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CHAÎNE SANS SOCDUHE, 2" ÉTAT

se servent de nos jours. Puis, à l'aide d'un autre marteau pointu en forme de ciseau, il avait tracé successivement sur chacune des quatre faces de la règle d'or un angle creux longitudinal. Son lingot ainsi préparé avait acquis dans toute sa longueur une forme dont la coupe eût représenté une croix. A l'aide du môme marteau tranchant, il avait

opéré ensuite une série de secl^pi^^^i^ tions régulièrement espacées sur

chacune des quatre arêtes, mais en prenant bien soin d'en contrarier les dispositions de façon que les sections, faites sur une des branches de la croix, se trouvassent intercalées entre les sections faites sur l'autre.

Présentant ensuite au bord de l'enclume successivement chacune des faces plates formées par les épaisseurs des branches de la croix, et saisissant son marteau à face plane, il les avait éorasées doucement et progressivement jusqu'à les étendre beaucoup.

A un moment donné de ce travail et peut-être le ciseau aidant, chacun des diagrammes s'était séparé naturellement de ses deux voisins.

Il ne restait plus alors à l'ouvrier qu'à présenter tour à tour à l'enclume et en les tournant avec la main à mesure qu'il les frappait chacune des pièces ainsi détachées de façon à en régulariser la surface sur tous les points de la circonférence et à les amincir autant qu'il était nécessaire. Après cette dernière

opération, la chaîne était achevée, superbe, sans soudure et presque sans déchet. De plus elle était lisse, polie et brillante comme la plane du marteau et la table de l'enclume, et le inétal, écroui par les coups de marteau, ne pouvait se plier ou se déformer bien qu'il lut d'un litre fort élevé.

Malgré les explications qui précèdent, il nous a été impossible de faire exécuter sous nos yeux et avec nos indications cette chaîne par ■ les ouvriers même les plus habiles et c'est vainement, reconnaissonsle, que nous avons interrogé plusieurs bijoutiers pour retrouver l'inventeur de cette fabrication originale dont il n'avait dû en Tunisie confier le secret à personne, tandis que, d'après d'anciens manuscrits arabes, la rihana se fabrique, depuis des siècles, par le procédé que nous avons décrit tout d'abord. Ce furent les Maures, très habiles batteurs sur métaux, qui l'importèrent en Tunisie. Us la faisaient souvent en cuivre et s'en servaient pour garnir des vases et pour orner les colliers de mules.

Parmi les bijoutiers ayant exercé antérieurement à Tunis et morts pour la plupart à un âge avancé, il y a vingt-cinq ou trente ans, on peut citer les joailliers faisant le commerce des diamants, pierres et perles fines :

ALCANet Corsetlo Rocca, d'origine française ; deux Corses, Louis Alzetto, Pasquale Borzoni et les isrnélites tunisiens : David Fellous, Jacob Fellous, Rhaminne Fellous, Abraham Saffar, Aaron Saffar, Haï Bessis et son fils Isaac de H. Bessis, n'exerçant plus depuis longtemps et mort récemment.

[ Parmi les orfèvres, tous Israélites tunisiens : Haï BlSMUT,

BOUIlUl'fc PAHICNTC FHÈBES

Anciens bijoutière.

Bijoutier* contemporains.

Exportation en Algérie.

Truquages.

Haîm Bfsiirr, Jacob Gozlan, dit Enari, Chalom Kalaf, Nessim Lança r.

Et parmi les bijoutiers travaillant l'or : Euricho Delcorona. d'origine italienne, et un autre, Glaudo Romano, qui était en même temps graveur.

Voici la liste des bijoutiers qui exercent cette profession actuellement à Tunis. Parmi les étrangers, les uns sont joailliers comme Joseph Alzetto, un Français, et Giovanni Ruggiero, un Italien. Les autres, Italiens également, Giuseppe Cicala et Giuseppe Ingarao, font surtout de la bijouterie.

Enfin ceux dont les noms suivent sont israélites tunisiens. Nous les indiquons par spécialité :

Joailliers. — Elie Bikora, Samuel Chekli, Jacob Giaol i et ses fils, Joseph Khalfoun, Moïse Khayat, Elie Xataf et ses frères, Haîm Nataf, Haîm Seémana, Jacob Zarka.

