‹ L'orfévrerie algérienne et tunisienneChapitre 23 sur 113 · La AlcamUa · texte numérisé non relu

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LE SOUQ

vous pas rencontré un peu partout, à Smyrne, à Damas, à Constantinople, dans le faubourg de Péra, où il trône derrière son petit comptoir chargé de piles de monnaies?

A Alger, c'était presque toujours un Maure de la plus basse extraction, méprisé et méprisable, car il avait la réputation justifiée de tirer de son trafic des profits illicites.

Ce personnage aux aspects multiples connaissait et pratiquait toutes les finesses de son métier. Tantôt, il changeait en aspres (Yaspre était une petite monnaie de cuivre, l'équivalent de, notre ancien liard) les pièces d'argent, ou il donnait des boudjous d'argent contre des pièces d'or : son habileté frauduleuse consistait alors à glisser, dans la poignée de monnaie qu'il tendait à son client, quelques fausses pièces bien difficiles à distinguer des bonnes, môme pour un œil exercé.

Tantôt il vérifiait, pour le compte du juif, son compère, la pièce qu'un acheteur ou un négociant avait remise en paiement à celui-ci. Il la pesait en ses fines balances, il la grattait de l'ongle, il l'essuyait avec sa langue. Lui paraissait-elle, le moins du monde, rognée, altérée, douteuse; n'avait-elle pas le poids minutieusement exact : il l'engageait à la refuser impitoyablement. Notez que l'acheteur avait été de bonne foi en présentant sa pièce. L'Algérie des Turcs et des corsaires était la terre classique de la fausse monnaie et du protectionnisme en matière pécuniaire ; si l'on y réservait une peine sévère aux falsificateurs du sollani national, voire du vulgaire boudjou, aucun châtiment n'atteignait les faux monnayeurs qui fabriquaient des pièces étrangères. Le changeur avait donc beau jeu pour déprécier les douros d'Espagne, les mitqal de Fez, les sequins de Turquie, les ducats d'Italie, les louis de France, soumis à son examen, quitte à en exagérer la valeur dans le cas où un voyageur, reprenant la mer, voulait garnir sa poche d'argent de son pays.

Mais, à tout prendre, il ne vivait que des petits bénéfices résultant de son douteux commerce, et, dans ce commerce même, il avait bien des mécomptes, il éprouvait que toute médaille a son revers. L'État turc n'était pas scrupuleux à l'excès sur le chapitre de la fabrication des monnaies. D'une piastre d'Espagne qui valait 36 mezounes, le sultan en faisait 42, d'après Venture de Paradis. Le poids des pièces diminuait ou augmentait, selon ses caprices ou les exigences du

Vérification

des monnaies.

L'État

algérien

indulgent

pour

les faux

monnayeurs.

Le

changeur

dupé.

LORFEVRÉRIE ALGERIENNE ET TUNISIENNE

Les comptes.

La monnaie

fictive :

la saïma.

Rapacité du changeur.

Physionomie du Souq.

trésor. Le changeur devait être sans cesse en éveil pour éviter des pertes sur les monnaies en circulation.

Notre homme se laissait prendre rarement. Il s'était improvisé comptable, et nul ne lui en aurait remontré sur ce point. On venait le consulter pour établir les comptes les plus compliqués, qu'il dressait avec une habileté prodigieuse. Neuf fois sur dix, sa mémoire le servait ; il était rarement assez instruit pour couvrir une ardoise de calculs, en chiffres et en signes arabes. Afin de résoudre les problèmes les plus ardus, il avait mis en usage une monnaie fictive, la falma, qui valait 50 aspres et qui servait de base à toutes sed opérations. Les monnaies ne manquaient point dans les États barbaresqucs : il y avait les soltanis et les sequins d'or, les boudjous d'argent, la pataque chique et l'aspre tout au bas de l'échelle. Mais le changeur servait ses intérêts et éblouissait ses clients avec cette saïma mystérieuse et commode, que personne n'avait jamais vue. Les numismates lui ont pourtant, depuis Laugier de Tassy, attribué une valeur comparative; d'après M. Delphin, le distingué directeur de la Medersa, elle aurait valu trois sous environ de notre monnaie.

