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RG. CU CRETE
28 L'ORÉEGON.
Bien que les Américains n'y aient point encore les mêmes éléments de population, de marine, de commerce et d'agriculture que les Anglais, il n'est pas douteux qu'avant peu d'années le nombre de leurs colons ne devienne considérable, et que la possession d’une partie de cette contrée ne soit dès aujourd'hui pour eux du plus haut intérèi politique. Aussi, avant de parler des établissements qu'ils $ possèdent et d'aborder la question diplomatique, devonsnous jeter un coup d'œil rapide sur les expéditions de découverte qui les ont conduits dans le territoire contesté.
Peu de temps avant que les négociations entamées par les États- Unis avec la France n'eussent amené la vente si déplorable de la Louisiane, le président Jefferson songea à faire examiner les hautes eaux du Missouri, pour s'assurer S'il élait possible d'ouvrir une communication directe à travers le continent de l'Amérique. Les capitaines Lewis et Clarke, choisis pour cette mission, traversèrent les Montages-Rocheuses, et, ayant atteint le cap Désappointemen, à l'embouchure du Rio-Colombia, ils bâtirent en 1805, près la petite baie de Young, une maison qu'ils appelèrent le fort Klatsop.
Encouragées par les avantages que semblait leur promettre le voyage de ces deux officiers, plusieurs sociétés se formèrent, entre autres Ja Compagnie des fourrures du Missouri, dont les agents explorérent les sources de cette rivière el parvinrent même au delà des Montagnes-Rocheuses. Mais le manque de vivres, les incessantes attaques des Indiens, l'impossibilité de S'y soustraire par une résistance efficace, les forcèrent bientôt à déserter le poste qu'ils avaient élevé non loin de la rivière des Serpents.
Quant à la Compagnie instituée par M. Jacob Astor, négociant allemand, dans l'intention de commercer directement avec la Chine et d'enlever aux Sociétés de Londres le monopole des fourrures, ses efforts ne furent guère plus heureux, et M. Washington Eving a dit, dans un excellent ouvrage, quel concours de circonstances fit échouer ce plan admirable.
M. Astor n'en dirigea pas moins, en ISTE, dans le Rio-Colombia, une expédition qui éleva sur le bord du fleuve un fort ou
factorerie, appelé Astoria du nom de son fondateur. Mais, la querre
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ayant éclaté en 1813 entre la Grande-Bretagne et les États-Unis, cet établissement fut vendu aux envoyés de la Compagnie anglaise du Nord-Ouest, qui avaient créé à leur tour des comptoirs le long de la Colombie. Astoria débaptisée s'appela dès lors le fort George.
Cependant les Américains ayant, à la fin des hostilités, invoqué l'article du traité de Gand, stipulant la restitution immédiate et réciproque de toutes les possessions prises par l’une des deux parties sur l'autre pendant la guerre, M. Astor obtint que sa factorerie lui serait rendue ; mais il ne profita pas de cette disposition et ne la fit jamais occuper. Il est d’ailleurs superflu d'ajouter que, dans cette restitution, ce poste était seulement considéré comme propriété particulière, et que les deux gouvernements se réservaient de discuter plus tard leurs droits respectifs à la possession du terriloire.
Diverses autres associations s'établirent successivement : l'une, sous le titre de Compagnienord-américaine, explora les hautes eaux du Missouri, et finit par se réunir à celle des fourrures du Rio-Colombia; une autre, dite des Montagnes-Rocheuses, essaya d'ouvrir un trafic régulier avec les pays arrosés par la Colombie et le Rio-Colorado ; une troisième se forma sous le nom de Société de pêche et de commerce, mais elle ne tarda pas à se voir absorbée par la florissante Compagnie d'Hudson.
Malgré l'extinction rapide et l'insuccès de ces associations, plusieurs expéditions furent entreprises de nouveau soit pour explorer les contrées de Rio-Colombia, soit pour faire la chasse aux castors. En 1827 soixante hommes suivis d'une pièce de canon et de chariots trainés par des mules s'acheminérent vers les Montagnes- Rocheuses. Ces heureux aventuriers découvrirent la passe du Sud entre la Rivière-F'ate et le Rio-Colorado, et vinrent ériger un poste sur les bords du lac Timpanogos, en plein territoire mexicain.
