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CHAPITRE IX

PERLES ET PIERRES PRÉCIEUSES

Le luxe suprême dans la parure a été de tout temps la pierre Dans

précieuse, surtout en Orient. C'est la clé des cœurs, comme disent i'antiquiU. les Orientaux dans leur langage poétique.

La Bible décrit le pectoral du grand prêtre Aaron, frère de Moïse, décoré des douze pierres précieuses les plus renommées :

cornaline, topaze, émeraude, rubis, saphir, diamant , hyacinthe , agathe , améthyste , chrysolithe, sardoine, jaspe. Chacune d'entre elles était dédiée aux douze tribus d'Israël.

Les récits des écrivains arabes parlent avec enthousiasme des gemmes arrachées aux entrailles de la terre pour couvrir les murs des mosquées.

Les poètes éblouissent leurs lecteurs des milliers d'étincelles qui jaillissent des parures idéales des femmes.

11 n'est pas de conte des Mille et une Nuits sans une description où, dans des bassins d'or, les pierres les plus rares jettent des feux comme un cratère de volcan. monst a*s kl-iuxech,

L'Oriental adore les pierres précieuses (Boucle d'oniiie * tête qui l'aveuglent de leur éclat et le fascinent " serpenL'

de leurs rayons. Non seulement il leur trouve d'étroites affinités avec la femme, autre objet de sa convoitise, mais il les poétise et les personnifie. Il va même jusqu'à leur donner une réelle influence.

Comme nos astrologues du moyen âge, il leur découvre des vertus

Vertus

gemmes.

Symboles.

Le diamant.

célestes. Le diamant est un antidote contre la peste. L'émeraude conserve la clarté et guérit des morsures venimeuses.

Un Maure, dont l'ouvrage a été traduit en latin au xme siècle par Jehuda Mosca, ne leur en compte pas moins de trois cent vingt-cinq, qu'il répartit, selon leur .pouvoir bienveillant ou hostile à l'espèce humaine, entre les douze signes du zodiaque.

D'ailleurs, Grecs ou Latins, Musulmans ou Chrétiens, croyaient fermement à la vie propre de la pierre précieuse à sa naissance, à son état de santé ou de maladie et à sa mort.

C'est lavis de Théophraste dans son Discours des pierres, de Pline l'Ancien dans un chapitre de son Histoire naturelle, du médecin arabe Avicennc dans son Traité sur les pierres, du docteur Albert le Grand, un des maîtres de la science hermétique, dans son ouvrage De Rébus metaliicis.

Pour tous ces auteurs, la pierre précieuse respire et souffre, participant aux joies et aux misères de l'humanité. Théophraste, cet observateur sérieux et sincère qui a inspiré à La Bruyère l'idée de ses Caractères, a été jusqu'à lui donner un sexe. Nul ne se serait avisé alors de contester son pouvoir magique.

Dans toutes les régions du superstitieux Orient s'affirme, pour les gemmes, le même culte fervent et passionné. Les Pharaons d'Egypte, les rajah de- l'Inde et les mandarins de la Chine se parent de perles, d'émeraudes, de rubis et de saphirs, dont les seuls diamants du schah de Perse ont dépassé la splendeur.

Tour à tour occupée par les Romains, par les Arabes et par les Turcs, l'Afrique septentrionale a été depuis des siècles la terre promise des pierres précieuses. Encore aujourd'hui les Tunisiennes donnent à chaque pierre une signification déterminée. C'est un langage des fleurs d'un nouveau genre.

Le diamant personnifie l'orgueil.

L'émeraude fait plaisir à voir et dissipe la mauvaise humeur.

La turquoise est un porte-bonheur.

Le rubis inspire la sympathie.

La perle est l'image de la noblesse.

Le diamant, cet objet de tant de désirs, n'est qu'un souffle, un rien, du charbon qu'un rayon solaire passant par un miroir anéantit en une seconde, ne laissant après lui qu'une trace légère d'acide carbonique.

et saphir.

