du corps et dans la vigueur de Fàme, de le disposer ainsi à reprendre avec un nouveau plaisir et un nouvel élan les occupations essentielles de son état. Une harpe a besoin de repos. Un arc toujours tendu n*a bientôt plus de ressort. Adam fut placé dans le Pa» radis terrestre pour y travailler. Saint Jean se délassai! en jouant avec une colombe. Saint Paul faisait des tentes» se livrant en cela à l'industrie de son pays, qui fournissait dans le poil d'une espèce de chèvre la matière première d'une toile imperméable. Les Pères du désert tressaient des nattes, et pour tout dire, Jésus- Christ, notre modèle à tous, travailla à des ouvrages de char** penterie dans l'atelier de saint Joseph, Jusqu'à l'âge de trente ans, à tel point qu'il était appelé non-seulement le fils de charpentier, mais charpentier lui-même (i). On ne peut ni toujours lire, ni toujours méditer ; le travail des mains, en prévenant l'ennui ou le désœuvrement, aide donc à faire aimer la solitude. Quant au genre de travail manuel auquel les Chartreux se livrent, il varie selon le goût particulier de chacun. Tenir sa cellule eo état, cultiver son petit jardin, fendre et scier du bois, faire quelque ouvrage à l'aide du tour, du ciseau, du rabot, relier les livres, confectionner des pains d*autel» peindre, dessiner, encadrer des gravures, enchaîner des grains de chapelet, telles sont les distractions les plus ordinaires du Chartreux. C'est ainsi qu'il se rend utile tout en se récréant, c*est ainsi qu'il sait mettre à profit ce temps précieux dont nous rendrons compte jusqu'au dernier quart d'heure au tribunal du Souverain Juge, alors que se tiendront les grandes assises du genre humain ; ce temps que le monde gaspille si follement, comme si le prix du temps n'émit pas, tant il est précieux, de n*avoir

(1 ) NoQue hic esl faber filius Miric ? Mare VI, 3.

VIE taÉHITIQUE OU SOLITAIRE. 387

point de prix. 0 eœcas hominum mentes l 0 peetora cœca ! Fleury, après avoir montré Tinconvénient des récréations où on se livre à la conversation, a dit sur ce point : « Au fond il n'est pas vrai que la conversation soit

• nécessaire pour remettre de Tapplication de Tesprit.

• Le mouvement du corps y est plus propre, comme une

• promenade ou un travail modéré, parce que ce mou- » vement détourne aux parties éloignées les esprits

• animaux rassemblés et agités dans le cerveau. La con- » versation, au contraire, entretient et souvent augmente » celte agitation des esprits sans compter les tentations

• où elle expose, les railleries piquantes, les médisances,

• les jugements téméraires sur les affaires de FEglise et de

• TEtat, etc., etc. (i). >

Vin. Après le travail, à dix heures, a lieu le repas qui n*est ni copieux ni recherché, suffisant toutefois pour entretenir les forces. Le Chartreux, soumis à un régime pythagoricien et imitant Fhomme primitif qui était frugivore et non camivore, fait toujours maigre. Sa vie est un vendredi perpétuel, sa table est tous les jours une table de pénitence, de telle sorte que Sardanapale eût fait un fort mauvais Chartreux. La prescription du maigre est d*une rigueur tellement absolue, la Règle est tellement inflexible, inexorable sur ce point, qu'elle ne souffre aucune dispense, même en cas de maladie grave et mortelle, même en cas de voyage. A Vabstinence vient se joindre le jeûne, non-seulement celui qui est prescrit par FEglise à certaines vigiles, aux Quatre-Temps, en Carême, mais un jeûne particulier à l'Ordre. Le Chartreux en €ffet commence le 14 septembre, à l'Exaltation de la Sainte-Croix, un Carême qui dure huit mois et pendant lequel le régime alimentaire, déjà habituellement si «ustère, le devient davantage encore. Pendant l'Avent, le

<f) ùiêcoun «icr Vhi$t.eecléi,y VHI Disc, n. 12.

390 LA CHARTREUSE SPIRITDBLLE.

ture de piélé « est une lettre sur papier d'or, envoyée dit ciel. » Disons néanmoins qu*entre tous les livres eeux que le Chartreux préfère, parce qu'ils lui suggèrent et lui enseignent tout, c'est d'un côté la Bible, le livre par excellence parce qu'il n'est point sorti de la main des hommes, de l'autre le Crucifix, ce second grand livre qui remplace tous les autres et que tous les autres ne peuvent remplacer parce qu'il est le livre de l'amour.

