IV. Ce sont des MisAprrnROPES Qm, PAa égoIsme, s'iso
LtKT ET se SIÈQUBSTIlfiNT DE TOUTE SOCIÉTÉ. PaS tOBt-à-
Ml, et je n'hésite pas à affirmer que les Chartreux ont rfaumeur moins froide et moins chagrine que leurs contempteurs qui, fermant les yeux h ce que la vocation cartusienne a de sublime, ne savent que lacérer, déehiïtr, calomnier, mordre ceux qui s'y dévouent, répandant sur eux la bave du serpent, lé venin de l'aspic et du basilic. Voyez plutôtlesChartreux.Loinqu'ilssoientlristes, abattus, sombres, mélancoliques, farouches, tout en eux annonce ts joie Intérieure, la paix intime que le monde ne cohnaît pas, qu'il ne peut donner, et que lésus ^ laissée mnime un patrimoine divin, comme un hérilagie sacré à ses disciples en général, aux plus fervents en parrievliér. leur physionomie est sereine, leur Visage épanotti, gmAd 'Bilfnetlè la dMstation des «cerurs, de la vi^ de MmHle
PRÉIU0É9 BOAT lU SOttT L^OJMBT. 5t7
qu*ii8 onl en^r^eux. Lom de pavaitre fatigués de Texifitence, mécontents d'eux-mêmes et des au^reis, loin d'«voir Tair morne, les yeux éteints, ib sont ce qu'était toujours, nous ravons vu, saint Bruno, leur Père, feak» vuUu, d'un visage qui a un air de fête et sur lequel la gaité brille comme la rosée sur l'herbe, selon la belle expression de saint Ambroisie (I). Ils s'écrient, comme leur Patriarche au milieu de son désert : 0 bonilas ! O honié de Dieu, qui m'a ménagé une si douce et si heureuse solitude après une vie si traversée ! Les Chartreux mèoeoi une vie retirée, il est vrai, mais c'est sous l'inspiration 4^ l'amour qui les porte à vivre sei|I à seul avec Dieu. Us gardent le silence, il e^t vrai encore, mais le silence extérieur n'est-il pas la condition du recueillement et d'une conversation intime, douce, ineffable avec la Divinité? Puis, n'a-l-il pas pour effet de prévenir les médisances, les calomnies, les contestations, toutes choses qui troublent la paix intérieure en même temps qu'elles profanent le don sacré de la parole ? Ils déclarent la guerre à la nature, mais c'est à la nature mauvaise, corrompue, dont le poids entraine l'homme au mal et le fait victime de ses propres passions et par suite, celte guerre continuelle leur procure à chaque instant les joies d'une vieteire. Us ont un régime austère, mais ils l'aiment et comme l'amour vit de sacrifices ils trouvent leur bonheur dans leurs austérités, ainsi que l'a décrit avec tant de vérité et d'éloquence Thomas à Kempis dans ces paroles :
« C'est quelque chose de grand que l'amour, un bien > au-dessus de tous les biens.
• Seul il rend léger ce qui est pesant ei tait qu'on sup- « porte avec une âme égale toutes les vicissitudes de » la vie.
(1) Sieot tulem ros in herbs sic et hiltrttas. De obitu Theodotii imptraioriêy o. 12.
518 LES CHARTREUX JUSTIFIÉS (sUITB).
» Il porte son fardeau sans en sentir le poids et rend > doux ce qu'il y a de plus amer.
» Celui qui aime, court, vole ; il est dans la joie et rien ne Tarrëte. Il donne tout pour posséder tout, il possède tout en toutes choses.
» L'amour souvent ne connaît point de mesure, mais comme Feau qui bouillonne, il déborde de toutes parts.
» Rien ne lui pèse, rien ne lui coûte ; il tente plus qu'il ne peut, jamais il ne prétexte l'impossibilité parce qu'il se croit tout possible et tout permis. » Et à cause de cela il peut tout et il accomplit beaucoup de choses qui fatiguent et qui épuisent vainement celui qui n'aime point.
» Aucune fatigue ne le lasse, aucuns liens ne Tappesantissent, aucunes frayeurs ne le troublent; mais, tel qu'une flamme vive et pénétrante, il s'élance vers le ciel et s'ouvre un passage à travers tous les obstacles. > Si quelqu'un aime, il entend ce que dit cette » voix (1). »
Tel est l'amour. Il ne se nourrit que du bois sacré de la croix; il ne souffre que de ne pas souffrir davantage.
Ce sont des misanthropes quU par égoîsme, sHsoient et seséqueslrent de toute société. Non, mais ce sont des hommes naturellement amants de la solitude, des biens qui s*y trouvent, des avantages incalculables qu'elle offre sous une multitude de rapports , tant au point de vue de la méditation de la vérité ou de la contemplation, qu*au point de vue de la pratique de la vertu ou derascélisme. Qu'il y ait des âmes naturellement amantes de la solitude, et appelées à y vivre de par Dieu et de par la nature c'est là un fait incontestable que nous avons établi plus haut. Par là même que c'est là un fait incontesuble, ne sommes-nous pas autorisés à conclure que la solitude est
(1) De Imitai, Chritti, 1. III, c. V, tnd. Lamennais.
