‹ L'Ordre des Chartreux et la Chartreuse de BosservilleChapitre 7 sur 57 · U LOTHARINGIE · texte numérisé non relu

U LOTHARINGIE

alors que les musulmans» maîtres de TEspagne, arrivaient sur la Loire au nombre de trois cent mille combattants ! Quel homme que Pépin le bref, qui fut oint et couronné roi des Francs par le pape Etienne n, et délivra le Saint- Siège de la domination des Lombards, domination qui n*était pas moins redoutable pour TEglise que celle des califes! Quel homme que Gharlemagne, qui organisa l'Europe en rétablissant Fempire d'Occident, sous le nom 4e Saint-Empire-Romain, et occupa, par son titre et sa mission d'empereur, la première position laïque de l'univers! Son dévouement à l'Eglise est connu. Il fonda d'une manière définitive le pouvoir temporel des papes, que la politique avide et rapace de nos jours a tenté de détruire. Vouant sa vie à la défense et à la propagation du christianisme, il prit et estima par-dessus tout le titre de c dévot défenseur de la sainte Eglise, » — Devotus sanciœ Eeelesiœ defensoTy — « d'aide du Siège Apostolique en toutes choses, > — Adjutor in omnibus apostolieœ Sediê. n a mérité qu'un écrivain pût dire de lui : « Ce colosse dans un désert 1 » On sait que c'est l'un des fils de Gharlemagne qui donna au pays d'entre Rhin et Meuse le nom désormais immortel de Lorraine.

IV. Là, selon l'opinion la plus commune, naquit à Toul même, Vincent de Lérins qui, d'après ce qu'il nous rapporte, s'était retiré dans le silence du cloitre, pour substituer aux agitations et à la dissipation de la vie mondaine, une vie calme, studieuse, contemplative. Son Commonitoire sera une lumière pour tous les siècles chrétiens. Par la règle qu'il y établit de s'en tenir toujours et partout à ce qui a été transmis, depuis l'origine, par le fleuve de la tradition, contre ce qui est nouveau, il écrase toutes les hérésies passées, présentes et futures, il a brisé pour jamais la tète de l'antique serpent, père de la séduction et du mensonge.

V. Là naquit saint Jean de Vandières, près de Pont-à- Mousson, qui devint abbé de Gorze, près de Mete. Nommé

ou LB8 CHARTBBUX KIV lOBRAINB. 99

d*abord administrateur des affaires temporelles de eette abbaye eélèbre, mais déchue de son antique gloire, il la releva de ses ruines et en conduisit les affaires avec une activité infatigable. Un seul fait, tantâl est significatif, suffira ici pour nous donner une idée de la fermeté de son caractère et de Fintrépidité de son âme. Il poursuivait auprès de Boson, fils de Richard, prince bourguignon, la restitution d'une propriété enlevée par ce dernier à son couvent. B traverse le camp, va jusqu'à la tente de Boson auquel il expose le but de sa démarche. Boson, après ravoir entendu, entre en colère et lui ordonne de se reti* rer sur-le-champ. Jean, sans se déconcerter, lui répond : « Eh bien, d'autres aboieront à ma place. » — c Contre qui, dit le guerrier ?» — « Vers Dieu, répond le moine. » — c On va te prendre ton cheval. » — « Je rentrerai à pied. » — « Je vais te faire arracher la langue. » — « Je n'en prierai que plus assidûment. > — t On va te muti« 1er, » — c Ce sera me délivrer d'un grand souci. » Rempli d'admiration à la vue de tant de grandeur d'àme^ Boson rend à Jean la propriété réclamée (1).

Les éminentes qualités de l'abbé de Grorze lui acquirent une telle réputation, que l'empereur Otton I, qui désirait envoyer une ambassade à Abdérame in, calife de Cor-» doue, afin d'arféter les brigandages maritimes, la pirate-^ rie des musulmans, jeta les yeux sur lui pour remplir cette délicate et difficile mission. Ayant obtenu audience» Jean ne consentit jamais à quitter, pour se présenter, l'ha» bit des disciples de saint Benoit, quoique le prince lui eût fait remettre une somme considérable pour se procurer des vêtements somptueux. A la suite de l'entretien, il obtint du calife la promesse qu'il serait tenu compte de sa demande, mais cette promesse étant restée sans résultat, et les corsaires sarrasins continuant toi^ours à ré^

