‹ L'Ordre des Chartreux et la Chartreuse de BosservilleChapitre 39 sur 57 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Il n'est pas étonnant que dans un siècle où Ton ne pense qu'à construire des canaux, des chemins de fer, des ponts, des usines, des manufactures, où les hommes paraissent absorbés par une pensée unique, l'exploitation de la matière ; il n'est pas étonnant que dans un tel siècle une Chartreuse ne soit point appréciée selon ce qu'elle est, selon ce que nous avons vu qu'elle mérite de l'être ; il n'est pas étonnant par là même que l'ignorance, la calomnie, la malveillance accueillent à son endroit les préjugés qui de tout temps se sont réfugiés dans les étroites cervelles, et débitent des assenions vieillies qu'elles tiennent pour arguments invincibles ; il n'est pas étonnant qu'elles essaient quelquefois des armes rouiiiées tirées de l'arsenal encyclopédique, afin de dénigrer un état saint et respectable, de vouer au mépris une classe d'hommes qui méritent l'estime et l'admiration. Non, cela ne doit pas nous surprendre ; il serait même extraordinaire qu'il en fût autrement, la vérité et la vertu ayant toujours compté des ennemis sur la terre, l'Eglise n'ayant jamais été sans

avoir eu des assauts à soutenir, des combats à livrer contre le monde et Tenfer déchaînés et ayant apparu dès Forigine comme une secte à laquelle la contradiction arrivait de partout (1). C*est pourquoi il nous faut entrer ici dans Fexamen de quelques objections de détail qui se rencontrent çà et là dans les travaux philosophicopolitico-romantiques dont fourmillent les librairies du siècle, où Ton nous donne le vieux comme du neuf, le fabuleux comme du vrai, le roman comme de Thistoire, et qui sont tout un torrent, toute une avalanche de mensonges. Montrons que les adversaires, en se retranchant derrière leurs allégations, se cachent sous un manteau tellement vieux, que sa trame ne peut même plus supporter le raccommodage ; voyons combien est léger leur bagage philosophique.

1. Les chartreux sont des fanatiques et des fous. Pas du tout. Qu'est-ce, en effet, que le fanatisme? C'est Texagéralion d'une idée vraie ou fausse, poursuivie à outrance. Qu'est ce que le fanatique ? C^est un idolâtre qui attache du prix à ce qui n'en a pas en réalité, ou qui en attache trop à ce qui n'a qu'une valeur secondaire. C'est ainsi que le fanatique en politique ne voit de salut, ou que dans l'absolutisme, ou que dans la liberté, sans tenir compte des autres éléments nécessaires au jeu de la société. C'est ainsi que le fanatique en antiquités considère la moindre trouvaille comme un trésor inappréciable. C*est ainsi que le fanatique en incrédulité préfère le chapeau de Voltaire, la canne de Rousseau, au casque de Godefroi de Bouillon et à Tépée de Charlemagne. C'est ainsi que le fanatique en art ne voit le beau que dans telle forme d'architecture, sans comprendre que chaque style a son genre de beauté qui lui est propre. Or, pour quels objets le Chartreux s'en-

(1) Nam de secta bac notiim est nobis, qvia abiqae ei coolradicitar. Aei.p «. XXVIIT, D. 22.

tliousiasme-i-il ? Pour Dieu, pour Tàmei pour rim* mortalité, pour la vertu, pour Texpiation, pour le salu^ temporel et spirituel de Thumanité, secouant la poussière de ce monde qu1l ne touche pas même du bout du pied. Il s*enthou8iasme pour le bien suprême, c*est-à-dire pour upe cause en faveur de laquelle on ne peut trop s'enthousiasmer. Dès lors son enthousiasme n* est-il pas fondé, sans quMl lui soit possible de devenir excessif? Si c'est la cause qui fait le fanatique, comme c'est la cause qui fait le martyr, a-t-on le droit de prétendre que le Chartreux, dont le dévouement a pour objet une foule de causes particulières qui se résument dans la cause générale de TEglIse et de rhumanilé, soit atteint de fanatisme? A ce titre ne faudrait-il pas regarder comme fanatiques les martyrs, les croisés, les missionnaires ? Ne faudrait-il point regarder quelques arpents de bonne terre comme plus précieux que la .possession du Mont des Olives, de la crèche de Bethléem, de lu colline du Golgoiha ? et iq^me du tombeau de Jésus-Christ?

Ce sont des fous. Pourquoi alors vous acharner contre eux ? Y a-t-il philosophie à s'en prendre a des fous ? Discute-t-on contre des fous ? Si vous êtes persuadés de. votre dire, ne devriez-vous point les laisser pour ce qu'ils sont et ne point troubler leur tranquillité, la seule grâce qu'ils vous, demandent? De cela seul que vous vous attaquez à eux, ne pouvons-nous point conclure qu'à vos propres yeux ils ne sont pas aussi insensés que vous le prétendez ? qu'il leur reste quelque faible et mourante étincelle de raison ? Nç pouvons-nous pas conclure que vous qui voulez mentir aux autres, vous ne pouvez pas même vous mentir à vous-mêmes ?

