EXEMPLES QU'ILS DONNENT
L*EvangiIe donne aux hommes des préceptes et des conseils ; les préceptes sont pour la généralité des chrétiens qui ne peuvent s arracher aux affaires et se retirer dans la solitude ; les conseils sont pour quelques âmes ehoisiesetprivilégiées, auxquelles Dieu ménage les moyens de pratiquer le christianisme dans toute sa teneur. Il est par trop évident que les conseils évangcliques ayant été donnés par Jésus-Christ lui-même, ils ne doivent point rester à rétat de lettre morte, ensevelis dans le sépulcre des livres, mais bien se traduire dans la vie. Si Jésus n'avait point voulu que les conseils évangéliques fussent mis en pratique, il ne les aurait pas donnés, lui qui ne fait rien sans motif et sans but ; par là même quMI les a donnés, il veut qu'ils soient pratiqués, sinon par tous, du moins par quelques-uns. Or, ces conseils sont surtout pratiqués dans les Ordres religieux» dont par là même Texistence, 80US ce rapport comme sous tous les autres, rentre dans le plan divin. Pour ne pas comprendre leur raison d*étre, k ce point de vue, il faudrait radier de TEvangile les pages
47S .LB8 CBARTRBUl JUSTIFIÉS (SOITE).
les plus sublimes. Mais en pratiquant les conseils évangé* lîques et en s*élevant par là bien au-dessus des préceptes, les Religieux en général et les Chartreux en particulier, donnent au monde de grands eitemples qui exercent nécessairement une influence salutaire. C'est de ces exemples qu*il nous faut parler, afln de montrer comment, sous tous rapports, nos Chartreux sont utiles et combien, par là même, sont aveugles et déraisonnables leurs adversaires qui les poursuivent de leur persiflage, de leurs sarcasmes, de leurs railleries, adversaires qu*il faut toutefois excuser au nom de leur ignorance, attendu qu*ils blasphèment ce qu'ils ne connaissent pas, et que Tune des plus grandes plaies du christianisme au XIX* siècle, c'est qu'il y ail une multitude, je ne dirai pas de penseurs mais d'écriveurs, qui se permettent de parler théologie bien qu'ils ne sachent pas ce que sait à sept ans l'enfant de village, je veux dire les premiers chapitres du petit catéchisme.
I. Le Chartreux se livre à la vie conlemptaime et, par làj apprend à rhomme à considérer la terre comme un marche-pied vers le ciel, à considérer Je ciel comme le terme suprême de la vie La création n'a d'autre but que .la gloire de Dieu par la créature intelligente. Dieu s'applique de toute éternité è se connaître dans son Verbe et par son Verbe, à s'aimer dans son Esprit et par sou Esprit. La contemplation de lui-même, telle est la loi nécessaire et fatale de son être. Or, ce qu'il feiià rintérjeur, Qd mfr/r, comme dit la théologie. Dieu veut que sa créature le fasse à l'extérieur, ad fxlra^ et de même qu'il s'applique néct^sairement à se contempler, c'est-à«Kiire kse conoaltre et à s'aimer, il veut nécessaii ement aussi que Tboinme s*«u>.plique à le contempler, c*est-à-dire A le connaître el. k l'aimer en tant qu'il s'est traduit dans son œuvre, qu*Sl yn laissé des traces, des vestiges de lui-même, comme dit XAngc de .l'Ecole. La vie contemplative ;est f^apc ||i mise pn pratique 4e la première loi du monde» loi ,dqfi|
KUMPLW qu'ils DaNNKMT. 479
IKeil M i>eiil pas plus dispenser Tbomme qu*il ne ^evA %'em diiipenser Juiraiéroe ; elle est raccomplissemenl ei b réalisalioa du plan divin dans ce qu il a de plus élevé, de 6il|H'éine £l eeJtti qui s*en déclarerait Tadversaire 4éoiMitreKHt sulfisaoïment par cela seul non-seulement qu'il >ii-«Bt pa& théologien, mais encore qu'il n'est pas aéme philosophe. Or, la vie contemplative des Chartreux estrelle seulement utile à Dieu, au Chartreux lui-même? Non, elle Test encore à la société. Quel homme en effet, k la vue de leur vie toute céleste, ne se sent porté à se délactier de la terre et à vivre davantage pour Dieu f Quel homme n'est porté à se dire : Si le Chartreux accomplit le conseil, ne saurai-je point, moi, accomplir le précepte ? S'il tait plus que le devoir, ne saurai-je pas à tout le moins m'acquiiler envers le devoir ? Voilà des hommes comme moi qui chantent nuit et jour les louanges de Dieu et c'est à peine si je lui paie le tribut de quelques prières brièves et distraites ! Voilà des hommes occupés tout entiers de la «seule affaire digne d'une âme immortelle et je ne- daigne pas même lui consacrer quelques instants rapides dérobés aux plaisirs et aux affaires ! Voilà des hommes qui ne recherelient que les austérités et je ne cours i|u'aprés les sensations agréables, illicites, peut-être ! Quel eoatraste entre ma vie et la leur ! Ne saurai-je pas les Imiter de loin ? — Qui peut comprendre les effets salutaires produits dans l'àme par ces réflexions qui naissent comme d'eUes-'mémes à la vue d*une Chartreuse ? Cela seul ne sufiirail-il point poiu* justifier l enthotisiasme de JobnaoB s*écriant : « Dans ooes lectures, je ne rencontre jamais un • ^lUMcbonète sans lui baiser les pieds, ni un monastère » 3ans tomber à genoux pour en baiser le seuil (l) ? » Ne suIOsen^-elles pas aussi pour justifier ces autres paroles 4!iiB contemporain parlant des ascètes : < On demande 4
(l)Cité par M. de MonUlemberl, Moine$ d'Occident. Inlrod., ek. V, p. GXUI.
