‹ L'Ordre des Chartreux et la Chartreuse de BosservilleChapitre 43 sur 57 · VII. A QUOI BON CES HABITS GROSSIERS, CETTE COUCHE SI · texte numérisé non relu

VII. A QUOI BON CES HABITS GROSSIERS, CETTE COUCHE SI

(1) ReperieiDUS qnosdam a palatio pedem non efferenles, cubieali re^ioperibos instantes et ejos persons ministerio ineumbentes ; qoi si de olioanlkintilitate arguerentur quia ad bella non procédant, ad legationes non destinastur, certe de insaoia ant invidia condemnarentar. Sic nec bonis CarCusiaBÎft posse juste imputafi mihi yidetar otiositas et inatilitas qaia ad pedes ccelcstis Régis stant et ad exierna officia exercenda foras non pergttnt.iiniialetOrdK nia Cartu$., 1. 1, c. Y, n. 8.

(1) Est igitor dominic» passionis hoc saeramentum non ipsins memoria,

NIHIL KNIX 8UIIP8IUS MEMORIA BSSK P0TB8T. S. BmilOy CûmmmU.m

Pêalm. XXI Ap. Parrfaisios 1823, fol. XXIX.

PRÉJOGÉS DONT ILS SONT L^OIMBT. 527 PAUTHEy €B BBTBANGHEMENT DE TOUTES LES COMMODITÉS DE

LA TiB ? A donner au mondain qui se délecte dans le faste, qui s'étale dans le luxe, Texemple de la simplicité, qui est la vraie grandeur, car quiconque tient tant à la grandeur extérieure prouve suffisamment qu*il fait peu de cas de la grandeur intérieure, de la grandeur morale, en dehors de laquelle il n*y a que petitesse. Ne faut-il pas une réaction constante contre les abus, et les ascètes ne se servent-ils point d'une comparaison fort juste quand ils disent que Tarbre recourbé dans un sens a besoin, pour être redressé, d'être exactement recourbé au même degré dans l'autre sens ? Or, cet exemple de simplicité donné par le Chartreux dans sa cellule, a aussi été donné par lui alors que des circonstances indépendantes de sa volonté l'ont fait vivre dans le monde. Un fait entre mille. L'histoire rapporte que Ponce de Thoire, qui avait été Chartreux et qui était devenu évéque de Mâcon, se plaisait à n'avoir d'autre ornement dans sa maison épiscopale que la blancheur des murs (1).

A quoi bon f Afin de pratiquer la mortification et pour eux et pour les autres, pour vous en particulier, qui lancez contre eux de si amers sarcasmes. Si la mortification est la vocation du Chartreux, la pensée secrète et intime, le principe dominant de sa vie, ne faut-il point que eette mortification brille non-seulement dans ses aliments, mais encore dans ses vêtements et ses ameublements?

A quoi bon f Mais que vous importe que le Chartreux ait des vêtements grossiers, s'il aime ces vêlements, s'il y tient, s'il trouve à les porter une félicité que les rois ne trouvent pas sous leur manteau de pourpre , sous leurs habits brodés d*or ? Or, il est incontestable qu'il en soit ainsi, puisque le Chartreux a choisi cet habit, qu'il le

(1) Cabieali «olea, naroinni nadiUs. Theatrum Cartuêienêiê Ordinig^ p. m, n. XXI, p. i7, cf. De Tracy, Vie de êaim Bruno, p. 317. Des •Tcqaes de l'Ordre des Gbsrtrfax.

538 LB8 CHARTRBUX JUSTIFIÉS (sCITB).

|K>rte avec loie, qu*il le quitte avec regret quaod les révohicions l'y Toréent, qu*il le reprend avechoaheur fBaiid Ferage est passé, qu*il ne le change point contre «i autre, èien qu*il soit libre de le faire et de se vêtir à la manière des séculiers. Essayez de persuader au Chartreux de dé> poser son habit monastique et vous verrez quelle sera sa réponse. Elle sera celle de Jean-François Férier, FraBdacain de Mayenoe, prédicateur et exégète fameux, mort le 45 septembre 4554, à Tàge de soixante ans. Lors de Toceupation de Mayence par Albert, margrave de Brendeboug, il fut un jour pressé de déposer le costume de son Ordre ; or il se contenta de répondre : « Je porle depuis bien des années cet habit qui ne m*a jamais fiit ée mal, pourquoi Tôterais-je (1) ? »

A quoi bon ? ^ A apprendre, continue réerivain anonyme cité plus haut, au commun des hommes ^ à bien des philosophes même k ne pas abuser des bk»faits du Créateur, que la nature se contente de peu et qu*il est mille superfluités dont le vrai sage aaitae passer. A quoi bon ? A mettre en réserve pour les malheureux tout ce que vous consumez en rtehes étoffes, en meubles précieux, en mets recherchés. Vous oe direz pas, j'espère, à quoi bon cuhiver la terre, faive germer dans un sol stérile les plus riches moissons, offrir aux cultivateurs de la contrée des modèles d'activité et dindustrie ? »

YIII. A QUOI BON CE «AIGRB SEUFITERIIBL ? CBS ICOiliS BT

(OBS ABsniiBHCES ? Pour que vous ne puissies pas aeouser les ilioines de n'exister que pour boire bien, pour manger Uen, et pour donner ainsi à vos allégations un déflienti >patent, une réponse sans réplique qui scelle vosièvws et vous condamne au silence.