Ce sont des fous. Oui, mais de la folie de la croix, c'est-à-dire de la vraie sagesse, ainsi que le démontre un examen tant soit peu approfondi du christianisme. Ils sont fous comme saint Paul était fou, comme saint Antoine était fou, comme saint François d'Assise était fou»

vomme Rancé était fou. Ne Vaut-il pas mieux être fou de celte folie que d'être sage selon la sagesse du siècle, qui semble prendre à tâche d'émettre tous les paradoxes lès plus excentriques, les énormités les plus Inouïes, pour attirer l'attention et faire parler d'elle ? Le Chartreux a un principe fixe d'après lequel il coordonne sa vie, un but auquel il la rapporte tout entière, principe qui est divin, but qui est noble. Quant aux moyens qu'il emploie pour féconder ce principe et parvenir à ce but, ce sont des pratiques vertueuses, des actions saintes. Nous le demandons, est-ce là le propre d'un fou, qui va à travers champs et ne sait ni ce qu'il fait, ni pourquoi il le fait? Si la sagesse n'est point là, où est-elle? El certes si vous exaltez la pauvreté de Diogène, la sobriété de Fabius, la patience de Socrale, la vie retirée, silencieuse et méditative de Pythagore, ces hommes à qui vous accordez le titre de sage, ne devez - vous point admirer le Chartreux qui, chaque jour, pratique simultbnément toutes ces vertus , éparses dans la vie des chercheurs de sagesse et dont une seule suffit pour exciter votre admiration à leur endroit, pour vous déterminer à leur décerner le titre d'hommes incomparables? Les vertus pratiquées par les Chartreux ne serontr elles dignes d'éloges que lorsqu'on en trouvera l'ombre sous le manteau du philosophe, et seront-elles des vices lorsqu'on les rencontrera sous la robe du moine? Y aurait-il de l'impartialité à juger ainsi ? Tout bien pesé, ne pourrait-il pas se faire que les Chartreux, traités de fous par leurs adversaires, soient les vrais sages et que leurs adversaires, qui se croient les vrais sages, soient des insensés et cela selon ces paroles de saint Grégoirele-Grand opposant la folie de l'Evangile à la sagesse du siècle, et en faisant ressortir la prééminence : « Si nous

> désirons être vraiment sages et contempler la Sagesse

> elle-même, reconnaissons humblement que nous som- * mes des insensés. Abandonnons une sagesse nuisible

50âl LES CHARTREUX JUSTIFIÉS (SUITB).

> pour apprendre une folie digne d*éloge, etc. (i). > Ce sont des fous. Vous n*éles pas ici tout-à-fait d'accord avec TEglise catholique, seule bon juge en ces matières. Que dit en effet TËglise ? Elle dit que l'Ordre des CharlreuXy loin d'être ce que vous prétendez, est un Ordre tellement parfait au point de vue de la rigueur et de la pénitence, que les Religieux de tous les autres Ordres, même les Trappistes, peuvent, quand ils se sentent pressés par le zèle d'une plus grande perfection, quitter leur Institut et entrer dans l'Institut des Chartreux, parce que c'est là avancer et non reculer, monter et non descendre ; tandis, au contraire, qu'il n'est pas permis aux Chartreux de quitter leur Ordre pour entrer dans un autre, attendu que ce serait là pour eux regarder en arrière, reculer, descendre de leurs hauteurs. Ainsi Rome a-t-elle réglé le passage d'une religion dans une autre. Cette simple réflexion n'est-elle pas décisive en faveur des Fils de saint Bruno ? Mais laissons cela ; croyons plutôt, pour l'honneur de la raison humaine, que c'est uniquement par pure plaisanterie que l'on a pu faire des objections aussi puériles.

II. Ils se suicident. Nullement, ni au physique, ni au moral. Ils ne se suicident pas au physique, car si la Régie leur refuse le superflu, elle leur accorde le nécessaire ; la preuve en est, ainsi que nous l'avons déjà vu en passant, la longue vie des Chartreux, leur âge avancé, leur santé vigoureuse qui se maintient jusqu'au dernier moment, jusqu'à une verte vieillesse portée à ses dernières limites. Tout dans leur régime contribue à la santé : la simplicité des mets qui sont servis dans leur état naturel sans tout cet entourage plus ou moins nuisible d'épiceries échauffantes, de condiments incendiaires ; la modé-

(1) Si igitur veraciter sapientes esse alque ipsam sapientiam contempUn •ppetimus, staltos dos homiliter cognoscamus. Relinquamus noxiam sapienliaiB, discamus laodabilem fatailatem. Moralium, 1. XXVII, c. S7, 0pp. ^ %. I, eoL 804. Parisiis, 1875.