» quoi de tels personnages sont utiles en ce momie, Ues- « périenee répond : Uniquement occupés de Dieu eC de » leurs frères pendant leur carrière terrestre, alors même ' qu^ils cessent d*agir et de parler, leur vie est encore
> active et féconde par Texemple qu^ils donneni» par le » respect quMIs inspirent, par Faimosphère divine qui les » enveloppe, par la contagion pieuse dont ils sont le » foyer. LMnfluenee d*une âme sainte dans laquelle le
* Christ vit et devient visible aux yeux du monde, est
* incalculable (1). » Et si quelque esprit cadenassé voulait ne point s'ouvrir à ces réflexions, nous lui dirions :
N*y a-t-i! pas quelque peu de philosophie à ne se donner d*au(re but dans le monde que celui de s*exercer à comprendre le sentiment de sa vanité, à ne considérer comme réels que les biens à venir, le monde étant vain et réierniié seule devant rester?
N*y a t-il point de la vérité dans ce mot de Montaigne : « Oh f que Thomme est une créature vile s*ii ne se sent
> soulevé par quelque chose de céleste ! »
N*est-il pas nécessaire que les exemples de la vie con* templntive soient donnés dans les pays environnant Bosserville, pays où Tindustrie, c'est-à-dire le culte de h matière, lient sans cesse, ainsi quil a été dit, une multitude d'ouvriers courbés vers la terre et tend & les rendre terrestres, à les matérialiser par l'oubli de leurs devoirs envers Dieu, par la profanation du grand et du saint jour? Salines h droite, baus-fourneaux à gauche, fabriques à Toccident, chemin de fer à l'orienr, canaux, fumée qui s*élève en colonnes épaisses vers le ciel, bruit des machines, mouvement des bateaux, sifflement des locomotives, toutes choses qui tendent à effacer dans l'ème le sentiment chrétien et le sentiment divin. Est-ce trop que Texistence et la vue d'une Chartreuse pour réveiller dans les populations d'alentour la pensée de la vie
(I) Diction, eneyelop., art. Ascétisne.
nXHPLES QU*1L8 IK>RNENT. 484
fiitare et' les porter k élever quelquefois leurs yevx vers le ciel?
El ne croyons pas que ce soient là des réflexions faites à plaisir. Non, Thistoire atteste Tinfluence qu'exerce sur les hommes plongés dans la vie active, dans le vice même, la vue des Chartreux se livrant à la vie contemplative. Témoin ce fait rapporté par saint François de Sales. Pendant qu'il était k Paris^ faisant ses études, deux écoliers, qui se livraient dans le faubcMirg Saint-Jacques à une orgie nocturne, entendent sonner les Matines des Chartreux. L'un des deux, qui était hérétique, demande k Tautre pourquoi Ton sonne et celui-ci de lui faire connaître avec quelle dévotion on célèbre les Offices dans la chapelle des enfants de saint Bruno. « O » Dieu, s'écrie-t-il, que lexercice de ces Religieux est » différent du nôtre ! Ils font celui des anges et nous » celui des bétes brutes ! » Voulant juger par lui-même de ce que lui avait dit son compagnon, le jeune hérétique se rend le lendemain ehez tes Chartreux au moment de rorfice. Il trouve les Pères « dans leurs formes, ran- » gés comme des statues de marbre en une suite de ni- » ehes, immobiles k toute autre action qu'à celle de la » psalmodie qu'ils faisaient avec une attention et dévotion » vraiment angéliques, selon la coutume de ce saint Or- • dre. » Bientôt, ravi d'admiration, consolé et heureux de voir Dieu si bien adoré parmi les catholiques, c ce pauvre jeune homme » prit la résolution, qu'il accomplit bientèc après, de rentrer dans le sein de l'Eglise, < vraie et uni- » que épouse de celui qui l'avait visité de son inspiratian » dans l'infème litière de l'abominotiofi en laquelle il > était (I). •
IL Le Chartreux fait vœu de pauvreté, il embrasse la pauvreté volontaire. Par Ik, il apprend au pauvre k soppopter son sort avec courage, k vivre privé de tout sans
(1) Traiié de i'amour de Dieuj I. VllI, ch. X.
Aajt LES CHARTREUX JUSTIFIÉS (SU^b).
