‹ L'Orégon [microforme]Chapitre 3 sur 9 · S L'OREGON · texte numérisé non relu

S L'OREGON

Les Moutagnes-Bleues présentent, au nord, des formations primaires et de très-beaux marbres de diverses coulears ; au midi, leur composition est plus particulièrement volcanique : leurs flancs sont couverts de laves et de pierres ponces, et leurs pics déchirés conservent les traces de plusieurs cratères éteiïnts.

Quant aux Montagnes-Rocheuses , elles composent la partie nord de cette immense chaine vertébrale qui, s'étendant au midi sous le nom de Sierra-Madre et des Andes, divise l'Amérique dans toute sa largeur depuis la Mer Polaire jusqu'au cap Horn. Ces montagnes partagent les eaux au nord de l'équateur, et c'est dans leurs flancs que prennent naissance les fleuves qui vont se jeter à l'est dans le grand Océan, à lPouest dans la Mer Pacifique ; leur région culminante n'est pas moins élevée que la grande Cordilière du Chimborazo. I existe, dans leur masse, des dépressions extraordinaires qui rendent leur passage non-seulement facile à l'homme, mais aux chevaux et aux voitures mêmes. Dans les cols qui S'y rencontrent, et le long des rivières qui les traversent, on découvre de belles forêts et de beaux pâturages.

Le Rio-Colombia où Orégon est le fleuve le plus important de ce territoire, auquel il à imposé son nom. Il est complétement impossible de déterminer l'étymologie du mot Orégon, qui n'a aucunes racines européennes et que lon ne retrouve dans aucune langue indienne ; les tribus des Têtes Plates qui habitent ses rives l'appellent Yakaïtl-Ouimakl (la Grande-Rivière).

Quant à la dénomination de Rio-Colombia, elle lui fut donnée par le capitaine américain Gray, commandant le navire {a Colombia, qui y entra en 1792. Les Espagnols, qu'il est juste de considérer comme les véritables découvreurs par mer de ce fleuve, le désignèrent, en 1775, sous le nom de Rio de San-Roque, et per terre, dès les premières années du xt siècle, à l'époque où le marquis de Beauharnais était gouverneur de la Nouveile- France, les Canadiens avaient une connaissance parfaite de ce fleuve, surnommé par eux la Grande-Rivière de Fouest.

L'Orégon prend sa source dans les Montagnes-Rocheuses par

deux grandes branches, et, après un cours de trois cents lieues

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environ, il se jette dans la mer Pacifique, entre la pointe Adams et le cap Désappointement. Il recoit plusieurs petites rivières, notamment le Kaoulis et le Ouallamet. C'est sur leurs bords que s'élèvent les établissements des Français-Canadiens, des Anglais et des Américains répandus sur des terrains d'une admirable fertilité.

Des navires de 400 tonneaux peuvent remonter le Rio-Colombia jusqu'à 40 lieues de son embouchure, Sa largeur varie de six à huit cents mètres, et ses rives, dans presque toute l'étendue de son Cours, sont ornées de pins gigantesques ; mais les difficuités, trop souvent insurmontables, qui se rencontrent à l'entrée du fleuve et les désastres fréquents auxquels elles donnent lieu, ne permettront jamais à la navigation d'y acquérir un développement considérable.

Qu'on se figure, en effet, une ligne immense de brisants de huit à neuf milles détendue, dessinant devant la bouche du fleuve une espèce de croissant. Au moment où descend la marée, et surtout à l'époque de la fonte des neiges, le courant de la rivière, qui acquiert une rapidité de plus de deux lieues à l'heure, entraine avec lui des débris de terrains inondés, des arbres énormes et des pans de bois tout entiers. Lorsque les vents de la mer poussent les eaux vers l'embouchure, leur choc enfante d'énormes montagnes de vagues hautes de plus de soixante pieds, et pour qui se trouve à l'ancre dans l'intérieur du fleuve qu'entoure une luxuriante végétation, c'est un effrayant et poétique tableau que celui de la barre avec le bruit de ses flots qu'on entend de plusieurs lieues ; les lames qui voilent, en déferlant, l'horizon de la mer, et des bandes de cormorans et d’albâtros planant au-dessus de leurs crètes écumeuses.

