‹ L'Ordre des Chartreux et la Chartreuse de BosservilleChapitre 41 sur 57 · V. Ca SONT SES VICTIMES rOUR TOUTE LA VIE d'uN MOS · texte numérisé non relu

V. Ca SONT SES VICTIMES rOUR TOUTE LA VIE d'uN MOS

VMENT M FERVEUR INDISCRÈTE. Peut-ll 60 étrc aînsi lorsqu'ils n'ont fait vœu qu'après avoir mûrement réfléchi, qu'après avoir été éprouvés et s'être éprouvés, lorsqu'ils ont embrassé leur genre de vie par goût, avec parfaite connaissance de cause, avec pleine et entière liberté, par suite d'une vocation reconnue, d'un appel divin ?

Câ tout des victimes pour toute la vie d'un mouvemem âe ferveur indiseréte. Non, puisqu'ils restent dans leur souvent, volontairement, de plein gré, et cela lorsqu'à ehaque heure, à chaque instant, ils pourraient en franchir le seuil, sans qu'aucune coaetion, aucune oontraioto, aucune erainie humaine puisse les y retenir. Les oouvcals

(1) IfettriMAtrl. Le$ Minef étOecideni, iMfod., eli. ¥.

532 LBS GHARTaBUX JUSTIFIÉS (sUITB).

n'oni plus aujourd*hui, comme couvents» les privilèges qu*ils avaient autrefois. Leurs habitants, qui sont morts au monde sous le rapport spirituel^ ne le sont plus soos le rapport temporel. On n*entre plus en Religion par force» on n'y demeure plus malgré soi, on est libre d'y rester, on est libre d'en sortir. Si les Moines étaient des victimes enchainées malgré elles, ne les verrait-on pas briser leurs liens, rompre leur clôture, se faire ouvrir à deux battants la porte de leur couvent et prendre la clé des champs?

Ce sont des victimes pour toute la vie if un mauvemefU de ferveur indiscrète. Ecoutons ici le P. Lacordaire : Une tyrannie d'un moment sur tout l'avenir ! C'est la même objection que les partisans du divorce présentent contre l'indissolubilité du mariage ; on aime un jour, et ce jour vous lie à jamais. La famille naturelle comme la famille religieuse est sujette à la loi de perpétuité, de la domination du passé sur l'avenir, et il faut bien que cette objection ne soit pas si formidable puisque, malgré elle, le mariage n'a pas cessé d'être généralement indissoluble depuis Adam. Quel est, d'ailleurs, le passé qui n'engage pas l'avenir ? Quel est, dans la vie humaine, le moment qui soit vraiment irrévocable? On se persuade qu'on échappe à ce qui est derrière soi, mais libre qu'on est de s'en repentir, on n'est pas libre des devoirs qui en découlent et le repentir même les consacre. Quoique cette parité entre la famille naturelle et la famille religieuse suffise pour légitimer la dernière, toutefois nous sommes loin d'accepter ce moyen de défense, car le vœu des époux est sous la protection du Gode pénal, tandis que le voeu du Religieux est sous la protection de sa conscience ; c'est-à-dire que la force maintient l'indissolubilité du mariage, tandis que la liberté seule maintient l'indissolubilité du lien claustral. Si le Religieux s'ennuie, il peut s'en aller, qui le retient ? Sa volonté seule, son adhésion

> renouvelée chaque jour à sa promesse, son amour per- » sévérant pour Dieu. Il est vrai que son vœu est une loi » qui Tobllge, mais cette loi est son propre ouvrage et il » ne lui obéit qu^autant qu*il le veut. Faire la loi et lui 9 obéir volontairement, n'est-ce pas là la plus haute ex- » pression de la liberté (1 ) ? >

Ce sont des victimes pour toute la vie d'un mouvement de ferveur indiscrète, N*est-il pas bien singulier que ces plaintes éternelles sur les Chartreux partent toujours du dehors et jamais du dedans ? des gens du monde qui ne touchent pas leur Régie du bout du doigt et jamais de ceux qui se dévouent si généreusement à ses sainles et salutaires rigueurs ? Les Chartreux obligent-ils les séculiers à prendre leur genre de vie? Non. Et dés lors les séculiers, gardant leur pitié pour eux-mêmes, ne devraientils point les laisser vivre en paix? Puis, tant il est vrai que Tamour vit de sacrifices, tant il est vrai que les cœurs nobles ont faim et soif de se dévouer, trouvent leur bonheur dans les peines qui sont la conditon inévitable de tout dévouement, rhistoire n*atteste-t-elle point que les Instituts soumis à la plus austère discipline sont précisément ceux dont la ferveur primitive s*est le mieux conservée ? ceux qui ont été les plus stables, auxquels les profès se sont attachés avec plus de constance, de fermeté, ceux par là même dans lesquels on trouve le plus de liberté, loin de se croire victime? Si le Chartreux habitait sa cellule malgré lui, pourrait-il y tenir longtemps, ne Tabandonnerait-il pas au plus tôt selon cette réflexion de Jacques de Vitry : < L'Ordre Cartusien peut, à cause de sa rigueur, » être comparé à une fournaise divine qui purifie For, » qui sépare la scorie de l'argent, il lui est impossible de » conserver longtemps de faux frères, il est comme rO- • céan qui rejette au plus tôt les cadavres (9). » Pétraque

{i) Mémoire pour te retahtiêiement des Prèrei-Prècheur$, ch. I. (S) Cartnaiaiic Religionii rigor districtioDÎs et dittriclio rigoris, CtnqMm

5X4 L^ Gaàwt%wx iq^T^ntQ (wiTli)-

a 4U a<i9si • VOrdre dee Gbartrew» 4m9 l^qwt un fm^ » moine ne peut persévérer (1). ^

Enfin, pourquoi s^alUquer toiyours soi^s ce poiii^ 4e vue aux Instituts religieux et ne point s^attaquer à d*ai|très Institutions qui n*ont pas été moins sèmes? A Pythagore par exemple et à ses disciples qui étaient S0i^rois pendant si longtemps à des épreuves si dures, si pénibles, si mortifiantes ? à un régime si austère, à une vie si retirée, si silencieuse et qui n*élait qu*un long tiasu de privations et de renoncements? Pourquoi cela ? Ne serait*ce point parce que Pythagore est un pbilosofdie et que Bruno est un saint ?

Quoi que Ton puisse dire, il faut des Institutions f^i répriment la nature parce que la nature étant déchue, ceux-là qui se flattent de suivre simplement la nature sue tardent pas à tomber au-dessous de la nature, de méro^ que ceux qui se flattent de suivre simplement la raisop ne tardent pas à tomber au-dessous de la raison.

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