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CHAPITRE XXV

Grâce à l'indépendance qu'il a su conserver jusqu'à nos jours, mieux que les autres contrées du Nord de l'Afrique, le Maroc a gardé intactes les vieilles traditions de l'Islam, Les influences étrangères pénètrent difficilement dans l'intérieur du royaume.

Aussi les mœurs sont restées les mêmes depuis plusieurs siècles et les récits des voyageurs n'ont pas vieilli. Les arts qui réfléchissent si bien les goûts d'un peuple n'y ont subi qu'une transformation lente et procèdent presque toujours des modèles d'architecture importés par les Maures d'Andalousie lorsqu'ils durent quitter l'Espagne.

Moins mièvres que ceux de la Tunisie,

plus hiératiques que ceux de l'Algérie, les

buiLiic m rLDUHu couLEUhs bijoux des grands centres présentent un

(iiue« d-Aigsr.) aspect grandiose et d'une originalité

prime-sautière. Si la pureté des lignes s'est un peu altérée avec le

temps, le bijou reste encore majestueux. Il a du style et du galbe.

Des pierreries et des perles fines en rehaussent l'éclat.

N'étant pas gôné par la précision des machines, ignorant des facilités que donne la division du travail, l'ouvrier marocain fait tout à la main. Il opère ainsi avec franchise el hardiesse. Il ne recherche pas non plus le poids. Son temps valant peu, il ne le marchande pas pour donner de l'élégance aux formes et de la variété

l'art ut l'txpmtion

du caractère

d'une nation.

Caractéristique des bijoux.

Généralités

sur

les bijoux

des femmes.

Armes marocaines.

Talismans.

à la décoration des surfaces. On peut dire que le bijou du Maroc séduit surtout par le travail qu'il a reçu. S'il est en or : des feuilles minces appliquées sur un fond de résine, des dessins discrets faits au ciselet et des plaques légères et repercées comme au Portugal, donnent un effet très doux à l'œil. S'il est en argent: des plaques avec des arabesques et des guillochis découpées, portant au centre des pierres ou des cabochons de verre, produisent une harmonie de ton très séduisante.

Inutile de dire que les Marocaines, comme toutes les musulmanes, recherchent des bijoux très décoratifs ; mais il n'est pas facile pour les étrangers de voir les femmes parées, car leurs seigneurs et maîtres sont d'une jalousie farouche. Par les bijoutiers qui les approvisionnent, nous savons qu'elles mettent : de chaque côté des joues, des pendants de plusieurs morceaux reliés par des chaînettes; aux oreilles, percées, des boucles faites d'un tube creux recourbé en cercle, aminci à l'une des extrémités, portant un chaton et muni de glands s'allongeant comme des larmes ; aux bras, des bracelets très nombreux, les uns faits avec un lingot tordu, les autres avec une bande de métal rehaussée de reliefs ; au cou, de véritables pectoraux composés de plusieurs rangs de pièces de monnaie ou de plaques rondes ou carrées, recouvertes de motifs divers.

Mais telles ne sont pas les parures des femmes de la campagne. Quand on quitte les villes du littoral pour s'enfoncer dans l'intérieur des terres, on ne rencontre qu'une pauvreté sordide sur les Hauts -Plateaux. La parure, pleine de rudesse, presque barbare, consiste souvent en des anneaux de pieds en fer, grossièrement travaillés, et quelques pièces de monnaie assemblées en collier.

Si les Marocaines adorent les bijoux, les Marocains aiment, à leur tour, beaucoup les armes qu'ils recherchent très ornées. Leurs armuriers savent les enjoliver délicatement. Ils sont très habiles pour faire des fusils dont le canon est incrusté d'or et le bois de plaques d'argent écrasé.

Ils savent aussi avec goût revêtir, d'argent repoussé, les pommeaux des sabres et les gaines des poignards recourbés.

Quelques indigènes portent pendant sept jours consécutifs, à partir du jour de leur mariage, un bracelet prêté par les parents d'un marabout auquel il a appartenu. C'est le symbole de la fécondité. Il

LE MAROC 493

est en argent et ils estiment qu'ils ne violent pas ainsi les préceptes du Coran.

Les superstitions des israélites marocains sont nombreuses. Les uns accrochent à leur chaîne de montre une main d'or ou d'argent. Les autres cerclent un de leurs doigts d'une bague en argent sur laquelle est gravé le nom de l'ange Rhota qui a le privilège de préserver du mauvais œil.

A leurs enfants, les juives font porter jusqu'à dix ou douze ans des amulettes suspendues au cou par un cordon. Tantôt c'est une petite main en argent ou en or à cinq doigts et sur la paume est gravé le nom sacré de Chedaï, qui veut dire « Tout-Puissant ». Tantôt c'est un croissant portant la même inscription avec une figure humaine qui passe pour la tête de Jacob, mais qui représente la lune, signe de la fécondité, tant adorée des Carthaginois* D'autres fois c'est une petite boîte en argent ou en or dans laquelle est précieusement insérée la bénédiction d'Aaron sacrificateur. Les petites filles les portent sur le front comme une ferronnière.

Le gouvernement, en Algérie et en Tunisie, exerce un contrôle Contrôle. absolu sur les bijoux. Nul ne peut s'en affranchir. Au Maroc, au contraire, la circulation et la vente peuvent avoir lieu sans aucune ingérence administrative. Les orfèvres ont la liberté entière pour exercer leur métier. Tous les alliages sont tolérés.

Néanmoins, il existe un contrôle demi-officiel, sorte de formalité commerciale à laquelle sont soumis les objets en argent. Mais le poinçon n'est nullement obligatoire. Il n'est qu'un simple renseignement. Il sert seulement dans les transactions à fixer la valeur intrinsèque du métal en faisant savoir officiellement que la pièce se tient dans les limites de l'alliage toléré au Maroc. Le plus souvent l'acheteur prudent exige le poinçon pour ne pas courir de risques. En effet, lorsqu'il ne l'a pas réclamé au moment de l'achat, il perd tout recours contre son vendeur s'il a été trompé par lui. Il est à présumer que les nombreux bijoux, non poinçonnés, qui circulent de tous les côtés ont un titre au-dessous de 900 millièmes, la limite au-dessous de laquelle ne doit pas descendre le bijou pour recevoir l'empreinte.