Cette barre est composée de sables mouvants, et son canal change presque tous les ans. Aussi la Compagnie «Hudson, malgré l'habileté de ses marins, a-t-elle perdu plusieurs navires à ce désastreux passage. Le Tilliam entre autres, ayant trente personnes à bord, y périt corps et biens en 1828, et, pendant l'été de 1841, la grande corvette américaine le Peucock ÿ fit naufrage ; mais on n'eut heureusement à regretter que la perte du bâtiment,

En janvier 1842, nous avons passé nous-même dix-neuf mor tels jours au milieu d'orages et de tempêtes furieuses, ne pouvant, à cause des courants, remonter le fleuve, ni en sortir à cause de la violence des vents, nous tenant à un mille du rivage, prêts à metre à la voile à la première éclaircie, et aimant mieux courir la chance de traverser le canal que d'aller faire côte sur les rochers. Ce qui rend ce fleuve un légitime objet d'effroi pour les navigateurs, c'est la nécessité, en cas de mauvais temps, de faire plus de deux cents lieues au nord et au sud afin de trouver un abri que leur offrent uniquement le port de San-Francisco en Californie, la baie de Puget au fond du détroit de Juan-de-Fuca, et les nombreux archipels qui avoisinent la côte en allant vers le nord. Ni la Manche, ni le détroit de Gibraltar, ni le golfe du Mexique ne présentent des courants aussi rapides, des tourmentes aussi fortes, des changements de vent aussi brusques et une barre aussi étendue que la terrible entrée du Rio-Colombia. C'est pourquoi les bateaux à vapeur seuls pourraient la franchir avec sécurité, et encore ne serait-elle praticable que pendant quelques moi. de la belle saison.

En été, de nombreuses flottilles Indiennes, venues de trois ou quatre cents lieues, s’y rendent pour faire des échanges et s'y livrer à la pêche du saumon, dont ce fleuve et ses affluents fourmillent. Les canots dans lesquels les naturels entreprennent ces lointains voyages sont de simples troncs de pins creusés par le feu, ayant à peine deux pieds de profondeur sur quatre de large et vingt-cinq où trente de longueur. Construits d'ailleurs avec beaucoup de soin, ils sonf incrustés de coquillages de différentes couleurs et peints à l’intérieur et à Pextérieur de larges bandes rouges et bleues. Leur proue est surmontée d'une tête d'animal symbolique en vénération parmi les sauvages et représentant d'ordinaire un castor, un aigle où un loup de prairie. Les Indiens emmènent avec eux leur famille dans ces hasardeuses navigations. Aceroupis au fond du canot, les femmes et les enfants manient la pagaie avec une adresse extrême, et ilest vraiment inoui de voir

ces frèles embarcations parcourir de si prodigieuses distances, et

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réussir à passer la barre par de gros temps, durant lesquels les chaloupes européennes périraient presque inévitablement.

Une fois entrés dans le fleuve, les bâtiments le remontent pendant cinq lieues, et viennent prenére leur mouillage à quelques loises de la rive gauche, près d'un mât de pavillon sur lequel flottent les couleurs britanniques.

Une chétive baraque en planches, avec un hangar et un petit champ de pommes de terre situé au bord du rivage constituent ce que les Anglais nomment pompeusement le fort George, et les Américains la ville d'Astoria! Cette demeure isolée, bâtie sur un petit plateau de prairie, est habitée par un seul homme, M. Burney, agent de la Compagnie d'Hudson, qui y réside avec sa famille, et l'on montre de ce point la place où s'élevait autrefois le fort d’Astoria, dont tout vestige à disparu. A peu de distance, l'on aperçoit des forêts de pins monstrueux. Nous en avons mesuré un, couché par terre, et qui n'avait pas moins de quatre-vingt deux mètres de longueur, trr'ze ou quatorze mètres de circonférence près de sa base, et trois à quatre pieds de diamètre près de son extrémité. Ces arbres, qui sont assurément les plus hauts du monde, atteignent toujours trois cents pieds, et garnissent presque toute la côte de ce magnifique territoire.

La recherche du passage du nord-ouest, c'est-à-dire la communication par le nord entre les deux grands Océans, qui avait appelé l'attention des voyageurs depuis la découverte de l'Amérique, était encore, à la fin du dix-huitième siècle, un sujet d'étude pour les marins espagnols. Ceux d'entre eux qui naviguaient à celte époque au nord de la Californie soupconnaient l'existence d'un passage conduisant de la mer du Sud à l'Océan Atlantique, qu'un p'te, Juan de Fuca, avait, dit-on, découvert en 1592, vers le 47* parallèle, Voulant éclaircir ces doutes, le capitaine Martinez, qui commandait en 1789 l'établissement espagnol de Noutka, fit faire dans ce but plusieurs expéditions : elles servirent à prouver que Îe prétendu passage trouvé par Fuca n'était autre qu'un immense détroit formé par les sinuosités du

continent et par la grande ile de Quadra et Van-Couver, dont la

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longueur est de plus de cent lieues sur une largeur variable de dix à vingt-cinq.