qu'il soîi tenté de maudire uq étal soeial où il occupe la ilernière place aux yeux du inonde . G*est là un nouveau service immense rendu par les Chartreux. L*avidilé, qui a toujours été la racine de tous les maux» se montre encore telle de notre temps. La plupart des hommes de ce siècle, travaillés par une agitation flévreuse pour la malière, ne cherchent qu*à entasser des richesses, qu*à accumuler de Tor ; aussi se livrent-ils au commerce comme à une des carrières les plus lucratives ei ne connaissentils plus que la hausse et la baisse, le débit et le crédit, et font-ils de Tagrandissement de leur fortune leur tourment du jour et leur cauchemar de la nuit. S'enrichir pour jouir, telle est leur maxime favorite, toute leur philosophie. Or, cette frénésie pour la jouissance et le plaisir, par la richesse qui en est le moyen, tend sans cesse ft faire rouler la société au plus profond de Tabime. L'amour du bien-être, en effet, est un gouffre insondable qui engloutit les patrimoines, renverse les fortunes, dévore les salaires , multiplie le nombre des pauvres qui, bientôt, jettent un œil d'envie sur le riche qu'ils voient nager au sein de l'opulence. De là les conspirations contre l'ordre établi ; de là ces grèves qui constituent l'antagonisme entre le maitre et l'ouvrier, entre le captuil et le salaire ; de là ces théories communistes qui, ne voyant que des exploitateurs d'un côté et des exploités de l'autre, imaginent des associations fondées sur le partage égal entre tous des bénéflces réalisés par le capital d'un côté, et les bras de l'autre; de là tant d'esprits qui révent une guerre, non plus religieuse parce que l'Eglise est pauvre, mais une guerre sociale dans laquelle ils se proposent de massacrer, de piller, de détruire, le glaive d'une main et la torche de l'autre ; de là une société assise sur des volcans et qui vit au jour le jour entre les peurs de la veille et les appréhensions pour le lendemain. Oui, ce sont là nos maux incontestables aux yeux de tout esprit sérietu: qui envisage la société telle que la Révolution
BUHPLB8 qu'ils DOMRBRT. 48S
nous Ta faite, non pas avec Tceil distrait de rbomme du inonde, mais avec le regard profond du penseur et de rbomme d*Etat. Or, qui nous donnera le remède à ces maux, alors que les lois sont impuissantes et les mœurs plus impuissantes encore ? Qui nous guérira de la lèpre sociale ? qui fera supporter le contraste effrayant de la richesse et de la pauvreté ? Ce sont surtout les exemples donnés par les Ordres religieux embrassant la pauvreté de plein gré. Par là, ils déclarent la guerre à la cupidité, qui veut arriver & la domination par largent, k raristocratie de Tor, à la ploutocratie. Par là, ils apprennent au pauvre la pauvreté résignée, contente, et calment sa convoitise. Par là, ils apprennent au riche à ne point rechercher les plaisirs que donne la richesse, mais à pratiquer la morti-flcation et le déiacbement, à serrer le frein au char de la dépense et à verser leur superflu dans le sein des pauvres. Par là, se dépouillant de toute pompe et de toute vanité mondaine, se vêtant modestement, ne se permettant qu'une nourriture médiocre et moins confortable que celle du dernier des ouvriers, ils donnent l'exemple de la simplicité dans les mœurs, simplicité qui est le signe de la jeunesse, de la force et de Tavenir des nations et dont la disparition est Tun des symptômes les plus certains de leur décadence. Par là, ils apprennent comment la pau* vreté de chacun peut devenir la source de là richesse commune et contribuer à laisance générale, car il est d'expérience que la misère du peuple croit à proportion du goût des jouissances. Par là, ils obvient aux deux grands inconvénients qui résultent de rinégalité des conditions : la bassesse qu'engendre la pauvreté, l'orgueil qui nait de l'opulence. Par là, ils réalisent le rêve caressé par le socialisme moderne, je veux dire le rêve d'un avenir dans lequel il n'y aura plus ni riches ni pauvres et qui n'a pu être réalisé que par l'Eglise, k l'origine, dans les premières Communautés chrétiennes, et dans la suite par les Communautés religieuses.
4M LES cflARffRBuiL jusTiPiàs (serrB).
Tj»m le» essais de soeialisme que Ion a tentés hors de Hi n'ont pas été beureux. Le SaîntrSimonîsme eompte paniii les piui^ grandes folies de l'esprit humain, et une expé* rienee oruelle a démontré qu'il aurait du aller s'étabyr dans File de l'Utopie, car il n'a pas su, il n'a pas pu réiiln ser ses théories : la vie lui a manqué. On sait, en effets comment le Saint-Simonisme a fini, lui qui voulait fonder un nouveau régne de béatitude sur les ruines de VEgHse catholique, lui qui voulait tneiiresur le chantier une nouvelle idée capitale, lui qui disait dans son fol espoir : Le rè^ gne de Dieu arrive» les prophéties s'accomplissent, le fruit estmùr,vouslecueilleree.SainlrSimon, ruiné par la publication de ses travaux, isolé, désespéré, essaya de meure fin à ses jours. Bazar et Enfantin, ses deux princfpaui disciples, se virent bientôt assaillis par la plaisanterie, le sarcasme, et enfin aux prises avec la police, qui opéra la diasohiiion de la Société le 6 avril 1832 après avoir, quelques mois auparavant^ interdit les réunions des sainteaimoniens et fait fermer le local où ils tenaient leurs séances. Le Père Enfantin, ainsi que Michel Chevalier el Duverryer, deux autres disciples, furent même condamnés à deux ans d'emprisonnement pour avoir prêché le soulèvement des pauvres contre les riches, l'abolition de la propriété. Ils furent aussi accusés d'une sorte d'esero^ querie à l'égard d'un simple d'esprit qui leur avait apporté 40,000 francs et dont ils n'estimèrent la capaeilé qu'à 250 francs de revenu annuel. Telle est l'impuissance de la philosophie humaine; telle est rinfluence salutaire qu'exerce le vœu de pauvreté. Par la simplicité de leur eostume, par le genre de vie qu'ils mènent, par leurs tnita qui révèlent des habitudes d'abnégation, l^s Chartreux sont une prédication vivante. Si les pierres dans leur, silence sont quelquefois éloquentes , l'aspect de honmies ne Kest pas moins. Noua le proelam^nst
{îyDt^timK encffoiêpéiH^ït^y cri. Saiiit^$in«a.
