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Tas en acier poli

Les petits fabricants de l'intérieur ne possèdent guère, pour tout outillage, qu'un fourneau, une balance, quelques las en acier, une brosse, un chalumeau simple, des châssis pour mouler, une cisaille, des creusets, des limes, des fers a souder, une lingotière, des marteaux, des pinces, des brucelles et un jeu de filières.

La filière était connue dès la plus haute antiquité. Les Égyptiens l'avaient en fer, les Arabes l'ont en acier. Il n'y a pas de filières en rubis ou en diamant, comme en France. Avant de connaître l'argue, on obtenait le fil d'argent avec la filière à la main. On appliquait contre la plante des pieds la plaque percée de trous de différents calibres, et l'étirage se faisait à l'aide d'une corde. L'art de la trèflerie a été beaucoup utilisé dans la confection des bijoux. Il a permis de remplacer par la broderie les pièces estampées que les Orientaux portaient jadis sur leurs vêtements et qui se déformaient; les femmes ont seules conservé les paillettes brillantes, cousues sur leurs vestes et sur les calottes des fillettes.

Quatre maisons de bijouterie seulement, à Alger, possèdent une argue, machine' permettant de dégrossir, au moyen de filières, les lingots d'or ou d'argent.

On coule dans des moules en fer des baguettes d'argent de différents calibres et préalablement forgées. On obtient une tige de 25 centimètres environ, dont l'extrémité est saisie par une gafïc, sorte. d'organeau. A l'aide de deux manivelles, deux manouvriers font marcher cette gaffe sur une chaîne sans fin. La tige d'argent, garnie de cire jaune, passe par les. différents trous des filières et s'étire à chaque fois. Au quart du travail, on suspend l'étirage pour recuire de nouveau la baguette, qui, sans cette précaution, deviendrait trop cassante. De flexible comme l'acier, la tige redevient malléable ; elle est représentée successivement dans une série de trous d'un diamètre plus restreint.

A la moitié du travail, la baguette qui, au début de l'opération, avait 30 centimètres à peine s'est allongée de plus d'un mètre.

Si, par hasard, le métal est pailleux, il se produit infailliblement

un accident. L'ouvrier tireur est blesse par la tige venant le frapper, comme un coup de fouet.

Quand le fil a atteint la longueur du banc à tirer, soit environ deux mètres, on l'enroule autour d'un manchon de bois. 11 prend alors la forme d'un ressort de sommier. Il est présenté au feu, qu'on active au moyen d'un éventail, et non du soufflet, de façon à éviter la fusibilité du métal devenu ténu et à répartir, à cet effet, l'incandescence du charbon.

Le travail qui suit consiste à dérocher le fil enroulé, c'est-à-dire a le plonger dans une eau contenant une légère dissolution d'acide sulfurique. On rend ainsi à l'argent sa matité blanche. Puis, comme il devient difficile de présenter la baguette au trou de plus en plus étroit de la filière, on lui fait une pointe à la lime. Lorsque la tige n'a plus qu'un diamètre exigu, l'usage de la cire n'est plus nécessaire. Pour obtenir du fil aussi fin qu'un cheveu, il faut tirer avec du rubis.

L'argent dont on se sert est au litre de 800/1000. On ne pourrait pas se servir d'argent vierge. Pour obtenir avec l'argue cent mètres de fil, il suffit d'une petite quantité d'argent. Le métal ainsi travaillé prend une plus-value de 0 fr. 02 par gramme sur le prix de l'argent brut. Les dimensions du fil sont indiquées par une filière spéciale qui sert, non à l'étirage, mais uniquement à la vente.

L'ouvrier tireur a un salaire plutôt modique : il gagne 2 francs par jour. Quant à ses aides, les «un. deux manouvriers, ils doivent peiner pendant

(Mwii'in «n cuivre une heure pour gagner 0 fr. 25.

d.I.khBmUd.Biskr.) pour ,,or ]e (ravoU h ^ fi|ière CS( (e mêm(, que

pour l'argent, mais il faut le recuire plus souvent, la transformation des molécules étant plus rapide.