Au sud et au fond de ce détroit est la baie de Paget, offrant une suite de ports admirables et les seuls mouillages complétement sûrs depuis la Californie, C'est à la conservation de ce point que tendent tous les efforts de la Compagnie d'Hudson et les négociations du gouvernement anglais avec les États-Unis pour le réglement des frontières.

Les terres dont est environnée cette baie sont d'une beauté et d'une fertilité merveilleuses : la température est douce, et la contrée se compose de gigantesques forèts et de vastes prairies arrosées de mille ruisseaux ; en outre, de précieux gisements de houille y ont été récemment découverts.

Toute la partie intérieure et celle de la côte vers le nord du détroit ont éié appelées par les Anglais Nouvelle-Calédonie. Ce pays est trés-montagneux, très-boisè, et renferme une grande quantité de lacs et de nombreuses rivières. Les plus hautes montagnes sont situées près des lacs Steward et Babine, dont elles ont pris les noms, et presque tous les cours d'eau se jettent dans les rivières r'raser el Simpson.

Comme dans toutes les parties Gecidentales des continents, la Nouvelle-Calédonie et la côte nord-ouest de l'Amérique jouissent d'une température beaucoup plus élevée que les régions comprises dans la mème zone et baignées par l'Océan Atlantique. Les causes du froid sur la côte est proviennent du prolongement du continent vers le pole et du courant océanique qui entraine au sud d'énormes quantités de glace; sur la côte ouest, au contraire, la température supérieure doit être attribuée à l'élévation des Montagnes-Rocheuses qui protégent le territoire contre les vents du nord et de l'est, et à la projection de la presqu'ile d'Alaska et de la masse de l'Amérique-Russe, qui défend la côte située au-dessous contre la glace polaire qui pourrait arriver de la Mer Arctique par le détroit de Behring.

L'exploration de ce pays présente de grandes difficultés. Pen-

dant l'hiver les voyages se font dans des traineaux que les chiens

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conduisent. Trois de ces animaux suffisent pour trainer un poids de deux cents livres. Lorsque la neige n'est point üssez solide, on est obligé de marcher avec des raquelles, chaussures faites de planchettes en sapin, très-minces, longues de deux mètres et larges de dix-huit pouces. Des extrémités el du centre partent diverses lanières qui viennent se rattacher au cou-de-pied et au bas de la jambe, Il pourrait arriver cependant, malgré l'énorme superficie des raquettes, que, par un abaissement subit de lempéra ture, la neige, en se ramoilissant par trop, vint à engloutir le voyageur imprudent qui n'aurait pas tenu compte de ces indices de danger. On ne saurait d'ailleurs imaginer les atroces douleurs que cause l'affection dite mal des raquettes. Le frottement enflamme et finit par mettre à nu les tendons extenseurs du pied, qui s'excorient et se gangrènent lorsque le froid est très- intense. Quoi qu'il en soit, les Français-Canadiens, qui sont habitués à se servir de cet appareil, font dix et douze lieues par jour en portant des poids de 50 et 60 kilogrammes.

Durant l'été, les voyages s'accomplissent à cheval, et le plus souvent encore en canots montés par des Canadiens. C'est alors que pour ramer en mesure, ils font retentir ces solitudes de leurs vicilles chansons françaises. Plusieurs fois, parcourant le Rio-Colombia, notre cœur a battu en entendant, même au milieu des vents el de la pluie, nos rameurs entonner des airs qui nous rappelaient la patrie, et en retrouvant sur ces rivages éloignés le courage el la gaieté de l'ancien caractère national.

L'Orégon est habité par près de deux mille Américains groupés le long de la rivière Ouallamet, par cent Anglais appartenant à la Compagnie d'Hudson, et par les Francais-Canadiens, formant, ; compris leurs familles, une population de plus de trois mille personnes. Beaucoup de ces derniers, anciens serviteurs de la Compagnie, se sont partagé des terres qu'ils cultivent pour leur propre compte; mais la plupart sont des colons libres venus directement du Canada.

