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TISSERANDS EN SOIE

.« Les ceintures de soie simples ou en or et en argent, dit Venture

de Paradis, sont un article de plus grande conséquence : on en fait des

envois considérables dans la Barbarie et dans le Levant, où elles

servent de turban de parure aux gens de mer.

» On les vend à l'once et leur prix ordinaire est un quart de sequin

L ORFEVRERIE ALGERIENNE ÏT TUNISIENNE

Souqel-harrarine.

Quartiers

des brodeurs.

Procédés

de

fabrication.

algérien l'once. On en fait qui valent 25 à 30 sequins algériens. On

remarquera que les Maures d'Alger ne peuvent point porter de ces

ceintures de soie en or et argent, ni avoir de l'or et de l'argent sur

leurs habits. »

Avant la conquête, les ateliers de tisserands se trouvaient dans le * Souq-el-harrarine situé rue de la Mer, à peu près en face de la grande mosquée. Quelques vieillards de l'ancienne corporation se souviennent encore des anciens ouvriers de cette époque : Omar el-Kebaïly, M'hammed el-Maatki, Hadj Errais, Hadj Braham, Ahmed Chikhou, Ahmed Smine.

A la chute de Hussein Dey, la rue de la Marine, ses affluents et les rues adjacentes de la Djenina devinrent le quartier général de l'occupation française. Des casernes et les bureaux des administrations s'y installèrent. Les fonctionnaires de toutes sortes se rattachant aux services multiples qui s'organisaient y élurent domicile. Les marchands venus récemment de France y ouvrirent leurs boutiques.

Alors les tisserands abandonnèrent leurs demeures séculaires. Ils allèrent s'établir au bazar Chicha, en face le marché actuel de la place de Chartres, et dans le bazar Essboua (des lions), rue de Chartres, où est actuellement un grand restaurant populaire. Ces ateliers n'existent plus.

Plus tard, quittant l'endroit où, suivant les vieilles habitudes des musulmans, ils s'étaient réunis, ils se dispersèrent dans toute la ville.

Les uns restaient dans le quartier français, comme Oulid Lekehal Mostcfa et Mohammed Bel Abbas, à la rue de Chartres, les autres se fixèrent dans le quartier indigène, au milieu de leurs coreligionnaires, en pleine Casba, comme Chibi, Laabi, Derridj, installés à la rue du Palmier (Bir el-Djebbah); Hamidou Sidhoum, Mohammed Kaoudja, Oulid Baktach et autres dans la rue de Thèbes, dans un grand établissement occupant plusieurs ateliers et qu'on appelle Ouli el-Harrarine ; Oulid cl-Khadem dans la rue de la Casba, Ahmed Si Oussa dans la rue du Cygne. C'est dans les rues précitées (à l'exception de Chibi et de Laabi) qu'on retrouve aujourd'hui les tisseurs algérois.

La fabrication reste à peu près la même que jadis. Elle se faH sur l'ancien métier Jacquard. Ce sont les mêmes outils que jadis, dont lès principaux sont toujours ennezaq (la navette), erreddana (le dévidoir pour la soie)*et el-mqes (le ciseau).

Mira dtcoiife samnt de modèle pour broder de» babouche*-

On tisse sur un cadre à poutres mobiles, fixé au plafond et qu'on nomme meramma. ,Avec son nazq, l'ouvrier introduit le fil d'or, d'argent ou de soie dans l'alignement horizontal des fils de soie. Afin que l'étoffe soit lisse, un apprenti nettoie au fur et à mesure les eflilochures à l'aide d'un outil appelé fizaz, qu'il tient d'une main et des ciseaux qu'il tient de l'autre.

L'ancien harrar (j^j^) fabriquait non seulement des ceintures de Tissus

soie faisant plusieurs fois le tour du corps et servant à fixer les d'autrefois. poignards ou les écritoires des écoliers, mais il tissait aussi des beniqa, des qachoucha, des menteqa, des mouchoirs de soie, des foutas, qu'on fait aussi actuellement, et encore des velours, des étoffes telles que Yaladja et le garmassoul, des ceintures parsemées d'or ou d'argent qu'on appelait ckaouchi et kritli (de Crète) et qui coûtaient de 100 à 200 francs chacune. Les foula sefiha (c'est-à-dire entièrement tissées d'or ou d'argent) étaient livrées au prix de 250 francs ; celles mélangées d'or ou d'argent, 30 et 50 francs. Un mouchoir d'or (maharma bel deheb), qui coûtait de 40 à 70 francs, ne vaut guère aujourd'hui plus de 30 francs et le même, en argent, ne va pas au delà de 15 francs.

Nous sommes loin de la ceinture merveilleuse de soie bleue tissée d'or de la princesse Mustapha, si pesante, qu'elle fut vendue près de mille francs. Elle passait pour être d'origine turque, mais nous n'en sommes pas persuadés, car l'habileté des tisseurs algérois aurait pu facilement l'exécuter. •

Plusieurs ceintures de soie sont encore fabriquées aujourd'hui par les harrarine, parmi lesquelles il faut citer les anciens modèles de Bou-Sâada et de Zâatcha qui valent de 40 à 70 francs.

Jadis la ville d'Alger fournissait à toute l'Algérie ces sortes d'articles d'habillement. Aussi, certains tisserands avaient leur spécialité comme Mohammed Trabelsi, qui était le seul fabricant des haïks de soie dont les femmes se couvraient au bain et aux fêtes, — Bou Berinsa, inventeur et fabricant d'un genre de ceinture appelé damma (c'est-à-dire à carreaux), qui, dans les dernières années de sa vie, alla à Tunis où il répandit son invention et où il mourut. A citer aussi Oulid Cheikhou qui fabriquait les foulards et les mouchoirs, — Mustapha el-Makanedj avec El-Hadj Esseghir, seuls fabricants de velours, — Mostefa ben Eddabaghe était connu pour ses foutas d'Alger et Hadj Eddalsi pour celles de Kabylie, — BenHamadhe était renommé

Décadence industrielle.

pour la fabrication des ceintures en or des femmes, ceintures qui valaient plus de 100 francs, — enfin Mohammed Ezzctouni qui n'avait pas trouvé concurrent pour le tissage des benika et des cachoucha brodées qu'il expédiait dans toute l'Algérie.

L'industrie du harrar était il y a quarante ans environ très florissante, ceux qui la pratiquaient étaient riches. Ils achetaient les bobines d'or et d'argent de France et faisaient venir la soie de Lyon. Les temps sont changés. La fabrication a beaucoup diminué. Elle ne peut plus lutter avec le bas prix de la concurrence moderne. Lyon a remplacé Alger.

Cependant les tisseurs subsisteront longtemps, malgré que beaucoup aient disparu, car les fabriques européennes et celles de Damas n'ont pas su plaire pour les ceintures à toute l'Algérie, aussi ont-elles renoncé à cette spécialité. Mais, pour les autres sortes, les maisons de Syrie et d'Europe font à nos tisserands une grande concurrence dans la fabrication des étoffes de soie, de velours et les foulards.

Actuellement beaucoup de fabricants algérois se servent de la soie d'Italie qui est d'un prix moins élevé que les autres sortes.

Quelques tisserands à Conslantine et Tlemcen n'ont qu'une importance très secondaire. C'est Alger le grand centre des ateliers de lissage.

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