BX«aPt«8 0U*a8 DONNENT. 48i
parée qtte c*est là nofi^ eenvioliéà ^foMte : La vie laorliflée deê Religieux peut «eoie éolairer, apaiser^ modérer les foulea aîtrî^s, impalitates, avlde^, pei^ities flar des théories perfides ; nous le disons avee uki eoôlemporain : ^ Le temps peut venir oA le riche devra ato » pauvre Franciscain la possession et la eonservaiioli de » sa maison et de son champ. L*Eglise calhoK<|ue seule, » en se développant librement, possède ia baguette ran- » gique qui dissipe le spectre du communisme. » Le Chartreux se montre tellement strict dans Taccomplissenent de son vœu de pauvreté, que tous les ans, le di^ manche des Rameaux, le P. Prieur prononce pnUi* quement la sentence d*excomm«inication contre tout Refigieux qui conserverait à titre de propriété une somme d*argent s'élevaht è i fr. â5 centimes (I).
IIL Les Chartreux font vœu de chasteté et donnent par là Texcmple de ia plus sublime des vertus. Nul exemple plus important que celui-là. La chasteté» en effet» consa-^ erant ia suprématie de Tesprit sur la chair, fait les générations fortes, courageuses, énergiques. Les peuples otit phis ou moins d^avenir selon qu*ils ont plus ou moins de moralité. Quand la corruption se répand comme une le* pre, quand la prostitution, la fornication, Tadultére étalent publiquement le mépris des saintes lois du mariage, on peut dire qu*un peuple est sur le point de descendre dans la tombe et songer à écrire son épitaphe. Un peufile pourri est un peuple perdu. Témoin le peuple assyrien, qui finit en la personne de Sardanapale ; témoin le peuple romain qui, après avmr vaintiu te monde aux Jours tt sa chafiteté, devint bientôt ta parole des barbares lorsque la sainteté des mœurs antiques eut Mt place aux débauches de la Rome impériale ; témoin les bouleversements qui agitèrent hi France à la suite des boues de la Régence et Ûeê infamies de Louis XV, ce roi d*écurie. Lès scènes
(i)Sral., IIp.,c. XIX.
IM LES CHARTItBUX JÙSTIPIÉS (SUITB).
ks plus effroyables de lliisloire se déroulenl aux époque» où la sensualité déchaînée ne connaît plus de frein. Le célèbre Arehylas de Tarenie, disciple de Pyihagore, disait fort bien, dans un Discours qui nous a été conservé par Cicéron: «De tous les dons que la nature a faits à rbomme, » nul ne peut dégénérer et se corrompre autant que la vo- » lûpté qui nous entraine aveuglément vers les jouissances » grossières. G est de ceue source que naissent les criraet
• de haute trahison, les révolutions des E(ats,les secrètes
• conjurations avec rennemi. Il n'y a pas de crimes, pas » de forfaits auxquels les passions sensuelles ne puissent » porter Thomme qui cède à leur empire. Le libertinage,* » Tadultère, tous les genres dimmorallié sont engendré» » par la sensualité. Si la nature ou la Divinité n*a rien » donné à rhomme de plus noble que la raison, ce don » de la grâce divine n*a pas de plus mortel ennemi que
> les passions sensuelles ; où elles régnent, cesse la mo-
> dération ; où elles prévalent, il n*est plus question de » vertu. Quon sMmagine un homme entraîné par toute la
• fougue des passions sensuelles, il est évident que dans » le tumulte de la jouissance auquel il s'abandonne, la » raison perdra son empire, il n'y aura plus ni réflexion » ni bon sens ; aussi n'y a-t-il rien de plus odieux, de- » plus pernicieux que la sensualité qui, la laisse-t-on se » satisfaire k sa guise, éteint la lumière de rintelligence » et réduit rhomme à Tétatde hrute (I). » Tels sont les ravages de la sensualité. Quand ses esclaves nous parlent de patriotisme, de dévouement, de vertu, ils font des phrases en l'air, ils prononcent des mots sans valeur dans leur bouche. Ajoutez qu'il est d'auUint plus important de jeter dans la balance, contrerentrainemenldes passions, lepoids de l'exemple que, souvent, le voluptueux ne croit plus à la possibilité de la vertu, disant que les passions sont trop vives, qu'il est au-dessus des forces humaines de les
(i) De Stneetuie, cap. XII.
EXEMPLES QU*tL8 DONNENT. 487*
mrmonler. Ajoutez enfin que les instincts de rhomrae n*ont pas des bornes naturelles comme ceux des animaux, el que celui qui se laisse entraîner par eux ne connaît' plus de limites. Or, que fait le Chartreux ? Il fait brillerv aux yeux du monde Téclat de la chasteté ; il dit au volup-* tneux : Sache au moins te contenir puisque je sais m^abstenir ; le fardeau n*est point trop lourd pour des épaules humaines et chrétiennes puisque, avec la grâce de Dieu, j*en porte un plus lourd. Par là les Chartreux ne donnentils pas des exemples efficaces? Oui, leurs mêles vertus sont plus persuasives que toutes les déductions delà logique, que toutes les démonstrations des docteurs même irréfragables. Rien de plus éloquent que leurs prédications muettes, que leurs leçons en action. On: connaît le mot de saint François d'Assise, Allons prêcher^ mot qui indique admirablement que Ton peut instruire et édifier sans parler. A cetitre, qui peut calculer Tinfluence qu'exercent nos Religieux et jusqu k quel point ils portent les hommes h cultiver avant tout la partie céleste d'euxmêmes t A ce titre encore, une Chartreuse n'a-t-etle point droit à Tinlérét de tous les amis des bonnes mœurs, dans un siècle qui a proclamé la réhabilitation de la chair ? Peut*elle élre dédaignée par d'autres que par ces philo-* sophes k courte vue qui ne croient pas k l'ème parce qu'ils ne l'ont pas trouvée au bout de leur scalpel, parce qu'ils ne l'ont pas vue sous leur verre microscopique ?