(1) Qamabimas ad Deam. Acta SS., 27 Feb., Vita beati Joanniê , abbit« Goniensis, e. XII, n. 104^107. PerU, ScripU IV» 368.

tdO 1a iof ttAumâtfe

pàitâré la tèrrettr s4r léà côtes de Provence et dltalie, hûn eut le càiMisè Aé se rendre Uife scfconde fois & Gor^ dotie: L'Biâltdlre "raj^plohé de Itii cette Cûtirâgëasé réponse à Abêénamë, ijfuS fe ihèna^ait de le 'faire mettre à tùcyrt : k QiAhd iâëttéf Vba§ devriet Wié faii'è demëmbi'èk- ffeti *à i pëti^ Mè 'cdApëi* «ujôltrd*hu! un doigtv dethalù un autre, Il V^^m im, m pUd^ ùilé Jaihfie et âiàsl du i-e^e dé i jour )ètt jùhvi Vôttà tte toMfcranlerez pas (i). i thi Voft par là «tùé lé dnâèiiM dfêde, qu*on à cherché à flètHr eh le £(tr^n^um&nt1ë Mm dé fétj savait produire des èftl^c^ tèrc^ 4e Itef»^ dé^iftè^s ^ûè tfm^ë éièélé, dés^hé i(mf- lé Vèm du û6uW, M MônXtte ht&^tta ^vl rattoùaUsMè, nié Mit più9 guère ftbiiâf^ Qde par exception. Peu de tenipS apré^ son retour, Jeâh fot éHevé à la dignité abbatiale paf tes UKèihéft de son couVént*, thaïs il ne jouit pas lofïgtelnp^ de cet bontteur qu'il n*aVait paà ambitionné vcàr il mourui blientôt, Misant florissante uàe maison ^nll avait tràU^ vée ^rts ta décadence et îè dé1abremei:it InrsqQll y éVsA entré (3>.

YI. Là fdt éVéque à Tdul Tè gi^ai^ pape éâint Léén IX, bmt'^ Ift tAk\mk ^ât à'^lifpellera dêsottoais Lorraine. On connaît BHftnoifr.lSeVé ^^grélàii la pâ^pauté par Tempei^Mir HénYi in, ÎI céMMencé, ée concert ^vec Bildi&braild, M gï^fldé MHé du sécél4Iocé et 4e Tëmpife, 4U! eut piittt éifél él pdut ëtfet rfaffi^iiùkbts^énilént ûé TEglisie, eh ^è CHsaM éfii^è câhohi^ueniëht par le clergé et lé petite, «ëé)iàV«càUtàm«é«aé«fMéi»è^âeineht que de ^fadéulr dl^è : k l*flutbmé dëft dànohs remporte dé bèàUèouj^ % mt h âèmUMti^ iiH^ribfe ; Je suis prêt, ëH ëènUè^

iïySi lecinn i^rtlctdttlm eân'cti siiî etti|»orfS tneflibra « ftinikDis Mèidâr nBffue id somma vitalit qnotidianis resectionibus decarperentor. Nam non najorem anqaam cniciatom inferri posse qdam si hodie hoc articolo dîgiti» cr» Ûtérù, iûé» pér diiiM ^n)g(ii]os sifagttfié» iird'e Khrchft), àriilo, )f6si iktadh', «rare, pede prccisia» postremo tnincos reliqnos fodiatar, non eo tamen se territum aliqaa ratione eessamm. Àcta SS., 27 Feb., FUa B. Joanniê, ete.» le. !$cm/ii. )iB.

(2) Labbe, Bibi. iHA. 1. 1, )!. )^4l et «1(4. Fie )ltf /éttH A» rttfc^f^è^.

00 LES G|{i^:f«)fTlf JN Ï-ORRAIHE. fj^f

. q^iepçp, k i;^iownfSf ^m Wqn »«???. « «op i^imffP» jf o'^^ (W g^nérfil^tHH approuy^ (I). ^ SpjRMmi^i