Bijoutiers. — Joseph Assois, Aaron Bikara, Samuel Blanc a, Samuel Xataf, Fallo Xataf, Joseph Ferez.

Orfèvres. — David Cohen, Chaiom Cohen, Joseph Cohen, Mardochée Fellols, David Laixar, Mouchi Saada, Joseph Sa ad a, Jacob Sitruk.

Orfèvres fabricants d'objets grossiers pour campagnards : MM. Bismit et C'% Pariente frères, Salomon Ferez, Mardochée Zarka.

Fabricants de grandes chaines « rihana » : Raphaël Perez et ses deux fils, Haï de Maklouf Sébaz.

Des bijoux d'argent fabriqués en Tunisie sont quelquefois apportés au Contrôle d'Alger pour être vendus sur place. Ils sont généralement très lourds de forme et de poids et ils paraissent avoir été fabriqués sur commande et sur les modèles algériens à un titre plus bas que celui admis en Tunisie. Les khelakhels massifs sont frappés de petits triangles superposés formant des X. Us portent des dés pentagonaux aux extrémités. Les bracelets sont à pointes comme ceux du désert dans la région de Biskra. Les bzaïm sont couvertes de cabochons de verre réunis par des chaînes d'anneaux non soudés, fabriqués avec des filigranes enroulés comme dans le jaseron français.

Les découvertes en ce genre sont à peu près les mêmes partout. Les fraudeurs se bornent à mettre un excédent de soudure dans les parties closes, à dessouder des morceaux après le poinçonnage et à les remplacer par d'autres à plus bas titre et même par du cuivre doublé d'argent pour mieux dissimuler le truquage ; quelquefois aussi c'est

la pièce entière qui est ainsi fabriquée avec des feuilles de cuivre doublées d'argent des deux côtés.

Si un bijoutier commet une infraction, le contrôleur de la Garantie le signale à l'Ouzara (ministère). Après délibération, il est condamné suivant la gravité du délit.

Mais la fraude est rare en général, les achats devant se faire presque tous par l'amine-peseur, qui examine avec le plus grand soin les objets qui lui sont présentés.

En Tunisie comme en Algérie, les anciens bijoux sont assez rares. Bijoux

Ils disparaissent de plus en plus. Peu à peu, à la suite des crises du de fami^e' pays, les belles orfèvreries et les belles parures enrichies de pierres précieuses ont été vendues à l'étranger, d'où elles provenaient souvent. C'étaient des cadeaux des Souverains et des Princes d'Europe aux Bcys qui, à leur tour, sans bourse délier, en faisaient présent à leurs courtisans et aux grands personnages de la Régence.

Son Altesse Ali Pacha, bey actuel de Tunis, possède d'admirables diamants. Les nombreux joyaux de la couronne sont fort beaux. Les princes et les princesses, les hauts fonctionnaires de la cour beylicale comme Mustapha ben Ismaël, Khaznadar, El-Arabi Zarrouk et quelques familles riches musulmanes ou juives, Mohammed Mohsen, Hadj Mohammed, El-Bahri, Djellouli, El-Cahia, El-Mehrzi, Mohammed Echrif, Césena, Bessis, le grand marchand des souqs Ali Barbouchi et le Grec Georges Conytopulo ont quelques pièces rares, spécimens de l'art ancien dignes de figurer dans un Musée. Mais tous ces écrins sont surtout riches en pierres fines plutôt qu'en bijoux, remarquables par leur travail et leur composition décorative.

Sousse

Après Sfax qui possède 25 ateliers occupant 50 ouvriers dans la Régence, Sousse tient la troisième place.

Vue du large, on dirait trois bandes de couleurs superposées : du bleu pour la mer, du blanc pour la cité, du vert pâle pour les collines de forêts d'oliviers où elle s'adosse.

Entourée de murs crénelés, la ville est bâtie en amphithéâtre. Au milieu de ses maisons, blanches comme des haïks, émergent les minarets de ses nombreuses mosquées.