X. Après le travail manuel pour le corps, après le tra* vail spirituel pour le cœur, vient le travail intellectuel pour l'esprit, c'est-à-dire l'étude, à une heure de l'après* midi. Un Chartreux étudie, bien qu'il ne soit pas appelé^ à briller dans le monde de l'éclat de la science, ni à y exercer l'influence que le prêtre ne peut guère avoir s'il n'est pas homme de doctrine, s'il ne se trouve pas à la hauteur du milieu dans lequel il est appelé à remplir le ministère ecclésiastique. Il le fait, soit pour perfectionner son intelligence, soit pour honorer en lui le caractère sacerdotal, soit parce qu'il peut être appelé à défendre la religion contre les mécréants lorsqu'il voyage pour se rendre d'une Maison à l'autre. Saint Thomas a dit aussi avec la justesse qui est le grand caractère de tous ses écrits que € l'étude des lettres aide indirectement à la vie contem* » plative en éloignant les périls de la contemplation, savoir B les erreurs dans lesquelles tombent souvent ceux qui » ignorent les écritures, etc. (1). » L'Ordre des Chartreux, du reste, a produit, nous le dirons, non-seulement de grands Saints mais encore de grands écrivains, ne serait* ce que saint Bruno qui a tenu la plume, ainsi que nous Pavons vu. Observons toutefois que les études des Chartreux ont pour objet, non pas les sciences profanes dont

(1) Alio modo stadium litteranim jovat ad conlemplaUvam Tîtam indirtclè rvmo^endo coDtempUlioDÎs perietila, scilieet errores qui in eonlemplatioDe dmaorom fréquenter aeeedont his qoi Scriptoras ignorant, ^niii., f, 1^ » Qaesl. CLXXXVin, arU V, c. a»

VIE ÉRÉMITIQUB OC SOUTAIRE. 391

ils n^auraient que faire et qui seraient pour eux un horsd*œuvre, un luxe inutile, une vaine parade de philosophe, mais les sciences qui conviennent à leur état, la science sacrée qui est la science des sciences, celle après laquelle doivent venir toutes les autres comme des suivantes, attandu qu*il n'y a que ténèbres pour tout homme qui ne s'éclaire pas au rayon descendu du ciel et que, sans la théologie catholique, le monde de la pensée est un monde sans soleil. Il étudie les Ecritures, les Pères, les théologiens, les écrivains ascétiques qui lui donnent mieux que tout le reste, je veux dire la science qui fait les Saints. C'est ainsi qu'il puise la vérité chrétienne sous toutes ses formes dans les sources les plus autorisées, là où elle est pure de tout mélange, de tout alliage et de toute altération.

XI. Après deux heures et demie, viennent la récitation des Vêpres de la sainte Vierge, puis le chant au chœur des Vêpres du jour, c'est-à-dire de cette partie de l'Offiee dans laquelle le Chartreux offre à Dieu, au pied de Tautel, le sacrifice du soir, comme il lui a offert dans une sainte veille le sacrifice du matin. Par là le Chartreux se montre animé de l'esprit qui animait les premiers chrétiens. C'était, en effet, l'usage dans l'Eglise primitive de réciter ou de chanter le soir les Psaumes de David et cet usage était tellement général que saint Ambroise pouvait dire : < Quel homme doué de sens ne rougirait pas de 9 terminer la journée sans le chant des Psaumes (I) ?» Et si quelqu'un regardait comme puéril le chant de cette partie de TOffice, s'il prétendait que les Vêpres sont bon* nés uniquement pour les servantes, s'il disait, avec le ton léger du persiflage et du ricanement: Que peut-il y avoir de beau à Vêpres? nous lui répondrions avec

(1) Quis enim sensum homiais gereos non erubeseal sine Psaloionim ccJcbritate dieu daodeK. Prœf. in Pêalm.

3tC LA CHiATtEfJSE ftMlIlTUfiUE.

Tfaofaick lomnt les pcdestanlB de tour hftbîuide 4e le servir du Psautier comme d*uii Ihrre édifiant : c Qwlle 9 histoire on fertîi si Ton pouvait recueillir ioutes les » expérienees spirituelles , toutes les résolutions , les 9 consdatioaBy les iuHes qui, pour les âmes saintes^ se

> rattachent à la réeitalioa des Psaumes , si Ton pou- » vittt constater la place qu'ils occupent dans la vie in-

> lime du royaume de Dieu (1) ! > Ajoutez que les Psaumes appartiennent à une littérature unique dans les annales de Tesprit humain. Ecrits au souille de l'Esprit'- Saint, ils laissent loin derrière euK tout ce que Tmi pourrait tenter de leur comparer. Pindare n*existe plus que pour quelques hellénistes, qui deviennent de phis ea plus rares ; David» lui, est chanté par rhumanilé efaré-tienne tout entière , exprimant sa foi, son espérance et son amour dans des cantiques divins.