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Avant les découvertes des mines du Cap, il se trouvait surtout dans l'Inde, sur les rives sablonneuses ou dans les creux de rochers. Les Perses, les Turcs, les Arabes l'appellent j^UjÎ el-almace, qui est l'expression littéraire, et aussi le nomment très souvent, mais à tort, Oj»Ij yaqoute, qui est rubis (l).

Avant le XVI* siècle on l'employait en cabochon, le mélangeant aux pierres de couleur. Souvent même il restait a l'état naturel.

Bientôt la taille se perfectionna. On le tailla en rose. Il conservait ainsi son étendue. On l'appelait alors « diamant à facottes. »

Mais le progrès s'accentua. On chercha à donner au diamant tout son éclat. La taille en brillant qui attisait ses feux prévalut.

Les Algériens curent beaucoup de brillants sous les deys. Avant la conquête ils venaient de Golconde en passant par l'Orient.

Avec le diamant, les seules pierres adoptées sur la côte africaine Êmerattdt, sont l'émeraude, le saphir et le rubis, quelquefois la turquoise et le «*•*

grenat. La topaze, ^jij zeberdjad, est négligée. L'émeraude, en arabe >y*j zmerred, d'un beau vert pré vaut plus cher que le diamant, son prix s'élève souvent jusqu'à 500 francs le carat. Lorsque la pierre est ordinaire sa valeur moyenne est de o francs le carat, et de 40 a 50 francs lorsqu'elle est foncée et veloutée : plus elle est claire et plus elle a de défauts, et moins elle a de valeur.

Le rubis spinelle, en arabe Oj»^, de couleur bien carminée est également recherché. Une pierre parfaite, de forme ronde ou octogone, vaut de 2 à 300 francs le carat. Son prix est plus élevé si C"n^nTd"^'orBmea la couleur tire au rouge ; on paye alors a .'500 francs le carat la « goutte de sang. » Le rubis balais couleur lie de vin vaut moins.

Quant au saphir, il a baissé de prix. La pierre bleu pâle ne dépasse guère a à 10 francs le carat. La belle pierre indigo violet, transparente et translucide, avec une double réfraction, s'élève à 100 ou 150 francs le carat.

La turquoise n'est pas appréciée des Arabes. Rarement, ils s'en

(1) 11 y a près de Batna l'AIuc-Y ajoute, » la fontaine de diamant, » selon les uns, • la fontaine de rubis, » selon les autres ; iaqoute veut plutôt dire « gemme. «

Diamant rose.

Valeur des roses.

Calcul

du

prixdesroses.

servent comme chaton de bague. Unie et non gravée, une belle pierre vaut à peine cent francs.

Le grenat syrien ou oriental vient tout taillé de la France. Cette escarboucle des lapidaires, d'un beau rougo feu, n'est pas cotée un prix élevé à Alger, où on la rencontre rarement dans les bijoux.

Mais les grands chefs arabes ne peuvent plus se permettre aujourd'hui de fastueuses prodigalités avec leurs femmes ; aussi s'attachent; ils seulement à l'étendue et au poids des pierres, sans trop tenir compte des défauts. Ils peuvent ainsi, facilement, contenter certaines fantaisies coûteuses de leurs femmes.

C'est surtout la rose qui est en faveur aujourd'hui.

Avec sa forme plate dessous et sa table aux coins arrondis ou en pyramides taillées à facettes elle ressemble à un bouton de rose avant son épanouissement.

Bien qu'elle ne soit plus qu'un diamant défectueux, elle lance peutêtre des feux plus vifs que le brillant, à cause de la largeur de ses facettes, mais elle joue moins et fournit moins de variétés de couleur. Pour qu'une rose soit bien taillée, il faut que sa hauteur, prise de la base à la pointe, ait la moitié de la largeur du diamètre de la base de la pierre.

