‹ L'Ordre des Chartreux et la Chartreuse de BosservilleChapitre 42 sur 57 · VI. A QUOI BON PASSBR TANT D*HRUaES A L'ÉQLISfl ? Voîlà · texte numérisé non relu

VI. A QUOI BON PASSBR TANT D*HRUaES A L'ÉQLISfl ? Voîlà

ce que vous dites des Chartreux ; mais les GbartreuXv k leur tour, ne pourraient-ils pas dire de vous : A quoi bon passer tant d'heures au jeu, à la promenade, au théÀUre, au cercle, à la chasse ? à quoi bon passer tant dUieures i table, au lit, à ne rien faire ? Les heures que les Chartf eux passent à Téglise ne sont-elles pas aussi dignement, W36i noblement, aussi saintement, aussi utilement employées que celles consacrées par vous à la bagatelle et à de futiles passe-temps?

À quoi bon passer tant (t heures à V église ? « A quoi bon, » vous répondrai-je encore avec un contemporain ^no-

fornai Spiritus Saneti aaram pargtns et scoriam «x argtnto separans» fnlm 4ià retinere soa poiest. fjnde cella eamp^rtuu* onri qaodi nortii qoaDiocias poterit projieit. Jacobus de VHriaco, Hitloria Oeeidcntatù^ c. XVIII.

(t) Ordo CarMsÎMi9ia io qoo onHw ptnn^rare fiçttis po(q9|. GHé Tromby, t. Il, ippaadù U, p. GXIIl.

PHÉJtlGtS DONT ILS SONT L*OkllBT. M5

* nyme» passer tant d'années à la eour, y dévorer tant d*enii avis et de rebuts, dans Tespoir toujours incertain, sou- 1» vent tfompé, d'obtenir une place, un vain titre, un » morceau de ruban ? Certes, ce ne sont pas de pareilles » frivolités, misérables hochets bons à amuser des en- > fants, qui attirent et retiennent ces Religieux devant les » autels ; ce n'est pas seulement Fespoir, c*est Tassurance » de gagner feus bonnes grâces du grand Roi, d*obtetiir

* une place distinguée à sa cour, une couronne d*immorb lalité, un poids immense de gloire et de bonheur. Pemk ^t tant quMl vous plaira que leur croyance n*est pas ^ fondée, que m'importe, dés que leur conviction est » téeïle ? Vous aspirez avec défiance, ils' attendent avec » certitude ; vous avez des rivaux à craindre, ils n'en ont

* pas ; la récompense qu'ils se promettent est incompata- ^ blement supérieure à celle que vous poursuivez ; en « bonne logique, H est clair qu'ils se trouvent beaucoup ^ y>Nis heureux è Téglise que vous à Tantiehambre du ^ grahd dont vous briguez la faveur. QuaiHl donc leur » croyance serait une illusion, dés qu'elle les rend ver- ^ 'fueu^, bienfaisants, utiles h la société, contents et heu- » reux, où est la folie ? Hais si leur opinion n'est que la » vérité même, que pensez-vous de ceux qui les mépri- » sent t »

A quoi bon? Parce que c'est leur emploi, leur vocation, leur fonction publique et sociale de louer et de prier le Dieu Eucharistique. Dans la société, chacun a sa fonction spéciale à laquelle il se voue exclusivement, lui consacrant son temps, sa santé, toutes ses facultés. L'ambassadeur se voue à la diplomatie, le militaire aux armes, le fonctionnaire à Tadminislration, la cour au «erviee du prince. Ainsi, les Chartreux, qui forment «ohime kl cour de lésus-Christ, se dé\'Ouent entièrement à sa personne. Si on disait que le courtisan est iBiMile paroe qu'H ne se livre ni à la diplomatie, ni & la guerre, et qu'il reste toyjovrs auprès tfe te pereonfie du

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prince, serait-on dans le vrai ? Non ; coknprenez dk^nc aussi qu*on n*est pas dans le vrai quand on prétend que les heures passées à Téglise par le Chartreux sont des heures perdues : il se donne tout entier à la personne du prince, à la personne de Jésus-Christ présent sur rautel (i).

Sans doute, ils n'entendent rien à Tadoration perpétuelle ces esprits négatifs qui disent que Dieu n'existe pas ou n'est qu une hypothèse, qui ne voient dans TEucharistie qu'un symbole vide, un souvenir purement historique de la Cène. Mais il y a longtemps que saint Bruno en a fait justice par cet argument décisif : Jésus- Christ était présent dans l'Eucharistie au moment de la Cène, et sa présence devait s'y perpétuer à jamais puisqu'il enjoint à ses apôlres de faire en mémoire de lui ce qu'il venait de faire lui-même. Hoc facile in meam commemoralionem. (Luc^ XXII, i9, 1 Cor. XI, 24.) Or, une réalité qui doit durer toujours, une réalité permanente ne peut jamais, par là même qu'elle est permanente, être le souvenir d'elle-même, attendu que le souvenir implique l'absence ou la cessation de la chose qu'il rappelle, et qu'on ne peut dire qu'on se souvient d'une chose qui est là présente (:2). Voilà comment on sort de la philosophie quand on sort de la tradition, voilà comment on tombe dans la folie lorsqu'on veut substituer sa propre sagesse à la sagesse d'en haut.

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