Presque partout, sauf à Fez depuis trois ans, les bijoux en or, ne pouvant être soumis à aucun examen, circulent sans poinçon. Cependant ils devraient être les premiers soumis à cette règle; mais une

Aminés.

Essais

rudimen-

taires.

réaction se produit. Tanger, si ce n'est déjà fait, ne tardera pas à suivre Fez dans la voie de la garantie de l'or.

Nous retrouvons au Maroc les aminés ou syndics des corporations dont les prérogatives étaient jadis si étendues dans toute l'Algérie.

L'aminé des bijoutiers est chargé, sur la demande des fabricants ou de leurs clients, de vérifier les alliages et de poinçonner les pièces qui sont apportées dans son officine. Il est sous les ordres du mothaceb ou contrôleur général des corporations, chargé de la surveillance des industriels et des négociants et l'arbitre de tous les marchés.

Il est interdit à l'aminé, sous peine de révocation, de se livrer h aucun commerce de bijoux, joyaux, pièces d'orfèvrerie ou d'en entreprendre la fabrication. Il doit se borner à exercer le contrôle, seule garantie des acheteurs contre la fraude des alliages.

Chaque poinçon d'aminé est personnel. A sa nomination, avant d'entrer en exercice, il doit se munir d'un nouveau cachet. Il en était de même en France avant la Révolution. A chaque mutation de fermier du droit de marque, la configuration et le dessin de la lettre A, son poinçon de charge, se modifiait toujours.

Quand la pièce est terminée, l'ouvrier qui désire qu'elle soit poinçonnée la présente à l'aminé comme jadis en France au garde de la maison commune des orfèvres. Celui-ci en fait l'essai par des procédés toujours rudimentaires.

A Fez, lorsque les fabricants versent l'or ou l'argent dans le moule pour obtenir un bracelet, ils ont soin de laisser en dehors une petite pointe que l'aminé enlève et qui lui sert à vérifier l'alliage du métal, avec du plomb si l'objet est en argent ; s'il est en or, avec de l'arsenic dont la propriété, à la fonte, est d'isoler ce métal de tous les alliages qu'on a pu lui donner.

Hâtons-nous d'ajouter que ces essais n'offrent pas toujours une garantie bien sérieuse. Les aminés sont le plus souvent très ignorants de la science des alliages. Ils n'ont pas en outre la prétention d'être toujours incorruptibles. Aussi une gratification (le bakchich turc) offerte à propos, arrive aisément à dissiper toutes leurs hésitations. Il y en a, dit-on, dont les scrupules existent si peu qu'ils iraient au besoin jusqu'à poinçonner, pour de l'argent, du vulgaire nickel.

Le mothaceb, parfaitement ignorant en la matière, ne se doute pas que sa bonne foi a été surprise, et il sanctionne inconsciemment la

LE MAROC

fraude en couvrant de son autorité les indélicatesses de son subordonné.

Beaucoup d'orfèvres dans le Sud. Partout où se trouvent des mellah se rencontrent des bijoutiers juifs. Dans plusieurs grandes villes, ils se groupent dans des souqs comme à Fez, à Merrakech et à Mogador. Mequinez et Rabat ont aussi un petit marché aux orfèvres, suivant le terme consacré. Mais dans les autres centres, au lieu d'être parqués, ils sont disséminés dans tous les quartiers.

Le bijoutier n'a pas de poinçon de maître. Son matériel réduit à peu d'outils se compose du marteau -^Ut elmetterga, de l'enclume IrO" ezzebra, du ciseau pour le feu, du ciseau pour couper jLCJI elgaz, des petites tenailles pour chaînes ^^jfl ezzradia, du creuset petit et grand -k^JI elbout, de la lime ^-l', du creuset pour transformer l'argent ou l'or en lingots Ll^l errât, du laminoir **j^\ elmjerrda, du ciseau pour tirer les fils du laminoir j^^-xJ! elmaabbès, du petit marteau elmetterga etteflis ^j^-î-JI Ai^JaJÎ, du moule wJU galeb, de la pierre du Yémen ^^' */^JI el hadjra el yamana, dont les bijoutiers se servent pour appuyer les feuilles d'or sur les objets.

Généralement, par prudence, les juifs, même les plus riches, n'ont pas en étalage ou même chez eux de pièces préparées d'avance. Ils fabriquent au fur et à mesure des besoins ; aussi, le plus souvent, ils n'ont aucun approvisionnement de matières premières. Les clients fournissent les matières d'or ou d'argent comme dans les récits d'Homère. De cette façon, pas de stock qui éveille la cupidité, une ou deux commandes en train. Ils ne s'exposent pas ainsi aux risques d'être pillés, saisis ou assassinés.

Dans certaines régions, il se fait beaucoup de dorure au mercure par le procédé connu qui consiste à volatiliser par le feu un amalgame de mercure appliqué sur la pièce à dorer. Quelquefois l'or est fondu, réduit en poudre et appliqué au pinceau, mais cette dorure, qui ne tient pas, est repoussée aujourd'hui comme trop médiocre.

Depuis quelques années, la fabrication de l'orfèvrerie a fait de grands progrès. On argenté au bain par la galvanoplastie dont quelques Marocains ont rapporté d'Espagne le procédé nouveau, au grand étonnement des indigènes enracinés dans leur vieille roiîtine.

Le damasquinage d'or à la façon des Espagnols et le niellage à la manière des Russes du Caucase sont connus dans le pays, Cependant l'émaillerie est aussi pratiquée. Sur certains points on émaille, par les

Us bijoutiers

Mater kl du bijoutier.

Précautions utiles prises par les juifs.

Différents

travaux des

orfèvres.

Matières premières.

