‹ L'Ordre des Chartreux et la Chartreuse de BosservilleChapitre 37 sur 57 · IX. Enfin, nul doute que si c*est un grand service · texte numérisé non relu

IX. Enfin, nul doute que si c*est un grand service

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rendu ^ rhumanité que de prier pour ses besoipsi çç D*est pas un service ou^jndre que d'expier pour ses cô* flaes. Le mal est sur la terre. Sans cesse les booKnes of* fensenl Dieu et amoocèlent sur leurs ^éies, par le bl^s* phème et la volupté, des trésors de colère. Pour coi^jurer Forage, H faut savoir offrir à la justice une expialiog. Aussi i'expiaiion est-elle, comme la prière, une loi gé* nérale du monde et retrouve-4-on partout la croyai^ee ufiîverselle que la souffrance de quelque victime est nécessaire pour donner satisfaction à la justice irritée. Nulle religion qui q'ait offert des sacrifices, nul peuple qui ne se soit imposé des œuvres pénitentiaires. Le catholicisme, qui est la religion primitive arrivée à son 4é* veloppement plein et dont toutes les autres religions ne sont que des souvenirs plus ou moins vagues, des altéra* lions plus ou moins profondes, repose sur le dogme de Texpiation comme sur son fondement. Jésus, dans sa passion, se révèle h nous comme le rai dv$ pènitenU^ selon Texpression énergique de Bossuet. De tout temps l'Eglise a compté dans ses rangs un grand nombre de fidèles qui se sont voués à la pénitence comme à une fonction publique, et que l'histoire nous montre couchant sur la terre nue, pliles de jeûnes, n'ayant pour nourriture que des racines ou de grossiers légumes, pour vêtement que 4es peaux de bétes dont le poil blessait leur chair, prolongeant leurs veilles, s'armant d'un cilice, se flagellant, et cela jusqu'au sang, afin d'imiter la divine Victime qui inonda de son sang les rues de Jérusalem. Or, que çont les Chartreux ? Ce sont des Religieux pénitents qui, nous Favofis vu, rivalisent avec Ie3 Trappistes, et s'exténuent Idlement qu'en eux la peau trahit les os ? Ce sont des hommes qui se vouent au martyre constant de l'expiation. Dès lors, ne sont-ils pas, sous ce rapport .comme «lOiua :le {précédent, de la plus haute utilité aociolef Me^8oni4{s pas ces justes que Dieu demandait à jàbratem pour ifargner la Pentapole, pour arrêter sop lirts fnHH

4êè LES CBARTREUX JUSTIFIÉS.

è la frapper? Ne sont-ils pas les représentants de la loi de réversibilité, qui n'est elle-même qu'une des mille applications de la loi de fraternité? Ne sont-ils pas autant de Décius qui se dévouent pour le bien de la pairie commune, pour le salut public? Si on admire les Décius, •que Ton admire aussi les Chartreux ; si on n*admire pas les Chartreux, que Ton n*admire point non plus les Décius faisant de leur personne une hostie. Que Ton n'admire plus l'esprit de dévouement et de sacrifice, que l'on immole sur les autels d'un égoîsme froid et calculateur les sentiments les plus nobles et les plus élevés de rème humaine. Le christianisme est tellement sublime que celui qui reruse de l'admirer se prive par là même du droit d'admirer ce qui est grand et se réduit è ne pouvoir satisfaire le besoin d'admiration naturel à tout homme qu'en acclamant des bagatelles, en s'exlasiant sur le rien? Quoi qu'on puisse dire, les Chartreux, ici encore, se révèlent è nous comme nyant leur raison d'être dans une loi dumonde, dans le grand dogme du juste souffrant pour le coupable, et comme ce dogme, a toujours Tait, fait encore cl fera à jamais partie de la théologie de toutes les nations, nous pouvons conclure que les Chartreux vivront autant que le monde. S'il est beau d'être dans l'Eglise tine parole ou une plume, il sera beau à tout jamais d'y être un crucifié.