réfowp fju'acpompUra Qriégwre YH, ^^ mflTflW WSfJ pw la gr^^e \»^miy^ de r^pi^p ^pjfç; WJPP Sp R«n» et rEg||s/e Grcicqup 4ont la y^p, pfftpp aju ^(^^v^,^ «e r^r rait jffii^ à pieu pour la laj^aer 1)|^^ à J'é^t 4^ Cf ftfivppe et de )9?uom^e. Deux Lorraiiqs^ ^ car^^^f^ Hi|fi)ben e^ Eç^t déric 4e Itorraiae, plus t^fl Ip p^pç ^^pw V^^ '«T«B» f U^rf^és de cettçi mî3sion coiueil^^tili^f} dppt )^ c^us^ji^ pi^| élé 3| ppa^ihle à rqttension de ifi( ^t^fp^çiié et à la pw^ du nwndp, piais qqi éeboj^ p^ç s^^tp ^ |>#il¥?n, fil^ ^ Ptaqyaiçe ft)i et dfi TesprU gr^p 4* l'fW f9"WHl ¥iPh«ï Çérulariiia..

vn. I^ pafuit G9defroi de PwHlpft flufi rtP îft PW^- Lon^ne, ^yi, lars ^e ^ grande ^plçi^iqn /âi^fl^fiuyçDiwiWl çplo?sftl et prpyideifJ4çl fies proi3;»4pfit pftr^f ppur ^c^ijeiq dqnt il fut proclamé rpi, malgrj6 ^a r|pnc;fffi)ncp i^ ffxmj pnp pqqrQOi^e 4'or Ih fiH ^? Sf^veur ^q ^i)oia{le ^vaif pioift^ une eo^rQnne d*épiq^. |) r4^l|s)| Fidéal dq çheyalipr ebrétien , jçe p^on^r^qt rel^g^pjijt, l|rj|ye SiPld^, d.éfen$eur du faible, secourahie au ^lalh^^r et par^dessios tquf partisan de la ppli tique ipag^fuiinie de rflgUse. Lj| ppésie, d'acGprd ici j»vec rbi^tpire^i ^ !pen4u ^pn nç|Da immortel, en célébrant la grs^nde épopé^ du moypni-à^| les Croii^es ; en redUant Is^ prise 4e ^érusf|lenf , événement d'une fout autre in^portancp et 4'MnÇ ^ftf V^p. portée que la prise de Trpie. Nop :^ulei|(ent sept yiï\f», ^lais les deux puissant^ empires 4e Frappe et 4*Allemfi\(^e fe sont disputé Thonn^eur de lui aypir donné paissance;^ Ce qui est incontestablei c*est qu'il p^ I^rfain, ét^if t \9fUk

(I) Dicit electionem cleri et popali ctnonieili toetoritate aliorom dtspositionen prcire ; affirmai se gratante animo in patriam reditaran niai fiai eleetio ejns cominanî omnium laad^. Vibert, Vita S. Lfoniê fX, 1. JJ| c. II, |p. 6, Aeta SS,, i9 Apr.

lot LA LOTHARIRGIB

d'Eiistache D, comte de Boulogne, et de la comtesse Ida, fiOe de Godefroi le Barbu, duc de Lorraine, lequel Godefroi descendait par sa mère de la race de Gharlemagne, ayant hérité du duché de Lorraine de son oncle Godefroi le Bossu qui Tavait adopté (1). Le premier généralissime des Croisades brillera donc à jamais, comme un astre lorrain, au firmament de l*histoire. En se rendant à la voix de Pierre l'Ermite, dont les paroles pénétraient conune des dards enflammés dans le cœur des chrétiens, en prenant la croix, et en se mettant à la tête du mouvement qui précipitait l'Europe sur l'Asie, en combattant dans les plaines de l'Orient ces mêmes Musulmans que Charles Martel avait combattus dans les plaines du midi de la France et qui étaient devenus les ennemis héréditaires du nom chrétien, Godefroi de Bouillon rendit un service inappréciable à l'Eglise et au monde. Il luttait non-seulement pour l'indépendance d'une patrie particulière, mais pour l'indépendance de l'Europe, pour la cause de la civilisation qui eût bientôt disparu devant une religion mensongère et immorale, il se dévouait pour la cause du progrès et de l'avenir. Les Croisades, en effet, ne ressemblaient pas à tant d'autres guerres dans lesquelles on se bat sans motif, sans but élevé, par rivalité, par cupidité et qui trop souvent ne paraissent que des jeux sanglants donnés aux peuples par les princes.