Contrôle Pendant longtemps la Garantie tunisienne fonctionnait dans la

de Sousse. ville qUi approvisionnait la cité sainte de Kai rouan. Le bureau

comprenait un contrôleur et un essayeur. Il n'acceptait que l'or à 9 carats ou 375 millièmes et l'argent à 900 millièmes ou 10 deniers 19 grains.

poinçon poinçon

dc l'ob. de l'aagent.

Les droits perçus à Sousse s'élevaient par kilogramme :

Or : 100 francs pour la garantie.

10 — pour l'essai et la marque.

Soit en tout 110 francs.

Argent : 6 fr. 25 pour la garantie.

1 fr. 60 pour Fessai et la marque.

Total : 7 fr. 85.

Le bureau de Sousse a été supprimé le 20 février 1900.

On peut encore y faire faire Fessai des bijoux anciens ainsi qu'à S fax, Gabèset Djerba, mais cette opération n'a plus rien d'officiel.

Le seul bureau légal reconnu par l'État, constitué par décret beylical, est celui de l'hôtel de la Monnaie à Tunis.

Les bijoutiers doivent tous envoyer à ce contrôle central et cependant ils sont assez nombreux dans les grands centres éloignés de Tunis.

Les femmes de la campagne de Sousse portent le péplum antique à peine modifié, composé de deux pièces d'étoffe de laine bleue indépendantes et sans couture, l'une devant et l'autre derrière. Elles sont réunies par deux fibules arabes (khelala) au-dessous de la clavicule et serrées à la taille par une ceinture ; le vêtement, souvent entr'ouvert, laisse apercevoir, sur le côté, la poitrine et les cuisses. Les Bédouines ont adopté beaucoup la teklila ou ensemble de trois grandes boucles (ounaïce) retenues autour de chaque oreille par une chaîne qui s'attache dans la coiffure.

MOQENINE

A quelques kilomètres de Mahedia, a 25 kilomètres au sud de Monastir, In petite ville de Moqenine est reliée à Sousse par un chemin de fer. C'est un centre très important de fabrication. On y fait des bijoux dont la silhouette ne manque pas d'originalité.

Dix à douze fabricants sont installés dans une rue près des fondouks ou se groupent, en caravansérail, de petits marchands. Leurs boutiques sont de construction primitive. Ils travaillent assis à l'orientale , les jambes croisées

devant une table basse. Quelques marteaux, deux ou trois enclumes, des burins et un ou deux récipients pour décaper forment 'tout. leur matériel.

Quelques-uns émaîllent grossièrement. On dirait la couverte, d'une faïence. Ils opèrent souvent en plein air. Dans une planchette sont ménagés des trous pour recevoir des zeref (tasses & café) remplis d'émail finement broyé. Tenant d'une main le bijou, de l'autre ils appliquent la poudre dans les cloisons à l'aide d'une tige de fer. Ils se soucient peu de la poussière que le vent leur apporte et qui, se mélangeant à l'émail, le boursoufle quelquefois lors de la cuisson sur les braises du fourneau.

Deux orfèvres de Moqenine avaient envoyé à l'Exposition Universelle de 1900 de nombreux bijoux qui portaient souvent sur des

Moqenine

et m

fabrication.

[D'iprès !■ pholog. Garrigues, de Tunis.)

Moqenine à l'Exposition

Universelle.

étiquettes des noms en partie inconnus, etdonlil nous est impossible de garantir l'authenticité.

Nous avons pu constater que les Moqeninesses mettent à peu près tous les bijoux des Tunisiennes, mais elles ont adopté surtout la broche Tigare, plaque triangulaire plate comme la bezima à laquelle, au lieu d'une tige et d'une boucle, pendent des chaînettes terminées par des breloques plates : mains, croissants ou losanges. Tigare nous parait un mot berbère, mais nous avons déjà rencontré ce bijou en Algérie porté par les femmes des Beni-Mzab sous le nom de Ta k fi ne (?) ou de Tiqenesl (?) sans pouvoir trouver la racine ou l'étymologie de ce mot berbère. En Tunisie, du reste, Tigare est un nom générique pour désigner tous les bijoux qui pendent.