Et voyez ici par quelques faits combien les Chartreux ont la passion du dévouement et de la pénitence. Saint Hugues qui, au douzième siècle, devint évéque de Lincoln en Angleterre et qui appartenait à l'Ordre des Chartreux, était sur le point de passer à une vie meilleure. Lors* qu'on lui apporta le saint Viatique, il alla è sa rencontre revêtu de son habit religieux et de son cilice. Comme on l'engageait à ôter ce dernier vêtement, il répondit avec fermeté qu* « il ne fallait pas abandonner les armes au » moment du combat. » Puis, voyant sa dernière heure approcher, il ordonna qu'on répandit en forme de croix

SERVICES OU*ILS RENDENT. é6|

«ur le plancher de sa chambre des cendres bénites, se fit étendre dessus et mourut au moment même où« à TOffice de Complies, on disait le Nunc dinUiiis (1), C'est ce même saint Hugues qui répondit à rarchevéque de Can* torbéry, auquel il avait fait des remontrances respeelueuses et qui se plaignait de ce qu'il ne faisait pas d*eEcuses àson métropolitain : « Je vous ai repris non par » indignation, n*ayant nulle intention de vous déplaire, • mais pour vous engager à la pratique de vos devojrsi

> et lorsque je sonde ma conscience. Je crains de ne pas » vous en avoir assez averti à cause du respect dû à votre

> dignité* > Il avait pour maxime de prédilection que c pour être un vrai chrétien, il fallait avoir la charité dans » le cœur, la chasteté dans les sens et la vérité sur les

> lèvres (2). »

Autre fait. Le Père Théodoric, profès de la Maison de Gapelle, près d*Enghien, dans les Pays-Bas, dans la province de Teutonie, poussait les austérités bien au-delà de la Règle. Il répondit aux Pères Visiteurs qui rengageaient il se modérer: c Laissez-moi, mes Pères, laissez-moi, je » vous en prie, suivre mon genre de vie auquel, à force » de lutter depuis quarante ans, je me suis accoutumé et » qui est pour moi une seconde nature. Il me serait fort » difficile de m'accorder à une manière de vivre doni » j*ai perdu Thabitude (3). »

Autre fait encore. Les Chartreux sont tellement pénétrés de leur mission expiatrice que jamais ils n*ont voulu accepter de mitigations, alors même que Tautorité la plus

(l)Trac]r, Viedeioint Bruno, p. 219. Des Saints del'OrdradesChartreoi.

(2)Sc|)è Diroqae uttibi moreoigereremqaadicendaetrpendaqnetrantsob* ticai, Teritus ne Ui ea indignaUis admitteres. Hinc Deum offeodi, hinc in te detiqui, hinc sopplex indnlgeodam peto. Dorlandus, Chronie, Cariais., I. III, «. XIL et Traej. Ihid.

(3) Sinite me, Patres, sinite precor, hone fÎTendi tenert monm qaew DÎhi per annos jam quadragiola non sine ingenli lahore, in eonsMtadineai Iraxi. Essclque insuper mihi permolestam eam Tictum assamere qoi in longaâa dissoetudineai abiit. Dorlandiis, Chronicon Carlusienêe, I. Vli, «ap, XXX«

Vlé LES CHARTMVX JOSTiriM.

hAute qui existe sur Iff terre leur proposait ou plutôt voulait leur imposer des adoucissements. Le pape Ur- Uio IV, qui avait été Bénédictin et qui mourut à Avignon en 1570, avait fait aux Chartreux les propositions que voici :

Premièrement , le Prieur de la Grande-Chartreuse aura le titre d'Abhé.

Secondement , les Chartreux diront toutes les heures de rOfflce au chœur, afin d être moins seuls.

Troisièmement, ils prendront leur repas au réfectoire eommun, une fois par jour au moins.

Quatrièmement, les malades pourront manger de la viande.

Que vont faire les Chartreux? Guillaume Raynaldi, qui était alors Général, répondit de point en point, ivee autant de sagesse que de fermeté : Si le Général avait le titre d'Abbé, ji lui faudrait bientôt la table et la suite d*un Abbé, ce qui entraînerait à des dépenses trop considérables pour les revenus de la Maison ; si les Re> ligieux prenaient chaque jour leur repas au réfectoire, on introduirait bientôt des changements dans le régime, et Tantique sévérité par laquelle TOrdre a terrassé le démon ef dompté la chair ne tarderait pas à dispafaitre ; s'il fallait aller au chœur pour réciter toutes les parties de TOffice, on perdrait l'esprit de recueillement par des allées et des venues eoutinuelles, en sortant si souvent de sa cellule et bientôt Ton ne chanterait plus avec h même ferveur, lea chants devenant beaucoup plus fréquents. Enfin, si les malades pouvaient user de viande, les Religieux bien portants se trouveraient bientôt malades, garderaient leur cellule comme infirmes, pour faire gras, et ainsi le nombre de ceux qui vont au chœur serait diminué. Le Souverain-Pontife, frappé de la justesse de ces réponses et du Kéle qu'elles révélaient, répondit : € Laissons les Chartreux persévérer dans leur simplicité » tellement constante que, loin de demander dea dis*

