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LAVEUR DE CENDRES

Lellouch est le principal laveur de cendres à Alger. Il est d'origine marocaine et demeure, rue de Nemours, dans une impasse sale, étroite, obscure, que termine une porte basse donnant accès dtins un

Atelier

de Lellouch.

couloir étranglé, qui accède dans une cour mauresque. Au milieu de la cour, un puits recouvert avec des planches, une poulie, une corde, un seau. A droite, un escalier à hautes marches, qui conduit à une galerie. A gauche, un vitrail donnant sur un atelier. L'atelier a comme vis-à-vis un hangar où gît un tas de détritus.

Une balance avec des poids modernes dans un coin de la cour. Au milieu, Lellouch opère. Il mérite une description : il est coiffé d'une chéchia, dont la couleur, primitivement rouge, est aujourd'hui plutôt noirâtre ; il n'a pour tout vêtement qu'une gandoura et un se rouai, et tient à la main un plat creux en bois, au centre duquel se trouvent des sables qu'il va laver près d'une grande cuve en cuivre rouge. Ces détritus proviennent d'achats faits aux fabricants bijoutiers de la ville qui, pour la circonstance, ont balayé l'atelier et mis soigneusement de côté tout ce qu'a permis de réunir ce nettoyage productif. On sait que l'orfèvre ne travaille pas sans parsemer un peu partout son atelier de parcelles d'or ou d'argent. De manière à ne rien laisser perdre,* il a grand soin de se laver les mains dans un baquet ad hoc, avant de quitter l'atelier. Les eaux de ce baquet sont conservées et vendues aussi au laveur de cendres.

Lellouch fait ses achats au las et paye à peu près 50 centimes le kilogramme, soit environ 50 francs le tas. Pour éviter toute erreur, un échantillon de 3 à 400 grammes est prélevé à l'avance pour permettre à l'acquéreur de se rendre compte de la richesse métallique du lot à vendre.

Un premier triage permet alors d'enlever le papier, le charbon, les morceaux de bois ou de fer, c'est-à-dire les matières absolument étrangères. Une fois ce résultat obtenu, Lellouch met dans un grand bassin Ajuei (qsaa) une certaine quantité de détritus, qu'il arrose d'eau largement. Il imprime au plat un mouvement demi-circulaire et continue son opération jusqu'au moment où les résidus lui paraissent assez riches pour pouvoir être traités par le feu.

Il jette ce premier triage dans un creuset, avec un mélange de 2 parties de salpêtre et de borax pour 8 parties de matière. Il fait chauffer le tout au rouge dans un four, et en retire un lingot qu'il vient plus tard présenter au Contrôle, afin d'en faire reconnaître le titre, moyennant une redevance de 3 francs par essai fait à la coupelle.

Les lingots que Lellouch a présentés au Contrôle de la Garantie d'Alger, en 1898, ont accusé les résultats suivants :

V Pour 750 grammes, 16/1000 d'or et 460/1000 d'argent.

La seconde partie de l'opération du laveur de cendres consiste à placer les autres résidus moins riches dans un four spécial, qui renferme, à sa partie inférieure, une grille sur laquelle brûlent du bois et du coke. Les résidus encore humides sont versés sur ce foyer incandescent. Les cendres de valeur filtrent à travers la grille, et, au bout de huit jours, elles sont recueillies par le brûleur, qui les tamise à diverses reprises. Elles sont ensuite placées dans des fûts.

En attendant leur envoi à Paris, un échantillon est adressé à un des chimistes d'Alger possédant le diplôme d'essayeur du commerce, pour en obtenir l'analyse. La rétribution due à cet effet est de 2 fr. 20 par essai. Une fois le certificat obtenu, le brûleur de cendres vend sa marchandise, appelée rmad ^L». , au cours du jour.

DAMASQUINEUR ALGEROIS

Samuel Sousanne, rue du Centaure, fut un des rares damasquineurs algérois sachant incruster un plateau de cuivre et écraser, dans une rainure un peu plus large au fond qu'à l'entrée, des fils d'argent sortant en relief. Son travail consistait aussi à appliquer sur un fond de fer une mince feuille d'or, dont les extrémités se rabattaient dans des creux.