Une variété du tigare a été exposée à la Tunisie en 1900 dans les vitrines des envois de Moqenine sous le nom de Robta touïla (attache longue), nom inventé peut-être un peu au hasard par le bijoutier et donné au délégué chargé de réunir quelques spécimens de la fabrication du pays. C'était une plaque hémisphérique en or à laquelle étaient accrochés cinq glands en forme de cœurs, en pâte d'ambre, terminés par des helaXh, petits disques avec croissant concentrique : ornement que font porter quelquefois à leurs enfants les indigènes pour éloigner d'eux les mauvais esprits.

Même réserve pour une broche exhibée sous le nom de Bou Xielia (bijou de l'Ouled-Xaï)) composée de losanges allongés et superposés ressemblant à s'y méprendre au bijou appelé goutba à Tunis.

Ile de Djerba

La superficie de Djerba est de plus de 60,000 hectares ; ses habitants d'origine berbère sont au nombre de 35,000 et parlent un idiome qui se rapproche beaucoup de celui des Mozabites. Son Jadis l'île des Lotophages où les compagnons d'Ulysse, mangeant

antiquité. jes fleurs je i0tus, oublièrent leur pays natal, était le lieu de villégiature des hauts magistrats de l'Afrique romaine et les riches Bysaciens y avaient leurs villas de plaisance comme les Romains à Pompéi. De Gabès ils s'y rendaient en galère. Maintenant l'île, ancien nid <le pirates, est reliée par un service maritime d'un côté à Gabès

et de l'autre à Tripoli. Aussi les relations sont incessantes de la capitale Houmt es-Souq avec le continent.

Les Djerbiens sont les Savoyards de la Tunisie. Ils s'expatrient facilement et reviennent après fortune faite. Beaucoup ont à Tunis et à Tripoli des établissements prospères. Nullement rebelles au progrès et pas fanatiques comme beaucoup de musulmans, on les voit adopter, aisément les idées nouvelles et prendre le costume européen. Ce sont des Kharedjites ou schismatiques.

Les orfèvres israélites sont peu nombreux à Houmt es-Souq (le quartier du marché) ; ils habitent auprès : Hârra el-Kebira (la grande rue) et Hârra el-Serira (la petite rue). Deux d'entre eux, Youssa Mezouz et Jacob Rahmin Haddok, avaient exposé en 1901.

Les bijoux de Djerba ressemblent à ceux de Moqenine. Souvent émaillés par le même procédé, ils sont surtout décoratifs et d'une silhouette agréable. Comme nous l'avons dit déjà pour Moqenine, nous nous sommes trouvé en présence de noms nouveaux dont nous n'avons pu, en consultant les indigènes et les plus doctes arabisants, déterminer avec certitude et la racine et l'origine. Nous ne pouvons que, sous toute réserve, en mentionner quelques-uns dont nous transcrivons l'orthographe telle qu'elle nous a été donnée.

Certains bijoux de chevelure et de front s'appellent :

Touensa (frontispice, en berbère), plaque ronde ou étoilée couverte d'ornements, semblable au medouar d'Algérie. Elle sert à fixer la coiffure et se porte comme le tabzimt des femmes kabyles ;

Haouafer, ^?'^ f autre plaque, demi-lune perforée, découpée, comme le nom l'indique, ainsi qu'un sabot de cheval ;

Chachbaghir (mot turc), triangle plané où pendent des chaînettes et des breloques. Il peut rentrer dans la catégorie du tigare de Tunis et de Moqenine. Se porte aux cheveux.

Les ornements des oreilles et de la joue sont désignés ainsi :

Korm (disque), grande boucle d'oreille. C'est" le nom générique de la boucle d'oreille dans toutes les régions africaines ;

Teklil, pendant d'oreille rappelant le bijou de Constantine, l'alalek chenchen (qui fait du bruit) ;

Qendila, une longue grappe de petites lanternes ajourées qui pend le long de la joue ;

Quelques

noms de bijoux djerbiens.

Zouina, bande plate, sorte de pendentif se composant de rectangles et de triangles reliés par des chaînes. A l'extrémité se balancent des soltanî. Se met de chaque côté de la tête.

Ceux du cou et de la poitryie :

Mahboub, collier de pièces d'or qui entoure le cou et qui se met quelquefois, comme Tassaba, sur le front ;

Sefalah ^f** broche formée de losanges en plaquettes superposées. Se porte aux cheveux avec le tekliï. C'est le goutba de Tunis.