SBII¥I€BS qu'ils IIMDBIIT. ilf

« penses, ils ne veulenl pas même fecevoir celles cft*o» » teur offre volontairement. > Et la Règle, restant ce f«*elle était, continua à être observée dans toute sa ngm«ir et sa vigueur (i). Gerson, abondant dans le sens du R. P. Baynaldi, a dit : « Si Ton aecordait rautorisnlion » de faire gras dans un cas particulier, il serait à erain- » ère que peu 6 peu, avec le temps, les permissions oe » devinssent plus nombreuses et servissent bien (rtus k » ilatier le palais qu*fc guérir les maladies (f ). » Et en-^ core : « C'est avec raison qu'il est à craindre que la

> rigueur de TOrdre venant à se mitiger peu è pcm^ » ne disparaisse entièrement, sans quMI soit désormais • possible de la rétablir. Un Institut relijfieux, en eflet, » une fois qu*il est déchu ne peut se réformer, ou ne » se réforme que très-difficilement, comme Tont dît

> bon nombre d*hommes expérimentés. Il est plus fs- » cile de créer un Ordre nouveau que de relever un » Ordre en décadence, etc. (3). •

Tels sont quelques-uns des services rendus à la société par les Chartreux. Comme tous les autres Religieux, Hs ont sans cesse travaillé 6 pourvoir aux besoins moraux et matériels de rhumanité, ils se sont constamment montrés ses serviteurs les plus généreux, et pour reconnaissance

. (i) 3i coDcedaUir infirmU caroiom «sus, Umcndain esl ne nulti ad ha»e «bum ftffecU sese infirmes simalent aut si verè infirmi suot, ob banc eseam lib^DCer «grotent. His instiiutis noslram Ordinem non promovere sed sobi«rtefa videmiiii, eogitia enim nos transferre tenniiios qaos staenenint PfetNa ioftlri.... DinitisBiaSy obsecro, dimilUmus Carlnsienses in aimpliciutis anm constantia ex quo noiunt olilalam eis benigtiitatem, oti gratum benefieium ainplexari. Dorlandas, Chronieon Cartuê., I. IV, e. XXIV. Cf. Tracy, Vie âê êtdnt Bruno, Des Géaéraax des Cbartrtux, n. XXV> p, 9SI et 9SS.

(^) Quamobreoi si easus aliquis fuisset concessns expresse de eomedendo carnes» formidandum erat ne paulatiro, succedentibus temporibus, magis ac isagîs dHala foisset et exteosa btijasmodi Keeatia et tandem pins ad ToHiptatem qoam neeessitalem deservissct. De non e$u eamwm eorfAiia.Opp., L II, col. 722, Antoerpia 1706.

(3> Seinel lapsa Religio nunqnam aot vix reparari potest, nova faciliofe i ftudamentîs eonderetor. Id. tbid., fol. 728-7^6.

47S LIS CHARTRBUX JUSTIPiÉB.