L'emploi du filigrane se fuit de la manière suivante : on dispose les fils sur la plaque, après les avoir enduits de gomme pour les maintenir. On jette dessus un peu de soudure limée pour fixer le filigrane, avant que la gomme ne soit séchée. On soude toute la pièce au fourneau, en approchant peu à peu du feu et en surveillant avos soin l'opération. La soudure coule, le borax faisant son effet, la jonction s'opère.

Modilua bd pipler serrant à Abraham Chckler, ortirra du Dey, à découper des ornement* de platalsls, Inillfl el bsrDschemrals de cbevau j.

On fait bouillir le filigrane d'argent dans le tartre et le sel. Vingt minutes suffisent pour le débarrasser du borax.

Pour le filigrane d'or, on le plonge dans un bain de vinaigre, additionné de sel pendant un jour et une nuit.

Actuellement, les bijoutiers d'Alger dérochent plutôt, comme nous l'avons vu pour le travail à la filière, et se servent du chalumeau plutôt que du feu.

Si les traditions se perdent en Europe, elles se perpétuent en Algérie. Le tour et la mécanique ont remplacé aujourd'hui, en France, le travail du marteau. Les ouvriers algériens, au contraire, persistent à se servir, avec une grande habileté, de cet outil primitif.

Les bijoux d'or se fabriquent avec des plaques unies, ciselées, guillochées, et du filigrane d'or. On donne à l'avance la forme que l'on désire à la plaque à orner.

Rien de plus curieux que d'observer comment se fait la tassa ou bol d'argent, qui est l'une des spécialités d'Alger.

On fond un lingot en forme de rectangle ; on le transforme en disque et on martèle ensuite sur le tas ou la boule (arsa), à coups réitérés. Les bords s'élèvent peu à peu sous les coups répétés du marteleur. Avec une adresse qui fait souvenir de celle des ouvriers français, autrefois vantés par Benvenuto Cellini, l'orfèvre arrive peu à peu à modeler la concavité de la tassa, qui prend la forme sphérique de la calotte. L'objet est enfin passé au brunissoir en acier, exempt de paille, qu'on trempe de temps en temps dans l'eau savonneuse. Pour la tassa en or, on se sert de la sanguine hématite, qui lui donne de l'éclat.

Autrefois, la bague et le filet se faisaient sur un tas où se trouvait le modèle gravé en creux. Un fort coup de marteau permettait de fixer l'empreinte sur le métal. Ce travail était long et coûtait cher. Maintenant, cette besogne est confiée au laminoir. La bague ou le bracelet reçoit, entre les rouleaux gravés, le décor d'une façon régulière et peu coûteuse. Cette ornementation varie suivant la matière placée dans l'instrument.

Une seule maison indigène, d'origine tunisienne, à Alger, sertit aujourd'hui en grand les pierres précieuses. Ce travail est fort délicat : on prend un zfata en bois ayant la forme d'un tampon. On place à l'extrémité de cet instrument de la résine mélangée avec

Fabrication de la tassa.

Laminoir,

Moulage

des

pierres

précieuses*

de la terre rouge, pour permettre, en chauffant légèrement, d'y incruster les préparations qui consistent en des chatons ou opercules préparées de la grandeur des pierres que Ton veut sertir. Mais avant l'opération, on a préparé le creux du chaton dans le dé à emboutir (khazkak) avec une bouterolle (hafch) d'une dimension déterminée. Le dé à emboutir est un cube en bronze dont chacune des six faces a huit centimètres environ. Il contient un nombre de cavités hémisphériques qui varie suivant leur grandeur et dont la surface est très unie et très polie. La bcuterolle est un poinçon en acier de huit centimètres de long, dont une des extrémités est arrondie et entre juste dans une des cavités du dé à emboutir.

La concavité correspondant exactement à la convexité de la pierre, on rabat les côtés sur cette dernière pour la fixer définitivement. On assemble ensuite toutes les sertissures de façon à leur donner le dessin de l'ensemble du bijou.

