‹ L'orfévrerie algérienne et tunisienneChapitre 59 sur 113 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Avant la conquête, l'industrie des Arabes était à peu près au niveau des besoins qu'elle devait pourvoir.

Le Dey n'engageait nullement ses sujets à améliorer leur existence ; son administration se bornait surtout à recouvrer des impôts : elle ne poussait vers aucun progrès. Les Maures des villes, amollis et efféminés, ne sentaient nullement l'aiguillon du besoin. Leur vie s'écoulait dans une perpétuelle nonchalance, au milieu des rêveries du café. Ils trouvaient même une certaine gloire à ne rien faire et déclaraient le commerce indigne d'eux, laissant les Kabyles faire leurs armes ; les Mozabites*tenir leurs bains de vapeur et vendre la droguerie, l'épicerie, la mercerie,' la boucherie et le charbon ; et les Biskris se charger des gros ouvrages comme hommes de peine et servir de porteurs d'eau dans la ville ou de portefaix dans le port.

Alors les professions manuelles étaient, pour la plupart, divisées par classes entre les diverses corporations, ayant à leur tête un aminé.

Les Maures abandonnaient aux juifs le travail des matières d'or et d'argent, la bijouterie, l'orfèvrerie, la dorure, et ne conservaient pour eux qu'un certain nombre de métiers qu'ils pouvaient exécuter assis ou les jambes croisées, dans leur posture de prédilection. Il faut

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(Boucle d'oreille 1 denta de scia).

Enquête difficile.

citer, parmi les professions restées leur apanage : les tailleurs, brodeurs, passementiers, tisserands, cordonniers, tourneurs et marchands de tabacs.

Maintenant, toutes ces industries ont décliné devant le perfectionnement des nouveaux métiers européens qui permettent d'approvisionner le pays à meilleur marché. Cependant, il subsiste encore un certain nombre d'ouvriers qui continuent à travailler suivant les anciennes traditions.

Mais il est difficile de se renseiguer sur leurs procédés et débouchés. Tout questionnaire prolongé fatigue vite l'indigène, de nature très réservée. Il n'aime pas, du reste, qu'on pénètre ses mœurs. Il craint toujours de travailler contre ses intérêts, en livrant trop de renseignements. Il redoute sans cesse une augmentation d'impôts, ou une concurrence qui s'établirait contre son industrie. Aussi quelquefois, il cherche à tromper son interlocuteur. Quand ce dernier arrive à capter sa confiance, alors il va, au contraire, trop loin. Ce qu'il ignore, il l'invente. Il faut toujours se défier de ses indications.

Les résultats de notre enquête ne sauraient donc être absolument garantis contre toute erreur, malgré les précautions prises de contrôler auprès de plusieurs indigènes tous les renseignements obtenus. Cette réserve était nécessaire avant d'aborder les études qui vont suivre.

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