de tant de bienfaits, ils ne demandent qu*une seule giice, la liberté de les eoniinuer. Y a t-il bien lieut après cela y à s*écrier avec Voltaire s*élevant, ici» au plus baut comique : « Moine, quelle est ceue iirofes- » sion-là ? Celle de n*en avoir aucune, de s*engager par. » un serment invioîable à être esclave et absurde» et à » vivre aux dépens d*autrui (i). » Y avait-il bien lieu à dire avec M""*" Roland : < Faites donc vendre les biens ec- » clésiastiques, jamais nous ne serons débarrassés des • bétes féroces tant qu*on ne détruira pas leurs re- » paires (S). «Y a-t*il bien lieu à dire que les moines el les nonnes ne sont que des fainéants engraissés aux dépens du peuple ? à répéter cette banale et vulgaire accusation que les principes du monachisme sont entiéremenl contraires aux principes de la raison ? Non, d*autant plus qu*il est fc remarquer que si les Moines, les Chartreux, oui bien mérité dans le passé, ils continuent à mériter dans le présent, et qu*ainsi ils n*ont pas seulement droit à noire reconnaissance à titre d*anciens serviteurs, utiles autrefois, mais vieillis, usés et inutiles aujourd'hui. Chaque Institut religieux reproduit Jésus-Christ d*une manière spéciale dans un de ses caractères particuliers. Sachons, par là même, les estimer et les honorer tous. Si nous de* vons savoir honorer le Jésuite parce qu'il imite plus particulièrement le Christ en tant qu'il a évangélisé le monde et qu'il Ta transformé par Tinfluence de la parole et de l'action ; si nous devons honorer le Bénédictin parce qu'il représente plus particulièrement le Christ comme source de science et de lumière, comme Docteur ; si nous devons honorer le Franciscain parce qu'il le représente plus spécialement dans sa vie pauvre, humiliée, parcourant les bourgades pour les évangéliser ; si nous devons honorer le Dominicain parce qu'il cherche à mener de front, k

(I) Diaiogueê.

(t) A Latithenas, .TO joio 1790.

8BRV1CB8 QU*1LS RBRDBlfT. 47$

rq^rodoire ttmultanëment en lui les différents earacr lères! du Sauveur , sachons aussi estimer , honorer et vénérer le Chartreux^ qui travaille à reproduire le Christ» en tant qu*il s'est voué plus spécialement à la pénitence et à la contemplation, en tant qu*il s*est retiré dans le dé-* sert, qu'il a été attaché à la croix et que, victime volonmire, il a versé sur le monde son sang théandrique; en tant qu'il a joui dés la vie présente, en tant qu'homme, de la vision béatîQque. Ne faut-il pas que le Christ soit, dans l'Eglise, déployé sous toutes ses formes, révélé sous tou» ses aspects ? Tout homme qui reproduit le Christ n'est-il pas digne, à un certain degré, des sentiments dont est digne le Christ lui-même ? Le Chartreux ne l'est-Upas d'autant plus que le dévoàment à Texpiation et à la oon-* templation est le rare privilège de quelques esprits, la plupart des hommes étant portés, par les entraînements de la nature que la grâce respecte, à se jeter dans les œuvres?

Nous ne dédaignons personne. Nous estimons au plus haut degré le prêtre qui baptise, qui catéchise, qui évangélise, qui administre les sacrements, gouverne les pa* roisses avec tous les soucis qu'eniraine leur administra» iioh, et représente ainsi Jésus-Christ en tant qu'il est le Bon Pàsleur ; mais nous nous gardons de dédaigner le Moine qui se dévoue d'une manière spéciale à la prédication, b Féducation, à la conversion des infidèles, aux mâles études , aux graves travaux de la pensée , aux austérités de la pénitence ; nous nous efforçons d'avoir le cœur aussi large que le cœur même de l'Eglise, qui est le cœur de Jésus-Christ. C'est pour cela que nous estimons d'une manière spéciale et que nous voulons que l'on estime le Chartreux, dont les services sont si éminents, dont la vie est aussi fructueuse qu'elle est unifonrie et paisible ; c'est pour cela que nous désirons voir leurs liaisons devenir aussi nombreuses qu'elles l'étaient avant que le marteau destructeur de la libre pensée ne

474 L'BS CUARTHBVX JU9TIP1É9.

ae 8«tr iHfutré parla démolilion» On nepeutlva^ l^er les toyets de la prière et de la péniienee, dé P fteaiion et do ben exemple, surtout daii& un siéde d*i différence et de corruption, oà il fatM tenter de péfeiiler par tous les moyens Tesprit allanguî du cAriatenisiBe. Noos pensons sur ce point comme D^ Inooeeiit le Murion (I). Mais n'empiétons pas sur le chapitre sonrast.

