CHAPITRE PREMIER
TACTILITÉ ECTODERMIQUE
Les surfaces tactiles ectodermiques les plus simples sont les surfaces planes. La tactilité la plus élémentaire est représentée par la dé-
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pression qu’éprouve la surface tactile sous l’empreinte d’un contact. Toutes les surfaces tactiles subissent incessamment une pression, par le fait môme de l’immersion dans un milieu pesant. Or, ce n’est pas tant la pression elle-même qu’apprécie la surface tactile, dont la sensibilité s’émousse vite, que la variation de la pression qu’elle subit. Le contact d’un corps est une variation de la pression perçue, et dans sa formule la plus simple, nous dirons que la tactilité est moins l’analyse des pressions que celle de leurs variations.
I^es conditions de la tactilité restant les mêmes pour toute surface sensible, les chances de perception, d’exercice tactile varieront directement avec la forme de la surface.
Une surface plane devra en quelque sorte attendre les contacts qui intéresseront immédiatement la périphérie du corps de l’animal.
Une suface convexe ira au devant des contacts, augmentant la sphère de tactilité périphérique ; et par surfaces tactiles convexes nous entendrons toutes les formations saillantes, depuis les boutons les plus obtus jusqu’aux prolongements les plus déliés. Il est évident que le réseau protoplasmique qui entoure au loin le corps du Rhizopode développe le domaine de la tactilité dans des proportions relativement énormes ; de même les longs filets pêcheurs, les gi-
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gantesques tentacules de certains animaux pélagiques. En outre, comme les appareils tactiles convexes sont généralement mobiles, le champ de la tactilité périphérique pourra incessamment varier, ce qui constitue un immense avantage à tous égards.
Si loin que puisse s’étendre cette tactilité prolongée, le tact immédiat atteint forcément ses limites, et le contact cesse naturellement au delà d’une certaine portée. C’est ici qu’intervient une sorte de tact à distance, qui est en réalité le tact immédiat adapté à la perception tactile des modifications du milieu interposé entre l’objet à percevoir et le protoplasme percevant. Le tact n’étant que la perception des variations dans la pression supportée par la périphérie, l’objet hors de la portée du tact immédiat ne pourra se révéler que s’il fait varier la pression subie par la surface tactile, c’est-à-dire s’il ébranle le milieu interposé. L’ébranlement est en effet perçu comme variation plus ou moins périodique de la pression. La perception des ébranlements est donc du ressort absolu de la tactilité, puisqu’il s’agit de percevoir par tact immédiat les variations de pression du milieu en contact avec la surface tactile percevante. Le tact à distance se réduit donc à un tact immédiat opérant sur les variations de pression du milieu interposé.
Le milieu en contact ne peut être que solide,
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— ou fluide, c’est-à-dire liquide ou aérien. Définissons :
1) S’il s’agit d’un milieu solide, ou fluide, la variation de pression détermine la sensation de contact; c’est le toucher proprement dit.
2) Si cette variation de pression du milieu solide présente un caractère périodique, il y a sensation de trépidation ; c’est ce que nous appelons perception sismesthésique (de aEtapoç, trépidation).
3) Si maintenant c’est d’un milieu fluide que viennent les variations de pression du contact, il y a perception de pesanteur, de pression plastique en quelque sorte; nous dirons qu’il y a analyse baresthésique.
4) Enfin, si ces variations de pression du milieu fluide affectent un caractère périodique, il y aura sensation seisesthésique (de aetaïc, ébranlement).
Ce sont en réalité différentes formes du tact, mais il nous est indispensable de les définir et de les classer dès maintenant, car si le toucher proprement dit reste l’apanage des formations tégumentaires externes, ou internes, nous trouvons dans l’oreille les perceptions sismesthésiques, baresthésiques et seisesthésiques précédant de beaucoup l’audition, qui n’est qu’une perception particulière de l’ébranlement du milieu, c’est-à-dire des variations périodiques de pression.
Bonnier — Oreille, II
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5) Ces différentes formes de la tactilité ont toutes une propriété importante qui est de définir le lieu des points de la surface intéressés par la tactilité immédiate ou médiate, et de localiser le contact ou d’orienter la provenance de l’ébranlement communiqué. C’est cette fonction importante, et aussi ancienne que la tactilité elle-même, que nous nommerons Y orientation objective. Elle fournit l’image tactile analysée dans sa distribution, sa forme, ses dimensions. Nous étudierons ses modes d’exercice, qui varient avec la forme même de la surface tactile.