Les belles roses d'Algérie sont quelquefois venues du Midi lors des mauvaises récoltes. Aujourd'hui les roses épaisses arrivent de Hollande où on les taille de 12 à 24 faces. Elles valent sur papiers de 90 à 100 francs le carat.

Lorsqu'elles proviennent de Belgique elles sont taillées à 6 faces. Elles ne se vendent alors qu'environ 45 francs le carat aux indigènes.

Mais il en reste encore beaucoup dans le pays provenant d'anciens bijoux démodés, démontés et fondus. Ce sont, pour la plupart, des roses de 3 à 6 faces.

Leur prix varie suivant leur poids et leur étendue ; du reste pour calculer le prix des roses, les auteurs des traités sur les pierres précieuses indiquent un moyen pratique.

Le prix du premier carat (1) de la rose bien pure, bien blanche, sans défauts, taillée à 24 facettes et amincie sur les bords, étant de

(1) Le mot carat vient d'une érythrine, nommée Kouara en Afrique, dont les semences, petites fèves rouges avec un point noir, sont employées dans les Indes orientales pour peser les diamants et les perles. Le poids du carat est, en France, de 0 gr. 206. Il se subdivise en 1/2 et 1/i de carat. Aux Indes, il est de 0 gr. 398,..

PERLES ET PIERRES PRECIEUSES

50 francs par exemple, et la rose pesant deux carats, il suffît de multiplier le poids par lui-môme, 2 X 2 = 4, et de multiplier ce produit par le prix de 50 francs. Le total obtenu donne le prix de la rose : 200 francs.

En Algérie, les roses brillent, serties dans des montures faites de branchages et d'enroulements. Elles ornent surtout les boucles d'oreilles et les ouardas qui se piquent à la chevelure; on les retrouve souvent sur les messkas, au milieu des rubis et des émeraudes. Rarement, elles parent les bracelets et les khalkhals.

Ajoutons qu'on ne voit plus guère que des pierres défectueuses et sans valeur, ne dépassant pas 35 à 40 francs le carat. Mais l'Arabe dédaigne les verroteries, qui l'humilieraient en l'assimilant aux nègres du Sud ; aussi il repousse les imitations, qui lui semblent indignes de lui.

La perle fine s'appelle en arabe *j*f* djouhra et aussi très souvent dite ^ loulou. Cette sécrétion de l'huître bivalve était connue de toute antiquité. Elle fut l'ornement préféré de Cléopâtre.

L'histoire raconte qu'elle possédait deux perles superbes. Elle en détacha une de ses oreilles et, l'ayant fait dissoudre dans du vinaigre, l'avala d'un trait dans un festin offert à Marc-Antoine.

A l'époque de la Renaissance, les Valois mirent la perle à la mode, les mignons la portèrent aux oreilles, les courtisanes en parèrent leurs corsages.

Le collier de perles, très en faveur à la cour de Louis XIV, donna lieu à une anecdocte que raconte Tallemant des Réaux :

Une grande dame sortait du bal. Un rôdeur voulut lui arracher ses bijoux. Elle se défendit et porta la main à son collier. Pour lui faire lâcher prise, le voleur mit la main dans son corsage et lui prit le sein, mais elle tint bon.

— Cela, dit-elle, vous ne le prendrez pas, mais vous emporteriez mon collier.

On vint heureusement à son secours.

Les Mauresques adorent les perles comme les Parisiennes, avec cette différence qu'elles ignorent la perle noire qui rehausse l'éclat de la peau et qu'elles recherchent surtout la perle baroque, peutêtre parce qu'elles ne peuvent en avoir d'autres. Pour elles, la perle ronde ne leur paraît pas sincère. Il leur semble qu'elle n'est devenue «phérique que par un travail mécanique.

Emploi des roses.

Perles fines.

Collier

vaut mieux

que pudeur.