Truquages.

moyens primitifs employés par les Berbères depuis des siècles, des cloisons posées sur champ, souples comme des cannetilles, soudées sur le fond et reproduisant le dessin. L'émail est coulé dans les alvéoles. La perfection des émaux laisse toujours à désirer. Ils sont assez médiocres en général.

Lès pierres précieuses arrivent surtout de Paris et quelques diamants de Londres, par Cadix.

Les perles fines des citadins et les perles fausses des campagnards sont introduites par Tanger et proviennent de France ou d'Angleterre.

Très estimé à l'intérieur où il sert d'élément principal dans le bijou, le corail importé par des négociants allant le chercher en Italie vaut de 40 à 50 dinars. Aussi les pauvres se contentent-ils de l'imitation.

L'or et l'argent employés proviennent de la fonte des vieux bijoux, des doublons espagnols, des douros des Philippines aujourd'hui très bon marché, des bondouqui, ancienne monnaie des sultans du Maroc, des louis français et des souverains anglais.

Les lingots d'or sont peu importés. Le Soudan envoie sa poudre d'or à Fez et les lingots (ACr«ll essbika, plur. vjXL^Jt essbaïk) d'argent viennent d'Europe, poinçonnés dans leur pays d'origine et soumis à des droits d'entrée (10%). A Fez, l'aminé se contente d'examiner un seul des fils extraits du lingot.

Comme partout, les fraudeurs trompent sur le poids. Ils dissimulent habilement un métal de valeur moindre. Ils allient le cuivre avec l'argent dans une forte proportion, quelquefois jusqu'au tiers et même plus. Ils coulent du plomb dans les creux des bracelets. Ils dorent le cuivre au mercure. Ils remplissent d'étain des sections limées qu'ils recouvrent de feuilles d'argent adroitement braisées. Ils ajoutent de la cire dans les chatons servant à sertir les pierres précieuses. Ils soudent avec du cuivre les anneaux des chaînes. Ils rattachent avec du plomb les morceaux des boucles d'oreilles.

La liste de tous les truquages est, on le voit, la même qu'en Algérie. Les acheteurs sans défiance y sont pris, mais, les mieux avisés consultent l'aminé qui ne s'y laisse pas prendre, et, s'il est incorruptible, renvoie au mothaceh. le délinquant auquel sont appliquées sans pitié des peines qui varient suivant l'importance du délit : la refonte des pièces, la prison, la privation d'exercer. Les pouvoirs du mothaceb vont même quelquefois jusqu'au droit d'expulsion.

LE MAROC

Nous pouvons rattacher au truquage le moyen ingénieux dont se servit, en 1880, l'Allemand Jacob Schandt, comme, il Ta raconté lui-même, pour traverser les Hauts-Plateaux sans danger d'être pillé ou assassiné. Sachant la pauvreté des régions qu'il voulait explorer, connaissant l'amour des femmes pour les bijoux, il apprit à Tanger, d'un renégat espagnol nommé Moreno, à fabriquer des bijoux de plomb. Puis il endossa la robe du derviche et, transformé en orfèvre ambulant, se mit hardiment en route.

Son matériel consistait en trois moules de plomb pour bagues, bracelets et pendants d'oreilles et quelques outils primitifs, le tout attaché avec du palmier nain et réuni dans un sac dont le poids retarda souvent sa marche, mais il aurait pu éveiller la cupidité des indigènes en achetant un âne.

Il était partout le bienvenu dans les douars. Il étalait d'abord ses outils par terre, réunissait quelques branches et les allumait. Il était promptement entouré par les Berbères curieux et désœuvrés. Les femmes accouraient le visage découvert. Alors, sans rien demander, il fumigeait ses moules, il coulait de l'étain qui ne les détruisait pas comme auraient pu le faire le cuivre ou l'argent. Sachant parler l'arabe, il présentait bientôt, à la foule un bijou blanc comme de l'argent, dont il vantait la beauté. Les femmes rifaines sont de véritables miroirs aux alouettes que séduit tout ce qui scintille. Comme il ponvait vendre à très bas prix, elles lui prenaient vite ses produits. pour s'en parer séance tenante. Il n'exigeait souvent en échange que la nourriture, un abri et la conduite à une autre tribu.

A Rabat, il rencontra un Français, ancien trompette dans l'armée marocaine, nommé Berçasse, qui voulut s'associer avec lui et l'accompagner jusqu'à Fez. Mais ils ne s'entendirent pas longtemps ensemble. L'intempérance de langage de son compagnon aurait pu le trahir et lui coûter cher. Il le quitta, continua sa route et parvint sans bourse délier, mais non sans fatigue, au terme de son voyage.

Les bijoux

d'ètaîn

et le faux

bijoutier.

Les principaux centre de fabrication sont Tanger, Mogador, Fez, Merrakech, Mequinez, Tetouan et Rabat.

Tanger a 15,000 habitants cosmopolites. C'est une ville triste que les musulmans disent prostituée aux roumis. De loin, elle paraît d'une blancheur éclatante avec des taches de verdure d'où surgit sa

Centres

de

fabrication.

Tanger^

aspect

de la ville.

l'oRFEVRERÎE ALGÉRIENNE feï TUNISIENNE

Fabricants et fabrication.

Quelques

bijoux

tangiriens.

grande mosquée avec une petite tourelle carrée et la terrasse d'où le muezzin appelle les fidèles à la prière. Au centre, une petite place garnie d'échoppes où se concentre tout le mouvement des indigènes désœuvrés, des porteurs nègres, des vagabonds en haillons et des soldats de l'armée du pacha.

La rue des Siaghine, où se groupaient autrefois toutes les boutiques des orfèvres Juif s, s'est transformée aujourd'hui en une voie bordée de magasins bien achalandés, qui vendent de tout, excepté de la bijouterie.

Ne résidant plus dans le souq qui leur était réservé, les fabricants ne se sont pas réunis ailleurs. Ils travaillent çà et là dans la ville, à l'intérieur de boutiques semblables à une alcôve surélevée au-dessus de la rue, de sorte que l'acheteur, se tenant debout et arrivant à mi-corps du seuil, semble s'appuyer sur une large baie.