A quoi bon f Pour réagir, par la puissance de Texemple, contre celle divinité que Ton appelle la gastronomie et

(f ) Diction, êneychpédiq.y trt.

qui, dans le siècle présent surtout, compte un si grand nombre d'adorateurs lui sacrifiant fortune, vertu, esprit ; car, ainsi que Ta dit saint Jérôme, là où Tembonpoint se développe, Tesprit s*épaissit et s'abaisse sous le poids de la matière (i). Puis, voyez ici la contradiction : tandis que les uns accusent les Chartreux de pousser trop loin la mortification au point de vue de la nourriture, d'autres les accusent de se nourrir trop bien, tant il faut se garder d'ajouter foi à ce qui se repète contre eux. Un voyageur, un étranger, en effet, vient frapper à la porte d'une Chartreuse, on l'accueille avec empressement, on lui offre une hospitalité cordiale qui rappelle les temps homériques ; il boit, il mange ce que le couvent peut lui servir de mieux ; puis, en quittant, il dit avec un rire sarcastique : On se traite bien à la Chartreuse, comme si le régime des Religieux était le même que celui des botes, comme si le régime des hôtes était le même que celui des Religieux, comme si ceux-ci buvaient à longs traits, à chaque repas, la fine, la bienfaisante liqueur dont la Grande- Chartreuse a le secret, et dont la réputation méritée s*est étenducdans les Deux-Mondes, mais que le Chartreux goûte rarement, aimant mieux la livrer au commerce, afin d'amasser quelques ressources en faveur des œuvres nombreuses que connaissent les populations voisines de la Maison-Mère : constructions d'écoles, d'églises, d'hôpitaux, aumônes incessantes, concours à toutes les œuvres. On peut dire des Chartreux : Sic vos non vobis, etc. Et dès lors n'êtes- vous pas un ingrat? N'étes-vous pas un serpent qui mord celui qui l'a réchauffé et lui a rendu la vie ? N'étes-vous pas un nourrisson qui déchire le sein de sa nourrice?

A quoi bon? \ rapprocher de la nature l'homme, qui a été primitivement créé frugivore et non Carnivore, ainsi que l'attestent bon nombre de philosophes de l'antiquité,

(1) Piuguis venter non gignilsensuintenueiD. Ep. XXXII, ad Nepolianum.

dont on peut voir les témoignages rapportés par saint Jérôme dans son écrit Contre Jovinien (1); ainsi que l*atteste encore la physiologie, confrontant la bouche el Festomac de Thomme avec ceux des animaux carnassiers. Plutarque déjà concluait de l'organisation physique que, dans l'intention de la nature, l'homme n'est pas destiné à se nourrir de viande. « Cela se peut montrer, » disait-il, par la naturelle composition du corps humain, » car il ne ressemble à nul des animaux que la nature a » faits pour se paître de chair, vu qu'il n'a ni un bec cro-

> chu, ni des ongles pointus, ni les dents aiguës, ni Tes- » tomacsi fort, ni les esprits si chauds qu'ils puissent cuire 9 et digérer la masse poissante de la chair crue (3). »

A quoi bon f A fournir la solution du problème de la vie à bon marché, problème sans cesse posé par l'économie politique et que l'économie politique se montre si apte à résoudre que plus elle parle de bon marché plus est grande la cherté des choses de la vie. « Il est beau, a dit un écrivain déjà cité, de voir le Char- » treux, réduisant son entretien à la dépense de soixante

> centimes par jour, vêtement compris, créer des hôpi- » taux, des écoles, des églises, répandre de tous côtés les » secours pour les œuvres pieuses et utiles, l'aumône » pour les vieillards et les enfants, les asiles et les secours

> pour les malades ; il est pauvre pour lui, riche pour les » malheureux (3). »

Les adversaires ne peuvent opposer que de la viande creuse au maigre des Chartreux.

IX. Leurs bâtiments ont trop de magnificence. Si ces bâtiments étaient vôtres, tiendriez-vous ce propos ? Laisseriez-vous ce dire s'échapper de vos lèvres ? Non, sans doute. Pourquoi ne tolérez-vous pas dans les autres ce

(1) Àdv. /ovin., I. II, 0pp. IV, col. 208.