Ajoutez que les Chartreux ne donnent pas seulement l'exemple de la chasteté, mais encore celui des moyens à. prendre pour parvenir k la pratiquer. Ils ne reculent, pour cela, ni devant la sobriété, ni devant l'abstinence, ni devant le jeûne, ni devant la brièveté et l'interruption du sommeil, ni devant la mortification positive de la chair par des traitements douloureux infligés au corps, ni devant la privation des commodités ordinaires que l'on se donne : avis k quiconque veut conserver la chasteté. Je sais que Ton a dit que les Moines étaient les victimes for-
48d LBS GUAHTAftUX JUSTIFIÉS (SVITB).
oéas éa célibat. Mbis, nous le deimnddns, lorsque toutes les dèuires turent détnittes, lorsque te porte des eouvents fat ouverte à deux batlanis , lorsque les Moines lurent sécularisés et leurs vœux déclarés nuls, eomblen en vitron se marier ? Un nombre relativement peu ooneidérable.
IV. Le Chartreux fait -vœu d'obéissance et donne par li Texemple de cette vertu. Nul exemple encore plus nécessaire que celui-là. Quel est le mal qui ronge la soeiélé» la rame sourdement et prépare peut-être pour un temps prochain des cataclysmes épouvantables, un effondreoHmt tel que Tbisloire n*en aura jamais enrqpstré de plus radical ? G*est Tesprit d'insurrection qui produit ia guerre civile, opposant au sein d*un même peuple fusiJ à fusil, armée à armée ; c'est l'esprit de révolution qui tend à tout bouleverser et à tout détruire, à faire de diaque citoyen son propre maître ne relevant que de luimême et de lui seul, étante lui-même et à lui seul son unique et suprême loi. Or, que fait le Chartreux par le vœu d'obéissance qui renchatne à chaque heure, à chaque instant, à une Règle étroite et austère dont il a volontairement chargé le joug sur ses épaules? Il apprend à tous te soumission et le respect pour l'autorité ; il dit hautement que la liberté ne consiste pas à faire ce que Ton veut, mais ce que l'on doit, k obéir à la Règle, à te loi, à la volonté du législateur. Par là encore, ne nom offre-trii pas un remède efficace à l'un des plus grands maux qui nous travaille et qui nous ronge? En alhnt plus loin que la loi naturelle, plus loin que la loi divine, plus loin que la loi ecclésiastique, en faisant plus que la loi, ne dll-il pas à tous : Saches faire à tout le moins ce que la k» prescrit? En s'élevant jusqu'à la sphère des conseils, ne dilril pas à tous : Sachez au moins accomplir le précepte?
L'on a dit, je le sais, que la disiiaeUon entre le devoir et le conseil crée une double vertu. Mais je le demande.
KISMPLW qu'il» OeiIMBlIT. kSè
Mlle réflexioa esl-elle fondée en raison t Y a-Ml im double patptolwaie parée ^fue Tun fait volontiers loul œ f ue te iMtrie lui demande strioiement ot que Tautre, sous rînapîralian de rbérotsi»e^ se sacrifie tout entier à mb pays 7 L*oti a dit aussi que ta vie des Chartreux n*exerçail aucune influeiiee sur la société parce qu'ils vivaient loin de tout l'égard humain. L'histoire cependant nous monure que leurs vertus non seulement ont édifié le monde et TEgUsOi mais leur ont même fait peur. Eeoutons plutôt. Après la mort du pape Clément VI, la majorité des cardinaux voulait lui donner pour successeur le vénérable JeanBirel,qui fut le vingMleuxième Général des Chartreux» Mais le eardinal de Périg ord , connaissant son zèle pour la justice, dit à ses collègues : « Je vois que vous dési- » rea avoir pour Pape le Père Général de la Chartreuse. » n faut reeoanaitre qu'il est souverainement digne d'un » si grand bonneuri mais comme nous sommes ambi- » lieux et amateurs du faste, tandis que oe saint homme
• a horreur de tout ce que respire le luxe mondain, il
• arrivera, si nous le nommons, qu'il nous ramènera à » notre premier état ; U fera, de nos chevaux de monture > si bien parés, des chevaux de culture, car il ne craint » pas les hommes quels ils soient, et, frémissant comme
• tm lion qui n'a pas peur, il ne verra que Tutilité de
• TEgiise de Dieu. * Les cardinaux, effrayés à ces paroles, portèrent leurs suffrages sur le Pape Innocent VI. Mais plus tard, le eardinal de Périgord se repentit d'avoir empêché l'élection de Jean Birel ; il s'écria en versant des larmes : « Malheur à nous ! Malheur à l'Eglise de Dieu
• d'avoir rejeté un si digne pasteur ! C'est moi qui en » suis la cause^ Imprudent ! j'ai compris bien peu nos » véritables intérêts et ceux de l'Eglise Romaine. » Ces regrets du cardinal furent sincères, à en juger par l'affection qu'il eut toujours depuis pour les Chartreux et par les bienfaits dont il les combla, lin des plus signalés fut de faire achever la Chartreuse de Vauclère, commencée
49d LBS CHARTREUX JUSTIFIÉS (SUITB).
