‹ L'oreilleChapitre 35 sur 41 · LABYRINTHE DU CÉPHALOPODE · texte numérisé non relu

LABYRINTHE DU CÉPHALOPODE

L’otocyste de la Seiche, Sépia officinalis, a été étudié par Owsjannikow et Kowalewsky. Deux capsules symétriques accolées par leurs parties internes et dont les champs respectifs se trou- Fig. 4? vent supplémentaires

entre eux, sont situées immédiatement sous les ganglions sous-œsophagiens. Cette description, comme toutes celles qui suivront, sera exclusivement physiologique

{fia- 48)-

La cavité labyrinthique peut se diviser en deux paities. L’une in* féro-interne présente des parois garnies d'un certain nombre de bornes proéminentes dressées vers le centre de l’appareil sans toutefois l’at-

PHYSI0GÉN1E

teindre, et, quelle que soit leur véritable destination, ont certainement pour effet de décomposer les mouvements du liquide par rapport à la paroi quand celle-ci se déplace angulairement.

Sur la partie de la paroi qui devienl la plus basse quand l’animal se déplace se trouve une macule neuro-épithéliale formée de cellules ciliées avec otolithes. Nous nommerons ulricule cette partie de l’otocyste, avec sa macule et ses nerfs utriculaires.

L’autre partie est formée par un large sillon courbe étendu dans un plan oblique par rapport au sagittal, et l’une de ses extrémités (a), dilatée en ampoule, est barrée transversalement par une crête ampullaire neuro-épithéliale à laquelle aboutit un rameau ampullaire. Cette crête décrit elle-même un demi-cercle.

Cette disposition correspond évidemment au mode de locomotion de la Sépia. Pour chaque otocyste, les mouvements angulaires dans le plan ou à peu près dans le plan du sillon semicirculaire permettent au liquide de tourner daas son intérieur. On sait en effet qu’un liquide, même visqueux, met toujours une certaine indocilité à obéir aux mouvements que décrit son récipient quand il peut s’y soustraire. Dans un flacon sphérique qu’on fait tourner autour de son centre il semble que le liquide ne prend aucune part au mouvement du verre et que le

LES ORGANES LABYRINTHIQUES

contenant tourne autour du conlenu sans parvenir à Fentrainer dans son mouvement de giration. Dans le labyrinthe du Céphalopode, quand le récipient otocystique décrit un mouvement angulaire dans le sens du sillon semi-circulaire, la paroi n’a que peu de prise sur le contenu, ou moins de prise que pour tout autre mouvement; le contenu, même visqueux, se soustrait à la sollicitation du contenant, et il s’établit un frottement entre le contenant et le contenu.

La largeur du sillon étend cette facilité de frottement aux mouvemenls exécutés dans des plans qui se rapprochent plus ou moins du plan même du sillon courbe, et la disposition en demi-cercle de la crête semble favorable à la perception de frottements d’orientation variable.

Pour tout mouvement qui n’est pas effectué dans ces plans, le liquide ne trouve plus de voie de recul, la paroi garde toute sa prise sur lui, le sillon l’entraîne transversalement, et le jeu de son inertie devient nul. Le contenu suivant docilement le contenant, il ne se produit pas de frottement, sauf dans la mesure où celui-ci peut naître de la décomposition des mouvements. Le frottement n’apparaît donc que quand le mouvement angulaire est ou à peu près effectué dans le plan du sillon, et selon son degré d’obliquité avec ce plan il intéresse plus directement telle partie de la crête en demi-cercle. Le frottement

Bonnier — Oreille, II

PHYSIOGÉNIE

est donc particulièrement perçu au niveau de la crête transversale qui émerge dans la cavité de l’ampoule et porte ses pinceaux de cils au centre même du courant.

Selon le sens du déplacement angulaire, le frottement intéressera l’un ou l’autre des versants de la crête et s’y inscrira en quelque sorte en valeurs positives ou négatives.

La crête perçoit donc les déplacements angulaires de la tête et de tout le corps puisqu’il s’agit d’un Céphalopode — quand ils se font dans le plan du sillon ou à peu près dans ce plan; elle les apprécie dans leur sens, leur vitesse et leur durée. Celte fonction du nerf ampullaire est donc la perception des attitudes et variations d’altitudes, c’est-à-dire des mouvements actifs ou passifs [orientation subjective et locomotrice) avec celle des accélérations des mouvements angulaires.

Pour les mouvements de translation, qui n’existent guère à l’état actif, la locomotion, tant chez le Céphalopode que chez l’Homme, étant toujours ondulée et oscillante, nous ne voyons que l’inertie de l’otolithe, et sa pression variable en son sens selon celui du déplacement, qui puissent les révéler.

Nous devons supposer que l’orientation des sillons dans les deux olocystes, et leur combinaison, car ils sont perpendiculaires entre eux,

LES ORGANES LABYRINTHIQUES

d’un otocyste à l’autre, suffit à renseigner l’animal sur ses altitudes, ses mouvements et son équilibre. C’est ce qu’ont montré les expériences de Delage.

La partie maculaire de l’otocyste se prête peu à la circulation du liquide immobilisé par les proéminences qui décomposent la cavité générale. Cette région ne semble consacrée qu’aux perceptions seisesthésiques et sismesthésiques avec orientation objective, selon le même mécanisme que chez les autres Mollusques étudiés plus haut.

Quant aux perceptions baresthésiques, leur mécanisme nous échappe, car l’appareil est maintenant encapsulé dans une coque cartilagineuse, sans communication avec l’extérieur, comme chez certains autres Mollusques. Un fin canal accompagne le nerf, mais ne semble pas, chez l’adulte, établir une communication par laquelle la pression ambiante s’installe à l’intérieur de la cavité. Ces perceptions restent sans doute tégumentaires.

Le labyrinthe de la Seiche fait la transition la plus directe entre l’otocyste des Mollusques et l’oreille des Vertébrés.

Nous passons maintenant aux labyrinthes auriculaires proprement dits.

PIIYSIOGÉNIE

Page 1