Il est mort en 1896, âgé de près de 80 ans ; malgré sa réputation, il n'a jamais été un ouvrier d'une habileté extraordinaire.

A sa disparition, aucun autre n'a pris sa place dans ce genre de travail, qui est plutôt la spécialité de l'Espagne et de la Syrie, que de l'Algérie.

industrie Depuis quelques années, des Syriens sont venus s'installer place

nyrifnnt. Malakofï et rue Bruce, h Alger, pour faire le commerce des cuivres,

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élaientde beaucoup supérieurs, comme goût et finesse d'exécution, aux anciennes senioua (*•—-) étamées et couvertes d'ornements turcs, avec bords relevés en festons. Le succès ayant couronné leur tentative, ces maisons firent venir des ouvriers pour travailler sur place. Installés devant leurs boutiques, ils gravaient, repoussaient et martelaient, sous les yeux mêmes du public. C'était une réclame habile. Elle réussit parfaitement.

Cuitre Leur fabrication consistait en grands plateaux {sni, syrien et

syrien. arabe) ; — plateaux simples (noder) ; — petits guéridons en cuivre (skemla, syr.) ; — cafetières (doleh, syr. ; beqradj, ar.) ; — suspensions (funouss, syr.) ; — bassin (toucht, syr. ; liane, ar.) ; — aiguière {briq, syr. et ar.) ; — lampadaire (chamàadhan, syr. ; mesbah, ar.) ; — lampe (mesredjeh, syr.); — brasero (menguela); — assiette en cuivre (sehane, ar.); — jardinière (bàiia, syr.) ; — vase-mendiant (kolak), en forme de nacelle, servant aux pauvres à recevoir leurs aumônes.

Tous ces cuivres, exécutés sur des dessins syriens ou persans, brillaient, accrochés sur le devant ou blindaient d'une véritable arma-

ture la façade des boutiques. Ils attiraient les regards des passants comme des miroirs aux alouettes.

Leur réussite décida les Syriens à demander dans leur pays Outils

de très bons ouvriers. Ce sont de véritables artistes, récemment syriens. arrivés de Damas qui depuis, font de fort belles choses, avec peu d'outils. Sur une petite table (tabla, syrien et arabe), une presse formée de deux montants en bois (mcngena, syr.), se rapprochant à volonté par deux grosses vis, sert à tenir l'objet en cuivre.

Puis, sans dessin préalable, ils enlèvent leurs gravures au poinçonclou (qelâm, syr. ; mesmar, ar.) sur la surface du cuivre jaune, préalablement enduit au revers de résine d'Alexandrie, de façon à travailler toujours sur un fond de poix qui donne de l'élasticité à l'outil et l'empêche de crever le cuivre des incrustations remarquables. Ils écrasent ensuite dans ces rigoles des fils d'or, d'argent et de cuivre rouge, à l'aide d'un chakouch, syr., petit marteau au bec pointu; meterqa, en arabe. Alors se détachent en légers reliefs des lettres, des médaillons, des rinceaux et des entrelacs d'un goût parfait.

Les autres outils s'appellent : le compas, bikar, syr. ; dabed, ar. ;

— la règle en fer, mestra, syr. et ar. ; — le grattoir, màatchar, syr. ;

— la pierre de Crète pour affûter les outils est le messen, syr. ; raha el-meçane (meule à aiguiser) en arabe.

Ce n'est pas encore une industrie locale, mais elle tend à le devenir. Les Syriens actuels feront école, et ils auront importé à Alger une spécialité nouvelle. On ne saurait trop encourager leurs efforts. Ils s'appellent E. Zagha et SS. Nassam, de Damas. Le premier a dernièrement créé une tassa incrustée d'or qui est une merveille d'exécution. C'est l'alliance de l'art Algérois à l'art Syrien.

REPOUSSEURS

Le repoussé est improprement appelé ciselure, en Algérie. Le maniement du burin, qui permet de tailler à vif des reliefs dans le métal, est actuellement inconnu des indigènes.

Pour le repoussé, l'ouvrier se sert de tiges de fer dont l'extrémité est ronde et de différents calibres. Il s'obtient en frappant avec ces

Lime et emportepièce.