Que de beaux ducats, sequins et florins, aux effigies des princes d'Europe ; que de pièces d'or à la marque du croissant, sorties des ateliers monétaires de Turquie, d'Egypte ou d'Arabie, passaient par les mains du Maure astucieux et cupide ! 11 les recevait avec une feinte indifférence, les palpait avec amour, les voyait partir avec regret, non sans en conserver quelques spécimens entre ses doigts

crochus.

Le petit changeur, dont nous venons d'esquisser la physionomie, pouvait passer pour un des types les plus curieux du vieil Alger. On le considérait peu, mais on ne pouvait guère se passer de lui : il en imposait à sa clientèle par son aplomb et son expérience. Il vivait dans les meilleurs termes avec le captif chrétien que l'orfèvre juif faisait travailler; avec le juif lui-même ; avec le majordome ottoman qui venait s'approvisionner de bijoux pour le harem de son maître. Nous ne concevons pas plus le Souq sans le changeur que sans le

bijoutier.

Tout ce monde de manieurs d'or, d'argent et de pierres précieuses grouillait dans un dédale de rues sans écriteaux, bordées de maisons sans numéros, où le soleil ne pénétrait jamais. Comment indiquer la demeure exacte de chaque bijoutier du Souq, au travers des ruelles

LE SOUQ 75

tortueuses de cet étrange quartier, si étroites qu'elles laissaient à

peine aux portefaix la place d'y circuler avec leurs fardeaux ? Pour

bien exprimer que les masures se serraient, s'embrassaient presque,

une des ruelles portait le nom significatif de « rue de l'Accolade. »

Tel devait être l'aspect général du « Souq des Orfèvres, » véritable Recherches

ghetto algérien ; essayons de le reconstituer dans ses détails. °P?~

° ° J graphiques.

Mais réussirons-nous à rétablir la physionomie de tout le quartier qui entourait le Souq, et que les alignements et le nivellement de la place du Gouvernement avaient, dès les premiers temps de l'occupation française, détruit ou entièrement transformé? Nous n'osons l'affirmer, à cause de l'insuffisance des documents officiels.

Nous ne possédons plus les archives de l'État algérien. Elles furent, il y a quarante ans, au moment de la création d'un ministère de l'Algérie, ayant à sa tête le prince Napoléon, réclamées par Paris; mais elles y arrivèrent dans un tel désordre, qu'un archiviste, envoyé d'Alger, essaya vainement de les classer ; il ne put ranger qu'un petit nombre de pièces, le reste fut perdu.

A défaut des données certaines que nous aurions ainsi obtenues par la voie administrative, nous avons dû puiser à plusieurs sources : ce sont, d'abord, les cartes militaires dressées peu après la conquête, sur lesquelles la direction du Génie d'Alger a bien voulu nous faire des relevés par sections : malheureusement, les noms ne s'y trouvent pas ; puis les papiers et la carte, laissés par un érudit algérois, M. Devoulx, mis à notre disposition par M. Delphin ; enfin les renseignements trouvés à la Bibliothèque nationale, grâce à l'obligeance de M. Marcel, conservateur du département des cartes géographiques. Il faut y ajouter notre enquête personnelle auprès de deux nonagénaires, avec lesquels nous avons bien souvent parcouru en tous sens la place du Gouvernement pour retrouver, en nous aidant de leurs souvenirs, l'endroit où commençaient, où finissaient les rues disparues. Mais à cause de leur grand âge, leurs souvenirs étaient souvent confus.

Aussi, au milieu d'indications souvent contradictoires et d'incertitudes que nous avons tranchées, optant soit dans un sens, soit dans un autre, notre reconstitution peut ne pas être d'une précision absolue ; mais elle se rapproche de la vérité autant qu'il était possible d'y atteindre. Décrire un quartier que l'on n'a pas vu personnellement, sur lequel il ne subsiste que de rares documents et une tradition vague, devient une tâche assez difficile. Comme tous leurs confrères,

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Rues ; du vieil Alger.

Es-Sebbàghin

et Meqaîssia.

les archéologues algérois se sont absorbés dans l'étude des antiquités romaines; uniquement préoccupés d'un passé très lointain, ils ont délaissé les temps plus rapprochés. Ils ont négligé ce qui leur paraissait contemporain et ne Test plus déjà.

