‹ L'oreilleChapitre 6 sur 107 · I- l.’oRKIl.LK · texte numérisé non relu

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perd son équilibre, tombe, exécute des mouvements de manège, et ainsi de suite.

Lorsqu’on prend l’animal dans la main, il suffit pour qu’il se calme aussitôt de rendre les mouvements de la tête impossibles, en fixant son bec ; et tant que la tôte est immobilisée, il reste tranquille. Si on le dépose alors avec précaution sur la table, il commence par faire quelques légers efforts pour conserver son équilibre, et cherche- à cet effet à s’assurer un troisième point d’appui en fixant la queue ou une aile sur le sol. 11 peut aussi rester tranquille pendant quelques instants, jusqu’à ce que sa tôle éprouve une légère secousse, qui se produit le plus souvent de ce fait qu’elle se trouve entraînée en avant par sa propre pesanteur. On voit alors recommencer les mouvements oscillatoires qui, très légers d’abord, deviennent de plus en plus intenses, jusqu’à entraîner le corps entier, lorsqu’ils ont atteint leur maximum d’intensité.

Mais si, après avoir avec précaution déposé l’animal sur la table, on fournil à sa tôle un appui, on faisant par exemple reposer son bec sur un bâton ou sur le doigt, on le voit rester Irampiille pendant une durée assez longue. 11 se lient alors souvent sur ses deux pattes, sans chercher un troisième point d'appui. Mais dès que le bec est privé de l’appui, on voit recommencer de nouveau les phénomènes qui viennent d’èlre déci’ils. La môme chose se produit lorsque, au lieu de déposer l’animal peu à peu et avec précaution, on le laisse tomber brusquement sur la table. Il fait alors de vains efforts pour conserver son équilibre, écarte les pattes et souvent aussi les ailes, cherche à s’appuyer sur la queue, tombe à la renverse une ou deux fois, et le tableau s’achève par l’apparition des mouvements oscillatoires de la tôte et des autres phénomènes concomitants qui viennent d’ôtre décrits. Lne fois calmé, le pigeon peut, si on le dépose avec précaution sur un doigt, y rester tranquille pendant quelque temps, à la condition seulement qu’on imprime au doigt de légers 'mouvements destinés à venir en aide à l’animal dans ses efforts de conserver l’équilibre.

Le vol, tout on étant possible, est rendu très difficile et limité à une très courte durée ; lorsque l’animal se heurte dans

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son vol à une résistance, il tombe subitement sur le sol. 11 n’est pas davantage capable de manger tout seul, mais doit être nourri artificiellement. Dans quelques rares cas, il apprend peu à peu à se nourrir tout seul au bout de quelques jours. Tel est le tableau qu’offre le pigeon pendant les premiers jours qui suivent l’opération. Vers le troisième ouïe quatrième jour, le tableau se trouve complètement changé, et le plus souvent on peut alors observer deux catégories de cas ; dans les cas réussis, les phénomènes diminuent d’intensité ; les mouvements oscillatoires de la tête persistent, mais ne deviennent jamais trop intenses et ne se transforment jamais en mouvements convulsifs généraux du corps entier. L’animal ne tombe que lorsqu’il court vile et conserve son équilibre avec peu d’effort quand il se relève. Le col est encore maladroit, mais possible. L’animal se nourrit tout seul et finit peu à peu par se remettre complètement. Quelques-uns de ces animaux ont été encore observés plusieurs mois après l’opération : on ne pouvait le plus souvent les distinguer des animaux non opérés que d’après les mouvements oscillatoires de la tète qu’ils présentaient de temps à autre.