ration obligée, aucun excès n*étant possible puisque la nourriture est pesée, la boisson mesurée ; la bonne préparation de Teslomac qui n*est plus chargé du repas précédent lorsque le repas suivant arrive, et par suite rappé< tit qui est le meilleur des digestifs. Tout contribue donc à la santé du Chartreux. Voyez, du reste, comment la Règle, qui est le résultat de Texpérience, a tenu compte des besoins de la nature tout en la mortifiant. Si le Chartreux se lève chaque nuit pour le chœur, il a, soit avant, soit après Toffice, le temps d'accorder à la nature le repos dont elle a besoin ; s*il couche sur la paille, s'il fait jeûne et abstinence, s*il se contente d*un régime principalement végétal, il a Vexpérience de ce dont sa santé est capable sous ce rapport, le noviciat ayant précédé la profession. Ajoutez que le Père Procureur est obligé, en vertu de sa charge même, ou de son Obédience, de veiller à ce que chaque Religieux soit pourvu de ce dont il a besoin et ne tarderait pas à être remplacé s'il était négligent sur ce point. Ajoutez encore que le Chartreux, quand il tombe malade, est soigné dans sa cellule, où il reçoit tous les adoucissements qui s'accordent avec la Règle. Le Prieur peut alors l'autoriser à manger du laitage aux jours d'abstinence, pendant l'Avent, pendant le Carême; il peut l'autoriser à ôier son cilice, à coucher sur un lit moins dur, à avoir un Frère convers qui fasse l'office de garde-malade. Les Statuts sont explicites sur ce point. Ils disent, en effet, « que l'on prépare charitablement au malade,

> selon la possibilité de la Maison, tout ce qui lui est » nécessaire et avantageux. » — « Que le Prieur veille à

> ce que les malades ne soient point négligés par les

> serviteurs ou autres. > — « Que le Procureur et le cui- • sinier soient diligents et bienveillants à l'égard des ma- » lades (i). » Les adversaires ne sont-ils point nécessaire-

(i) lofirmis secoodum possibiliucein domosomnia neeessarift ei expedienim charicative pnepanatar. — Omnino Prior protideal ne infirmi a senritoribus

ment écrasés sous le poids de ces nombreuses réflexmiis ?

Us se suiddenL Non, toujours non, ei à rsppui>de eeufc négation entrons ici dans quelques détails, citons quelques faits.

Lorsque les Papes résidaient à Âvifpnoo, le Prieur de la Chartreuse de Paris fut pressé par l'un d'eux de demander pour ses Religieux la permission de manger gras en cas de maladie. Les Chartreux, à cette nouvelle, fureiH profondément alarmés; mais, ne voulant pas résister directement au désir d'un Souverain-Pontife, ils envoyèrent une députation pour le prier de ne point mitiger la rigueur de la discipline antique. Les députés étaient au nombre de vingt-sept. Or, parmi eux, le plus jeune avait quatre-vingt-huit ans, tandis que d'autres en avaient jusqu'à quatre-vingt-treize et même jusqu'à quatre-vingtquinze ans. A cette vue, le Souverain-Pontife, convameu par une preuve expérimentale que la Règle des Chartreux n'abrège pas la vie, ne condamne pas à un lent suicide, retira ses instances. < Tant il est vrai, ajoute Técri-

• vain qui nous rapporte ce fait, que la mortiâcation > n'abrège pas, mais prolonge la vie (i). > Gerson a fait la même réflexion dans ces paroles : « Sous la Règle des » Chartreux , on a vu bon nombre de Religieux at-

• teindre une vieillesse heureuse, pleine de jours et » beaucoup plus longue que celle à laquelle on atteint » dans des maisons où l'on peut manger gras h sa- » tiété (2). •

vel aJiis negligantar. — Proeurator etiam et coqainarius diligentes et beaigni ^

sint circà iolirmos. Stat., II p., c. XI, n. 6 et7-

(1) Manualedi Philotea^ Gniseppe Riva, ed.XVT, p.942. Milano, 1965. Cf. D. Innocent Le Masson, Disciplina Ordinig CartUêienêiSf 1. 1, e. I, n. 8.

(2) Sub hac Lege et secundum eam Religiosi viri vixerunt osque ad senectam bonam et plenani dierum, incolumes in anima et eorpore, plusqaam ia locis plurimis aliis obi conceditur esus carrilam ad satietatem. De non mm carnium Carthut., 0pp., t. Il, col. 718, G. — Religiosi et nireles t carniboa, immo et a vino et a csteris guis blandimentij abstinentes, longe satii seneetam roaturara snpins attingont qnam alii volnyHvMè Pt opnleniè talAtt» enutfiti. ïd. Ibid.y fol. 7SP7, C.