Parmi ceux du bras :

Maqias est employé pour désigner tous les bracelets.

Debledj ou demledj, bracelet droit et ouvert. Demledj est le nom véritable du bracelet dans la langue arabe écrite.

A citer encore :

L'aghal, bijou très décoratif et fort important s'accrochant dans la chevelure et pendanten grappe sur le cou. Il se compose d'une agrafe, d'une longue chaîne où viennent s'accrocher une grosse sphère, defira, une poire appelée n'zaza (sans doute lindjassa) et enfin YAghal (entrave) qui donne son nom au bijou et qui n'est que le berzouane, un tube avec pendeloques.

De plus longues indications et descriptions nous entraîneraient trop loin. Nous reviendrons plus longuement sur ces bijoux dans la section du Dictionnaire qui leur est consacrée.

l'Exposition Unittrtelle

Aspect

général.

Avec son dôme de Kai rouan, sa porte de la medersa de Sullymania, son minaret de Sidi ben Arrouz et l'ensemble des motifs d'architecture composite de son palais musulman ;

Avec ses grandes tentes brunes, zébrées de noir, tendues par des cordes en poil de chameau et relevées par des piquets fichés en terre,

sous lesquelles s'abritaient pêle-mêle, comme dans les douars, les Anes, les enfants et les femmes préparant le couscous ;

Avec ses nomades montés sur leurs chevaux nerveux, courant, comme dans un cirque, le lab el baroude (le jeu de la poudre), la libre fantasia du désert, au milieu des nuages de fumée sortant de leurs longs fusils incrustés d'argent qu'ils faisaient tournoyer ensuite au-dessus de leur tête ;

Avec son café et son estrade de chanteurs nasillards frappant leurs mains en cadence, et de musiciens rythmant sur les derboukas les mouvements lascifs et les poses alanguies des danseuses aux figures rondes et empâtées, aux larges pantalons de soie et aux mouchoirs tordus sur les cheveux collés au front ;

Avec son souq minuscule encombré de vendeurs aux couffins débordants de pistaches, d'amandes et de fèves grillées, — ses marchands de nougat rose, de dattes agglutinées, de régimes de bananes, de beignets à l'huile roulés en spirale, de tranches de noix de coco et de rondelles d'ananas trempant dans leur jus, — et ses nègres du Fezzan offrant toutes les friandises exotiques de nature à allécher le passant [

Avec ses fabricants de cigarettes de tabac blond, de pâtes d'ambre roulées entre les doigts, de chasse-mouches tressés en forme de drapeau, de tables basses et d'étagères multicolores, de tambourins en terre cuite, de poteries de Nabeul et de plateaux de cuivre ciselés à la façonne Damas ;

Avec ses brodeurs soutachant de paillettes et de lamelles minces d'or des vestes courtes de velours ou de soie sur les modèles des palais beylicaux et ses tisserands faisant des tapis de Kairouan aux teintes éclatantes se mélangeant en un ensemble harmonieux ;

Avec ses bijoutiers israélites travaillant sur le sol, près de leurs fourneaux primitifs et repoussant en creux, au poinçon et au marteau, des motifs d'ornementation sur le revers de plaques d'argent recouvertes en dessous de résine,

La Tunisie, installée, lors de l'Exposition Universelle de 1889, à l'esplanade des Invalides, a laissé chez tous les visiteurs de l'époque d'impérissables souvenirs. u Souq

Il en est de même pour tous ceux qui ont pu encore, dix ans après, & l'Expoadmirer, dans la partie coloniale de l'Exposition de 1900, l'agence- u ™tton .. ment ingénieux de la section tunisienne, avec sa reproduction pitto- dt 4900.

resque de ta mosquée de Sidi-Mahrez à Tunis, du pavillon de la Manouba près du Barda et de la maison mauresque de Sidi bou Saïd, sur la côte de Bizerte.