Ainsi que je l’ai dit, on n’observe une issue aussi favorable que dans les cas, où on a réussi à sectionner proprement les canaux, sans produire la moindre hémorrhagie. Si ces conditions n’ont pas été remplies, on voit, vers le quatrième ou le cinquième jour, l’animal rester tranquillement couché dans un coin, ayant la tète dans l’attitude caractéristique de toutes les opérations de ce genre' sur les canaux semi-circulaires. La tète est notamment tournée de telle façon que le bec se trouve dirigé en haut (le plus souvent à gauche), tandis que l’ccciput, dirigé en bas, est solidement appuyé sur le sol. Dans celte attitude, l’animal reste tout à fait tranquille (planche 1, fig. o). Mais dès qu’on trouble son repos, surtout lorsqu’on essaie de donner à sa tète, l’altitude normale, on voit recommencer les violents mouvements oscillatoires, qui se transforment bientôt en mouvements de manège, déplacements violents et désordonnés de tout le corps et ainsi de suite.

■ Ces mouvements durent jusqu’à ce que l’animal complètement épuisé se heurte à un obstacle ; il reprend alors la posi-

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lion calme clans laquelle il se Irouvail avant, avec rallitude de la lôlc qui a élé décrite.

Le tableau que présentent les animaux après la section des canaux vei-licaux ressemble à celui qu’on observe à la suite des lésions des canaux borizonlaux parce trait, que dans ce cas aussi il faut sectionner les canaux des deux côtés si l’on veut provoquer des mouvements persistants. La différence essentielle entre les résultats obtenus dans les deux cas consiste dans le caractère des troubles moteurs. Les rnovvemenls de la tête et ceux du tronc se distinguent manifestement de ceux décrits plus haut.

Pour ce qui est d’abord des mouvements de la tête, la direction est toute différente. Alors qu’après la section des canaux semi-circulaires horizontaux la tète se déplace dans un plan horizontal de droite è gauche et de gauche ù droite, l’animal exécute, a[)rès la section des canaux verticaux, des mouvements do haut en bas et de bas en haut; c’est-à-dire dans un plan vertical, j)erpendiculaire au premier. L’axe autour diupicl s’accomplissent les mouvements après la première de ces opérations, est pai'allèle à la direction du canal semi-circulaire vertical, l’a.\e au contraire, autour duquel la tète se déplace aj)rès la lésion des canaux semi-circulaires verticaux, est parallèle à la direction du canal setni-circnlaire horizontal. Dans quelques cas, où la section est accompagnée d’hémoi'i'hagie, on voit au début la tète se replier en bas, au point que l’occiput se trouve presque ti.\é à la nuque; mais au bout de quelque temps commencent généralement les mouvements oscillatoires de la tète autour d'un axe horizontal, tels que je viens de les déciire. Les mouvements oscillatoires faibles au début, deviennent ensuite de plus en plus intenses, au point (]ue le maximum se trouve atteint au bout de (1 à 8 mouvements. Alors surviennent aussides mouvements génél'aux du corps tout entier qui consistent le plus souvent en ce que le tronc tourne autour de son axe transversal, et toujours d'avant en arrière. Ces mouvements sont tellemcnts violents qu’on a l’impression que le corps tout entier se trouvait lancé en arrière par-dessus la queue, à la suite de l’impulsion en arrière que lui a communiquée le violent mouvement de la tète.

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C^hez les animaux opérés de la sorte le vol, lorsqu’il est possible, ne dure qu’un temps très court et est très maladroit. Les animaux restent tranquilles lorsqu’on fournit un appui à leur tète ; ils n’en éprouvent pas moins, même alors, une certaine difficulté à maintenir leur équilibre et s’appuient très volontiers, soit sur la queue, soit sur une aile. On est obligé, pendant les premiers jours du moins, de les alimenter artificiellement. Au bout de trois ou quatre jours, ces animaux présentent le môme tableau que ceux dont on a sectionné les canaux semi-circulaires horizontaux. Mais les mouvements qui se produisent chez eux, dans cette période, à la suite d’un trouble apporté à leur repos (avec l’attitude de la tête décrite plus haut) présentent naturellement chez eux exactement le même caractère que celui dont il a été question plus haut. Lorsqu’on coupe tous les quatre canaux, on voit aussitôt survenir chez l’animal des mouvements violents de la tête, accompag'nés bientôt des mouvement forcés généralisés à tout le corps. Ces mouvements de la tête se distinguent de ceux que j’ai déciâts jusqu’ici. Ils s’accomplissent principalement d’avant en arrière et de droite à gauche, et inversement ; ce sont des mouvements pour ainsi dire en forme de vis, les animaux ayant l’air de vouloir visser leur bec dans le parquet. Les mouvements du tronc sont un mélange de mouvements de manège violents et convulsifs et de rotations du corps tout entier, soit autour de la queue, soit autour de la tète. La faculté de maintenir l’équilibre paraît complètement supprimée ; à chaque tentative d’accomplir un mouvement quelconque, tous les mouvements qui viennent d’être décrits font leur réapparition. Trois ou quatre jours après l’opération, les animaux restent couchés tranquillement, la tète dans l’attitude décrite à plusieurs reprises, l’occiput dirigé vers la poitrine et le bec en haut (planche 1, fig. 1).