PRÉJUGÉS DONT ILS SONT l'OBJBT. 519
leur vocation, et si la solitude est leur vocation, ne sommes-nous pas autorisés à conclure encore qu*eUes s'y trouvent heureuses d*un bonheur qui vient comme de lui seul, sans aucun sentiment de misanthropie? Aussi a-t-on dit avec raison que le mondain trouve les épines sous les roses, tandis que le solitaire, le Chartreux, lui, trouve les roses sous les épines. D'ailleurs, nous Tavons vu, les Chartreux, menant de front la vie solitaire et la vie commune, la vie érémitique et la vie cénobitique, sont dans la solitude sans être dans Tisolement.
Ce sont des misanthropes qui^ par égoïsmey s*isolent et se séquestrent de toute société. Non, car ils savent se donner à la société lorsque les circonstances leur en font un devoir, lorsque les besoins de TEglise les réclament impérieusement. Tels ces Chartreux que nous avons vus devenir évéques, cardinaux, se faire copistes, écrivains; tel, pour citer ici un nom particulier, Denis le Chartreux, dont nous avons déjà parlé, et dont la vie serait très-intéressante à lire, si elle était rédigée par un biographe qui s'inspirât à la fois et des écrits et des actions de ce célèbre Chartreux. Il se livrait à Tétude, à la prédication, et produisait des merveilles quand il ouvrait la bouche, bien qu'il eût la voix faible et bégayante. La foule accourait de toutes parts pour recueillir ses paroles comme des oracles ; les princes, les roid, les empereurs, les évéques, les prélats demandaient à Fenvi ses conseils. Le nombre des personnes avides de Tentendre devint si considérable que, le silence en souffrant, le Prieur le nomma Procureur de sa Maison afin qu'étant non pas hors de la clôture, mais seulement hors du cloître, il pût correspondre plus facilement avec le monde. Le concours finit par devenir tel que le célèbre Chartreux demanda d'être déchargé de ses fonctions et de rentrer dans sa cellule, à laquelle néanmoins il fut arraché afin d'accompagner le célèbre Nicolas de Cuse dans le voyage qu'il fit à travers TAUemagne et les Pays-Bas, pour soumettre à une réforme générale la dis-
KO LB9 CHARTRSUX JOSTinÉB (SOlTft).
ciplfne ecdésiaâtique et e<m?eBtuelle, voyttge i l'oceaslon duqud il composa don traité De munere et reghnine (egatif et dans lequel it reprit éner^quement, avee la satnCe audace d*un homme de Dieu, révéque de Liège, reprochant à ce prélat belliqueux, sa conduite peu épiscopale. Ses épitres au duc de Guelre, Arnold, et à son fifs Adolphe, arrêtèrent la guerre civile qui était sur le point d*èdater entre le père et les fils, après la chute de Gonstantinople. Il publia aussi une lettre aux princes catholiques, Epislola ad principes calholieosy leur faisant appel pour une expédition contre les Turcs. Cela ne sufHt-il point pour établir que, quand les circonstances le réclament, les Chartreux savent sortir de la solitude où ils rendent au peuple chrétien les services de la vie contemplative, pour lui rendre les services de la vie active ? D^illeurs, quelle impression salutaire les Chartreux ne font-ils point sur le monde, lorsque, semblables aux anciens prophètes sortant de leur solitude et de leurs cavernes, ils se montrent hors de leurs cellules, revêtus de la pauvreté et des stigmates du Christ dont ils apparaissent comme les images vivantes ! fls ne parlent pas beaucoup, il est vrai, mais tout parle en eux le langage de la plus haute éloquence.
Ce sont des misanthropes qui se séquestrent. Quoi! UMR homme qui poursuit une idée, un but, ne se séquestret'ii pas pour s*y livrer tout entier ? Le philosophe dans ses méditations, le savant dans son cabinet ou son laboratoire, Fartiste dans son atelier, le poète et le littérateur dans ce quMls appellent le sanctuaire des muses ? Maïs ici encore écoutons le célèbre historien des Moines (fOendeni jtrstiiler les Religieux contre le reproche de misanthropie, de mélancolie, de tristesse et dliumeur noire :
« De toutes les erreurs qui se sont accréditées sur la • vie religieuse, il n*en est pas de plus absurde que «elle » qui nous la fait regarder comme une vie triste et nié- » lameolique. Qu'on cesse donc de s'apitoyer aur ces vie-
PRÉJUGÉS BONT ILS SOOn L MJBI. 5SI
tioieff deilréea des deux sexes, fMiCèiiiea eréés par ta fausse histoire et la luisse philosophie, ponur servir de préteate am préjugés et aux violences qui maintienneeÉ dans le monde tant d*àmes faites pour une vie meilleure, tant de vietimes réelles de la phis cruelle des op^ preasieiis. Qu'on fasse trêve à toutes ces déelamatioos sar le malheur d*étre condamné à une vie uniforme, à des devoirs impreseriptibles, à des occupations invarisH Mes. Il n*est pas une des objections faites contre la vie du cloître qui ne s^applique avec autant de force à la vie conjugale. Le chrétien, le vrai sage, sait bien que jamais ice obligations volontairement perpétuelles n*ont rendu Fhomme malheureux d*une manière permanente ; Usait, au contraire, qu^elles sont indispensables au triomphe de Tordre et de la paix dans son ème. Ce qui le torture et ce qui le consume^ ce n'est ni la Règle ni le devoir, c'est l'instabilité, c*est l'agitation, c'est la fièvre du ehangement... Sans cesse, on voit citer parmi les qualités des abbés les plus pieux, des Moines les pins exemplaires, qu'ils élaieni gaisj joyeux^ amusants^ aiftiatU à rirtj joeundui^ factlus^ etc., etc. (i) »