Xn. Viennent ensuilie la collation^ les Gomplies et enfin Texamen de conscience qui elét tous les exercices. C*sel alors que le Chartreux, se mettant en face des réselotiens qu'il a prises le matin, se rend con^e de lui-même à kiinotiéme, discute sa journée, la juge dans la pensée qu'elle sera jugée par le Dieu des justices. L'examcA de conscience est un des moyens les plus efficaces ém progrès spiritud. Pour progresser spirituellement, ne fâttt'^il pas se connattre, et pour se connaître nt fattt-U point safvoir descendre dans les profondeurs de son àoie et de sa vie, afin d'arriver à la connaissance de ses défauts qui sont enfouis dans les ténèbres de la ooih science, afin d'arriver à se voir tel que l'on est, sans iUu* sion» sans voile, sans fard ni déguisement. Or, comaaeni en arriver Ib, sinon par une enquête détaillée sur la manière dont on passe la journée, sinon par un compte-rendu exact et quotidien de soi-même à soi-même? Aussi la philosophie ancienne prescrivait-elle que le sage, pour

(1) Introduction et explication dêê Pêaumeê, p. il.

Vil ÉwiiiiTi«i]B w soLiT^iai. 993

progresser dans le segesse, 6crui&t d*im regard aévire les i^ii et replis de son àme. Pydiagore voulait, dans ses Vàfê B$rést que rbomme o^abandonnftt jMMAt ses yeux auK doveeurs du sommeil avant d'avoir oKaminé par trois fois les aetiOBs de sa journée et de s'être dit : « Quelle • faute ai*ie eommîse ? Qu'ai-Je fait ? A quel devoir » ai-je masqué (i) ? » Les paroles de Sénèque sont trop préeiBes pour que je ne les cite pas : € Quoi de plus beau » que de faire chaque jour l'enquête de sa journéei » Quel sommeil que celui qui succède à cette revue » de ses actions I Qu'il est calme^ profond et libre lors* » que l'âme a reçu sa portien d'éloge ou de blâme, et » que, soumise k seu propre contrôle et à sa propre 9 censure, elle a tait secrètement le procès de sa con-» » duite I J'ai pris cette autorité sur moi de me eiter » tous les jours devant moi-même. Dès que la lumière > est retirée de devant mes yeux, je discute intérieu- » reiuenl ma journée entière et je pèse de nouveau 9 mes actions et mes paroles. Je ne dissimule rien, je ne » passe rien. Pourquoi, en effet, craindrais-je d'envi* 9 sager qi^lqu'une de mes fautes quand je puis me » dire : Vois à ne pas reconunencer ; aiqourd'hui, je te » pardonne (3). »

XID. Ajoutez que le Chartreux, pendant les heures où il Hiène la vie érémétique, c'est-à-dire pendant la phis grande partie de la journée, garde constamment le silence, n'ouvrant les lèvres que pour prier, ou pour parler à ses supé* rieurs, ou pour dk*e à ses Frères les choses indispensables avec le plus de brièveté possible et à voix basse, autant que faire se peut. C'est ce silence qui fait de la Chartreuse un Désert, bien qu'elle soit un couvent et du

(i) Qvm lapsos ? Qos perfeci ? Que débita omisi ? Ap. Diog., L«ert., !. Vm, a. 22.