Nous avons dit que la nature du sol était trèes-fertile el la dou-

ceur du elimat extrème : on ne s'étonnera point dès lors que les

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productions de ce territoire soient nombreuses et varices. Toutes les céréales, les arbres fruitiers et les plantes potagères d'Europe y acquièrent une croissance rapide et parfaite. Les cèdres, les bouleaux, les trembles, les mélézes et les érables y sont trèscommuns. Le bétail européen s', développe dans des conditions de force remarquables, et bientôt la laine des moutons qu'on y élève pourra rivaliser avec les plus belles qualités de Saxe et d'Écosse. Des daims, des antilopes, des ours, des loups et des renards peuplent abondamment ses forêts , qu'animent des oiseaux de mille espèces, des colibris, des oies sauvages, des cigognes et des sarcelles. La mer, qui bat ses côtes, renferme des bancs de morues et de sardines, des baleines et des phoques. Les rivières qui Sy jettent fourmillent de saumons et gardent encore des loutres, des blaireaux et des castors : enfin le bord des fleuves et les rivages de l'Océan donnent asile à des essaims de goëlands, de pétrels et d'alcyons.

Le règne minéral n'y est pas moins riche, et de nombreux gisements de houille ÿ ont été récemment découverts. Cependant, malgré tant d'avantages dus nniquement à la nature, l'exportation des objets de commerce s’est en quelque sorte bornée jusqu'à présent aux fourrures et aux pelleteries que les Indiens échangent avec les colons ou dans les comptoirs anglais de la Compagnie de la baie d'Hudson contre des marchandises européennes.

Il importe maintenant de donner quelques détails sur cette puissante Compagnie, qui représente à elle seule dans l'Orégon les intérêts de l'Angleterre. Créée par les marchands de fourrures de la Cité de Londres, elle fut instituée en vertu d'une charte à perpétuité octroyée par le roi Charles IF, le 2 mai 1670, et possède depuis cette époque le privilége exelusif de l'exportation de tous les terriloires situés au nord et à l'ouest du Canada. La frontivre de ces territoires fut supposée déterminée par leschaines de montagnes formant la division des eaux qui se jettent dans la baie d'Hudson, d'un côté, etde Fautre dans les grands lacs, tels que le lac Supérieur.

Mais, ces limites incertaines ayant suscité des différends entre

les Anglais et les habitants de la Nouvelle-France, il fut convenu,

à la paix de 1713 et par le traité d'Utrecht, que des commissaires seraient chargés de tracer exactement au nord et à l'ouest les limites entre la baie d'Hudson et le Canada, et au sud entre cette province et les possessions anglaises. Toutefois il n'existe, soit dans les conventions écrites, soit dans les cartes, aucun document constatant que ces frontières aient été définitivement arrêtées ; et en 1722, dit le père Charlevoix, « toutes négociations à ce sujet » furent abandonnées pour ne point donner le moindre prétexte de rompre la bonne intelligence qu'il avait été si difficile de rétablir entre les deux couronnes, »

Conforméinent à une clause de son privilège, la Compagnie rechercha le passage du nord-ouest; mais elle prit soin de laisser ignorer le résultat de ses explorations, dans la crainte d'en faire profiter les marchands français de Montréal, ainsi que les maisons de commerce de la Nouvelle-Angleterre ; tel fut même son habile égoisme, qu'elle prit à tâche de déprécier la valeur de ses possessions, alin qu'aucune concurrence n’essayàt de es lui disputer.

Après avoir laissé le valeureux marquis de Montcalm et ses troupes succomber héroiquement faute de secours, le gouvernement de Louis XV fit à l'Angleterre le lâche abandon de la Nouvelle-France, la plus belle colonie que nous ayons jamais eue, et dont la population de race française s'élève aujourd'hui à plus de 600,000 habitants !

Devenue sans rivale par la ruine du marché français, la Compagnie de la baie d'Hudson conserva sa grande prospérité jusqu’en 1783, où une association fut formée à Montréal, sous la dénomination de Compagnie du nord-ouest (Vorth-West Company) avec privilège d'exploiter les régions inconnues du continent baignées par la mer à l'ouest, et qui n'étaient pas comprises dans la charte de la Compagnie d'Hudson. Cette nouvelle Compagnie établit des forts sur la rivière Altabasca, et dirigea particulièrement ses entreprises vers l'ouest de la Nouvelle-Calédonie ; elle y créa des établissements en 180%, et ce fut elle qui, le 16 octobre 1813, acheta aux Américains, moyennant quarante mille piastres, létablisse-