Le troisième canal semi-circulaire, le sagittal est d’un accès plus difficile pour l’opération ; mais avec un peu d’exercice, on arrive à exécuter des opérations sur ce canal avec la même sûreté et la même précision que sur les deux autres. Aussitôt après la section du canal sagittal d’un côté, le pigeon exécute avec sa tète deux ou trois mouvements dirigés d’arrière en

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avant et de droite à gauche, ou inversement. Ces mouvements rappellent les mouvements oscillatoires de la tête des pigeons en marche, à cette exception près qu’au lieu de s’accomplir dans une direction droite, d’arrière en avant, ils ont lieu dans un plan diagonal. La section du canal correspondant du côte opposé provoque les mômes mouvements de la tète, mais plus violents et plus persistants. Le manque d’équilibre pendant la marche est plus prononcé qu’après la section des deux autres canaux. Le corps oscille, comme après la section des canaux verticaux postérieurs, autour de son axe transversal ; mais au lieu de faire des culbutes autour de la queue, il en fait autour de la tète. D’une façon générale, les troubles moteurs sont plus violents et ne disparaissent que lentement. Sous tous les autres rapports, l’évolution ultérieure de ces phénomènes est à peu près identique à ce fpi’on observe h la suitedela section des deux autres canaux semi-circulaires. C’est ainsique les mouvements involontaires, qui se produisent è la suite de la section de la troisième paire de canaux, diffèrent considérablement de ceux qui suivent la section des autres canaux. Pour déterminer le caractère des mouvements de la tète qui s’observent |chez le j)igeon avec le plus de netteté, nous dirons que la section de deux canaux semi-circulaires sqmélriques provoque des mouvements delà tête dans le plan des canaux opérés. Cette loi est absolue et ne soutire pas d’exception. Flourens a <léclaré la môme chose, quoiqu’en des termes différents.

Les mouvements de l’ensemble du corps présentent la mômedirection, mais sont moins faciles à analyser. Nous venons de voiiupi’après la section des deux canaux horizontaux le pigeon tourne autour de l’axe vertical de son corps, et cela soit en restant sur place, soit en exécutant des mouvements de manège; les mouvements s’accomplissent alors dans un plan horizontal. Après la section des canaux verticaux, le corps exécute des culbutes autour de la queue. Si on analyse de près les culbutes, on constate facilement qu’elles sont provoquées de la façon suivante : le corps du pigeon est lancé de bas en haut; il adopte alors une position à peu près verticale et se trouve dans une certaine mesure assis sur la queue ; mais comme les mouvements de la tête qui s’accomplissent

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de bas en haut persistent, tout le corps se trouve entraîné en arrière et le plus souvent le pigeon exécute une culbute et retombe sur le dos. On le voit, le mouvement principal du corps a lieu dans un plan vertical, parallèle au canal semi-circulaire vertical postérieur.