(2) Qnod hodiè malom taom sanuiifCni vitio obstitisii? Qua parte melior

394 LA GHARTRBVSE SPIRITUELLE.

Chartreux un solitaire, bien qu*il soil un cénobite. lef encore le monde se scandalise, disant que si Dieu a donné à Thomme Torgane de la langue, c*est pour qu'il en use; que s*il lui a donné la voix, c'est pour qu'il parie. Mais ici comme partout le monasticisme n*a*Ml point raison contre le monde ? Si le Chartreux ne s*étodie pas à bien parler, il s*étudie à bien vivre ; cela n'est-il point préférable? S*il ne charme pas les hommes^ par le brillant de sa conversation, il les édifie par la pratique des plus solides vertus, cela ne vaut-il pas mieux? Ce silence ne lui facilite-t-il pas de converser avec Dieu par la prière ? avec les Saints par la lecture? Ne lui donne-t-il pas de vivre dans un commerce plus étroit avec les Augustin, les Jérôme, les Bernard, en la compagnie desquels on peut passer des heures plus agréables que dans les entretiens futiles du monde, où trop souvent chacun rend aux autres l'ennui qu'il en reçoit? Sans doute il n'y aurait pas grand mal à dire un mot dans les temps où le silence est prescrit, mais n'est-il pas vrai que si la Règle n'était pas stricte sur ce point, à un mot plus ou moins utile on sgouterait bientôt deux mots inutiles et qu'ainsi il est plus facile en définitive de se taire toutrà-fait que de garder une juste mesure. Pythagore lui aussi ne prescrivailril pas à ses disciples un silence rigoureux de plusieurs années? Un ancien n'a-t-il pas remarqué qu'il y a peu de sagesse là où il y a beaucoup de verbosité, qu'il y a à peine une goutte d'esprit là où il y a tout un fleuve de paroles (1)? Enfin, n'a-t-il pas été dit que le Chartreux ne ferme ses lèvres aux hommes que pour mieux les ouvrir à Dieu :

Hcc, Cartase, tibi ratio est priescripta Mlendi Ut daodens homini labra, loqoare Deo.

(1) LoqiMBiiB moltum sapienUc panun. — Verborain fliOMi, vieillis jui».

iriE ÉRÉMITIQUE OU SOLITAIRE. 395

. Remarquons toaiefois que cette obligation du silence n'est pas aussi rigoureuse pour les religieuses Chartreuses, c'est-à-dire pour les vierges qui vivent en communauté sous la Règle de saint Bruno. Le législateur, tenant compte du tempérament et craignant qu'un silence urop prolongé ne fasse par trop travailler Fimagination, plus vive chez la feounCy veut que deux fois par jour, les religieuses Chartreuses prennent leur récréation en commun. Cet élargissement de la Règle rappelle ces vers qu'écrivit une visiteuse sur Y Album de la Grande-Charireuse :

Tout m'enchanle en ce lieu paisible.

Tout me dit qu'on y vit heureux.

Ces noirs sapins, ces abîmes affreux, A mes veux n'ont rien de terrible, Et j'aimerais le sort des bons Chartreux Mais un seul point vient ralentir ma flamme. Ce silence étemel glace mon cœur d'effroi. Lecteur, tu devines pourquoi C'est que je suis . . • une femme.

Telle est la vie du Chartreux Père, c'est-à-dire du Chartreux prêtre, en tant qu'il mène la vie érémitique ; nous parlerons plus loin des Frères, dont la vie est principalement cénobitique. N'est-elle point une vie sublime, angé- Hque ? La journée du Fils de saint Bruno, qui est toute partagée entre la prière et la méditation, le chant des hymnes et des cantiques sacrés, le travail des mains, les jeûnes, les veilles, les pénitences, les diverses pratiques par lesquelles il s'exerce à toutes les vertus, sa journée n*est-elle pas bien remplie, son temps n'est-il pas utilement et saintement occupé, mieux que celui de l'homme du monde dont la vie trop souvent hélas ! s'écoule en futiles et grossiers passe-temps? N'est-ce point une vie céleste commencée sur la terre ? Y a-t-il bien lieu, je le demande, à la représenter comme le type de la vie indolente et molle, grasse et paresseuse, corrompue et

g<M*nnamle, ainsi 4B*on a prétendu ifu^élaii la vie ées Relifieulc? Une telle journée si habilemml fractionnée, subdivisée, répartie en divers exercices qui se èuecêdeni et préviennent ainsi la tension prolongée veirs une idée fixe, ee danger de ta solitude qui pourrait conduire au troyble cérébral, une telle journée peut-elle paratune longue à d*autres qu'à ces hommes qui ne savent à quel moyen recourir pour tuer le temps, qui n*ont jamais assee de spectacles, de plaisirs, de distractions, de voya* ges, de nouvelles? Loin d'être une éternité pùnv le parfait solitaire qui ne connaît pas le désœuvrement, ne s'écoule-t-elle point nécessairement comme un instant rapide, tant Toccupation et la distraction , le travail et le repos savent s'appeler l'un l'autre, tant la variété y combat l'uniformité ! tant tout y est si bien entremêlé!