Nous avons dit que la grande façade des bâtiments de la Djenina, Dar-es-Soltan-el-Qedima (ancienne maison du Sultan), se profilait, d'un côté, sur la rue Bab-Azzoun, et de l'autre, s'étendait sur une partie de la rue Bab-el-Oued. C'est sur la façade gauche du palais, près d'un corps de garde de janissaires, qu'ouvrait la porte de Dares-Sekka (l'hôtel de la Monnaie), que les juifs affermaient pour 2.000 pataquès, prétend Venture de Paradis. Ils travaillaient gratis pour le Beylik qui, seul, avait le droit de battre la monnaie d'argent. Mais chacun ayant le droit de faire battre des sequins, une redevance pour la façon et le droit de ferme était due aux juifs qui opéraient sous la surveillance de l'aminé, seul dépositaire des empreintes.

Sur la gauche de la Djenina, deux ruelles tortueuses montaient vers la Casbah.

La première, la rue du Soudan, passait d'abord sous le palais du Dey (Dar-el-Imara) et finissait découverte. Elle s'appelait d'abord Dar-Hussein-Pacha, puis Zenqat-Djedid.

La seconde, voûtée tout d'abord, portait le nom de Sabat- Diouan ; elle partait de la rue Bab-Azzoun, en face de El-Qissaria, aboutissait à la petite place des Caravanes, passait sous une arcade et finissait en serpentant, vers la haute ville. C'est là que fut exécuté le chef du Peîlon, Martin de Vargas, l'amiral espagnol.

A gauche de Sabat-Diouan (voûte du Divan), venaient successivement : Souq-el-Djedid (rue Juba) ; la rue Hammamet ^ Porte-Neuve), et Sabat-el-Louh (voûte de la Planche) (rue Sainte).

Les rues qui s'amorçaient à partir de la rue Bab-Azzoun et de la rue Bab-el-Oued, devant la façade de la Djenina, traversaient un quartier très commerçant; suivant l'usage, elles prenaient le nom des différents corps de métiers qui les habitaient.

Trois voies principales et presque latérales descendaient directement vers la mer.

La première commençait par une porte de quartier (deurb), en face de la rue Juba, sous le nom d'Es-Sebbâghin (les Teinturiers), et aboutissait à la hauteur de la porte occidentale de la Djamâ-Djcdid, bâtie, en 1660, par les Turcs du rite hanéfi, sous celui de El-Meqaïssia

LE SOUQ

(les Fabricants de bracelets), nom relevé déjà dans les actes du xie siècle. Les boutiques à main droite en descendant formaient la limite de la ville et permettaient de voir le rivage du haut d'un mamelon très escarpé, en contre-bas duquel se trouvait une excavation. Nous aurons occasion de reparler de ce bas-fond, qui servait de réceptacle aux immondices.

La seconde voie, divisée en deux tronçons, s'ouvrait rue Bab- Azzoun, en face de Sabat-Diouan. Elle portait deux noms :

Dans sa première partie, El-Qissaria (le Marché franc), bien que, depuis deux siècles, cette appellation fût sans objet. Elle avait, aux extrémités, deux portes qui témoignaient de son isolement d'autrefois ; elle était occupée par des écrivains (tolba) et des fabricants de burnous.

La seconde partie de la rue prenait le nom de Es-Seyyâghin (les Bijoutiers) ou Es-Sagha, et elle arrivait à la grande rue de Bab- Dzira, qui est aujourd'hui la rue de la Marine et qui s'appelait alors la rue de la Mer. Es-Seyyéghin était en partie voûtée. C'était là le quartier des orfèvres, qui avaient fini par appeler toute la rue Es-Sagha, comme cela est constaté par un acte (1030 de l'hégire) où il est dit que l'ancien El-Qissaria-el-Qedima a perdu en partie son nom.

La troisième voie, El-Bechmaqdjia (les Fabricants de pantoufles), s'ouvrait sur la rue Bab-Azzoun par une porte (deurb) ; elle longeait la mosquée Seïda et aboutissait à ce qui forme actuellement le fond de la place Mahon, c'est-à-dire devant le couloir, maintenant la rue de la Dorade, à l'endroit où se trouvait une des portes du. Bedestan.

Vis-à-vis de l'entrée de la Djenina, sur une petite place triangulaire, ornée d'un jet d'eau, s'ouvrait une voie : Bia-el-Khodra (Marchands de légumes verts), qui longeait la mosquée Seïda pour aboutir à Erressaïssia (les Plombiers). Cette rue descendait en ligne directe au Bedestan.