(2) SHl Cet loiêible de manger chair. Traité premier, trad. Amyot.

(3) Hiêloire de êainte Hoteline de Villeneuve, Religieuse Chtrtreuse, par H. de Villeaeuye->Flayosc, avant^propos, p. 22S. Paris, 1807.

PRÉldOéS DONT ILS SONT L*OBJET. 531

que vous toléreriez en vous? Pourquoi n'étes-vous pas heureux de les voir posséder ce que vous seriez heureux de posséder vous-même ? Est-ce là mettre en pratique le grand précepte évangélique que vous ne pouvez vous défendre d^admirer : Aimez votre prochain comme vousmême ? Puis avez-vous jamais fait la réflexion que les bâtiments des Chartreux sont, dans l'Eglise, des bâtiments d*utilîté publique, d'utilité chrétienne et que partout les bàliments d'utilité publique ont eu des propor> tiens, une architecture autres que les proportions et Farchitecture des habitations particulières, des maisons bourgeoises, qui du reste, vu le petit nombre de leurs habitants, sont appelées à être beaucoup plus exiguës? Enfin, ces bâtiments auraient beau être des palais, en définitive ils n'appartiennent qu'à Dieu et à l'Eglise. Le Moine vit dans sa maison sans y attacher son cœur autrement qu'on l'attache à un gite où l'on doit passer quelques jours, il ne peut l'y attacher comme à une propriété, attendu qu'elle ne lui appartient pas personnellement. Aujourd'hui le Chartreux de Bosserville vivant dans sa splendide Chartreuse, n'a que ce qu'il avait au temps de saint Bruno, son étroite cellule, sa robe d'étoffe grossière, son lit peu doux pour ne pas dire dur, ses racines ou ses herbages. Dès lors y a-t-il dans la magnificence des couvents de quoi exciter votre ire contre ceux qui les habitent ?

X. Lburs revenus sont trop gonsid^rables. Pouvezvous le dire après que les Chartreux ont été spoliés indignement il n'y a pas un siècle, après qu'ils ont pu à peine se réinstaller au prix de mille sueurs, de mille privations, et qu'il ne leur a pas encore été donné de mettre la dernière main à la restauration de leurs maisons, qu'ils ont été obligés de racheter chèrement, elles qui avaient été vendues à vil prix ? Une trop grande pauvreté qui les ré* duiraitàse dire chaque matin: Que mangerons-nous? que boirons^nous ? et qui leur donnerait du souci à l'endroit

532 LES GBARTAEUX JUSTIFIÉS (SUITB).

des choses de ce monde, ne serail-elle pas un obstacle à la prière et à la contemplation, but principal des maisons cartusiennes ? Puis, avez-vous compté avec les Chartreux ? Vous ont-ils donné Fétat de leurs affaires ? Vous ont-ils montré le fond de leur caisse ? De tout temps le monde, pour des motifs qu'il n'est pas nécessaire d*indiquer parce que chacun les devine, et qu'ils n*ont pas leur source dans les sentiments les plus nobles et les plus élevés de Tàme humaine, de tout temps le monde n*a-t-il pas été porté à exagérer les richesses des couvents ? Oui, les couvents seraient trop riches s'ils possédaient ce que leurs adversaires imaginent, les millions qu'ils entassent sur des millions comme ils entassent calomnies sur calomnies ; mais quand il est guestion de revenus, il ne s'agit pas d'imaginer, de supposer des chiffres fictifs, il faut compter; or, encore un coup, avez-vous compté avec les Chartreux ? Enfin votre propos ne révélerait-il pas en vous un fond de cupidité et d'envie, un levain de socialisme, un disciple du citoyen Proudon qui a dit : La propriété c'est le vol et qui, pour voler impunément au point de vue des remords de la conscience et de la justice divine, a biffé l'Eternel d'un seul trait de plume en disant : Dieu c'est le mail N'en doutons pas, les adversaires du monasticisme ne cherchent à abattre l'arbre que pour en cueillir le fruit. Otez le fruit, ils ne lui donneront pas seulement un coup de cognée, ils ne le regarderont même pas. La révolution se montre toujours digne de ses précédents. Il en est d'elle aujourd'hui ce qu'il en éuii au seizième siècle, alors qu'elle niait l'existence du Purgatoire afin de pouvoir mieux s'emparer des fondations faites en faveur des trépassés, fondations qui n'ont plus de raison d'être dès que l'on regarde le purgatoire comme n'étant qu'un vain nom, comme une fable imaginée, pour mieux battre monnaie, par la cupidité sacerdotale.

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