PRÉJUGÉS DONT ILS SONT L*OBIISt. 505

Autre Mt. On ^tilt ce qui arriva dU clélèbfe Gornaro, ftoble eitt>9«n de Venise. Il était 4*une santé trës-faîble, tooloors malade. A Vàge de trente-cinq ans, les ttiédeoins, ces oracles de la santé, désespéraient de sa gpuërison cl lui-même, tous les remèdes ayant été épuisés, croyait ne pouvoir trouver la fin de ses maux que dans la fin de sa vie. Après avoir essayé de tous les moyens il tenta la sobriété, «ne sobriété extrême, poussée beaucoup plus loin que celle des anacborétes les plus austères, que celle des Cbartreux. Il s'en trouva si bien quil vécut jusqu'à un Age très-avancé. Voulant consigner par écrit le résultat de ses expériences, afin de le faire connaître à ses afmis et de les conduire jusqu'à Tàge de Nestor, il écrivit quatre petits traités, le premier à Tâge de quatrevingt-trois ans, le second à Fàge de quatre-vingi-six, le troisième à l'âge de quatre-vingt-onze, le quatrième à l'âge de quatre-vingt-quinze, ayant joui de toutes ses facultés, grâce à l'austérité de sa vie, jusqu'à l'âge de cent ans. A ^tratre-vîngt-trois ans, il montait encore seul à cheval, se trouvait toujours gai, toujours content, de trèsbelle humeur, dormant un sommeil tranquille, ne faisant que des rêves agréables. Or, quel régime suivait-il? Lisez ses Connus pour vivre longtcmpsy et il vous le dira. Regardant tout excès comme le plus mortel ennemi de la santé, il pèse, la balance à la main, sa nourriture, qu'il avut réduite à douze onces d'aliments solides et à quatorze onces d'aliments liquides, de vin ; est-ce par jour ^ en par chaque repas ? c'est ce qu il ne dit pas. Il déplore

b amèrement que la profusion des mets soit mise à la mode

et que la frugalité passe pour avarice ; il dit que grâce à la sobriété la jeunesse se prolonge, les rides et les cheveux blancs ne paraissent que beaucoup plus tard ; il ajoute que la multiplicité des mets est un abus pernicieux qu'il famt détruire à tout prix, que tout homme doit savoir rester sur son appétit, que ce qu'on laisse d*iifi repa», alors qu'on mangerait encore avec platsir,

506 LBS CHARTREUX JUSTIFIÉS (SUITB).

nous est aussi bienfaisant que ce que Ton en a mangé. Il affirme ensuite que si Ton vivait frugalement il y aurait si peu de malades que les remèdes ne seraient presque jamais nécessaires et que chacun serait son propre médecin. Il dit encore que le régime est le spécifique souverain, la panacée universelle, que l'homme sobre s*éleint doucement comme une lampe qui n'a plus d*huile ; il va même jusqu*à désirer que ceux qui se retirent dans les monastères, pour y mener une vie de pénitence et d*oraison, diminuent la portion qui leur est apportée afin de ressembler à « ces vieux patriarches, à ces anciens ermites qui observaient une continuelle sobriété et vivaient si longtemps. » Puis, donnant libre cours à son indignation contre Tintempérance, il s*écrie : O malheureuse Italie ! Ne t*aperçois4u pas que la gourmandise et la crapule Tenlèvent chaque jour plus d*habitants que la peste, la guerre, la famine n'en pourraient détruire ? Tes véritables fléaux sont tes festins fréquents, qui sont si outrés qu'on ne saurait faire de tables asseï grandes pour arranger la quantité de plats dont la prodigalité les couvre, en sorte qu'on est obligé de servir les viandes et les fruits par pyramides. Quelle fureur ! quelle folie ! Mets-y ordre pour Tamour de toi-même, si tu ne le fais pour l'amour de Dieu... Il est aisé d'éviter les maux que nous causent les excès de la bouche. Le souverain remède contre la réplétion n'est pas difficile à trouver, la nature nous l'enseigne : contentonsnous de lui donner ce qu*elle nous demande et ne la surchargeons pas ; peu de chose lui suffit. Accoutumons-nous à ne manger que pour vivre ; ce qui excède la quantité nécessaire pour nous nourrir n*est qu'un levain de maladie el de morl ; c'est un plaisir qu'on paie chèrement et qui ne saurait être innocent ni excusable dès qu'il peut nous être nuisible. Combien ai-Je vu périr de gens à la fleur de leur âge par la malheureuse habitude de trop manger ! combien m'a-t-elle enlevé d'amîa

PRÉJUGÉS DONT ILS SONT l'oDIBT.

» illustres qui pourraient embellir Tunivers, faire bon- » neur à leur pairie et me donner aulant de plaisir à les » voir que j*ai eu de douleur à les perdre (i) ! »

Gornaro fait ensuite de la sobriété et de ses avantages ce tableau que nous croyons devoir reproduire tout entier dans un siècle où le luxe des labiés lend à faire fleurir la médecine et à mulliplier plus que jamais le nombre des médecins.

< C*est cette divine sobriété toujours agréable à Dieu, 9 toujours amie de la nature. Elle est fille de la raison, » sœur de toules les vertus, compagne de la tempérance, » toujours gaie, toujours modesle, toujours sage et réglée » dans ses opérations ; elle est la racine de la joie, de la » santé, de Tindustrie et de tout ce qui est digne de Toc- » cupation d*un esprit bien fait ; elle a pour appui les lois

> naturelles et divines. Lorsqu'elle règne, la réplétion, » les désordres, les mauvaises habitudes, les humeurs su-

> perQues, les intempéries, les fièvres, les douleurs, les

> appréhensions de la mort ne mêlent point de dégoût ni » d'amertume à nos plaisirs.