Parmi ceux que l'on peut citer figurent un juif, Pinhas ; un musulman, El-Hadj Hamed es-Soussi, et un Français d'origine, sinon de race, Joseph Cohen.

Ils apportent maintenant moins de délicatesse et de goût qu'autrefois dans l'exécution de leurs travaux. Elle est quelquefois grossière et lourde. La composition surtout manque d'initiative. Ce sont toujours les mêmes pièces qu'ils reproduisent.

Chaque objet poinçonné par l'aminé, quelle que soit sa valeur, est soumis à un droit fixe de 0 fr. 50 qui se répartit entre le mothaceb et l'aminé.

Les bijoux de provenance tunisienne ou égyptienne ne sont pas portés à Tanger. Il arrive cependant que l'on en rencontre d'originaires de ces pays, mais ils ont été introduits au Maroc par ses voisins les Algériens. On peut dire que sur la côte de Tanger à Tetouan les femmes abandonnent" peu à peu les anciens types du pays pour adopter les modèles qui proviennent de l'Algérie. Cette transformation est due au contact des aborigènes avec les familles algéroises qui sont venues s'établir en grand nombre à Tanger, à l'époque de la conquête, tandis que celles de Tlemcen s'enfuyaient à Fez par l'intérieur.

Parmi les bijoux qui ont conservé quelques souvenirs des anciennes formes, nous relevons les suivants :

Issaqelen <jk~l ou saderj^^, bandeau de front fait d'un assem-

LE MAROC 501

blage de pièces de monnaie reliées entre elles par deux tiges de corail (spécial aux femmes du Rif).

Kiialkal J^-^â-, large anneau de jambe très large, plané, épais, dont le contour est découpé en ligne droite d'abord, puis en demi-cercle. Sur le corps, un décor de figures de caprice niellées ou émaillées à la façon kabyle, mais plus grossièrement encore, en vert, jaune ou bleu.

Khorsa ^^f*-, grand pendant très décoratif d'une longueur de dix centimètres, divisé en trois morceaux repercés, orné de perles' et de pierres précieuses, porté par les juives opulentes et les jeunes fiancées le jour de* leur mariage.

Tekkrazine ij->)jàJt en langue rifaine, gros cylindre creux, recourbé en cercle ouvert, pointu à l'extrémité pour permettre d'introduire le tube dans le lobe de l'oreille, portant sur le côté un chaton de rubis et laissant pendre quatre pendeloques ayant la forme d'un cône très allongé avec une*base de corail.

Menaguèche ou Chouachen ^IjAJ), boucle d'oreille percée avec grappe de perles, de pierres et de diamants qui jettent leurs feux au moindre mouvement.

Mefatel J-Slf nom générique de la boucle d'oreille percée. Le modèle fait d'un fil d'or tourné en cercle et terminé d'un côté par une grappe et de l'autre par une grosse perle baroque. (Ressemble beaucoup aux mekfoul algéroises). , ,

El-Karakeb ■^>S\J£i1 collier composé d'une enfilade de grains d'or creux enfilés sur un cordon de soie.

Tahiil JW, boîte plate repoussée avec des volutes, des fleurons et des polygones. Elle sert à remplacer les amulettes et s'accroche au cou en sautoir.

Eddemalegh chenu ou qamar }**) ]j-*^ a""°, bracelet en argent massif et sans charnière, portant le nom pittoresque de bracelet du

soleil et de la lune. Le bracelet est limé en bossage. De distance en distance, sur le fond, une légère couche de sable sur laquelle on coule de la cire recouverte ensuite d'or. Le tout est maintenu par des clous à tête carrée ou ronde, ornés et rivés à l'intérieur du bracelet.

Foulah Mkhamsa A-*i* -^-Jj», Fève de cinq, large plaque découpée en trèfle à quatre feuilles. Cette plaque en guise d'amulette s'attache à Merrakecb sur la poitrine, et à Fez à la ceinture. Elle porte comme ornement des guillochages, et sur chaque pétale, en saillie, un chaton de verre de couleur et ou centre de la plaque un plus gros chaton. Soit cinq en tout, nombre fatidique égal aux doigts de la main qui conjurent le mauvais œil.

Aux environs de Tanger, des orfèvres juifs et ambulants parcourent les tribus du Rif; ils portent avec eux leurs enclume, marteau, moule, pinces et burin pour pouvoir fabriquer sur place. Aux matériaux d'or et d'argent qu'ils reçoivent pour fondre, ils ajoutent en plus, souvent, une forte quantité de monnaies de cuivre. Leurs bijoux sont grossiers, toujours à bas titre et jamais contrôlés.

, A Mogador, les bijoutiers, tous juifs, travaillent ensemble dans un

bijoutiers, souq. Leur boutique ouverte sur la rue

leur matériel \eur g^t d'atelier et de magasin.

Ils ont comme matériel, d'abord, un gros soufflet dont ils tirent eux-mêmes la vache (la corde); puis étau, fourneau, creuset, table à polir , cuvette pour donner le brillant, chalumeau pour souder, pincettes à feu, foret pour percer, scie à main pour découper, planchette à souder, lampe a essence, compas, pinces pour couper le fil d'argent, balances, vase à rafraîchir et banc à tirer le fil, car l'art , de la tréfilerie est très pratiqué dans

|T»b.«rB"î."ï^.i« en Mit do le Pa>'s Pour Ies broderies d'or qui coco, Djouu tjja,}. ornent les vêlements.

Ils cisellent sur un triangle do bois qui leur sert d'établi et qu'ils mettent entre leurs jambes. Un des côtés repose à terre. Le genou d'une part, le pied de l'autre retiennent droits les deux autres côtés.

travail.

Le premier ouvrier de la ville se nomme Salomon Sibouy, plus connu sous le sobriquet de Berbeca. Viennent ensuite Mammaou- Sebag, Moklolif, Nessim-Reboch.

L'aminé chargé du contrôle par le Maghzen insculpe, lorsqu'il en est chargé, sur les bijoux au titre légal de 900 millièmes, le poinçon ci-contre d'après un certificat de l'orfèvre Berbeca qui remplit le rôle d'essayeur. Mais cette attestation n'est pas indispensable ; une déclaration suffit le plus souvent.