Anciens ouvriers ciseleurs.

Jais.

repoussoirs l'envers du métal et en poussant par-dessous les reliefs que Ton veut obtenir par-dessus.

Dès qu'il a obtenu ces creux, l'ouvrier retourne la pièce, coule à l'intérieur de la résine, zeft, qui forme une barrière suffisante pour empêcher l'outil de bavurer le métal. Il reprend alors l'ornementation, cerne les contours, achève les détails et précise les lignes au maloir et au traçoir.

Quelques orfèvres procèdent autrement. Pour les tassas, ils coulent immédiatement de la résine à l'intérieur et ils enlèvent les bosses directement avec le traçoir et le maloir. Mais les résultats obtenus sont moins parfaits.

Un autre genre de travail consiste à enlever les bavures des pièces coulées, à l'aide de modèles en cuivre, à jour. Enfin, des spécialistes appliquent sur des planés d'argent, découpés dans la forme du bijou, des patrons ajourés. Ils tracent d'abord au pointillé, avec un outil spécial, les endroits qui doivent être ensuite enlevés à Temporte-pièce.

Il y eut, après la conquête, un graveur qui fit, dit-on, des ouvrages merveilleux. C'était un descendant des Maures d'Espagne. Il se nommait Benginou. Il habitait rue du Quatorze-Juin, presque à l'intersection de cette rue et du boulevard de France (ancien boulevard des Palmiers). Chaque fois qu'il faisait un travail sérieux, il éloignait son fils. Très fier de son talent, il ne voulait livrer son secret à personne. Il eut une fin tragique : on le trouva pendu, en 1874, à la suite d'un chagrin de famille.

Parmi les anciens ciseleurs d'Alger, il faut citer Isaac Saracco, puis Elguedj, d'origine tunisienne, qui vécut à Constantinople et qui fut un des plus habiles. Puis les deux Zerat, père et fils. Le père avait été apprenti chez Elguedj. Leur boutique était rue Napoléon, dans une baraque. Des trois fils Zerat, deux sont morts. Le dernier a quitté Alger.

De nos jours, le plus habile artiste était un nommé Jais, dont le père avait eu la même profession. Son petit atelier était situé rue Bénachère, au bas de l'escalier qui mène à la place Randon. Il avait fait des études sérieuses de dessin dans une école spéciale. Nous l'avons vu souvent travailler sans aucun modèle. Il traçait avec un compas ses divisions, donnait libre cours à son inspiration et offrait, dans un mélange de fleurs, de croissants, de volutes, une ornementation des plus heureuses et des plus variées.

Ce graveur, qui vient de se retirer des affaires, s'exerçait sur I

objets les plus différents :

plateaux, cadres de miroirs, tassas, setlas, ornements du culte hébraïque, passaient tour à tour par ses mains. Il gagnait 7 à 8 francs par

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jour lorsqu'il travaillait, ce qui n'arrivait pas tous les jours. — Pour une coupe soignée, on lui donnait 9 fr. ; on lui payait seulement 7 à 8 francs pour un travail ordinaire.

Julie Hadjaj, 3, rue Marengo, a succédé & son frère Hadjaj, un orfèvre habile. Elle travaille au repoussé avec un certain goût. — Camille Hadjaj, fille de son frère, fait surtout de l'en porte-pièce avec des patrons découpés.

Les vrais ciseleurs au burin sont tous Européens. Capitaine, qui ciselait merveilleusement des arabesques sur les panses des tassas, est mort il y a quelques années. Léon, graveur français, rue de Tanger, fait des cachets avec des dessins et ornements arabes, pour les gouverneurs généraux, les généraux, les directeurs des grandes administrations et surtout pour les chefs et les magistrats musulmans ; mais il est plutôt lithographe et imprimeur.

Un autre graveur, M. Marlier, rue Dumont-d'Urville, cisèle des plateaux et grave des pièces d'orfèvrerie. M. Marquant, graveur des poinçons de l'ancien Contrôle, n'est pas d'origine algéroise. Nous croyons qu'il en est de même de Lucien Solal, graveur, rue du Divan.

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