9 Sa félicilé nous invile à Tacquérir, sa beauté nous y » doit engager. Elle nous offre la durée de notre être » mortel ; elle est la fidèle gardienne de la vie de Thomme

> riche ou pauvre, vieux ou jeune, de quelque sexe qu'il » puisse être ; elle apprend au riche à ne point abuser de

> sou opulence, au pauvre à souffrir patiemment les in-

> commodités de la pauvreté, à Thomme la sagesse, à la

> femme la chasteté, aux vieillards le secret d'éloigner la

> mort, aux jeunes gens le moyen de jouir longtemps de » la vie ; elle décrasse la rouille des sens, rend le corps

> vigoureux, l'esprit net, l'àme belle, la mémoire heu- » reuse, les mouvements libres, les actions justes. C'est » par elle que l'esprit se dégage de la matière, jouit d'une

(1) Conseilê pour vivre iongtempê, iraduils de l'italieD d« Louis Cor- ■aro, Boble VéDitien. Paris, 1701. Premier discours, p. S^7.

508 LfeS CHARTREUX JUSTIFfÉS (SUITE).

» 'plus grande liberté et que le ^ang c6ule douceffiéfht » dans les Veines sans rencontrer d*obslacIe à sa eircdla-

• tion ; c'est par elle, enfln, que toutes les puissances au » corps et de Tàme s'entretiennent dans une parfaite » union que rien ne peut déconcerter que son côn- ■ traire.

* 0 sainte et salutaire sobriété ! puissant secours de ta » nature ! nourrice de la vie! véritable médecine du corps » et de rame ! combien Thonime doit-il te donner de

• louanges et sentir de reconnaissance de tes bienfaits, » puisque tu lui fournis des moyens de gagner le ciel et » de conserver sur la terre sa vie et sa santé (1) ! » Bref, tout l'ouvrage du célèbre Vénitien se résume dans cette parole de je ne sais plus qui, que Carême était son tneii- Icur médecin (2).

Autre fait encore. Lorsque à diverses reprises ce terrible fléau que l'on appelle le choléra apparut, semant partout la consternation et répouvante, faisant des milliers de victimes, lorsqu'il fit son invasion en France, ne respectant ni rage, ni la condition, il vint en quelque sorte s'éteindre et expirer à la porte dcsCharlreux qu'il respecta, f^es médecins disaient : Mangez, buvez ; du bon \\ny de la bonne viande, un régime fortifiant et réparateur, peu de légumes. L'épidémie devait donc surtout éclater et exeffcer ses ravages dans les Maisons consacrées au jeune, à l'abstinence, h la pénitence chrétienne ; elle devait mettre tous les Religieux dans la tombe et faire des Chartreuses un Désert. L'événement justîfia-l-il cette manière de penser? Non, loin de là. Le fléau ne put faire une seule victime parmi les Chartreux et par lin se vérifia une fois de plus cette parole de l'Ecriture : < L'abstinence

• prolonge les jours (3). »

(1) fbid. Premier discours, à la fin, p. 69-6!2.

(2) Voir lei Appendices.

(3)Qai abstinens^st adjictel vium. Bcci, XXXVIf, 3i.

prAiugés dont ils sont l'objet. 5(^9

lU se suicidenl. Loin de le, les Chartreuses préviennent au contraire le suicide, celte plaie effrayante des sociétés mQdernes, en offrant un refuge, un asile à certaines âmes malades auxquelles Texislence pèse, pour lesquelles la vie est un ennui intolérable, un insupporlat^lq far^ deau, et qui sont tentées de recourir au c[ime pour mettre fln aux maux de la vie présente. Nous n*hésitons pa^ à dire qu'à ne la considérer que sous ce seul rapport, la destruction des maisons religieuses a été une calamité publique, un crime de lèse-humanité.

Ils se suicident. Non encore, pas plus au moral qu!au physique. On allègue à Tappui de l'objection, une efr frayante série de pratiques pénibles, crucifiantes, que forment comme la trame du genre de vie embrassé parle Chartreux. Hais quoi I la voix de Texpérience, contre lar quelle toute voix expire, n'est-elle point là, attestant qu^ la Règle Cartusienne n'est pas trop sévère pour être longtemps observée, puisqu'elle Test depuis plus de sept ceqts ans? Ne prouve-t-elle point par là que cette Règle n'est point essentiellement meurtrière ou homicide , comme on l'a tant de fois malignement et calomnieux sèment avancé? Ne prouve-t-elle point que tout y est tempéré par la discrétion ? Bergier a dit excellenmienl sur ce point : « Voilà donc un Ordre Religieux qui depuU » sept cents ans persévère dans la ferveur de sa première

• institution, preuve assez convaincante de la sagesse et » de la sainteté de la Règle qu'il observe. 'C'esl donc à