Pour les étrangers, les bijoux d'argent poinçonnés se vendent façon comprise, au poids de la monnaie d'argent. L'alliage constitue le bénéfice du fabricant. Souvent les naturels du pays obtiennent de meilleures conditions lorsqu'ils débattent le prix du travail.

Les bijoux d'or se vendent quatre piastres la miskal. La piastre

valant environ 3 fr. 40 de notre monnaie et le miskal pesant

5 grammes 1/2, le prix est donc d'environ 2 fr. 50 le gramme. Le

bénéfice de l'ouvrier varie suivant la quantité plus ou moins grande

de cuivre.

Les Mogadorîennes se parent surtout avec les pièces suivantes :

De grandes boucles d'oreilles, Tiouinas en rifain, en forme d'anneau (déjà décrites), ornées d'un verre souvent de couleur verte, taillé en table, posé sur le milieu du cercle comme un chaton de bague et accompagné de pendeloques qui retombent comme des aiguillettes presque sur l'épaule. La légèreté est la première condition de ce bijou pour ne pas déchirer l'oreille. Le trou pratiqué dans l'oreille est fort gros et afin qu'il ne se rétrécisse pas on le remplit d'un noyau de datte tant que ne sont pas portées ces pièces décoratives.

De bracelets — les uns de formes variées, en or massif, en rifain izbkàn ■j'-^j', venant quelquefois du Portugal ou de Tin-Bouctou (ce que nous ne saurions garantir), — et d'autres avec, sur le

IVICSia VfcTKBEHTl DI Ftn.

Contrôle et

vente.

Principaux

bijoux.

bandeau, des rosaces dans lesquelles on coule, en guise d'émail, de la résine de différentes couleurs.

Decolliersdegrainsd'or creux Elmezroueddeheb ïjj}*i\ (boules d'or) ornés de lignes géométriques. Ils viennent du Soudan ; et on les enfile sur un cordon de soie en les faisant quelquefois alterner avec des pierres précieuses et des perles fines pour obtenir des effets variés de coloration.

De diadèmes (en rifain Tasfift w*; ■ a*»?), faits d'un ruban sur lequel on coud des plaques d'or découpées et travaillées d'une façon ingénieuse avec une pièce centrale plus grande. Quelques-uns seraient dit-on, fabriqués au Soudan. Nous en doutons.

D'épingles servant à attacher le haïk au-dessus des seins. On les appelle en langue rifaine Tizerzai ( ^j;)-*)- Ce sont les bzaïme d'Algérie, réunis également par une chaîne légère, et formée par un fil double tordu en 8. Les contours de ces Tizerzai sont variés : arc mauresque, étoile, triangle et, comme ornementation, des amandes en relief et des clous à côtes qui rappellent' la convexité des champignons.

Talisman. ^es kijoux talismans (Takhemsat O^— *àAj en langue rifaine), ces

armes préservatrices des puissances ennemies, ne sont pas oubliés dans la parure. Il en est qui ont la forme d'un rectangle avec cinq dents perpendiculaires leur donnant l'aspect des peignes. Sur la partie plate sont appliqués deux pois coupés qu'on appelle les deux yeux et qui semblent regarder fixement, pour faire reculer le mauvais œil et s'opposer à des maléfices.

Armes à feu. Mogador fabrique aussi beaucoup d'armes sur les anciens modèles.

Ce sont plutôt des pièces de décoration que l'on accroche aux murs ou qui se portent dans les fêtes publiques, car elles ne sauraient plus servir d'armes de précision avec les progrès actuels des engins meurtriers. On y rencontre beaucoup d'ouvriers armuriers fort habiles pour fabriquer les longs fusils à chien ou à- pierre avec bassinet et souvent enrichis, avec goût, d'or et d'argent. Le canon est damas- • quiné à l'espagnole, la crosse en bois de noyer est incrustée de filets et enrichie de plaques d'ivoire, de morceaux de corail et même de perles fines. Tout le bois disparait quelquefois sous les ornements d'argent.

Ils font aussi des poires à poudre {douaXa en arabe Aj^, en langue rifaine akriche ^ij^) munies d'un anneau pour les porter en ban-

LE MAROC 507

doulière. Les unes rondes, en cuivre, sont recouvertes de feuilles

d'argent découpées et ciselées; les autres, courbées comme une corne

de mouflon, ont un côté de cuivre et un autre, celui qui paraît, revêtu

de feuilles d'argent striées et ciselées. Quelquefois elles ne sont ornées

qu'à la pointe.

Les Marocains se munissent prudemment d'armes" blanches. Ils Armes Man-

ches portent en bandoulière, de droite à gauche, un poignard (koumia

en berbère ^?j>) dont la lame est le plus souvent importée

d'Europe en contrebande et dont le fourreau, travaillé dans le pays,

est plaqué d'argent avec la pointe très recourbée. La silhouette de la

poignée de bois et d'argent ressemble au chapeau des incroyables. Elle

est ciselée, guillochée ou gravée.

En bois de laurier-rose recouvert de cuir, le fourreau des sabres (esskin ^f^^) est blindé d'argent doré et même d'or pur. La poignée avec garde à simple branche damasquinée se fait en corne de buffle ou de rhinocéros. On dirait d'un sabre du Directoire.

Les orfèvres préparent aussi des étuis à Coran (DalilSJ^), petite Objets dhers. boîte plate et rectangulaire couvrant bien le livre sacré que l'on suspend au cou à l'aide d'une chaînette. Ils ont inventé des ambria Jo^aJt plus allongés qu'une poire très pointue pour renfermer l'ambre qui doit parfumer le thé arabe et qu'une chaîne suspend à la théière.

