CHAPITRE
LES ORGANES CENTRAUX
Nous passerons maintenant à un groupe d’animaux tout à fait différents, dont le type morphologique n’a aucun rapport avec celui des Cnidaires dont nous avons examiné les organes marginaux. Ils ont, à notre point de vue, ceci de particulier que l’appareil à otolithes est central et placé au pôle opposé à celui qu’occupe la bouche ; seulement l’un de ces types est aplati dans le sens vertical, de telle sorte que la bouche se trouve rapprochée de son organe dorsal, tandis que l’autre est au contraire allongé dans le sens vertical et son organe otolithique est né-
LES ORGANES CENTRAUX
cessairement éloigné de l’orifice buccal. D’autre part, l’organe otolithique est central, impair et médian. C’est ce caractère important qui, avec quelques autres, a permis à Lang de rapprocher les Turbellariès Polyclades des Cténophores.
Le premier type est fourni par Cœloplana Metchnikowi, décrit par Kowalewsky, et par Cténoplana Kowalewskyi , décrit par KorotnefT. Sur la face dorsale de l’animal se trouve une excavation entourée de prolongements tenlaculiformes,etau fond de laquelle l’épithélium se transforme. Vers le niveau moyen il s’élève en cellules à bâtonnets, cylindriques, et garnies de cils raides, qui convergent vers le centre de l’excavation et soutiennent un amas otolithique rnûriforme, qui reste ainsi suspendu [fig. 27).
Cette formation de cellules ciliées soutenant l’otoli the rappelle exactement ce que nous avons vu précédemment chez certaines Méduses dont les organes marginaux, en forme de vésicules, porlent sur leurs parois internes des boutons épithéliaux ciliés dont la garniture ciliaire sup-
PHYSIOGÉNIE
porte la cellule à otolithe (Voyez Obelia, Æquorea, Mitrocoma, etc.). Sous cette rangée de cellules ciliées, on trouve une sorte de bloc, de cellules coulées ensemble indifféremment, puis un bourrelet de cellules en faisceau serré, et enfin, tout au fond et centralement, un bouton médian cilié, dont les cils ne semblent pas atteindre Potolithe, ou en ont été séparés sur la préparation.
Le nerf s’étale sous l’appareil, formant des amas ganglionnaires sous les boutons ciliés.
Dans l’autre type, chez le Cténophore ( Cailla rina ), l’excavation, également centrale, sur-
Fisr 28
montée non plus de prolongements tentaculaires, mais de soulèvements montueux, est recouverte d’un voile en forme de cloche, formé par la conglomération du chevelu ciliaire de l’épithélium du pourtour (fig. 28). C’est donc la première apparition d’une membrane operculaire dont nous trouverons d’autres aspects remarquables dans les formations labyrinthiques.
LES ORGANES CENTRAUX
Celle cloche est percée à sa base de six orifices, dont quatre correspondent aux côtes qui convergent vers l’organe central. Ces quatre côtes se terminent vers le centre de l’excavation en quatre bourrelets épithéliaux. A des points symétriques de ces quatre bourrelets, des boutons ciliés émettent quatre gerbes de cils conglomérés comme ceux du vélum et qui forment quatre ressorts supportant la masse d’otolithes au-dessus du coussinet épithélial.
Tout ce coussinet épithélial qui forme le fond de l’organe est identique aux boutons isolés de l’organe de Ctenoplanci. 11 y a simplement confluence. Les ressorts sont homologues des faisceaux qui soutenaient l’otolithe dans la formation précédente, l’otolithe est de même aspect. Comment fonctionnent ces organes?
La merveilleuse délicatesse de suspension de la masse otolilhique lui assure une grande liberté d'inertie. Le moindre ébranlement la fait osciller. De plus, le moindre mouvement de l’animal fait également remuer l’otolithe suspendu. Le sens du recul de l’appareil suspendu, son frottement sur la papille du fond de l’organe indiquent à l’animal la valeur de son accélération, le sens du mouvement exécuté, sa force, etc. D’autre part, les orifices creusés à la base de la cloche au niveau des côtes doivent, à chaque mouvement de l’animal, donner passage
PHYSIOGENIE
à des veines liquides entrantes ou sortantes selon le mouvement, et par conséquent à de véritables courants endolymphatiques agissant sur l’inertie de la masse otolithique. Remarquons que les côtes, avec leurs palettes natatoires, sont précisément des appareils de locomotion. Quant au premier groupe, il est formé d’animaux rampants et cette délicatesse devient inutile.
Il est donc facile de comprendre comment ces remarquables appareils réalisent les fonctions sismesthésiques, seisesthésiques, et par quelle régulière distribution de l’épithélium papillaire est obtenue l’analyse dans l’orientation tant objective que subjective. Cette fonction statique que nous avons étudiée dans notre thèse, en 1890, a fait l’objet de remarquables recherches de Verworn l’année suivante.