> tort que les censeurs de la vie monastique ont répété » c^t fois que la prétendue perfection à laquelle aspi-

• rent les Religieux est incompatible avec la. faiblesse

> huipaine, que leurs fondateurs ont été des enthOM^i^s*

• te^^ imprudents, que la vie du cloître est un. suicide » lent, et volontaire (t). »

<1) IHcUon. de tkM.f art. GhaHreui, Cff. Àmui{eM Ordâm», 1. 1. e. ly, safUio^ 1)1, % 8| p, 16,

510 LKS CHARTREUX JUSTIFIÉS (SUITB).

Ils tè iuieideni. A supposer que par leurs mortifications ils abrègent leurs jours, qu*auriez-vous à dire ? Gerson, nous Favons vu, a écrit un traité sur Tabstinence perpétuelle des Chartreux, contre ceux qui regardent leur Règle comme étant, sous ce rapport, indiscrète , inhumaine, irrationelle, homicide, traité qu*il adresse k un noble chevalier qui s*était fait Chartreux et qui mourut après vingt-quatre ans de profession. Or, après avoir justifié les Chartreux par Fexemple des anciens solitaires, après avoir comparé leurs contradicteurs à ces Israélites qui avaient pris la manne en dégoût et ne soupiraient qu*après les marmites de FEgypte, où Ton faisait cuire force viande — qui suspirabant ad allas camium Egj/pli — Gerson en vient à cette réflexion décisive, i cet argument sans réplique : Si tout ce qui peut altérer la santé, abréger la vie, devait être regardé comme illicite, que d'absurdités ne faudrait-il pas dévorer? Ne faudrait-il pas renoncer à toutes les occupations qui débilitent le corps? Ne faudrait-il point ne plus s'exposer au froid par trop rigoureux, à la chaleur par trop accablante? Ne faudrait-il point renoncer à Tétat militaire, qui condamne à vivre au milieu des camps sous la tente ou en plein air, à des veilles prolongées, à de nombreuses privations, toutes choses qui abrègent les jours? Ne faudrait - il point renoncer au commerce , qui expose rhomme à toutes sortes de dangers, la tempête, la foudre, les écueils, toutes choses qui usent la vie et souvent y mettent fin? Or, si Ton s'expose, pour acquérir, conserver, recouvrer les biens temporels, non-seulement à la maladie mais à la mort, ne sera il point permis de le faire pour l'acquisition, la conservation, le recouvrement des biens spirituels? Si la justice humaine, pour punir les crimes des méchants, ne craint pas de leur faire subir des châtiments qui abrègent la vie, comme la faim, la soif, la bastonnade, Tcxil, la réclusion, ne sera-t-il point permis au nom de la jtistice divine, pour lui offrir une satis-

faction» de sMroposer à soi-roëme des œuvres pénibles qui pourront altérer la santé? « Dès lors , continue le ce- » lèbre chancelier de TUniversité de Paris, ne sommes- » nous point en droit de conclure que les Chartreux peu- > vent en conscience s^imposer des observances qui se- • raient de nature à abréger la vie et à débiliter les for- » ces (l)î »

Loin donc de prétendre que les Chartreux se suicident, il faut se contenter de dire qu'ils se mortifient pour dégager de plus en plus en eux Félément céleste de Félément terrestre. Il faut dire : Voulez-vous vivre longtemps, faites-vous Chartreux.

Ici encore, quels ne sont pas les préjugés du siècle ! Il s*imagine que le Chartreux se macère pour se macérer, que par suite il s'inflige d'inutiles tortures et se tourmente vainement, sans but, uniquement pour le plaisir de se tourmenter. Mais dans les austérités du Chartreux, ne s'agit-il pas de bien autre chose? Ne s'agil-il pas du grand dogme de Texpiation, pour lequel Jésus Christ a été, victime volontaire, attaché à la croix ? Ne s'agil-il pas de la victoire décisive de l'csprii sur la chair? Ne s'agit-il pas, par suite, du but même de la vie, du terme et du couronnement de la moralité chrétienne ? Voilà le but des macérations du Chartreux, voilà la fin à laquelle se rapportent les sensations douloureuses, incommodes, pénibles qu'il se procure au moyen des nœuds de sa discipline, des pointes de son ciliée. Ce but n'est-il point noble, élevé? Ne légitime-t-il pas les moyens qui n'ont en eux-mêmes rien de contraire à la loi morale ? Si le soldat peut se dévouer à la mort pour sa patrie, pour son prince, le Chartreux ne peut-il point se dévouer à la mortification pour l'Eglise, sa

(1) Qaanobrem ipsi GarUmsienses possnnt sulijict RegnliB vel Sutnto td eajus nihilhommos obsenralionem seqaitur qatndoque abbreTÎatio ? îUe eorporalifl, tel debililalio saoitatis iDcurritur. Traetahu de non eêu eamium CttrthuHennum^ etc , tom. Il, col. 722» 723, 7àL Cf. B. Dioojsios Cartosionsis. Dêfrmeonio et lawle eui Ordinis,