En ce qui concerne les suites de la section du canal sagittal, nous avons déjà vu qu’elle donne lieu à des mouvements de la tête qui se produisent dans une direction diagonale et sont dirigés d’arrière en avant et de droite à gauche, ou inversement. Le corps a une tendance à tornber en avant, mais entraîné par les violents mouvements pscillatoires de la tête, il dépasse le but et culbute par-dessus la tête. D’une façon générale, le mouvement s’accomplit dans un plan parallèle à la direction des canaux sagittaux.

I 4. — Destructions unilatérales des canaux semi-circulaires.

Lme autre série d’expériences à été faite dans le but d’étudier les effets d’une section unilatérale des canaux semi-circulaires. La connaissance exacte de ces effets est d’une importance capitale pour ma conception du système des canaux comme servant d’organe d’orientation dans l’espace. La section de tous les canaux semi-circulaires exécutée d’un côté provoque principalement chez le pigeon, en plus des mouvements passagers de la tète, qui suivent immédiatement la section de chaque canal, des déplacements de la tête, qui se trouve inclinée vers le côté opéré, et des faux pas pendant la marche rapide. On observe encore souvent des mouvements de manège, au cours desquels la tète garde son attitude inclinée. Dans beaucoup de cas, tous ces troubles moteurs disparaissent peu à peu, et à l’état de repos, ces pigeons no se distinguent en apparence que très peu de pigeons normaux : chez d’autres animaux, l’attitude oblique' de la tête persiste même au repos. Mais on voit presque toujours reparaître ces troubles, lorsque les animaux sont brusquement incités à exécuter des mouvements. Ces troubles ne sont cependant pas accompagnés nécessairement d’une modification de Dk Gvon. — OreiUo.

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rallilucle oblique de la tête (planche I, fig. 1, 3 et 7).

A la suite de toutes les opérations qui sont exécutées sur les canaux d’un seul et môme côté, ou sur les canaux non symétriques des deux moitiés de la tête, on observe pendant la marche un phénomène singulier : h chaque pas que fait le pigeon, une de ses pattes se replie sous le corps; un observateur non prévenu pourrait même croire que la patte est cassée. Il m’a été souvent diffîcile à moi-môme de me préserver d’une pareille erreur, et j’ai été obligé de m’assurer par l’inspection que la patte était intacte. Ces phénomènes rappelleraient au médecin la démarche caractéristique des ataxiques dont les jambes se rej)lient également pendant la marche à cause des contractions musculaires excessives. Dans les cas de lésions unilatérales, ce repliement delà patte se produit du côté correspondant ô celui des canaux lésés ; dans ceux des lésions bilatérales mais non symétriques, il se produit du côté où se trouve le |)lus grand nombre des canaux lésés.

11 est utile de l'appeler ici qu’Ilermann Munk a eu la chance d’observer, un cas ti'ès rare d’absence congénitale des canaux semi-circulaires d’un côté; il a constaté chez ce pigeon l’attitude particulière de la tête dont il a été question plus haut et dans lacpielle le bec était dii'igé en haut, comme à peu près sur la (igurc 1. I.-R. Ewald qui a étudié et décrit, quinze ans plus tard, les sections unilatérales du labyrinthe chez le pigeon, a obtenu d’une façon générale les mêmes résultats.

§ 5. — Ablation de tous les six canaux semi-circulaires chez des pigeons. — Méthodes opératoires.

.\ous avons déjà dit que la plupart des expérimentateurs qui ont travaillé sur les canaux semi-circulaires ont évité d’expérimenter sur les canaux isolés. Afin d’éviter des opérations délicates ils se contentaient, le plus souvent, de supprimer d’un seul coup tous les canaux semi-circidaires. Pour simplifier encore davantage leurs opérations, ils préféraient détruire le labyrinthe tout entier et considéraient une opération aussi grave comme équivalente à la suppression des canaux semi-circulaires. Goltz a été le premier à pratiquer