Perles baroques.

lo2

Go&t algérois Autre différence : dans l'Est, à Tunis, et même a Constantine, ta perle blanche de couleur argentine ou de lait, est la plus estimée ; à Alger c'est, au contraire, la perle jaune. Son rayonnement solaire séduit plus que le rayonnement lunaire ; peut-être les Algéroises n'onl-elles pas tort, en tout cas des goûts et des couleurs il ne faut pas discuter.

Le comble de l'élégance, pour les Mauresques, est une belle cravate ou un beau collier pendant de perles à 3, 5, 7 et 9 rangées. On en voit souvent qui valent 1.300 et 2.000 francs. Le collier n'est jamais porté en sautoir comme à l'Opéra de Paris, sous l'Empire, ou en long chapelet comme à Londres, au théâtre d'Hyde-Park. Tantôt à un seul rang, la perle plus grosse au centre et les autres enfilées en gradation avec les autres, il n'est pas ajusté au cou. Tantôt à plusieurs rangs, il s'attache sur des morceaux d'étoffe matelassée aux extrémités de forme triangulaire, auxquels sont fixés deux cordons quelconques se nouant derrière le cou.

A Alger, quelques riches indigènes mettent leurs économies en perles fines. Ils peuvent ainsi garder une forte somme sous un petit volume. On cite une famille qui possède quatre ou cinq kilog. de perles iînes.

A Tunis, c'est la grande folie, comme à Alger. Les femmes des

hauts fonctionnaires ont des colliers superbes ; il en est dont la

valeur dépasse 100.000 francs,

La perle Non seulement la perle se porte en collier en Algérie, mais les

dan* orfèvres l'emploient beaucoup pour orner leurs bijoux. Sa couleur

* ' s'fmli\v(»hii>nKiii'l'nr Khorsa.NabTounès

jouant libremen dans les mengouch servant d'ornemen aux medhibah, cou sues en pavage su les belles ceintures ou servant à composer des pondclo- «"■oij.hi. ques avec des boules

(Broche M or.] Qu ^ ^.^ de

s'enlève bien sur l'or à côté des rubis et des émeraudes. On la retrouve sans cesse encadrant les belles messka, enfilées dans les tneqfoul, servant de pendeloques aux assabas, tombant en écheveaux de la pierres précieuses, roulées comme des cailloux polis par la mer. La Méditerranée ne recèle pas d'huîtres perlières. Les plus belles

PERLES ET PIERflES PRECIEUSES

Es

l'ohfèvhehie algérienne et tunisienne

Provenance

et prix des perles.

Moyen

de

faire retenir

Viciai

des perles.

perles viennent du golfe Persique par La Mecque, le Caire, Constantinople, Vienne; mais c'est Paris et Londres qui en sont les grands marchés européens.

Il reste encore beaucoup de perles baroques en Algérie, provenant des anciens bijoux disparus dans le creuset des orfèvres.

Pendant longtemps, vu la pauvreté du pays, le stock actuel suffira à pourvoir en grande partie à tous les besoins en attendant des temps meilleurs.

La perle s'achète au carat par les marchands, et par les indigènes à l'once (l'ouqia de 30 grammes) avec ses subdivisions.

Suivant leur grosseur, leur pesanteur, leur orient et leur poli, les belles, perles peuvent valoir jusqu'à 1.400 francs; les moyennes 500 francs ; les semences de 150 à 200 francs.

Les perles se ternissent à l'usage. Leur éclat diminue avec le frottement de la peau. La tradition voulait que jadis on les fit avaler à un poulet. Un court séjour dans son gésier leur rendait leur éclat et on reprenait la perle à la poule en lui coupant le cou. Nous donnons cette légende orientale pour ce qu'elle peut valoir, mais nous croyons que pour lui faire retrouver son éclat, le meilleur moyen consiste à laver la perle avec l'eau chaude, ensuite à la rouler dans du riz pilé, réduit en poudre fine.

La perle peut redevenir, de cette façon, aussi belle et aussi brillante qu'au moment où, après avoir été longtemps baignée par l'eau de la mer, elle vient de quitter la coquille qui la retenait en captivité.

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