Leur habileté est telle quand ils le veulent qu'ils peuvent repro- Pour

dûire tous les bijoux étrangers sur commande et d'après les modèles les HnMgtrs. qui leur sont soumis. Les formes archaïques des traditions locales se perpétuent cependant et les imitations européennes ne sont fabriquées spécialement que pour les marchands juifs ou arabes qui fréquentent les Espagnols et les Français et leur vendent du pseudomarocain. C'est ainsi qu'ils ont inventé les broches aux dents de sanglier assemblées en croissant, les agrafes dont le modèle est emprunté aux poignards et aux fusils du pays, les cuillers à thé à long manche gravé, les tabatières ayant la forme d'une poire et les salières soutenues par de petits poignards comme pieds.

Fez (ou Fas) est à dix journées de caravane de Tanger. C'est un par- Fez

cours très difficile aux voyageurs isolés. Pas de service de voiture, des Boute de

mules et des chevaux comme monture, des chameaux pour porter les Tanger a Fe*. bagages. Traîné par des bœufs un chariot qui traverse le pays est un

Arrivée à Fez.

La décadence

événement. Pas de poste, un Arabe en courant met quatre jours pour porter le courrier. Il faut, pour arriver à Fez, traverser des montagnes, le désert, des rivières, des forêts, des tribus fanatiques et des douars de mendiants, pillards dangereux. Aussi est-il nécessaire, pour triompher de toutes ces difficultés, d'être, par un titre officiel, protégé du gouvernement marocain. On a, ainsi, droit au ravitaillement des offrandes en vivres frais de la mona taxées par les chefs des provinces que Ton traverse.

Bâtie entre deux collines et ressemblant à un 8 traversé par la rivière des Perles, Fez est flanquée de murailles crénelées avec, au pied, une bordure de verdure et de fleurs. Au loin émergent des mosquées aux coupoles vertes et aux minarets carrés, émaillées de faïences polychromes.

L'intérieur de la ville n'est qu'un véritable labyrinthe de souterrains sombres et sans issue, de passages couverts, privés d'eau et de lumière, de voies étroites, bordées de murs tristes, nus et hauts comme ceux d'une prison. Des ruelles mon tueuses se dégagent des odeurs de parfums acres ou des relents de charognes, car si le Coran exige la propreté du corps, il n'exige pas celle de la rue.

Comme le Fez d'aujourd'hui ressemble peu au Fez d'autrefois ! C'était alors la reine du Magreb, l'Athènes de l'Afrique avec un demimillion d'habitants et des relations se prolongeant dans toute la péninsule Ibérique. Elle était peuplée de merveilleux artistes qui savaient enrichir d'or, d'argent et de perles fines les reliures des manuscrits. Maintenant la ville s'écroule, les derniers vestiges de l'architecture andalouse, « estilo mudejar », se désagrègent. C'est la fin d'une cité célèbre.

Aucun retour vers la prospérité d'antan n'est possible chez ces descendants des anciens Maures. Ils ont conservé la sérénité du fatalisme le plus convaincu. Ils vivent avec la certitude de retourner un jour en Espagne et gardent précieusement et les titres de propriété des maisons de leurs ancêtres et les clés de plusieurs mosquées de l'Andalousie. Rebelles & la civilisation moderne, les musulmans de la vieille cité de Fez ont le plus grand respect de la loi bénie de l'apôtre de la Mecque. Ils sont persuadés que si le progrès pénétrait chez eux ce serait la fin de l'Islam, la ruine, la persécution, l'exil — a Que Dieu confonde ta race ! » s'écrient les vieilles femmes musulmanes-en montrant le poing aux roumis qui passent devant elles.

LE MAROC

Les juifs vivent avec leurs familles dans le mellah. C'est leur ghetto, le seul endroit où il leur soit permis de posséder des maisons. Au coucher du soleil, ils doivent réintégrer leurs quartiers ; les portes se ferment et ils sont parqués toute la nuit, jusqu'à la pointe du jour.

Les juives de Fez, créatures opulentes, comme celles de Tunis sont souvent belles avec leurs cheveux nattés en tresse, leur bouche purpurine et leurs yeux noirs ; toujours élégantes avec leur bonnet conique, leur calotte fixée à la tête par des foulards de soie, leurs vestes de velours brodées, boutonnées haut et bas, échancrées au cou et crevant sous l'effort de leur poitrine, puis leurs étroites jupes courtes galonnées d'or, relevées à la taille par une large ceinture rouge ou bleue.

Lorsqu'elles sortent, elles mettent sur la tête un simple foulard de soie noire noué sous le menton. Elles vont pieds nus, les babouches à la main plutôt que d'avoir à les ôter sans cesse devant les mosquées. Elles ont soin de cacher leurs bijoux dans leur corsage afin d'éviter les convoitises et de courir ainsi le risque d'être, en pleine rue et en plein jour, audacieusement volées.

Quant aux juifs à la figure émaciée, à la barbe rase, aux cheveux longs, leur aspect paraît sordide et rude avec leur longue robe rayée et serrée autour du corps par une ceinture, leur bonnet noir et gras et leurs pantoufles jaunes, avachies. Ils sont vilipendés, méprisés de tous, il leur est interdit d'aller à cheval dans la ville. Ils doivent porter leurs morts en courant. Ils ne peuvent même pas se défendre des coups dans la rue. Et cependant ils ne songent pas à quitter le pays pour se soustraire à ces humiliations. Ils ne cherchent pas à améliorer leur condition misérable. Ils subissent, en se courbant, toutes les avanies, car le profit avant tout. Ils savent, du reste, qu'on ne les chassera pas. Leur négoce avec l'étranger constitue la prospérité générale, leur commerce assure le ravitaillement local. Ils épargnent, ils amassent, ils entassent, ils extorquent. La puissance de l'argent les rend les maîtres du pays. Ce sont au fond des opprimés plus forts que leurs oppresseurs.

Fez est la ville par excellence pour la fabrication des bijoux. Doués de merveilleuses aptitudes, les juifs continuent, par atavisme, ce que faisaient leurs ancêtres de Grenade et de Cordoue .

Cependant chaque ouvrier a ses modèles spéciaux. Quelques-uns, fort beaux par la chaleur du métal et l'harmonie des tons, séduisent

Juifs et juives.