pnr son frère Archamhaud III, comte de Périgord. Oatre les sommes considérables qu'il y consacra pendant sa ?ie, il légua aux Religieux, par son testament, douce mille florins d*or pour embellir ce monastère. An témoignage du cardinal de Talleyrand en faveur du saint Général des Chartreux, vient se joindre la vénération particulière que professa constamment pour lui le Pape Innocent VI, celui-là même qui lui fut préféré dans le conclave, et qa» alla jusqu'à vouloir l*b«norer de la pourpre sans pouvoir vaincre son humilité. Quand Innocent arriva à sa dernière heure, il dit à ceux qui rapprochaient : « Plût à » Dieu que mon àme parût aussi pure devant Jésus- » Christ que Tétait celle du saint homme le Père Jean (I). • Autre fait encore. Un Souverain-Pontife, voulait élever le Prieur d'une Chartreuse à la dignité de cardinal; et ne pouvant triompher de ses résistances, il le frappe d'excommunication. Hais bientôt le Prieur fut relevé delà sentence qui pesait sur lui, par suite des démarches qae Orent les cardinaux disant au Souverain-Pontife : « Qu*r pensé » Votre Sainteté, Bienheureux Père, de lier dans les liens » de Texcommunication le Prieur de la Chartreuse, qui » s'obstine dans son humilité t Déliez-le et n'insistez plus; » 8*il était cardinal, il monterait son Ane et confondrait » par sa pauvreté le luxe de nos chevaux (9). > Tout cela n'est-il pas une preuve que le Chartreux sait à la fois et parler en se taisant et se taire en parlant, selon ce distique appliqué à une image de saint Bruno :
Rarior effigies ! hane matam cerne loquentem, Cafflqae silet loqoitur, cam loquilurqae silet.
(i) Hit territi et pasillo animo facli cardinales sais honoribas netiMStes, koc pâtre pretermisso, Dominum Innocentiam Papam VI in B. Pelri catbeénm sablimarant. Dorlandns, Chronieon CariuMiente, I. IV, e. XXII. — MorotiQ!*, Theûirum Cartuêienêia Ordinia^ p. Il, a. XXIII, p. S5. Ta»rni 1681. Rohrbaeber, HUi. unhj,, 1. LXXVUI, t. XX, p. 372, !'• édîL
(2) Nan ai bnc veoerit aaam equitabit asellum et cquoram nostroruB gl»viam ttta pavpartate eonfandet. Dorland., 1. IV, e. XXVI.
«UMPLBS QU*IL8 DORNSNT. 4111
Tel est le Chartreux au point de vue des exemples donnés par lui, tel est Tidëal qu*il poursuit sans cesse, qu'il réalise autant qu*ii peut être réalisé et qu'il fait briller aux yeux du monde. Il tient son ème eontinuellement élevée vers Dieu bien au-dessus de la poussière du siècle, travaillant d*un effort suprême à remplir la destination de Thomme sur la terre, k atteindre le but général de la vie chrétienne. Il contemple, il adore, il ohante son adoration et son amour, et par Ik devient poète, le chant étant, comme on Ta dit, la poésie de la voix. Il jeûne en faveur de ses frères dont il expie les fautes, qu'il nourrit du pain dont 11 se prive. Il se fa < tigue par le travail des mains pour subvenir k ses propres besoins et ne pas être k charge au public; il est heureux de dépenser pour le bien général sa vie dont II fait bon marché ; il est au-dessus des honneurs, des mépris, des joies, des intérêts de ce monde ; il proteste par réner> gie de ses exemples contre la corruption du siècle, et rie demande , en retour de l'oubli auquel il aspire , qu'une place au soleil de ce monde. Il ne connaît que le chœur où il chante, et la cellule où il travaille, où il prie, où il se mortifie sans que jamais II ait laissé le relâchement ternir la beauté de sa Maison dans laquelle il perpétue une réputation de régularité justement acquise. Sa vie est tissue des fils d'or de la prière, de la lecture, de la mortification, de la louange; il ne vit que pour Dieu, pour la vérité, pour la vertu, pour l'humanité. Dès lors, nous le demandons :
Le Chartreux n'est-il pas un géant, un être surhumain , un modèle dont l'imiuition même de loin transformerait soudain la société, et ferait revenir l'ige d'or sur la terre ? Le monastère qu'il habite n*cst-il pas un miracle permanent, digne de l'attention du moraliste, de Tadmiration et de limitation du chrétien? L'humanité par ellemême serait-elle capable d'efforts si persévérants ? Et, partant, ne faul-il pas savoir reconnaître que le doigt de
4M LB8 CHARTRBUX JUSTIPlAS (SUITB).