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une destruction aussi brutale du labyrinthe de l’oreille et à tirer de cette opération, qui était accompagnée des nombreuses lésions secondaires, des conclusions toutes erronées. Ses successeurs, sans en excepter même son élève Ewald, tout en se servant pour la destruction du labyrinthe de méthodes plus soigneuses, n’en 'ont pas moins commis la même confusion entre deux interventions ditïérentes. Ceci ne les a pas empêchés d’ailleurs de tirer des expériences faites, dans de telles conditions, les conclusions les plus vastes sur les fonctions des canaux semi-circulaires. Pleins de confiance dans l’exactitude des données que Flourens, moi et mes élèves Solucha et Bornhardt nous avons obtenues grâce â notre expérimentation sur les canaux semi-circulaires isolés, Ewald, Breuer et autres se contentaient de les confirmer simplement, sans se donner la peine d’opérer isolément eux-mêmes. Ce qui explique leurs explications erronnées des phénomènes qu’ils n’avaient jamais observés. Et pourtant les méthodes employées par moi, mes élèves, et aussi par Spamer et d’autres, n’offrent pas en réalité de difficultés insurmontables. Mes méthodes opératoires ont été décrites exactement et jusque dans leurs moindres détails, aussi bien dans mes travaux sur le sens de l’espace que dans ma Méthodique des expéi'iences et des vivisections phijsiologiques. Citons ici textuellement, d’après ce dernier ouvrage, ce qui se rapporte aux opérations sur les canaux semi-circulaires du pigeon.

« La situation profonde des canaux semi-circulaires, ainsi que le voisinage immédiat du cervelet, c’est-à-dire d’un organe, dont les lésions entraînent des anomalies motrices si prononcées, exigent dans ces expériences la plus grande prudence. Pareille prudence est d’autant plus nécessaire que les opérations, dont il s’agit, sont pratiquées le plus souvent sur le pigeon, chez lequel une hémorrhagie survenant pendant qu’on recherche les canaux semi-circulaires amène inévitablement des infiltrations sanguines des os du crâne, des méninges et du cervelet. Ces infiltrations sont dues à l’exiguïté des parties et aux anastomoses qui existent entre les vaisseaux sanguins et à la finesse des parois osseuses dans laquelle sont encastrés les canaux ainsi que les vaisseaux sanguins du

cervelet. La première condition d’une expérience probante sur les canaux semi-circulaires consiste ainsi dans leur mise au jour, sans la moindre perte de sang. Une pareille mise au jour est en outre absolument indispensable, afin de rendre possible une expérimentation élégante sur chaque canal semi-circulaire isolé, ainsi que l’observation nette et précise des anomalies motrices provoquées.

« Le meilleur moyen d’immobiliser les pigeons consiste à les envelopper dans une serviette, dont on fixe le bord libre avec des épingles de sûreté. 11 est nécessaire de rétrécir l’orifice autour du cou, afin que le pigeon ne puisse ni rentrer sa tête, ni faire trop avancer son corps. Ün fixe la tète en plaçant le bec entre l’index et le médius, de telle façon que la surface dorsale de l’index se trouve sous le maxillaire inférieur et la surface ventrale du médius sur le côté nasal du bec. (U faut veiller û ce que les orifices nasaux ne soient pas obstrués.) On peut alors, avec le pouce et l'annulaire de la môme main, tendre la peau de la tête, écarter les bords do la ])laie, etc. Dans des opérations qui durent assez longtemp.s et où la tète doit être bien fixée, sans que les animaux se trouvent serrés, sans pourtant que leur respiration soit gênée, il est souvent préférable de maintenir la tête, au niveau des deux temporaux, avec le pouce et l’index de la main gauche. Si l’on veut pendant l’opération avoir les deux mains libres, on introduit le bec dans un entonnoir en bois ouvert des deu.x côtés, où on le fixe à l’aide d’un lien en caoutchouc ou à l’aide d’une paire de sutures faites à travers la peau de la tête. En sectionnant la peau, on doit éviter autant que possible de blesser les fins vaisseaux sanguins qui se trouvent, au niveau de la ligne de réunion des deux moitiés de la musculature de la nuque. Pour éviter pareil accident, on forme de cette peau un pli transversal et on la coupe avec des ciseaux, ou bien, après avoir refoulé la |)eau de la tête sur la partie de la voûte crânienne dépourvue de muscles, on la sectionne ici avec un couteau tranchant.