La rue des Fondeurs (El-Ferraghia) partait de la mosquée Seïda pour aboutir au Bedestan. Elle était occupée par des fabricants de gonds, d'anneaux et d'entraves.

La dernière rue dont nous avons à parler prenait naissance dans la rue Bab-el-Oued. Elle s'appelait : 1° Zenqat-Aneuqni (Embrassemoi) jusqu'à larue Cléopâtre ; 2° Zenqat-Sidi-el-Djoudi (de la zaouïa

El-Qissaria f

et Es-Sagha.

Bechmaqdjia.

Bia- .et-Khodra

et Erressaïssia.

El-Ferraghia.

Ech-Chemmaîn.

Souq

des

bijoutiers.

Mosquée

Ech-Chou-

ouàch.

École

Qissaria.

Quartier

de Bab-Dzira.

du marabout) jusqu'à la rue des Trois-Couleurs ; 3° El-Hakoura jusqu'à la rue de la Charte. C'est la rue Mahon actuelle.

La rue Ech-Chemmaïn (les Ciriers) (aujourd'hui Cléopûtre) prenait naissance dans la rue Bab-el-Oued, faisait un coude à angle droit, traversait la rue Mahon, la rue Erressaïssia, longeait Djamâ-Seïda ou Essida et aboutissait à Bechinaqdjia.

Bechmaqdjia était réuni à El -Qissaria par le Souq-el-Ghezel (marché des Fils), qui longeait le Beit-el-Mal (Curateurs aux biens vacants).

Qissaria était relié- à Es-Sebbâghin par une rue qui passait devant la Mesdjed-Qissaria (petite mosquée d'El-Qissaria).

C'est entre Es-Sagha et Meqaïssia que se trouvait le Souq des orfèvres, réduit, en 1830, à 80 boutiques, jetées là dans un dédale, fouillis inextricable de petites ruelles, de culs-de-sac sans nom.

Zenqat-en-Nehas (impasse du Cuivre) y pénétrait. Une autre, Zenqat-el-Daouba (impasse des Fileurs d'or?), s'engageait dans le pâté de maisons compris entre Es-Seyyâghin et Bechmaqdjia.

Les commerçants de l'époque n'étaient pas les seuls habitants de ce quartier. Sur la petite place triangulaire de la Djenina, se dressait la mosquée Ech-Chououâch.

Le local des Bolouk-Bachi, ou officiers de la milice turque, alignait ses colonnades dans la rue Bab-Azzoun, contre le palais du Sultan.

Vis-à-vis du poste étaient installés divers bureaux pour le kahia, l'intendant de l'armée, le bach-agha et le bach-djerrah ou chirurgien • en chef des janissaires.

Entre la mosquée Seïda et El-Qissaria, au-dessus de la rue Cléopâtre, l'école d'El-Qissaria, assez importante, était spécialement destinée à l'enseignement du Coran. Son emplacement se retrouve encore sous les voûtes de la place du Gouvernement.

Au commencement de la rue Bab-Dzira, en face de la Djamâ-Djcdid (mosquée nouvelle, actuellement mosquée de la Pêcherie), se trouvait, d'après les renseignements qui nous ont été donnés, Kahoua- Kebira, un grand café très fréquenté par les marchands du quartier. Du môme côté de la rue Bab-Dzira, le Tabernet-Arabadji (taverne du Cocher) , faisant l'angle de la rue des Sauterelles , touchant le Bedestan.

En face de la rue des Trois-Couleurs, le Souq-Erressaïssia.

LE SOUQ 81

C'était de l'autre côté de la rue Bab-Dzira, faisant vis-à-vis de Qàa-es-Sour. Arabadji (rue des Sauterelles), que s'amorçait Qâa-es-Sour (la rue du pied du Rempart), conduisant à Djamâ-Djedid en contournant El-Kebira (le vieux fondouk de la Bourse), dont l'entrée était aussi dans Bab-Dzira. De Tune des sorties du Palais consulaire, on peut aujourd'hui reconnaître, par son contour, que le nom de la rue de l'Arc était bien donné. La porte de la mosquée a été bouchée. Quant au fondouk de la Bourse, il est devenu une cité ouvrière.

Afin que notre reconstitution de cette partie d'Alger soit complète, Souq-

décrivons encore le quartier des Pêcheurs. el-Houatin.