Dieu eai 4ans Texistence de TOrdre des Chartreux, et que la religion qui Ta produii et lui a donné la verui 4e se perpétuer et de se maintenir, est une religion divine ? Et si quek|u*un, en lisant ces lignes, laissait glisser sur ses lèvres le sourire de Tinerédulité, je lui dirais: Si vdtts ne croyez pas qu'une Chartreuse soit un fait divin et par Ih même une preuve vivante de la divinité du (Arialianisme, si vous vous imaginez qu'elle est un fait hurniÂn, essayez, mettez-vous à rœuvre, construisez des eettules, faîtes un appel aux adeptes de la philosophie, convies4es à s*y installer, nous verrons s'ils viendront 4es taabiier, nous verrons surtout s'ils les habiteront longtemps «t s'ils auront le don de la persévérance. M. Louis VeuiMol a lort bien dit sur ce point : « La vraie foi est la seule M, car seule elle produit des œuvres de foi pleineoiem honorables pour celui qui les accomplit, pleinement seeourables pour tous les autres. Dans l'Eglise catholique, n'y eùt^l que les Ordres religieux, ce serait assez pour prouver $a Divinité. Consacrer sa vie à Dieu, c'est-à-dire au prochain pour Tamour de Dieu, embrasser toutes les privations, toutes tes fatigues dans l'unique vue d'une récompense céleste, c'est un aete de loi qu'aucune autre religion n'a pu produire, G*eat un acte d'espérance qu'elles sont incapables de former, c'est un acte de charité qu'elles n'opéreront jamais. La religion catholique y parvient sans peine, au moyen de trois vertus, la pauvreté « hi chasteté, l'obéissance, qu'elle a seule le droK «t le pouvoir de conseiller. Cherchez, essayez, ces arbres-lk et les fnills qu'ils donnent ne se trouvent que dans le jardin de l'Eglise, ils ne vivent point et ne se reproduisent poiot ailleurs. Ailleurs ne luit point le soleil et ne tombe pas la rosée qu'il leur faut (l). »
Nous le demandons encore : le Chartreux, l'ascète chré-
{i)^httkê Bt LvfUe, n. XXXJ, à propM d*iM Mftiae.
BXB1IPI.B8 9U*IL8 DOIflIWIT. 4M
tien par excellence, ne se revèlet-îl pas aussi comme le vrai sage, bien supérieur aux sages de rantiquitéf U ne parie pas, il est vrai, mais il agit; il ne discourt pas, mais il pratique ; il ne traite pas théoriquement de la loi morale, roaîa il. s y conforme ; n*a-t-il pas tout autant de mérite 1 Aussi e8t*ee là ce qui assurera à jamais aux: Cbartreux b pnééminence dans. 1 Eglise et les placera toujours aa plus haul dans l'estime du peuple chrétien, selon la réponse que flt un jour un disciple de saint Bruno à un grand per- 8i»iMiage. qui venait visiter une Charlreuse ei cherchaii à déprédier iOrdre: « Vous autres Chartreux, disait-il, qui » demeurez dans le voisinage des villes, vous ne faites.que » dévjorer le pain des ftdèles dans la paresse et dans Toi* » siveté. Jamais vous ne prêchez le peuple de Dieu , »jamaia vous n^enteodez les conrcssions« jamais vous > n*adaiinistrez les sacrements, vous consumez le temp^
• dans un repos inutile. Ce n^est point moi seul qui le » dis, c*e8t tout le monde. » Et le Chartreux de répondre en rappelant que son Ordre donne 1 exemple : « Nouf »: ne vivons pas ici dans Toisiveté comme cela vous plai) ». i dire, nous y sommes pour y accomplir et y réaliset
• ce que vous avez coutume de prêcher au peuple, n'y 9 ttr-iAl pas quelque mérite à pratiquer ce que vous en* » soignez (t) î »
Oui, plus on étudiera le christianisme d*un côté et la société de Tautre, plus on se convaincra que le christianisme esi la vraie philosophie du genre humain, le re* Bède aux maux de h société ; plus il sera démonir(& que ceux qui cherchent le bonheur de Thumanité en dehors de TEglise sont des utopistes, des rêveurs sem* blahles k ceux qui cherchaient la pierre philosopbale et «uxquela on peut appliquer le distique formé sur Ray*> momA LuUe :
(^]3I«s bic oUosè Don vivimus aed tuie v^DimiM illad 0|»rihu«ive|i44^ «ooir ptere qood vos soletis verbo plebi pnedietre. Dorltodus, CArgnicon Cartu^ Hênse, î. IT, c. XXVII.
4f4 LB8 CHARTMUl JUHTIPIÉS (SUITB).
Qoi Lolli lapidem qoKrit quem querere Bolli Profttity haad LuUus sed mihi dqIIiis eriu
Oui eneore, quoi qu*on puisse alléguer, une Chartreuse vaut bien un phalanstère, elle est un foyer de lumière el de vie, une école de perfection, une Sparte chrétienne comme on Ta dît, bien supérieure k la Sparte grecque. Resler insensible au spectacle qu'elle donne, c*est rester insensible au spectacle de la vertu elle-même, c*esi comprimer tout sentiment noble et élevé, c*esi être Tennemi de soi-même, puisque c*est fermer son âme à ce qui peut l*édifler, et je ne crains pas de le dire hautement, c'est être Tennemi du bien public. Les Ordres religieux sont aussi nécessaires aujourd'hui qu'ils le furent autrefois puisqu'ils répondent aux besoins actuels de la société el qu'ils peuvent seuls lui donner le remède à ses maux, en faisant briller du haut de la montagne la lumière dans les ténèbres. Hors de leurs exemples, la société est ravagée par la cupidilé, par l'orgueil, par Timmoralité comme par trois chancres ; il n'y a plus que la force brutale qui fait des multitudes d'esclaves, sans pouvoir faire un seul citoyen. Les conseils évangéliques sont les leviers du monde moral, l'avenir repose principalement sur les congrégations religieuses si souvent conspuées , si constamment méconnues, qui les mettent en pratique.