On a eu soin de souder à l'avance au chaton (khasloun) l'ornement qui doit l'accompagner, croissant, petite feuille, etc., car cette opération deviendrait impossible une fois la pierre sertie.

Parfois les bords du chaton, dont la forme est celle d'un petit bassin à rebord, sont relevés en côtes (djoualet), afin que la pierre soit plus solidement fixée sur le feuillet.

Depuis dix à douze ans, on a commencé à sertir à jour. Dans ce cas, le travail débute dans les mômes conditions que dans la sertissure ordinaire : le dé à emboutir donne d'abord la concavité nécessaire. Ce résultat une fois obtenu, à l'aide d'une petite lime ou d'une petite scie à main, on ajoure et on obtient les griffes, en fixant la calotte dans un petit étau en bois, nommé tournau. A J'aide du liège, on serre l'objet et on achève la sertissure. Très légère, la monture à griffes est toute moderne. Aussi dans toutes les montures un peu anciennes que l'on rencontre en Algérie les bijoux émergent d'un chaton plein.

Pour sertir, on ne travaille pas comme en France à la boule de verre, ce système fatiguant énormément les yeux.

C'est l'argent qui se prête le mieux à la monture des pierres. Il est mat, il assure la solidité. Il n'a pas les reflets brillants de l'or qui atténue l'éclat des pierres précieuses.

Cependant, à Alger, la plupart des montures se font encore eq

&t\ Il semble à tort aux Arabes que la matière employée doit être en rapport avec la valeur de la pierre.

. C'est un israélile de la rue Bénachère, Laankri, qui, le premier à Alger, fabriqua la bague ouverte dite tunisienne, de forme évidée, avec l'inscription en relief : El-Djezaïr. Celle création lui donna, au début, de jolis bénéfices, car cette bague qui, aujourd'hui, se vend en gros 0 fr. 50, trouvait, à l'époque, preneur à 2 fr. 50. Le vif de l'applique se fait à l'échoppe, en champlevé. On passe ensuite dessus le papier h l'émeri très fin. Ces bagues sont en or ou en argent. Les premières coûtent au fabricant 0 fr. 04 pièce pour les faire revêtir d'une dorure ordinaire à la pile, et 0 fr. 20 pour les faire dorer en mat à l'intérieur. On paie, pour le même travail, de 0 fr. 25 à 1 franc lorsqu'il s'agit des bracelets dits tunisiens.

Presque tous les bijoux sont fabriqués aux titres de 750 et 720 millièmes pour l'or, et 800 millièmes pour l'argent. Toutefois, dans le Sud algérien, où le titre est presque toujours très bon, la

soudure d'or généralement employée est composée de :

Bague tunisienne.

Titres et soudures.

Or à 750 millièmes 100

Argent à 1.000 22

Cuivre rosette 10

La formule de la soudure d'argent est la suivante :

Sulfate d'arsenic 1 partie.

Binitrate de potasse 1 —

Cuivre 1 —

Argent 2 —

Si, dans la région du Tell et sur le littoral, les grosses pièces d'orfèvrerie sont en argent à 950/1000, et plus souvent à 800/1000, il n'est pas rare de rencontrer dans le Sud des bijoux à bas titre, composés d'un alliage d'argent, d'étain et de cuivre. Aussi ont-ils tous une teinte savonneuse, due à l'étain qu'ils renferment et qui, à première vue, permet de savoir à quoi s'en tenir à leur égard.

192 L'ORFÈVRERIE ALGÉRIENNE ET Tr.VISIE.VVE

Exportation. Le commerce d'exportation des bijoux, dont nous venons de décrire la fabrication, est peu .considérable. Seuls, les bracelets dits « semaine, n les bagues arabes en forme de croissant, les brochespoignards, les lassas et tes boucles de ceinture, qui sont des créations nouvelles, sont exportés, en petite quantité d'ailleurs, en France, en Espagne, en Tunisie et au Maroc.

Pilrou da brodeur pour b«booch;s de femms.

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