On y accédait par le couloir en pente, devetju la rue de la Dorade, qui aboutissait sur une petite place, Souq-el-Houatin (marché aux Poissons) ; puis une impasse menait à Mesjed-Errabta ou Mesjcdel-Merabta (de la maraboute Ez-Zerzoura). Derrière cette mosquée, passait le Tchaqmaqdjia, dernier tronçon subsistant de la large et courte rue des Armuriers, qui, en contournant Aloui-el-Djenan (maison haute du Jardin, bâtiment habité. par les Turcs), allait se perdre dans les terrains vagues servant de chantiers de construction pour les bateaux.

Le côté gauche de la rue des Pêcheurs était formé par des construc- Dja mations adossées à Djamâ-Djedid. Au milieu, s'engageait une petite J " ruelle voûtée qui tournait sous la mosquée et se terminait par Bab-el- Behar (porte de la Mer), débouchant sur la grève. Ce passage existe encore en partie, mais par suite de l'exhaussement du sol, la porte se trouve aujourd'hui au-dessous du niveau de la place de la Pêcherie. L'oratoire des pêcheurs était adossé à la mosquée, à gauche, en descendant de Bab-el-Behar, en dehors de la ville. L'oratoire s'appelait Mesdjed-el-Houatin (deux chambres et une pièce pour les ablutions). Cette mosquée était située sur la place de la Pêcherie actuelle. Les marins hélaient leurs bateaux sur la plage où se trouvait la porte de la Mer.

En faisant quelques pas à gauche, sur le rivage, on longeait les Fort

fortifications, commençant par une voûte, bouchée depuis longtemps, et dont la porte se trouvait près du restaurant installé aujourd'hui au bas de la rampe de la Pêcherie. Puis s'élevait le fort de Bab-el- Behar, construit par Sid Horraïn sur un emplacement habité par les pêcheurs. Sa batterie avait deux étages, communiquant par un escalier. Les ruines de cette batterie se voient encore, et il est facile

de Bab-el-Behar,

Chantiers,

Démolitions

Place d'Armes,

Souqel-Djedid.

d'en déterminer remplacement. C'est la paf lie qui s'étend en diagonale, en bordure de la place du Gouvernement, jusqu'à l'amorce du boulevard de la République.

Dans ce bastion, s'ouvraient les deux portes des chantiers de construction des galères. C'était une demi-lune concave de 80 mètres, à laquelle on accédait par deux portes en arceaux, servant de passage aux galères. L'une pouvait aisément se démolir; l'autre, fermant à clé, servait de passage aux ouvriers. Cet arsenal n'avait aucune communication avec l'intérieur de la ville. Il est probable que le chantier, en partie abandonné, n'était plus, en 1830, qu'une grande excavation qui figure sur les plans de l'époque.

S'accrochant aux rebords élevés de cette vaste fosse, à gauche, la rue Palmyre, qui aboutissait rue Bab-Azzoun, presque en face de la rue Sainte (Sabat-el-Louh) , et l'impasse Bosa qui, comme elle, rejoignait la rue Bab-Azzoun, formaient la limite de la partie de la ville que nous venons de décrire.

Quand les soldats français pénétrèrent, en 1830, dans cet enchevêtrement de rues dominées par la Djenina et aboutissant au port, ils s'y trouvèrent trop à l'étroit pour se défendre contre une surprise. L'autorité supérieure logea les sapeurs du génie et une batterie dans les bâtiments de la marine, mais il fallait un large emplacement pour permettre aux troupes de bivouaquer, à l'artillerie d'évoluer.

La construction d'un parc s'imposait. Le maréchal de Bourmont fit alors abattre les maisons avoisinant la petite place triangulaire sur laquelle se trouvaient l'une des entrées de la Djenina et la caserne des officiers des janissaires. Telle fut l'origine de la grande place publique sur la bordure de laquelle devaient s'élever de beaux édifices, le Théâtre, la Bibliothèque et la Mairie. C'était la place d'Armes, devenue aujourd'hui place du Gouvernement, et qui, avant de porter ce dernier nom, a subi le contre-coup des changements de régime en France, et s'est appelée, tour à tour, place Royale, place Nationale, place Impériale et place de la République.