M. Green la même année, MM. Parker et Whitman en 1825 et M. Slacum en 1836 pénétrèrent dans l'Orégon pour étudier la Côte nord-ouest et y fonder des établissements. Ce dernier, qui
appartient à la marine américaine, ne fit point une exploration
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isolée dans l'intérêt restreint d'une association particulière ; mais il examina, avec mission spéciale de son gouvernement, l'état du pays, la population, ses ressources, ses productions, et s'appliqua surtout à pénétrer les sentiments de ses habitants à l'égard des États-Unis, de la Russie et de l'Angleterre.
Deux ans plus tard il se iorma à Boston, sous le titre de Compagnie provisoire d'émigration pour Orégon, une société qui, de nos jours encore, fait paraitre un recueil périodique intitulé : FOregonian. Son but avoué est non-seulement d'instruire et de civiliser les Indiens en leur enseignant l'agriculture et les arts mécaniques, des usages plus intelligents, des mœurs plas douces, mais surtout de favoriser l'émigration de familles américaines sur le territoire en litige.
De son côté, le cabinet de Washington encourage activement celle tendance. Ayant, en 1839, été consulté par le comité du congrès, chargé des relations extérieures, sur les forces nécessaires à la protection des établissements qui pourraient être formés près du Rio-Colombia, le ministre de la guerre, M. Poinsett, pensa que ces conditions de sécurité seraient suffisamment obtenues par l'érection d'un fort, l'envoi d'un bataillon de quatre cents hommes, l'adjonction à l'expédition d'un certain nombre de laboureurs et la répartition tous les quatre ans entre les soldats de lots de terre dans l'Orégon, en récompense de la fidélité de leur service.
M. Paulding, ministre de la marine, partagea celte opinion, et jugea, en outre, d'une haute importance d'occuper l'excellent port de la baie de Puget, au fond du détroit de Fuca, et de le convertir en station, afin de protéger les bâtiments de guerre contre les périls de ces reaoutables côtes.
Ces dispositions toutefois ne recurent pas d'exécution, mais les explorations continuërent de la part des deux nations. Indépendamment des renseignements fournis par les agents de la Compagnie d'Hudson, le gouvernement anglais possède ceux recueillis en 1840 par le savant capitaine sir Edward Belehor. La mème année un avocat américain, M, Farnham, se rendit par terre au
Rio-Colombia avec une mission semi-officielle de son gouvernement.
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En 1841 l'escadrille des États-Unis, aux ordres du capitaine \Vilkes, visita presque entièrement le territoire, et en 1844 lelieute.. nant Frémontexaminaavec soin les passes des Montagnes-Rocheuses el une partie de la Californie, Iest à remarquer néanmoins que, si les navires de guerre de l'Union ont pu aborder sans obstacle sur les côtes de l'Orégon, un très-petit nombre de navires du commerce seuls ont profité de cet avantage. En effet, depuis que la Compagnie de la baie d'Hudson s'est établie dans ces parages, elle a, soit en offrant aux Indiens des prix supérieurs, soit en accréditant chez eux l'opinion que le germe des terribles fiévres qui les ont décimés leur a été apporté par des bâtiments américains, empêché le succès des expéditions mercantiles des États-Unis.
Ici se termine la série des explorations qui furent dirigées vers le territoire en litige, par l'ordre du gouvernement fédéral, par des compagnies où par de simples particuliers. Donnons maintenant quelques détails sur les colons qui se sont fixés près du Rio-Colombia. M. Jason Lee, chef des méthodistes, fut le premier qui s'y rendit durant l'automne de 183%. Bientôt rejoint par huit de ses confrères, ils s’établirent les uns à l'embouchure de la Colombie et aux chutes du Ouallamet; les autres à Nesqually, aux forts Colville et des Xez-Percés. La plupart étaient mariés et habitaient le petites maisonnettes en bois; mais ils ne réussirent à rallier à leurs doctrines religieuses parmi les Indiens qu'un nombre si restreint de catéchumènes que plusieurs d’entre eux, découragès et jugeant leurs efforts inutiles, partirent dès 1842 pour les iles Sandwich. Ceux qui étaient restés ont dû renoncer à toute entreprise et ont quitté l'Orégon l'année dernière. Il est à remarquer que la Compagnie d'Hudson s'empressait d'accorder, toujours à titre gratuit, le passage sur ses bâtiments aux méthodistes, à leur suite, à leurs marchandises et, en général, à tous les Américains qui vont du Ri:-Colombia à Sandwich ou de ces iles à la Côte Nord-ouest. On concoil que cette apparente générosité n'a été imaginée qu'afin d'éviter à tout prix la présence de navires américains dans la Co-lombie, dont la Compagnie d'Hudson prétend garder le monopole.
La liberté illimitée qui règne aux Etats-Unis est trop connue
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