Description

de quelques

bijoux.

beaucoup les femmes de la cour chérifienne. Elles sont, des orfèvres de Fez, les clientes attitrées. Rien de plus décoratif que le grand pectoral, el-beseta, Ak-J! (rétendue) ; formé de la réunion de plusieurs colliers d'or appliqués sur un morceau de peau et d'étoffe, il couvre la poitrine des fçmmes invitées aux grandes noces. En même temps s'çtale sur leur front le diadème El-houâga, JH\ys^) , (balayures), ruban de soie parsemé de fils d'or et de perles comme une portée de musique, auquel s'accrochent d'un côté, en nacelle, à droite, el-khamsa, ~Z~*£\ , trois rangées de cinq plaques rectangulaires disposées en hauteur : 1, 2 et 2, tandis que de l'autre, à gauche, pendent des plumes, er-riouch tfaifl réunies en pinceau et s' écartant comme un éventail. Salammbô, la fille d'Hamilcar, n'était pas mieux parée lorsqu'à Carthage, elle apparut à Matho, avec ses tresses de perles attachées à ses tempes et la chaîne d'or qu'elle portait entre les chevilles pour régler sa marche.

Que de belles pièces encore sortent des mains des ouvriers de Fez ! Ce sont de vrais bijoux de peintre donnant de gracieuses oppositions de couleur ! Et-tadj, gkJ', le diadème, composé de volets d'or, assemblés par des charnières comme des feuilles d'écran, enrichis de perles baroques et de pierres précieuses. Il se fixe sur le front de la fiancée, le jour de la célébration de son mariage, et sa valeur dépasse souvent par sa richesse la somme de 2 à 3,000 douros. Qu'elle est belle ainsi ! Autour d'elle les matrones pompeusement parées dissimulent leurs cheveux blancs sous des pendants de tempes, ezzratr, j-^jjfi , longs et étroits, souvent garnis de plumes d'autruche, retombant sur les oreilles, encadrant la figure et rappelant ces bandelettes dont les prêtres païens ceignaient leur front dans les sacrifices antiques.

La mode actuelle est un bijou de tête composé de deux rubans placés en chevron garnis de pierreries et de pampilles soutenues par des chaînettes. Il s'appelle Elqaïd Moumous, yj*y+-> JuWl , du nom d'un bouffon de Mouley-Hassan retiré depuis peu à Fez.

Le ruban, les plaques et les fils d'or servent beaucoup à composer les parures, comme el-hancche, {J^\ (le serpent), ruban couvert de perles et de diamants, qui ceint le front et qui pend par derrière ainsi qu'une tresse, el-alacha, A^IjJI , et errfafa, ^<*\*J\ , rubans avec plaques, pièces d'or et franges d'or aux deux bouts, que ne portent pas les jeunes filles.

LE MAROC

SU

Il arrive bien, par les marchands qui voyagent, quelques bijoux de Tanger, de Tlemcen, même d'Espagne et de Portugal, mais combien les riches Féziennes du Maghzen préfèrent les bijoux de leur pays ! Ils les aident à faire triompher leur beauté ! Et cependant jadis, à celles d'entre elles qui allaient aux grandes fêtes, elles consentaient à les prêter pour quelques jours. Mais la séduction des bijoux est si forte qu'elle fait sombrer bien des vertus. Lorsqu'il fallait rendre les parures après les cérémonies, il fut quelquefois substitué, habilement, aux bijoux d'or, des bijoux d'argent doré du même modèle, si bien copiés que l'on pouvait aisément s'y méprendre. Cette supercherie bientôt découverte n'a pu durer. Maintenant les bijoux en vermeil sont tout à fait délaissés par les belles Féziennes et les orfèvres n'en fabriquent plus pour elles. Ils sont écartés de la dot où ils tenaient jadis une place importante.

C'est à la Monnaie, Dar Essekka, qui se trouve à Fez Elbâli, dans le quartier dit Ras Echcheratine, que les bijoutiers apportent leurs bijoux à poinçonner. Cet édifice ne sert qu'à cet usage. La monnaie est frappée en Europe.

Le Contrôle, comme ailleurs, est facultatif. C'est un simple renseignement que Ton a le droit cependant d'exiger. Jadis les bijoux d'or n'y étaient pas admis, mais les choses ont changé : ils le sont depuis trois ans.

Sur les bracelets en argent de la ville, l'aminé actuel, Abdelkhâleq Berrada, ï^'^j v^i^I ^ , met trois poinçons et cinq sur ceux de la campagne. Les bracelets d'or ne portent que deux poinçons.

Une somme de huit ouqia 3/4 par miskal, soit environ 34 centimes est destinée aux honoraires de l'aminé, à l'entretien de la maison de la Monnaie et des instruments qui servent à vérifier les alliages. Le miskal d'or ne pèse que 20 grains, soit un huitième d'once, tandis que le miskal d'argent pèse une once et quart.

Le souq es-syaghine où travaillent les orfèvres est au Mellah (ghetto) mais celui où se vendent les bijoux estàFez-Elbâli et porte le nom de souq el-fodda (argent) bien qu'on y vende également les objets d'or.

Parmi les fabricants les plus importants, il faut citer :

Vermeil démodé.

amel rn 18

(Fabrication de Fez.

Année 1318

de l'hégire).

Garantie des bijoux.

Principaux orfèvres.

Prix courants.

Matières premières.

Pour les objets en argent : Judas Botrol, Saîdou Daban et Natman Ichoc.

Pour les objets en or : Haïm Harrouch, Ould Bitolm et Chaloum

SfMHOC.

A Sefrou, près de Fez : Ichoua Sarrah.

Les deux bijoutiers fournisseurs de la Cour : Samuel et Habibi Cohen, sont chargés de ciseler les étriers d'or où s'appuient les pieds du sultan lorsque, dans les grandes cérémonies, grave et majestueux, monté sur son cheval blanc, abrité sous un parasol, il apparaît à son peuple courbé sur son passage.

On fabrique aussi à Méquinez, mais la plupart des acheteurs viennent se pourvoir à Fez où ils trouvent plus de choix et plus de goût.