Si maintenant nous examinons de plus près l'éminence de la vie Gartusienne, les vertus pratiquées par le Chartreux , quel spectacle se révèle à celui dont l'œil pénètre dans les profondeurs et l'humilité du cloître ! Le vrai Chartreux est un homme qui, après avoir dit au siècle un éternel adieu , ne cherche pas i y rentrer par mille petites portes secrètes ; un homme qui, dans la profonde retraite où il s'est enseveli comme dans un tombeau, s'efforce sans cesse de mourir à luimême, au vieil Adam pour vivre selon le nouveau. Tout entier à la contemplation dont il fait ses délices et à ce qui la facilite, uniquement occupé de Dieu et de ce qui mène à Dieu, il n'a d'autre ambition que de couler ses jours dans l'obscurité afin de se rendre de plus en plus digne du ciel, en travaillant uniquement à son amélioration morale, à sa perfection. Se rappelant sans cesse que le temps est gros d'une éternité, il évite avec soin tout ce qui n'en serait qu'un frivole usage, un inutile emploi. S'étant voué à la mortification de tous les sens pour être une victime agréable à Dieu, et ne prenanl de nourriture matérielle que ce qui est nécessaire {MUTi

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la conservation des forces, il est toujours content du nécessaire que la Règle lui accorde, ne se plaint jamais des aliments quand même ils ne seraient pas de son goût, n*en fait jamais Tobjet de ses réflexions, peu lui suffisant comme peu suffit à la nature. Ayant choisi la part de Marie, qui est la meilleure, il abandonne volontiers les fonctions extérieures de Marthe à ceux de ses frères que la Providence en a chargés au nom de la Communauté. Content de Tapprobation de sa conscience et de ses supérieurs, heureux de vivre inconnu, il n*a pas même à se préoccuper des jugements du monde, dont les suffrages, du reste, ne rendent ni plus juste ni moins coupable devant le juge des vivants et des morts. Malade, il est résigné, ayant fait à Dieu le sacrifice de sa vie, ayant accepté d^avanee Tébranlement et Valtération de santé qui peuvent résulter des austérités auxquelles il s*est dévoué, des jeûnes dont il se fait un jeu ; il sait aussi se contenter des pemèdes ordinaires, évitant, même quand il souffre, tout ce qui sentirait la délicatesse et la recherche, tout ce qui pourrait être contraire à la mortification et à la pauvreté religieuse. Estimant pardessus tout la solitude que la Providence lui a ménagée, la vie cachée en Dieu qu'il peut y mener et dont il comprend tous les avantages sur la vie dissipée du siècle, il dédaigne le reste, ne cherchant qu*à oublier le monde et à en être entièrement oublié. Bornant toutes ses prétentions pendant la vie à Tespace de sa cellule étroite et, après sa mort, aux quelques pieds de terre qu il doit occuper, il est libre de toute crainte, il vit sans souci de son avenir terrestre et fait de la conquête de ses destinées immortelles, auxquelles il aspire de toute Tardeur de ses saints désirs. Tunique et la grande affaire de sa vie. Parvenu au terme de sa carrière ou, si vous aimez mieux, de son pèlerinage, il peut se rendre le témoignage qu*il a combattu un bon combat; aussi reçnet-il son àme avec confiance entre Ie3 mains de Jésus et de Marte, et s'endort-ii paisiblement du sommeil

du juste. On peut dire alors de lui : Bienheureux celui qui meurt dans le Seigneur. G*est un soleil qui, après avoir répandu autour de lui la lumière et la chaleur, va doucement se coucher dans le sein de Dieu. Une telle vie n'estelle point ridéal réalisé autant qu*il peut Tétre par la créature qui jamais, quoi qu'elle fasse, n'atteindra Tabsolu qui est le propre de Dieu. Si la Chartreuse matérielle de Bosserville est, nous l'avons vu, le vrai type d'un monastère, la Chartreuse spirituelle ne nous offre-t-elle point, elle aussi, le type de la vie monastique, que nous considérions soit la longueur des Offices, soit la rigueur des jeûnes, soit l'austérité de la Règle, soit la fermeté de la discipline, soit l'aspect et la vie retirée des Religieux ? Aussi le visiteur qui s'y rend au sortir de Nancy est-il vivement frappé du contraste qui existe entre la vie recueillie qu'on y mène, et le mouvement tumultueux de la ville bruyante , affairée, distraite, toute plongée dans les choses extérieures, n'ayant souci que des plaisirs et des intérêts.