ment d'Astoria, situé à Fembouchure de la Colombie

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La rivalité entre les deux Compagnies anglaises ne fit que s'accroitre, et, après de graves différends, une querre ouverte éclata en 1814 sur le territoire de la Rivière-Rouge et sur la limite de la frontière des États-Unis, où le comte de Selkierk, lord écossais, avait fondé, sur un terrain que la Compagnie d'Hudson lui avait concédé en 1812, une colonie composée de Highlanders. La Compagnie du nord-ouest refusant de reconnaitre la validité de cette concession , les colons et les employés des deux camps en vinrent aux mains. Après des succès balancés, des établissements brülés , pris et repris, les Écossais furent battus, le 19 jrin 1816, et leur gouverneur, M. Semple, tué avec dix-sepi de ses compagnons.

Le parlement anglais eut connaissance de ces événements, et, par l'entremise du département des colonies, les deux Compagnies rivales furent réunies en une seule sous le nom de l'Honorable Compagnie de la baie d'Hudson (Honourable Hudson’s Bay Company). L'acte d'incorporation rendu en 1821 par le parlement accorda pour vingt et un ans à la Compagnie le droit exclusif, renouvelé en 1838, de trafiquer dans tous les territoires indiens , possédés ou réclamés par la Grande-Bretagne dans l'Amérique du nord. Diverses clauses, qu'il serait trop long d'énumérer , étaient stipulées dans cet acte, où il était dit qu'aucun sujet anglais ne pourrait commercer ou trafiquer dans les territoires concédés à lo Compagnie. Les agents de cette dernière sont en outre seuls investis de tous pouvoirs judiciaires. Aussi cette puissante corporation, qui compte de l'Atlantique à la mer Pacifique près de douze mille individus blancs et deux cent mille Indiens relevant d'elle directement où indirectement, constitue-t-elle une sorte de émpertuon in émperio au milieu de l'Amérique anglaise. Le capital de la Compagnie est d'un million de livres sterling, plus de vingt-cinq millions de francs, elle fournit un intérêt de 10 pour cent environ, et ses actions sont si recherchées qu'on ne peut en aucun prix s'en procurer sur la place de Londres.

Le personnel de ses employés est composé d'un comité résidant à Londres et d'un gouverneur qui ne recoit que 250 livres sterling

ur an; ses fonctions étant pour ainsi dire honoriliques, puisqu'elles ; |

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durent à peine huit jours et se bornent à la vérification annuelle des comptes. Le gouverneur actuel est sir John Pelly, L'administration et l'inspection des territoires de la Compagnie sont confiées à un autre fouverneur, sir George Simpson (Governor in and orer the Territories), résidant en Canada, à Montréel. L'organisation de celle association puissante est d'ailleurs fort remarquable ; la hiérarchie y esl observée rigoureusement, el l'avancement accordé avec une grande justice,

Après vingt-cinq années d'exercice, les agents, en se retirant, ne jouissent point de pensions viagères, mais, pendant deux ans, de leur traitement entier, et pendant cinq années, de la demi-solde ; la Compagnie leur fournit en outre des rations de thé, de vin, de sucre, de rhum et de vivres de toute espèce. Parmi ces employés, cent au plus sont Européens, la plupart Écossais : presque lous les autres Français-Canadiens, nés dans les forts, sont fils des agents el générasement de femmes indiennes. Le nom d'engagés s'applique indistinctement à tous les travailleurs de la Compagnie, aux ouvriers forgerons, charpentiers, tonneliers, aux lrappeurs de castors, chasseurs, bateliers, et même aux fermiers. Seuls, les matelots anglais des navires ne sont pas compris dans cette catégorie. Les engagés sont des Canadiens parmi lesquels on trouve quelques hommes de sang mêlé appelés bois brulés , et des lroquois métis. La langue française est la seule qu'ils parlent ; ils professent la religion catholique et nourrissent pour les Anglais une antipathie très-marquée. Ceux d'entre eux chargés de parcourir le pays en canots pour le transport des marchandises sont désignés sous la dénomination de voyageurs. Les Francais canadiens sont engagés pour trois ans, à la condition de ne point se marier pendant la durée de leur contrat ; mais les agents anglais ne se font pas scrupule de les retenir plus long-temps en ajournant le payement de leurs comptes et en leur refusant les moyens de retourner au Canada. Ce sont ces engagés, devenus libres , qui constituent la population indépendante établie à la baie de Puget, et particulièrement sur les bords du Ouallamet.

La Compagnie de la baie d'Hudson à en outre des établissements

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