La vente se fait au poids fit h la façon. Les objets d'argent sont payés 7 pesetas 60 par misqal, poids de 10 pesetas, ceux en or 20 pesetas pour le poids de 20 noyaux de caroubier. Le misqal d'argent pèse 12 fois le misqal d'or.

Les vieux bijoux se vendent de gré à gré d'après leur ancienneté.

Les bijoux d'argent se fabriquent avec des monnaies ou des lingots venus d'Europe, mais les bijoux d'or ne se font qu'avec les monnaies de même métal. Il n'arrive pas de lingots du dehors, mais seulement de la poudre d'or qui serait envoyée du Soudan par le Tafilalet.

Le corail, très recherché pour les bijoux communs, s'achète à l'once, le fin 12 douros et le gros 3 douros.

Les diamants sont peu portés, mais les rubis et les émeraudes abondent. Ils sont le plus souvent de mauvaise qualité.

Presque toujours avec des tares, les perles baroques se vendent au huitième d'once. Le prix varie suivant la qualité et la grosseur des perles. Les belles valent 100 et jusqu'à 125 pesetas le huitième d'once.

Merrakcch.

Capitale méridionale du Maroc où se trouve le célèbre minaret de IaKoutoubia. Elle a 50,000 habitants: Berbères, Juifs métis, Maures andalous. Immense oasis entourée de palmiers, de vignes, d'oliviers et de cultures variées. Maisons basses et construites en terre. Le souq est une véritable fourmilière aux toits de branchages.

Groupés dans un souq, les principaux orfèvres de ce centre important sont : Pinhas, Habibi Cohen, Samuel Cohen et Ruben Guigui.

LE MAROC

Étendue sur une longue colline, protégée par trois enceintes de murailles crénelées, Méquinez, la ville des fontaines et des palmiers, fabrique, comme à Fez, mais sur une plus petite échelle, des ornements précieux pour les Méquinéziennes dont la réputation de beauté était telle que, s'il faut en croire l'exagération musulmane, Mouley- Hassan y créa un harem de quatre mille femmes.

D'après la légende que les Marocains racontent avec ostentation aux voyageurs, le trésor de guerre du Maroc, s'élevantà 500 millions, se trouvait au palais du Sultan, dans un caveau dont l'accès était solidement défendu contre toutes les convoitises par de nombreuses portes de fer. Quatre fois par an, trois cents nègres ignorant le sort qui les attendait y jetaient à pleines pelles l'or et l'argent des impôts, des rançons et du butin des batailles. Après cette besogne, pour éviter toute indiscrétion et toute tentative de pillage, aucun des esclaves et de leurs surveillants ne sortait plus du palais. Les uns étaient massacrés, les autres étaient enfermés dans des cachots pour le reste de leurs jours.

Lors de l'Exposition universelle de 1900, le pavillon du Maroc, de blancheur neigeuse, était installé près de la Seine, au pied de la tour Eiffel, au milieu de constructions serrées les unes contre les autres, des palais et des panoramas qui s'élevaient sur l'esplanade du Champ-de-Mars.

Sur le profil plat des murs émergeaient les petites coupoles à boules d'or de la mosquée sainte et antique d'El-Karouïin de Fez, la Mecque de tout le Magreb, où les docteurs prêchaient la guerre contre les infidèles et où ils enseignaient, d'après les grands historiens, l'astronomie, l'alchimie et la divination, à l'époque où Mouley-Ismaïl, ne doutant de rien, demandait, dans un message hyperbolique, à Louis XIV, la main de la fille de la duchesse de La Vallière.

Le palais du Maroc était quelquefois fermé» Il n'ouvrait le plus souvent que fort tard sa grande porte en ogive. A l'intérieur se tenaient quelques Marocains graves, enveloppés frileusement dans leurs grands burnous blancs. Presque toujours assis, dans une attitude d'indolence, dévorés d'ennui, égrenant leurs chapelets entre leurs doigts, se souciant peu des curieux cosmopolites, qui défilent devant eux, indifférente au progrès et au mouvement fiévreux qui les entouraient, ils ne paraissaient songer qu'à se laisser vivre dans leur fatalisme.

Méquinez.

Le Maroc

l'Exposition

universelle.

Ces délégués du Maroc étaient les gardiens impassibles des produits de leur pays, rangés dans des vitrines plates ou tapissant les murs de la grande salle, construite par M. Henri Saladin, un érudit orientaliste. Us avaient apporté tardivement avec eux, provenant de Tanger, des foulas rayés; de Méquinez, des treillis (djellabas) et des lances de mendiants larges comme des fauchards; de Fez, des plats creux et des vases incrustés de vert au col allongé pour y mettre de l'huile ; de Mogador, des sacs à balles en lanières dé cuir ; de Merrakech, des coussins ronds en cuir écorché ; de Rabat, des tapis, véritables parterres aux couleurs éclatantes ; de Tetouan, des tables basses polygonales, des sabres aux quillons recourbés et des fusils légers et élégants, au canon damasquiné, à la crosse à pans coupés incrustée d'argent ou d'ivoire.

Au milieu des étoffes flânaient çà et là quelques bijoux vulgaires : boucles d'oreilles en or à pendeloques de massue, plaques d'argent à cinq fèves, tabatière en noix de coco allongée et polie avec garniture d'argent étoilée à la pointe et au sommet.

Pour le sujet que nous venons de traiter, il n'y eut aucun renseignement à recueillir dans ce bazar qui ressemblait trop à ceux de la rue de Rivoli et aucun enseignement à tirer verbalement des délégués du Sultan. Imperturbables comme des sphinx, rebelles à toute révélation, ils restèrent muets sur les mœurs de la vieille Mauritanie Tingitane. Nous ne pûmes changer leur aversion en sympathie et nous restâmes bien convaincus qu'ils durent rentrer au Maroc plus fanatiques qu'avant, sans se rendre compte de l'infériorité de leur pays — n'ayant rien appris ni rien oublié.

KHATCM BEL HADJRA.

Bagne marocaine avec pierre précieuse.

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