« Les muscles insérés sur l’occipul sont très riches en vaisseau.v, et leiu’s lésions avec des instruments tranchants provoquent des hémori'hagies abondantes. Les vaisseaux sont

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parliculièrement développés au niveau de la ligne médiane et au milieu du trajet longitudinal de leurs fibres. Aussi ne doit-on, jamais se rapprocher de la ligne médiane ou léser les muscles à une profondeur dépassant de 3 à 5 millimètres leur insertion supérieure Le meilleur procédé consiste à se frayer une voie vers l’enveloppe osseuse en suivant la limite qui sépare le bord externe du muscle large de la nuque et le bord interne d’un muscle plus étroit qui s’insère dans son voisinage. Cette limite est nettement indiquée par une raie blanchâtre. A l’aide d’une aiguille mousse, on sépare avec précaution les deux muscles et, en refoulant lentement en dedans le bord externe du muscle plus large, on tombe sur l’enveloppe osseuse sous laquelle apparaît le point de croisement du canal horizontal avec le petit canal vertical. Si l’on veut mettre l’os à nu sur une étendue plus grande, ce qui est d’ailleurs nécessaire lorsqu’on opère sur le canal sagittal, on détache de l’os et décoiqie avec des ciseaux fins l’insertion supérieure du muscle large, en commençant par son bord externe. Mais dans un cas comme dans l’autre, on doit enlever en môme temps le périoste, afin de ne pas blesser les fibres musculaires.

« Si toutes ces manipulations sont exécutées avec soin, l’opération ne doit amener aucune perte de sang. La fine lamelle osseuse d’une transparence vitrée, qui sert de voûte à la cavité formée de cellules osseuses et qui renferme les canaux, reçoit un vaisseau sanguin qu’on évitera avec soin, lorsqu’on soulèvera la voûte. Ce vaisseau parcourt un trajet courbe ; parallèle d’abord à cette portion du petit canal vertical qui est située au-dessus du point de croisement, il se dirige ensuite en arrière et en haut et parvient à une petite distance au-dessus de la partie postérieure du canal horizontal. Aussi doit-on ménager dans ces passages la voûte, qu’on ouvrira do préférence au niveau de l’angle postérosupérieur du croisement que forment les canaux horizontal et vertical. Le moyen le plus commode d’ouvrir la voûte consiste à introduire d’abord la pointe d’une des branches d’une fine pince et à faire ainsi sauter un petit

1. lîwald a construit sur ce i>rincipe uii petit appareil pour la fi.xalion du pigeon.

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morceau d’os, üii enlève ensuite avec la môme pince le reste de la voûte, dans les limites tracées par le trajet des vaisseaux, ainsi que les cellules osseuses qui entourent les canaux. Dans les deux angles antérieurs de la croix, cette ablalion des cellules osseuses peut ôtre faite sans hésitation ; on y pénètre dans la profondeur, jusqu’aux ampoules, dont l’accès est très facile par l’ang-le antéro-inférieur.

« On doit procéder avec plus de précaution pour la mise à nu des angles poslériews. Pour ce qui est de l'inférieur de ces angles, on fera mieux de l’éviter complètement, l’ablation de la voûte étant ici presque impossible sans hémorrhagie. La seule précaution û observer lors de la préparation de l’angle su pé rieur coi\s\?Xc à ménager au niveau du bord postérieur, le vaisseau sanguin adjacent au canal osseux. Ce vaisseau sanguin s’incurve en bas, exactement au niveau du point de ci’oisement, et longe ensuite la partie postérieure du canal horizontal inférieur, ün peut encore pénétrer facilement jusciu’aux ampoules |)arl’angle postéro-supéi'icur de la croix. Le canal scmi-circulaii'c sagittal (que j’avais d’abord déclaré comme didicilement accessible, à cause de la lésion concomitaid.e du cervelet qui se trouve en contact immédiat avec la paroi postérieure de son canal osseux) est également d’un, accès facile, ainsi que j’ai pu m’en assurer à la suite d’un exercice plus pr-olongé. Le vaisseau qui l’accompagne étant plus facile à éviter pendant l’opération que le vaisseau adjacent au canal horizontal, il en résulte que sa section est souvent môme plus facile que celle de ce dernier. On ne doit seulement pas le chercher ti-op loin en arrière, mais plutôt dans l’angle |)Osléro-supéricur, près du point d’incurvation visible du petit canal semi-circulaire vertical.