Vni. Là naquirent une foule de héros chrétiens qui, recueillant comme un patrimoine sacré l'exemple que leur avait légué Godefroi, ne cessèrent, durant le long eours des Croisades, de guerroyer les infidèles. S'il est un peuple qui se jeta avec ardeur et enthousiasme dans les Croisades, c'est le peuple lorrain et cela, toujours avec un nouvel élan, sans que son zèle se refroidit un seul instant. Thiébaut II prescrivit, par un codicile à son testa-

(1) Voir Dictionnaire eneyelopédique de ia théologie catholique^ trad. Goschler, vt. Godefroi de Bouilloo.

ou LES CHARTREUX EN LORRAINE. i05

ment, de remettre quatre cents livres de petits tournois à un vaillan» homs qui devra se rendre en Orient pour le repos des âmes de Ferri lU et de Thiébaut lui-même. On vit en Lorraine bon nombre de chevaliers vendre leur domaine, afin de se procurer Targent nécessaire pour prendre part à la guerre sainte. On y vit se multiplier les fondations en faveur des chevaliers qui avaient fait vœu de lutter contre les adeptes du prophète de La Mecque.On y vit s*élever les maisons des Templiers et des Hospitaliers, qui vouaient leur épée à Textermination des infidèles. On y vit enfin un nombre incalculable de simples soldats soutenir la lutte avec une infatigable persévérance, fournir un riche contingent à toutes les expéditions* en Terre- Sainte, au fur et à mesure qu'elles se succédaient, verser pour Dieu, sans marchander, le plus pur du sang lorrain, en arroser largement les champs de la Palestine et mourir au poste où la foi, après les y avoir appelés, les trouvait fidèles jusqu'à leur dernier souffle (i).

IX. Là naquit, ne disputons point puérilement de quelques mètres , dans le village mi-partie de Domremi, rimmortelle Jeanne d'Arc, la pure et sainte héroïne que la Providence tenait en réserve pour le salut de la France tombée alors si bas, qu'elle ne pouvait être relevée que par une intervention divine toute particulière. Avant de se faire conduire devant le roi, Jeanne se rend en pèlerinage à Saint-Nicolas-de-Port, avec deux de ses compatriotes ; elle passe à Nancy où elle a une entrevue avec le duc Charles n, qui lui donne un cheval et une somme d'argent (2). Parmi les défenseurs d'Orléans on compte quelques Lorrains, notamment un habile canonnier nommé maître Jehan, qui manœuvrait une couleuvrine, avec laquelle il fit beaucoup de mal aux Anglais. Il est vnd que le gouverneur de Vaucouleurs, Yaudricourt, vou-

(1) Digol, Hitt. de Lorraine, pas«im.

(2) Calmet, Hiêt, de Lorraine, tome m, preuves, eol. yj.

t04 l'A iOTHABl&QlE

Uit que Toa guérit la folie de Jeanue eu lui apyliquanl une bonne paire de soufflets ; il est vrai que Voltaire, que Ton a appelé avec raison « rinlanûe personnifiée » et qui n*e3t paSf certes, un des plus beau^ èchantilloos de la nature humaine, a tenté de souiller la mémoire de Thérolque Pucelle, en versant sur elle la bave impure de ses vers l^aveleux et lubriques. Mai» de même que les flots rejet* tent un cadavre de leur sein, de même Tbistoire* iem son cours impartial, fait justice des impuretés et des mensonges qu*y jettent la haine et Tenvie, La mémoire de Jeanne reste immaculée. Et, je le demande, ne faudrait-il point avoir un front d*airain pour oser flétrir celle qui avait pour devise ces paroles de patriotisme et d'affranchissement :

Non, non jamais

Ne fè{^ra TAnglais ;

celle qui ne pouvait « voir couler le sang d'un Français sans que ses cheveux ne lui dressassent sur la tête ; » celle qui, après avoir conduit à Beims Tindolent Charles VU et Yj avoir fait couronner, rendit la France à son roi et à eUe^ même, alors qu^elle était à deux doigts de sa perte, alors que jses plus vaillants capitaines n'avaient rien pu, ne pouvaient plus rien pour elle ? Sans Jeanne, la France, devenue anglaise, serait peut-être encore devenue, elle la fille ainée de l'Eglise, elle la patrie de Clovis, de Gharlcmagne^ de saint Louis, serait encore devenue anglicane h l'époque où le libidineux Henri YIII se sépara de TËglise romaine 9 pour introduire au sein de son peuple une religion adultère, née de la prostitution et de la cruauté, dans la boue et dans le sang. Les rois d*Angleterre n^ s'intitulaient - ils pas Bois d' Angleterre et de France? « Quelle calomnie, se demande un écrivain contempo- » rain, peut atteindre la vierge qui, après avoir passé une > jeunesse pure et sainte, demeura chaste et réservée au » milieu des désordres inséparables de la guerre, tint en