Présentés sous un autre aspect qu'en 1889, les bazars de Tunis, installés au Trocadéro près du pont diéna, conservaient cependant toute leur saveur originale. Ils avaient été groupés en une seule rue tortueuse couverte de vélums et bordée de boutiques où se tenait le personnel indigène des marchands de curiosité : Ahmed Djamal

(Boucle de ceinture.)

du Souq el-Attarinc, Ali et Younès Barbouchi du Souq des Étoffes, Amor ben el-Hadj Ahmed Bahroun du Souq el-Kebdjya, et Boccara frères du Souq des Femmes, Il fallait voir leurs employés en costume indigène allumant le passant de leurs offres engageantes et poussant à l'achat le client en Irain de fourrager dans les amoncellements do soies chatoyantes de Brousse, de tapis de Gafsa et de broderies de Tunis.

Il y était venu peu d'orfèvres du pays. Pendant quoique temps, un bijoutier de Moqenine, accompagné de. son fils, émailla quelques pièces, au grand plaisir des curieux d'art, dans une petite échoppe du Souq, mais la nostalgie le prit. 11 plia vite bagage et regagna son pays natal.

Là TUNISIE

Dans la vasle cour mauresque où travaillaient les potiers de Nabeul et les fabricants de tabourets incrustés de nacre, un orfèvre d'origine européenne, M. Ch. Teynier, avait installé au milieu même de l'emplacement un kiosque pour la vente des bijoux tunisiens. Toute la durée de l'Exposition il y fit travailler, sous les yeux du public, un ouvrier tunisien silencieux et grave devant son établi.

Au centre des salles de l'Exposition officielle, parmi les produits du sol tunisien et de l'industrie locale, dans une vitrine haute, sur un chevalet double, s'étalait une collection de bijoux tunisiens assez curieuse, mélangée de provenances algériennes, syriennes, turques, marocaines et égyptiennes.

A côté, dans la salle de la Direction des antiquités et des arts, une section avait été réservée à l'archéologie. Parmi quelques objets recueillis dans des fouilles à Carthage par le savant M. Gauckler, directeur des antiquités et des arts de la Régence, deux colliers d'or étaient reconstitués et réunis en cercle sur des carreaux de velours. Le premier se composait de dix-huit petits anneaux d'inégale grosseur obtenus par des fils tordus et maintenus par des ligatures. Le second, fait par le même procédé, avait; accrochées à ses anneaux, de petites clochettes et, dans l'intervalle, des pendants variés.

Une salle spéciale était, dans le haut de l'Exposition, réservée à la bijouterie, à l'orfèvrerie et à la broderie. Cinq vitrines appuyées aux murs renfermaient des bijoux en or et en argent, portant sur des étiquettes les lieux de fabrication : Tunis, Djerba et Moqenine, avec les désignations des bijoux et quelquefois les noms de leurs auteurs. Malgré de nombreuses erreurs dans les vocables des bijoux, il était possible de reconstituer, grâce à cet ensemble, à peu près toute la fabrication courante des villes et des campagnes. Les belles pièces manquaient cependant. Aucune n'était ornée de pierres précieuses.

Aussi, ce musée de l'industrie artistique tunisienne, sans doute ignoré, était le plus souvent désert. Il y venait fort peu d'érudits. La salle ne se peuplait de curieux qu'aux heures réglementaires des explications quotidiennes du moniteur chargé de renseigner le public au point de vue de l'expansion coloniale. Mais la conférence sur la géographie de la contrée et les produits du sol, faite d'après les plans coloriés des vastes tableaux fixés aux murs, durait peu et, dès qu'elle était terminée, la salle se vidait sans retenir aucun curieux autour des vitrines. Aussi, avec un calme parfait, nous avons pu y

Collections particulières et officielles.

Salle

des

échantillons

des produits

tunisiens.

travailler à l'œuvre que nous poursuivions et compléter ou contrôler, à l'aide des documents que nous avions sous les yeux, les nombreuses notes recueillies par nous, il y a plusieurs années, dans un voyage en Tunisie. A notre grand regret, il ne nous a pas été possible, faute de place, de donner plus de développement à ce chapitre. L'étude de l'orfèvrerie tunisienne dans le passé et dans le présent nous parait si intéressante et si féconde en documents nouveaux qu'elle mériterait de remplir ce volume à elle seule.

(Style irlpolluifii.)

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