Les orfèvres qui occupaient le Souq-es-Sagha furent effrayés des démolitions qui les entouraient et les chassaient peu à peu du centre où ils avaient si longtemps travaillé. Déjà, plusieurs de leurs boutiques étaient tombées sous la pioche des soldats du génie. Entourés de décombres et de ruines, d'abord affolés de désespoir, ils durent

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chercher un refuge ailleurs. Un certain nombre d'entre eux s'installèrent dans des baraques adossées au palais du dey et à la caserne des janissaires ; d'autres allèrent rue de la Marine, mais la plus grande partie choisit pour résidence la rue Juba, la rue Sainte et les environs de la place de Chartres, où des spéculateurs de terrains avaient construit deux passages, celui de la rue du Divan et celui de la galerie d'Orléans. Ce dernier fut appelé par les indigènes Souq-el- Djedid (Nouveau marché), du nom que portait avant la rue Juba.

Au début, les marchands du nouveau Souq avaient été très surpris, lorsque leurs concurrents, peu nombreux du reste, arrivant de Paris, vinrent s'installer à Alger pour profiter des débouchés que présentait la nouvelle clientèle européenne. C'est avec stupéfaction qu'ils virent s'ouvrir des boutiques spacieuses, bien approvisionnées et éclairées par une devanture vitrée. L'aménagement de ces magasins, dont ils s'exagéraient la dimension et le luxe, les effraya d'abord. Toute concurrence leur semblait impossible. Puis ils avaient été mis en défiance par les précédentes expropriations, dont les remboursements devaient s'éterniser.

Cependant, ils reprirent courage et se décidèrent à habiter les rues et passages de construction récente. Dans ces nouveaux emplacements, se rencontraient tous les corps de métiers : les brocanteurs établis là rappelaient un peu nos anciens fripiers des villes françaises, et les collectionneurs puisèrent longtemps chez eux. On trouvait dans leurs boutiques des bourses en cuir, des bracelets, des porte-cigares, des pantoufles.brodées, des pipes à long tuyau,, des glands d'or pour les cannes, des tables basses peinturlurées, des ceintures de soie aux nuances claires, des vestes sou tachées, des poignards en fer trempé, en un mot, tous les articles algériens qui s'entassent aujourd'hui dans les bazars de la rue de Rivoli. M. Aumerat, dans son intéressant ouvrage, Souvenirs algériens, en nous donnant ces détails, ajoute que le déliai, ou vendeur à l'encan, s'y tenait en permanence, les épaules chargées de burnous, les mains pleines de bijoux maures. Ce chef des crieurs indigènes existe encore ; ses fonctions sont subventionnées par le Gouvernement général de la colonie.

Dans les démolitions du premier moment, la mosquée Seïda Mosquée (la moschea del lie o degli Turchi, d'après le plan de Bruyn), con- Seîda.

struite par Ismaïl Pacha, s'était écroulée sous la pioche des sapeurs du génie. Le minaret avait été épargné, mais, au mois de mai 1832,

Sabat- Diouan.

Incendie

de

la Djenina.

on le fit tomber par affaissement en brûlant les étais dont il était soutenu. Un conflit qui surgit entre le Génie militaire et l'administration des Ponts et Chaussées n'arrêta pas les démolitions. L'artillerie déblaya le reste de la place, enlevant ce qui subsistait de la mosquée, d'après ce que raconte l'intendant civil, le baron Pichon, dans une brochure de l'époque.

De la charmante mosquée Seïda (mosquée de la Dame), il reste encore les colonnes en marbre, bien conservées, avec leurs chapiteaux sculptés en grappes de raisin, que le promeneur peut contempler en s'abritant sous les arcades qui bordent la grande mosquée de la rue de la Marine.

Il existe aussi des vestiges des ruelles qui descendaient en serpentant vers la Djenina, avec des marches de mètre en mètre, et aboutissaient à la ville basse. Un bout de rue voûtée, très bien conservé, peut se voir en face de la Cathédrale d'Alger, le long de l'Archevêché, à- droite. C'est tout ce qui reste de Sabat-Diouan. De chaque côté, de véritables niches avec un pas de marche. C'est sous cette voûte que, d'après une légende populaire, peu croyable du reste, le dey venait rendre la justice. Sous l'Archevêché, une cave renferme

aussi des vestiges des anciennes boutiques qui bordaient la rue du Soudan (Dar- Hussein-Pacha).

Revenons aux bijoutiers. Ils s'étaient groupés , comme nous l'avons vu , dans certaines parties des nouveaux bazars. Ils y travaillèrent quelques années,

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