ou LES GAAATftVOX %n ^ORBÂINB. fQ)

re^fieal um 3(ddat^$Que gro^ère, accomplit des Qctipm doDt Tamipacf} avait paru incroyable aux plu9 crédule^, imp038ibte aux plus sage3« 3e moatra u>ujours miséri^ cordieuse au milieu <le9 eanglanteç horreurs des com* bat3> ^e m^xiUa aws réserve k sa mission et finit par souffrir les (oriures et la mort avec la constance 4es majr^yr^f Jie%nne la Pucelle,- marquée du sceau de la PrjQiîidwaQ «( cpmtmnè^ par Tapprobatîon solennelle die V%li3e| i^st une des apparitions les plus merveilleuses (to riii^toire, et un des i/;istrument8 les plus éclatants

qu!ait qhoisis la Providence pour intervenir en son »om

4ans les affaires de ce monde (1)^ »

Non, quiconijue Qroit h Hm et h la patrie ne peut visiter Pororepii, ou naquit la PuceJle, pi fouler aux pieds ç<5tte terre de miracles ou les voix se firent entendre h elle, saMs se sentir à la fois plus Lorrain, plus Français e( plus ebi^tie«.

X. Ih régna le duc Bené II. Monté sur ïe trôn# de I^orraioe k V^e de vingt-deux ans, il eut h lutter conlre Charles Je Téméraire sur lequel il remporta l^ célèbre vi.otoire de Morat, puis de la bataille de Nancy, qui couto la vie au duc de Bourgogne^ Il était doué des qualités les plus heureuses. Un capitaine étant venu lui demander la {lermission de piller un village, il s'y opposa énergiguement en disant: ^ Capitaine, quand maux voudras » fairet enguîers conseil de moi et point n*en feras. » — \Jjn Bourguignon prisonnier à Nis^ncy étant venu le trpuver et lui ayant dit que depuis vingtrquatre heures il man^ quait de pain, Bené reprit ; < Si tu n'en eus pas hier, e*^( > par ta faute, mais ee serait la mienne si tu en manquais » d*orénavant » «t, npn content de vider son esearceJUe mtre les mains de ce malheureux» il recomm^Adia k sep officier^ de ne pas oublier im homme qui avmt w^ m

(1)Haas, Dieiion» encyclop. de la thiol. catholique, art. Oriéans (La Pueella d*).

106 LA L0THARIH61B

jour sans manger. Balthasar d*HaussonvilIe lisait aa doc la vie de Titus par Suétone ; arrivé à Tendroit où fl est dit que l'empereur regarda eomme perdu un jour où il n'avait accordé aucun bienfait — Amidj diem per-didi — le duc» interrompant son lecteur, lui dit : « Grâces > à Dieu, je n'en ai perdu aucun (i )• b On le voyait accompagner à pied le Saint-Sacrement chez les malades. Le matin de la bataille de Nancy, avant de se mettre en marche contre le Bourguignon, Q avait entendu la messe à Saint-Nicolas de Port, et les Suisses, ses alliés, an moment de leur attaque décisive, s'étaient mis à genoux pour recevoir la bénédiction d'un prêtre revêtu de son surplis et tenant en main une hostie consacrée, ce qui ne les empêcha point de se battre avec courage et de remporter une des plus glorieuses victoires dont il soit fait mention dans les annales de la bravoure. Finissant la journée de la bataille de Nancy comme il l'avait commencé, René eut pour premier soin, en rentrant dans sa capitale, tant la religion animait tous ses actes de son souffle puissant, de mettre pied à terre devant l'église Saint-Georges pour rendre grâces au Dieu des armées et des victoires. Lorsque l'on reconnut le corps du duc de Bourgogne, défiguré par le froid et d'affreuses blessures, il arriva, en toute hàte^ se mit à genoux, et pria. Se plaçant bien au-dessus de ce sentiment bas et étroit que l'on appelle la haine, il ordonna de pompeuses funérailles au plus implacable de ses ennemis. Il fit ensuite construire la chapelle de Notre-Dame de Bon-Secours, appelée d'abord la chapelle des Bourguignons, sur le lieu même qui servit de sépulture à trois mille neuf cents hommes tués à la bataille de Nancy. Gomme tous les ans on célébrait l'anniversaire de cette fameuse journée qui avait rendu la Lorraine à elle-même en la délivrant de l'étranger, le duc avait soin d'ordonner une chasse générale,

