CHAPITRE PREMIER
Troubles ressentis par les Aviateurs.
$ I. — Malaises produits par la montée calme.
Mal des aviateurs
Les impressions que fait naître le vol en avion ont été maintes fois décrites. Si le temps est calme... et le pilote aussi, le baptisé de l’air sera enchanté de sa : promenade. Dans le « Journal des Praticiens », le docteur Balencie relate ainsi un voyage en avion :
«— À peine envolé, un sentiment de sécurité déconcertante vous empoigne. Une sensation de légèreté indicible vous envahit, la morphine seule donne la semblable; et, noyé dans l’air, il vous semble graviter lentement dans l’espace, sans heurts, sans secousses. Vous regardez fuir la terre sous vos pieds avec ses champs, ses bois et ses prairies dans une quiétude parfaite. Tout se rapetisse, seul, moi je demeure moimême avec mes dimensions, plus grand que tout ce que je domine. »
Tout cela est très juste, est très bien analysé, mais le pilote n’est généralement pas si optimiste. Il sait
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que son existence dépend d’une fausse manœuvre et, sans se laisser envahir par cette hantise constante, il sourit au passager qui lui dit :
« — Alors, ce n’est que cela ! »
Ce n’est que cela, en effet, tant que l’air est calme, que tout va bien à bord, en vol tranquille, effectué à basse altitude. À partir d’une certaine hauteur, apparaissent des symptômes groupés par Cruchet et Moulinier, sous le nom de « mal des aviateurs ». En vol acrobatique, ou, plus simplement, dans les remous et trous d’air, c’est quelque chosé de moins agréable que nous étudierons plus loin. Pour le moment, voyons seulement ce qui se passe dans la montée calme.
Les interrogatoires de pilotes ne peuvent nous fournir des renseignements valables, qu’en les rapprochant les uns des autres. Certains mettent leur amourpropre à nier tout malaise, beaucoup avouent y avoir été sujet à des périodes variables de leur ‘entraîne- . ment, presque tous les jeunes sont trop absorbés par la surveillance de leur appareil pour analyser leurs sensations. Le récit des premiers aviateurs surtout doit être sujet à caution. L’imagination, l’exagération, Finvention parfois, destinées à attirer lattention ou l’ébahissement des « rampants » rendaient souvent curieux les interviews de ces précurseurs. Wynmalen, à 2.800 mètres, disait sentir couler le sang de ses ongles dans ses gants fourrés et des perles rouges venir mouiller ses lèvres,
Maintenant que le vol en avion est devenu chose banale, que le pilotage ne nécessite plus chez un pilote entrainé une attention bien soutenue, les aviateurs
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sont bien plus à même de pouvoir relater exactement les malaises qu'ils ressentent. Leurs récits sont d’ailleurs presque tous concordants sur la généralité des symptômes éprouvés. \
Les premiers troubles apparaissent à une altitude très variable, dépendant de plusieurs facteurs.
À. Facteurs tenant à l'appareil, ou au vol :
Les troubles sont plus précoces ;
a) Dans les appareils à moteur avant ;
b) Par température froide (hiver, nuit);
c) Dans les avions où, mal protégé, on est plus « soufflé » ;
d) Si la montée a été rapide. Nous avons noté a conditions atmosphériques équivalentes, 1.800 mètres en Salmson; 3.000 mètres en Voisin à montée deux fois plus lente.
B. Facteurs tenant à l'état du sujet :
a) En règle générale, le pilote est plus sensible cause dé la tension nerveuse et de la fatigue dues
la conduite de l’avion;
b) Il y a des prédispositions par tempéramént ou défaut d'hygiène générale. Tous les jours, on voit des pilotes faire des acrobaties de toutes sortes sans éprouver aucun malaise, alors que d’autres, non surmenés, sont incommodés dans des vols très calmes et très prudents;
c) L'âge, les auto-intoxications favorisent l’évolution scléreuse des artères; la régularisation vaso-motrice si importante chez l’aviateur se fera moins bien;