Terminons ces considérations par les paroles que voici sur l'innuence sociale qu'exercent les Religieux en pratiquant les conseils évangéliques et, par là même, sur l'influence exercée par les Chartreux qui parmi, les Religieux, occupeni un rang si élevé dans l'Eglise de Dieu.
• Tels les maiires des arts libéraux, les poètes, les pen- > seurs, les hommes de génie s'élèvent, dans la sphère » de l'intelligence et des spéculations, au-dessus des o|ù* » nions vulgaires du simple bon sens, tels dans la sphère » de la vertu, les héros de la moralité s'élèvent aunles- » sus de la conduite vulgaire et de la pratique habi-
BXBHPLBS qu'ils donhbiit. 495
tuelle du inonde. Us rappellent d'une manière permanente et vivante leurs frères inclinés vers la terre par les soucis et les affaires, liés au monde par ses intérêts et ses passions» cette vérité suprême que notis sommes d'une race divine et que nous avons des destinées immortelles. Ces hommes supérieurs dont nous parlent les poètes ou n'existent que dans leur imagination, ou ils se trouvent parmi ceux qui tendent à la perfection par la réalisation des conseils évangéliques qui agrandissent la sphère morale, sauvent l'honneur de la race, donnent au monde les exemples les plus sublimes et démontrent par le fait ce que l'homme peut être ou opérer en s'unissant à son Dieu.
» La littérature ascétique nous révèle la richesse du cœur et de Tintelligence de I homme parvenu au pltia haut degré de culture, et la poésie sacrée, la théosophie et la mystique chrétienne doivent ce qu'elles possèdent de vrai et de beau dans leurs œuvres à ces esprits nobles et consacrés qui seuls pénètrent dans les régions lumineuses et pures de la sagesse divine. La science de la théologie systématique et positive a ellemême pris racine au pied de la Croix.
» Qui pourrait énumérer les mérites que les associations religieuses fondées sur l'accomplissement des conseils se sont acquis par la propagation de la vérité chrétienne et de la moralisation des peuples 7 Un désintéressement absolu, tel que l'inspirent ces conseils, a pu seul produire ce qui s'est fait de grand à cet égard. L'exemple de ces hommes saints ne cherchant que l'unique nécessaire a eu d'ailleurs sur toute l'Eglise une influence immense. Les Saints sont le sel de la terre, ils préservent le monde de la corruption, ils l'empêchent de s'endormir dans la mort.
> Quand ces âmes sublimes, quand ces grands cœurs firent défaut, quand les sociétés religieuses ne furent plus que des formes vides, les couvents des demeures
LES CHARTABUX JUSTIFIÉS (SÛITB).
• solitaires, quand Tesprit du siècle pénétra dans les » sanctuaires de prière, de chasteté, de déyouement et » les renversa de son souffle mortel , alors le monde » lui-même tomba dans le marasme, la soeiété affadie » s*affaissa dans Tunique préoccupation des jouissances » terrestres, la science s'arrêta à Thorizon borné de ce » monde. Comment remédier aux passions vulgaîtes qui
• dominent le siècle, qui souillent tout ce qui est saint, à
> rinsatiable soif des richesses, à Tamour effréné de lou- » tes les jouissances qui tourmentent toutes les classes » de la société, & Torgueil de la vie qui rejette toute » loi, méconnaît toute autorité, n'admet que la soute- » raineté de Findividu et qui, par Tisolement des mem- » bres, prépare Finfaillible ruine de Tensemble f Corn- » ment y remédier, si ce n*est en rendant è FEvangite » son pouvoir, en le laissant librement agir, réveiller la foi » éteinte, Tcnthousiasme défaillant, et inspirer rbéroîsme » de ceux qui pratiquent ses conseils, se dévouent, se
• sacrifient et sauvent le monde par leur abnégation ? B Les séductions, les illusions, les imaginations, les rêves » de Tesprit de ténèbres, le mal qu'il enfante, les catas- » trophes qui en résultent ne s'évanouiront que lorsque
> les hommes, éclairés de la lumière du christianisme
> arriveront de nouveau à comprendre, à estimer, h ho- » norer dans ceux qui les pratiquent, les conseils donnés
> par le Seigneur, pour le salut du monde (t). » Bref, nous avons la simplicité de croire, comme nous
Tavons déjà dit, que Bosserville est plus utile comme Chartreuse qu'il ne le fut comme ambulance, comme manufacture, comme maison de campagne, eiqnllne pourrait l'être s'il recevait une destination quelconque autre que sa destination actuelle. Sous ce rapport, nous pensons comme l'empereur romain Philippe dit rAnibe, autrement Alexandre - Sévère. Les chrétiens ayant en
(1) Diction* enqfdop,, art. Conseils étiogéliqnes.
RXBIIPLB8 qu'ils DONNENT. 497
une discussion avec un gargoUer sur la possession d'un emplacement où ils voulaient bâtir une église, cet empereur décida quUl valait mieux affecter celte place au culte de Dieu qu*à la cuisine d'un traiteur (i).
(1) Fellfr, Biographie univ., art. Al«x«ndre-Sévèr«.