(i) Digot, H. dt L., T. m, p. 408-409.

ou LBS CHARTHBCX Bll LORRAINS. 107

les jours précédents, tout exprès, afin qu*il pût régaler ses enfants les Nanceiens avec tout le gibier de ses domaines (1). On le disait « hardi autant qu*homme de son temps. » Par suite de sa bonté et de son courage, son nom est arrivé jusqu'à nous entouré de la double auréole d*un père et d'un fondateur de la patrie. A tout cela il joignait le culte des sciences, des lettres et des arts. Grâce à la pénétration de son esprit il s'était avancé dans les connaissances humaines au-delà de ce que les préjugés de l'époque regardaient comme séant à un homme de sa condition. Il avait lu plus d'une fois la Bible entière, les commentateurs à la main ; H avait fait des études sérieuses en histoire, en philosophie et même en théologie dont il parlait pertinemment. Il connaissait plusieurs langues, mais sa science de prédilection était la géographie à laquelle il fit faire des progrès. Son goût pour cette science était tellement connu, que le célèbre navigateur Améric-Vespuce, qui avait été son condisciple, lut dédia la relation de ses voyages. Il se ressouvint tonte sa vie des paroles que, dans sa jeunesse, il avait lues dans la Ciié de DieUy savoir, qu' < un prince ignorant est un àne couronné (2). » — Ne nous lassons point de relire ni de redire les hauts faits de nos ancêtres les Lorrains, nous rappelant ces paroles d'Ovide : « C'est un pieux travail que de relater les actions mémorables de son pays (3). »

XI. Là régna le duc Antoine, que l'on a surnommé le Bon, sans que cette épithéte, accordée si souvent à des natores vulgaires, puisse nous donner une idée complète d*un des meilleurs et en même temps des plus habiles souverains dont ait à se glorifier la Lorraine. Antoine était tellement chéri de ses sujets, que son portrait

(I) Damait, iVoney, BUtoitê el TobUauj page 42. (9) Digot, Rutoire àê Lorraine, t. m, p. 408-410, Saio^Maarâ,. Etmdet hiêtorigueê 8ur l'ancienne Lorraine, 1. 1, 304-306* (3) Et pios est patrie facta refam labor.

^ troQval^ dws presque toutes les imfiim* p «Ç vrit 4'upe gloire iipmortelle en dlss||wpt ou en défnw* fll3D( sifi* divers champs d^ 1>$^^41I^ de YÀ\8^e^ soî^niiiie mille rustres aJlein^Ads eaun^s spus le oppi ito ftu^Un^s çi quif s'avaofaoi au en de : Vive fMu(rf ^iv^ <^9f^ iMil^ / voulaieut, les armes k la u^ip, nnp}aiiter ^ap^ rOccidept de TEurope rbérésie du oiolqç défroqué fs| çoocubiqaire de Wittepberg. Si pp o^ leur ^W^ ^W^ up^ résistance énergique, opiniâtre» il serait résulta ^ l^ur triomphe des maux incalculables ppfir la Lornipe çt la France.

^n çffct, qu'avait fait Luther? Tandis que les b^ré^ ^nçiepnes prêtaient guère sorties du cercle des Idée^ ?p4* cplatives, U était lui, pour être plus sur du succès, desçf»p4H 4aps \ç domaine d^es choses positives^ D'une nature ^ipi* qcnim^Pt sepsuelle, il avait t^H appel wx passions les plqs basses et avait conquis à son partie par ce que la Kéfocfn^ appelle son mariage, toutes les (iiêf^iUances dp ^^^^i mtf^ les hontes seorètes de la ç\x2i\r. 4$ilopx d*^ut|rpi| puisqu'il p'avait pu supporter que la pré(l|P§lWï^ d^s ip()lulj(ei^!^ fût confiée à pn Ordre autre qpe le siep, }l fPff^i ffifi appel à la cupidité, et Ton fiyaU d*abor4 vu fppl^ de princes embrasser avec ardeur ses dPCtrip(ss lucnitiv^. Vais la ciqMdité avait bientôt passé des r^gs de la npr blesse dqps les rangs du peuple, et Ton pe tarda pa3 à s'apercevoir que les passions, une fois déchaînées., pe pourraient plus éu^^e coptenues, qu*il ét^H plus fa^Ie d'ouvrir Foutre d*Çole qpe de la refermer. Les pays^ps, doncj .trouvant qpis des doctrines ^i conunodes fil si pror Stables pour les pobles ne }fi .i^erai^nt pas ippins pour çux, s*étaient révoltés» Entrainjè^ par des prédications fapaliques, ils avaient pris le^ armcA popr b^!^r Favénement du royaume de Dieu qu'ils aimaient à identifier avec leur propre avènement, ils s^vançai^ent l'épée d'upe main et la terdie de l'autre, dévastant les châteaux, brûlant les monastères, massacrapt les prêtres et, se rep*