Je sais que les services rendus par les Cbartreux élaiiii d*un ordre purement spirituel, ne sont pas aussi apj^éciéa que des services d un autre genre par des hommes hpiuc ploiagés dans le carnalisme ; mais n*esl^ce peiai fmwem quils sont d*un ordre purement spirituel que ees sarvieea sont les plus signalés qui puissent être rendus à rbuma-* Bîté et doivent être appréciés plus que fous les autres str-* vices ? La grâce, qui est le bien par excellence, le bien dfefio, n*est-elle point, comme Dieu lui-même, esseaikilement invisible et spirituelle ? Sachons dono dire de rOrdre des Chartreux ce qu'en disait le Pape InnoeeaiXI eoDfinmant les Siatuft : « C'est im arbre excellent planté • par la main du Très-Haut dans le champ de l*EgUse aaî^ » Utante et produisait des fruits abondants d^ jus- » tiee (2). a

' Du reste, comme nous l'avons déjà fait remarqua*» fl y a toujours eu des Religieux solitaires et pénitents, ff y eo «encore aujourd'hui qui naissent au souffle inspiraievr de rEglise ; nous pouvons conclure, par là même, qu*il y en

(1) Sicot singuli Ordines ex speciali sai lostiloti proposito Tiria el tpecîfica dint cprlaram virlutum exempla, alii abdicatioiris bonoram temporafion, alii applieationis ad coiiTersioitem pagaiioniin, aKt stodii saeranin RMeranua, 'alii pRadiuiioDis Terfai Dei^ alii obsei|ttii infimia «xhièeiidi, a4fî lospililiiaiis arga peregrinoa et pauperes exerceoda, sic et iDsliiuUim aostnim qiuedaB «pecifica do se miDislrare suseepil exempta qac saot, etc. Ànnaieê Onfiiui» 1. 1,c. V, 0.7.

(S) Oréo qwBi RanMii poDtifiees pradeceis^res noatri Telttlarbop^ Miw in agra militaoïis Ecclesias dextera Domini planiaiam ao fractas ubarcs ]astitia JDgiter prodneentem merito appellarunt. Bulla confirmationiê Statuiorum, BUêm Ren» S7 Mariii I6BB. AnnûUê Ordènh, Appendii, f . 410.

SïKtlCES QU*rLS AElf0BltT. • 47$

aura (oujours, le passé étant un garant de TaVenif • A quoi bon, dés îors, leur déctarer une guerre inutile quf» loin tf'aboudr à la victoire, aboutirait à la défaite? SI voud ne pouvez leur échapper, ne devez-Vous point savoir prentfre le parti de les subir et voud résigner à compter avec; éutt

Terminons par ces paroles d*un éérivain Contemporain anonyme : « Cliose étonnante t c*est en renonçant au » monde et en fuyant les hommes, que les moines se mi- » renten état de servir si utilement les hommes et de

> renouveler la face du monde ; c*est en nourrissant dans » le désert et dans la solitude des cloîtres le feu sacré,

> qu*au temps de la corruption et de la barbarie ils purent » réchauffer, ranimer et ressusciter pour ainsi dire le ca- » davre de la société en le retrempant dans la foi, en lui » rendant le souffle de vie qui s*était conservé en eux. » Vous qui souriez de pitié à la vue, au seul nom de » Moine, où en seriez-vous sans ces hommes vénérables » qne vous accueillez de votre mi'^pris ? Où en seraient

> les arts et les sciences dont vous êtes si fiers, et cette » civilisation, cette douceur de mœurs, cette politesse

> dont vous vous attribuez toute la gloire ? On ne peut le » contester et, au besoin, Thisioire est là pour le prouver, B ce furent les Moines qui, tout en défrichant et fertili- » aant les terres jusque-là stériles, cultivèrent avec non » moins de soin et de succès le vaste champ de la doc- » trine. Recueillant avec ardeur tous les débris des con- • naissances antiques et y joignant leurs propres décou- » vertes, ils mirent le tout en dépôt dans leurs cloîtres » comme le plus riche héritage des âges futurs. Ainsi les » monastères ne furent pas seulement des maisons de » prières, mais des asiles et comme les arsenaux de toutes » les connaissances utiles. »

Mais les Chartreux ne doivent pas seulement être appréciés d'après les services qu'ils rendent, ils doivent Fétre aussi d'après les exemples qu'ils donnent, ce qui esl le

476 LES ClàRTaiOX JUSTIFIÉS. — SBRTICBS QU*ILS MRDtlIT.

plus éminent de tous les services . C*est pourquoi il nous faut les étudier sous ce nouveau point de vue» afln de les justifier de plus en plus et d*avoir le droit de crier plus haut : Ne tarissez pas les sources auxquelles doit se désaltérer la postérité, n*éieignez pas les flambeaux auxquels doit s*éclairer 1 humanité dans sa marche laborieuse vers Tavenir.

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