91i tva cHARxaKDx jDSTipiKS (sum).

patrie adoptive, pour Jésus-Chrisf , son roî, pour Die», son empereur suprême? Et dès lors, dirons^nous encore avep Gerson : « Ne devons-nous point louer de leur dévoue^ » ment les Chartreux qui, après avoir expié leurs propres » péchés, expient ceux des autres par leurs abstineo^es » et leurs travaux ? En même temps que nous devons

> les louer, ne devons-nous point vouer au mépris leors » détracteurs , surtout si ce sont des ecclésiastiques ? » Quelle impiété de leur part dMmputer à crime aux • Chartreux des pénitences qu'il3 devraient accomplir

> eux-mêmes (1)! • Vous le voyez^ nous sommes à vos antipodes et vous êtes aux nôtres, il y a entre voua ei nous toute la longueur du diamètre pour employer l'expression de D. Innocent le Masson (2).

Terminons ces considérations par une réflexion toute briève. Est^e bien à ceux qui se tuent par la bonne chère, par Tivrognerie, par la débauche, par des excès honteux de tout nom et de tout genre, à reprocher an Chartreux d*abréger leur vie par la mortification et TriTO* tinence ? Cela leur appartient-il? En ont- ils bien le droite Ne devraient-ils point rougir de laisser sortir do leurs lèvres une telle allégation ? et , dès lors , la justice- ne leur commande- t-elle point de la retirer et de Tease* velir pour jamais dans les profondeurs d*un éternel silence? Loin d*incriminer le CharU*eux,ne doîTeni-ils point admirer en eux ce qu*ils n'ont point le courage de pratiquer eux-mêmes ?

m. Il n*y a que des êtres Ditçcs oc db qrauds co»*-

(i) Car ergo careaot prcconio CanhusifOMS ? Cor non magîs aHoUttlv laudUius super eorum cariute, qui quandoqoa a propriis pecealis imnwoflS et expurgali nihilhominos ferunt super se cfimina aliorum in abslinentiis et laboribos plurimis el quodammodo aoimam \ ro aliis ponont collaudandi profectQ» aient obtrecutares eorum opprobrio digni, pneserliv ai Eedfsittticî aunt. Namquc impif Us cos illud in aliis inculpare quodanuoi debtral tut-Mr* çium ! Dç non eati,caf7imm,ap.Caribu8ieos, I. c.^ c<il« 7Slk

(2) Ex diametro pqgnant com nosiro propiosilo. Annalp$ OrditM, I. Uh seetio III, n. 15.

PRÉJUGÉS DONT lU SOMT L'OBIBT. 5t3

MELES QUI PUISSERT ALLBR 8*BIITEEREa TOUT VIVANTS DANS

«US CBARTREOSB. Et DOS philosophes d'étendre leur assertion el de la délayer dans les phrases de leur rhétorique, disant qu*il n'y a que des hommes qui ont éprouvé de grands chagrins et de grands revers, des cœurs froissés, pour peupler les Maisons de saint Bruno ; et nos beaux esprits d'ajouter que par là même une Chartreuse doit être considérée uniquement comme un bagne religieux, un exuioire de la société, qui y verse, pour se purifier et se soulager, ce qu'elle a de plus malsain et de plus corrompu. Voyons si cette nouvelle assertion n'est point une témérité el une audace, si elle peut soutenir l'examen d'une raison calme et froide.

Ce ne sont que de grandi coupables. Supposons qu'il soit ainsi, qu'auriez-vous à dire? Ne vaudrait-il pas mieux que les scélérats vinssent dans les Chartreuses pour expier leurs forfaits, satisfaire à la justice d'en haut, se réhabiliter aux yeux de Dieu et de la société, que d'aller peupler les prisons et les bagnes où ils ne feraient que se dégrader de plus en plus, pour arriver bientôt au dernier degré de la perversion ou de l'abrutissement? .L'expiation n'est-elle pas une vertu? Le regret n'est-il pas le i*etour à des pensées meilleures? N*est-il pas digne d'éloge? N'accuse -t- il point dans celui qui l'éprouve la rupture avec le mal, le retour au bien? La pénitence chrétienne n'est -elle point la planche dans le naufrage et n'est- il pas beau de savoir échapper à la tempête et d'arriver au port? Avez-vous bien le droit de faire un crime aux monastères d'accueillir les coupables -qui veulent mieux faire et d'offrir une retraite au repentir ?