ou LES CÉARTREût liff £ORRÂINB. lOft

tôy^ant dé Uàâdës diverses ^ui vôn'âietlt à^utlir k eb)i de dlfrë^énts j[)ôihts de TAlsace, ils fbâpi^àièni tùx pof tes dé là tbjMitté ^ih àiehaçàiént ÂVfYvsfhir. Une ^ûefrè soeiatfé etal1( (tiévftabt'e ': il hé é^gissait dé Meta moins, en efiiât, ^é Au cùitiifiufitsiâé Voulàht s*étâibtii' f)at' Ta Violence et ie fitnâét. Qui féslstei'à ? Lé duc Atitoikïe. Se iriéllànt & ^a tëtô au iiiôtiVëttieht t^litibiial dé la Ldt*i<ainé, qùt Vti&l&ïl \^A'^éy dû ttféWë éout> la M et îa libèné, il éUlbtirii teë ihâttr^é^ tiiï M dé ': ViVfe îbiEU et LôIltiÀiNBt W^é Vtfé atijéiir tj[ifl «fA à biehtàt rialsôù. On lë Vil etaiyVdtfëb, ^ttot déf^s Its plaines de Savehie, contre <|fiiahintë fdftlér d'ë ctlè fM^cènëB , testst )3etidani âétzë héUm à ciiëVà^ ieft sé ëohtenter d'ui^ (BXg pont toute tibbîVKiitlè, t)àrèé ^tië lé cotnbàt ke livrait un Jt)ut 'fi^àb^tN iktiktié et (jftrïl IdS^ àtàft il^as d'autre àHmeht matgi^e à sa tié)^d^Hh%', d*dÛ Tdh Voft quMI n'était ^dtit édrtitiie séft kdîreMi^ék, )[lfa]^Ôiaù de cfé que le in'oté^tanti^iYré à tfppëte là /<8e)^r(^ ictêi àïinMih. he retour ilans sa taipiitàié, Antoine Yc^ùdi, en sôùVetiii* et eh reéônnàisisance de sh ytëtëVéy datfs régmé dé Sàim-Nicolas, une îlres^ë ^titfiiittèûtiè qtte VbA ahhoh^hit par seize coups de docbè fkbitf >a()|rëléi* iffiil iètait resté ^dze beui-es & ébéVfal, lë joar où il avait vaincu les Rustauds, à ScherM^efléir. D ffébhb ^tHÀ une tiéhe tapisserie à te Gathédi*ate de Toul psti 'aétiiimptiir Ye Vo^u qu'il avait fait pendant la batÂiH^ qtH UsHuM là ^Hëfte. Dé toutes parts, on te félicita et oti tttf «hVojrà tfës pt8seïïls. lë ^ape Cléinënt VU hA adressa itfèiùe hh Wef pdur le éôb^ratulët* et accorda ttn Jtlbilé cMt jSràlrAdù ^étfèfàt & tëûs lés lori'àfhs. Ëtànt Xàttibé ïïià- EMTë, iit kf&fiï Ve^ Te ^àlnty{ati(}Ué, )e due Ailtbmë appela séb^Mahib^èâ àeâoA Ht, ét,lëùi* doniianilés conseils Teâ j^ni sa^é^ , lèW féddiuiïiafadà de demeurer tôujcfufè M0lès a TlB!ps)ë éblhbHc(ue, de hè i)as imiter réxëM)^ de certains souverains, qui avaient introduit la prétendue fUortM dans lemr payS) pour s'emparer dea biens de \f et de se tenir en garde contre les conseils d^ ce

Page 1