« Une fois les canaux osseux suffisamment mis à nu, on peut exécuter sur eux les opérations ultérieures avec une grande aisance. Si l’on ne veut observer que les suites de la section pure et simple, on fera bien d’ouvrir le canal osseux avec précaution dans un endroit, à l’aide d’une pince fine» pointue, mais très élastique. On se gardera bien toutefois de briser l’os en une seule fois, mais on l’amincira en raclant

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légèrement, jusqu’à ce qu’il se produise un petit trou. La lymphe ne s’écoule pas par cet orifice et on peut avec un éclairage convenable percevoir une pulsation de ce liquide déterminé probablement parle vaisseau sanguin, qui parcourt le canal membraneux, d’une manière analogue aux pulsations visibles du liquide cérébro-spinal. On pénètre dans l’orifice ainsi pratiquée avec des ciseaux fins, dont les pointes sont écartées l’une de l’autre, de façon à se trouver en contact avec les bords opposés de l’orifice et, qu’en pénétrant plus en avant, elles puissent saisir et couper le canal membraneux. Ün obtient de cette façon une section aussi propre que possible du canal semi-circulaire. Un procédé moins élégant, mais tout aussi sûr, consiste à sectionner simultanément avec dés ciseaux fins le canal osseux et le canal cutané. Ceci peut se faire sans le moindre danger d’bérnorrliagie, lorsqu’on sectionne le petit canal vertical au-dessona et l’ horizon/.al^ en avant du point de croisement, c’est-à-dire en des points où ni l’im ni l’autre ne sont accompagnés de vaisseaux sanguins. Lorsqu’on seclionne le grand canal vertical (le sagittale) ou les canaux (|ui viennent d’être nommés, mais en des points autres que ceux que j’ai indiqués, on doit bien diriger les mouvements des branches des ciseaux, afin de ne pas blesser de vaisseaux. On introduit d’abord avec précaution les pointes des ciseaux, le long du canal semi-circulaire osseux, jusqu’à l’enveloppe osseuse des vaisseaux qui l’accompagnent et on ne referme les ciseaux que lorsqu’on est sûr de ne pas saisir en môme temps le vaisseau. Si on n’est pas sûr de sa main on procédera de la façon suivante : après avoir pratiqué, de la manière qui vient d’être décrite, un petit orifice dans le canal semi-circulaire osseux, on l’élargira quelque peu, en enlevant avec la pince de petits morceaux d’os sur les bords, et, après avoir introduit une fine aiguille sous le canal cutané, 011 le soulèvera un peu. On pourra alors le sectionner en toute sécurité à l'aide de ciseaux fins. Dans les expériences servant aux démonstrations, on peut encore sectionner les canaux semi-circulaires, en les écrasant avec une pince, en mê/me temps que l’enveloppe osseuse. »

Outre les sections, on peut encore pratiquer sur les canaux

L ou un, LE

semi-circulaires mis ù mi, avec beaucoup d’élégance el de sécurité, un grand nombre d’autres opérations. Si la mise à nu s’est faite sans hémorrhagie, on pourra introduire à travers deux petits orifices faits dans le canal osseux, deux électrodes en fil d’oi’ et en forme de crochets, on pourra aspirer la lymphe à l’aide d’une fine seringue de Pravaz, ou faire des injections dans ces canaux, appliquer des baguettes réchauffées ou refroidies, exercer des e.xcitations mécaniques avec des piqûres d’épingle, etc. En revanche, toute hémorrhagie, môme la plus légère, produit, grâce à l’infiltration du sang dans le tissu osseux spongieux, une plaie rougeâtre dans laquelle les opérations un peu délicates rencontrent les plus grandes difficultés. Les petites hémorrhagies qui se produisent lors de 1 ablation des muscles doivent être arrêtées par la compression à l’aide de petiteS éponges ou de pengavar, avant qu’on commence l'ablation de la voûte osseuse.