Ce ne sont que de grands coupables. Et ce qui vous le fait imaginer^ c'est qu'ils se livrent à de grandes expiations. Mais détrompez-vous. Les Chartreux, se regardaai •eomme des victimes dévouées au sacrifice, n'expient pas «nilemesâ pfrur leurs propres péehés, ils expieot aussi et

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principalement pour ceux des autres ; ils expient pour scélérats qui sont beaucoup plus coupables qu'eux ; ils expient pour vos propres péchés à vous qui les calomniez, et, ingrats ! vous vous faites contre eux une arme des pénitences quMIs font pour vous. Songez-y. Une Chartreuse c'est le grand mystère du juste expiant pour le coupable et dés lors, loin de croire ses habitants criminels parce qu*ils expient, il faut plutôt les regarder comme des justes puisqu'ils ont le courage de se vouer à Texpiation. Nul qui ait plus souffert, plus expié que Jésus-Christ sur la Croix et cependant nul qui aitété aussi saint que lui, puisqu'il est le Juste par excellence. — Oui, les coupables, les grands coupables et les pires de tous, c'est-à-dire ceux qui s'endurcissent, se trouvent non pas dans les Chartreuses, mais dans le monde, et j'oserai même dire dans les sphères les plus hautes et les plus brillantes de la société, selon ce mot du poète :

De larroDs à Urrons il est bien des degrés, C.es petits sont pendus et les grands sont titrés.

La plupart de ceux qui viennent en Chartreuse sont, au contraire, des âmes que le soufle impur du vice n'a jamais flétries, des âmes qui dans le siècle répandaîeni déjà autour d*elles le parfum de leur vertu, et comme oo l'a dit, de chastes colombes qui ne se sont réfugiées dans l'arche que pour mettre à l'abri leur innocence. Témoin ceux qui les connurent dans le monde avant leur retraite, témoin la sérénité qui règne sur leur visage, sérénité qu'on ne voit jamais sur le front du méchant. Ces Chartreux que vous voyez si noirs sont blancs comme neige. Les taches qui peuvent vous offusquer lorsque vous les regardez ne se trouvent pas en eux, elles ne sont que dans vos lunettes.

Ce ionl des hommes déçus. Non encore. Lisez plutôt les registres de l'Ordre et vous verrez que la plupart des

PRÉJUGÉS DONT ILS SONT l'OBJET. 515

Chartreux sont des hommes qui, dès Page de dix-huit ou Tingt ans, se sont retirés dans la solitude pour échapper è la corruption du siècle, loin d*en avoir été les victimes; lisez les nécrologes, les obituaires, et vous verrez que bon nombre d'entre eux comptent quarante, cinquante, soixante ans même de vie cartusienne : grande preuve qu'ils sont entrés en Chartreuse, non pas dans la vieillesse, lorsqu'ils étaient désenchantés du monde ; non pas dans la virilité, lorsqu'ils avaient déjà pu être à même de considérer le revers de médaille des choses humaines, mais bien au printemps de la vie, alors qu'ils n'avaient pas eneore eu le front battu par Torage, qu'ils n'avaient éprouvé aucun mécompte et que leur âme était jeune, sensible, pleine de fraîcheur, comme le soleil a son matin, comme la fleur à peine éclose. Eclairés par la lumière d'en haut, ils ont vu les hommes continuellement distraits par le mouvement rapide des affaires, emportés par l'entraînement des plaisirs ; ils les ont vus jetés çà et là par le tourbillon des passions comme les feuilles sèches au jour des autans, comme les grains de sable du désert alors que souffle la tempête ; ils se sont dit : C'est trop peu, cela n'en vaut pas la peine, et alors, pleins de courage, ils ont quitté le monde où ils auraient pu avoir la vie commode et heureuse, l'existence tranquille ; ils ont serré les bras de leur père, de leur mère, dont ils devaient appuyer et charmer les vieux jours ; ils se sont arrachés à leur patrimoine, à leurs amis, au sol natal où dormaient leurs aïeux ; ils se sont élancés, pour prendre le ciel d'assaut, dans la solitude où ils se sont enfermés pour ne s'occuper que de Dieu et goûter d'avance, dans l'exil, les joies de la patrie. De tout temps, ce sont les natures les plus fortes et les plus généreuses qui se sont présentées pour peupler les cloiu*es, les natures fatiguées ou malades n'ayant jamais formé que l'immense minorité, la faible exception. Comment, après des faits aussi éloquents, aussi significatifs, prétendre qu'une Chartreuse n'est que le dernier refuge

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t)à vont s'dbriter^ uniquement en désespoir de cause, des Ames déçues 9 ci une sorte d'hôpital? Si quelques- Bnes y sont poussées par le malheur, la plupart y sont attirées par la piété. Et quand même une Chartreuse ne eomptcrait que des âmes froissées, depuis quand est-il défendu de ménager des asiles an malheur et des consolations h Tinfortune? Si de tels asiles n*existaient pointi il faudrait les créer; ils existent, et vous voulez les détruire.

Ajoutez que ce n'est pas seulement à tdle ou tefle époque de Thistoire, mais toujours, que Ton a vu des jeunes gens, des grands du monde, échanger le manteau de la grandeur contre le grossier vêtement du Chartreux et se réfugier dans la solitude pour y trouver Dieu et s'y retrouver eux-mêmes. Dans tous les siècles, on a vu des personnages considérables, appréciant k leur juste valeur les courts instants qu'il est donné èi l'homme de passer sur la terre, ne chercher que l'humilité du Christ. L'exemple donné par les sénateurs romains des premiers siècles a toujours eu, a encore aujourd'hui, aura toujours des imitateurs.

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