6) Enfin, par la même opération qui définit pour l’animal, grâce à l’orientation objective, la distribution dans l’espace ambiant et par rapport à lui-même, des objets qui provoquent les contacts ou émettent l’ébranlement, l’animal se localise et s’oriente de lui-même dans son milieu objectivement défini, et celte fonction est {'orientation subjective.
Telles sont six des fonctions que nous trouvons dans le toucher proprement dit au début même des formations ectodermiques. Leur développement remarquable va nous fournir quelques notions sur l’origine des fonctions auriculaires les plus différenciées et les plus parfaites.
Pour comparer entre eux les champs sensoriels des différentes surfaces tactiles, ne considérons que les contacts ou les ébranlements in-
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téressant perpendiculairement la surface. Nous voyons aussitôt que le champ le plus limité sera celui des surfaces tactiles planes; puis viendra celui des surfaces convexes ou concaves fixes, dont le champ sera beaucoup plus étendu, grâce à la courbure même des surfaces accueillant un grand nombre d’incidences normales, droites pour les surfaces convexes, croisées pour les concaves. Enfin viendront les surfaces concaves ou convexes, ou même planes, douées de mobilité, c’est-à-dire pouvant varier indéfiniment l’orientation de leurs champs sensoriels respectifs.
Dès que l’animal analyse, il localise. Ce sens de l’espace apparaît avec la sensibilité; c’est à lui qu’appartient la première distinction entre le subjectif et l’objectif. Celte fonction de localisation, d’orientation, n’est pas plus simple que le toucher, elle est réalisée par une double opéralion. En effet, le lieu des points perçus est défini d’abord par la distribution de l’image dans le champ sensoriel, et ensuite par l’orientation du champ sensoriel lui-même par rapporta l’individu.
Je touche un objet du bout du doigt, l’image tactile se fait dans le centre correspondant à l’extrémité de celui de mes doigts qui a touché; c’est là l’orientation dans mon champ de tactilité tégumentaire; mais ici encore je ne sais rien
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de la position objective de l’objet par rapport à moi, si je ne possède en même temps la représentation de l’altitude de mon bras, de mon avant-bras, de ma main et de mon doigt au moment du contact. Par ces deux opérations combinées je localise ; je ne puis le faire sans elles.
L’orientation objective comprend donc :
i° la localisation ou l’orientation dans le champ sensoriel ;
2° l’orientation du champ sensoriel lui-méme.
La première opération donne des images sensorielles d’aspect objectif; la seconde repose sur des images purement subjectives d’attitude ou d’exposition.
Ces images d’attitudes segmentaires jouent un rôle important non seulement dans l’orientation objective, mais dans l’équilibration et dans toute la motricité appropriée. Nous verrons quelles images fournit l’oreille et quel rôle considérable elles sont appelées à jouer dans l’idéation motrice en particulier.
Nous aurons à étudier toute l’évolution de celle fonction véritablement primordiale, puisqu’elle commande la motricité, et que la motricité n’est que la réalisation d’altitudes systématiques ou autres et que la psychomotricité n’est aussi que la réalisation d’images d’attitudes et leur exécution par l’appareil moteur. Mais revenons aux formes simples.
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Aussi loin que l’on remonte dans la série des êtres organisés, si simples que soient les êtres qu’on examine, nous ne trouvons pas trace de sensation sans qu’il y ait manifestement localisation objective ; plus les appareils sensoriels se simplifient, plus cette duplicité de fonctions qui analysent et localisent apparaît dans son évidence et sa généralité.
Nous avons donc rapidement défini les formes premières du tact; il s’agit maintenant d’examiner les appareils et leurs adaptations physiologiques. Pour cela nous nous bornerons à passer en revue une série de formations simples et typiques, qui nous mèneront de l’ectoderme le plus primitif à Foreille de l’homme, et dont les fonctions déjà complexes, bien qu’irréductibles, sont les formes ancestrales en quelque sorte des délicates attributions que nous aurons à étudier dans le labyrinthe des animaux supérieurs.
Il est impossible d’étudier une filiation physiogénique régulière de toutes les formations qui, de l’ectoderme simple, conduisent à l’oreille du Vertébré supérieur, sans briser incessamment la sériation non seulement des espèces, mais même celle des formations analogues et homologues. Nous préférons classer ces formations sensorielles, physiologiquement homologues, en groupes de définition facile, nous réservant d’observer la filiation morphogénique et physio-
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génique à l’intérieur de chaque groupement. Nous éviterons ainsi des enjambements pénibles et de continuelles confusions. Ces groupements seront :
i° les organes marginaux ;
2° les organes centraux ;
3° les organes otocystiques ;
4° les organes latéraux ;
5° les organes labyrinthiques.