N’étaient l’cxtrôme délicatesse et la petitesse de ces parties, les manipulations sur elles seraient assez faciles. Avec de bons yeux et un doigté fin, on peut obtenir ici des résultats remarquables. C’est ainsi qu’on peut avec une pince fine extraire, â travers de petits orifices dans les canaux osseux, tous les canaux semi-circulaires cutanés avec leurs ampoules (des deux cotes). 7\insi que le montre l’examen sous le microscope, on y réussit sans occasionner de ce coté des solutions de continuité. Mais pour obtenir ce résultat, il est absolument indispensable de faire sauteries canaux semi-circulaires osseux, sans produire la moindre hémorrhagie.

La réaction immédiate consécutive à une pareille destruction de tous les canaux semi-circulaires cutanés est d’une violence telle, qu’il est à peu près impossible de donner une description exacte des mouvements incessants qui s’emparent de l’animal.

Le pigeon no peut alors ni se tenir debout, ni rester couché, ni voler, ni exécuter un mouvement combiné quelconque, ni conserver, ne serait-ce que pendant un instant, l’attitude qu’on lui imprime. Tous les muscles do son corps se contractent violemment, il exécute les sauts les plus périlleux

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lanlül en arrière, lanlôl en avant, tourne autour de son axe longitudinal, s’élance en l’air et retombe sur le sol, pour se livrer ensuite de nouveau aux mêmes mouvements. Si on ne le retenait pas, il ne tarderait pas à se briser la tète contre le premier obstacle rencontré. 11 faut un effort relativement considérable, pour le maintenir au repos.

Afin de conserver les pigeons après cette opération, je les enveloppais dans des serviettes, de telle sorte que les mouvements oscillatoires de la tête ne pouvaient ni persister, ni se renouveler. Ainsi immobilisés, je les déposais dans un hamac destiné spécialement à recevoir les pigeons atteints de CCS affections des canaux semi-circulaires. Mais malgré ces mesures de précaution, il m’arrivait encore de trouver les pigeons morts dans un coin du laboratoire. L’autopsie révélait de nombreux épanchements sanguins sous les méninges, provoqués par les coups que le pigeon avait reçus en frappant la tête contre le sol. La violence des contractions musculaires était telle que les pigeons, malgré qu’ils eussent été enveloppés dans une serviette, n’en purent pas moins se jeter du hamac sur le sol et s’y rouler jusqu’à ce que les lésions mortelles du cerveau aient mis fin à leurs souffrances. Une pareille véhémence des mouvements ne se maintient que pendant les trois ou quatre premiers jours qui suivent l’opération. Cet intervalle écoulé, on peut sans danger débarrasser le pigeon de ses bandages et l’abandonner à lui-même dans son hamac. L’impossibilité de se tenir debout ou de marcher persiste, mais les convulsions produites par toute tentative de changer de place sont beaucoup moins violentes; l’animal réussit à se calmer en dehors de toute intervention étrangère. Pendant toute la durée de cet état, qui comporte de cinq à dix jours, le pigeon apprend, après qnelques tentatives infructueuses, à se maintenir tranquillement dans une attitude voulue. 11 peut même se maintenir debout, en se servant de ses trois points d’appui. Les mouvements involontaires reviennent encore, il est vrai, toutes les fois qu’il veut changer d’attitude, mais il réussit déjà à les réprimer avec plus de facilité. Lorsque le pigeon est arrivé à ce degré de convalescence, je le laisse se promener sur le plancher. Mais c’est dans cet état qu’il est

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