Terminons ce chapitre en mettant sous les yeux du lecteur, pour lui faire mieux comprendre encore ce qu^est la vie Gartusienne, le Vrai miroir d'un Chartreux, qui est aussi, en grande partie, le miroir du vrai chrétien.

AossitÂt qu'on t'éveillera, Tu te lèveras promptement.

De ton cœur tu consacreras A Dieu le premier mouvement.

Tes œuvres tu dirigeras A son honneur uniquement.

Sa grâce tu demanderas, Pour passer le jour saintement, Quelque prière tu feras, - En t'habillant modestement.

Tes actions tu prévoiras.

Pour agir en tout prudemment.

A l'heure tu réciteras Ton office attentivement.

Chaque jour tu témoigneras A Maris an saint dévoûment.

Ses grandeurs tu contempleras, Pour en louer le Tout-Puissant.

Aux autres tu inspireras Pour elle un tendre attachement.

Tes saints Patrons invoqueras.

Ton bon Ange pareillement.

Au temps marqué tu partiras Pour le chœur sans retardement.

Au SaintrSacrement tu rendru Ton hommage sincèrement.

Plein de foi tu assisteru A la Messe dévotement.

Toujours quand tu communieras.

Tu le feras très-fervemment.

Tous les jours la Messe diras Avec un pieux tremUemeat.

VIE ÉRéMITlQUE OU SOLITAIRE.

Alors ta renooTelleras

A Diea tes Tœni joyeusement.

Pour tons ses dons ta lui rendras

Griees continuellement.

A rOratoire ta feras

Ton Oraison discrètement.

Pour tes lectures ta suivras

De point en point ton règlement.

Souvent conseil demanderas.

Pour éviter Tégarament.

En rien tu ne te chercberts.

Mais Dieu en tout absolument.

Dans ton âme tu nourriras

Toujours quelque bon sentiment.

Dieu présent toujoun tu auras,

Mais au chœur principalement.

A l'Office tu chanteras

Sans un Iftche ménagement.

Aux lieu réguliera ta seras

Dans un maintien toujoun décent.

Le silence tu n'y rompras

Que par pur besoin seulement.

Au réfectoira tu prandras

Tes repas toujours sobrement.

Sur les mets ne témoigneras

Jamais de mécontentement.

Au travail tu t'occuperas

Sans excès, sans empressement.

La pauvreté tu chériras,

Comme un très>riche ameublement.

De rien ta ne disposeras

Sans ordre, ou sans consentement.

Tous tes meubles tu soigneras

Dans un parfait détachement.

Par vertu tu observeras

La propreté, l'arrangement.

La Chasteté tu garderas

En tout point scrupuleusement.

Par amour tu pratiqueras

L'obéissance aveuglément.

Ta règle tu étudieras.

Pour l'observer fidèlement.

Tes supérieure tu traiteras

Toujoun respectueusement.

La retraite tu aimeras.

Sans en sortir légèrement.

Les séculière tu ne Terras

Qae par charité seulement.

Avec eux tu converseras Toujoun religieusement.

Au plus tard tu les renverras Au pardon très-exactement.

A tes parents ne songeras.

Que pour les haïr saintement.

Pour tes confrères tu seras Humble, doux et compatissant.

Contre eux tu ne conserveras Jamais aucun ressentiment.

Bon conseil tu leur donneras.

Les aimant pour Dieu tendrement.

Sur ta langue tu veilleras, Pour la gouverner sagement.

Volontiers tu écouteras.

Et tu parleras rarement.

De tes discours tu banniras L'égoîsme soigneusement.

Dans ton néant demeureras.

Pour y chereher l'abaissement.

Sans cesse tu mortifieras Ta volonté, ton jugemenL Pour les charges conserveras Toujoun beaucoup d'éloignement.

De la vie tu supporteras Les peines courageusement.

A tes défauts déclareras La guerre sans ménagement.

Ta récollection tu feras Tons les soin fort exactement.

Jamais tu ne prolongeras Les veilles indiscrètement.

En te couchant tu penseras A la mort sérieusement.

Quand la nuit tu t'éveilleras, Tu sanctifieras ce moment.

Ton cœur alon tu tourneras Vers ton Dieu amoureusement.

Dans son sein tu te remettras, Pour y reposer doucement.

Chaque jour te proposeras D'agir plus régulièrement.

Dans cette voie tu mareheras Sans tiédeur, sans relâchement.

C'est ainsi que tu parviendras A voir Dieu éternellement. En le voyant tu le loueras, Et l'aimeras parfaitement.

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