BRODEURS SUR CUIR
Les brodeurs sur cuir occupent en grande partie, à Alger, le bas de la rue Médée, près de Dar-el-Qechaïria, actuellement le cercle militaire. Mais ils se rencontrent surtout dans le Sud algérien, où leurs objets se vendent plus. Il y en a en grand nombre à Blida, Médéa, Boghari, Aumale, Bou-Saâda, Djelfa, Laghouat, M'Sila, Constantine, Oran, Tlemcen, Tiaret. Ils ont tous conservé le costume traditionnel : chéchia sur la tête, veste et gandoura.
Leur atelier ressemble à ceux de tous les autres artisans, mais ils aiment surtout les oiseaux. Leur grande distraction est de les entendre chanter dans une cage suspendue au-dessus de leur tête.
Ces ouvriers adroits, qui s'appellent Bou Netta, lauréat de plusieurs Expositions, le plus habile de tous, les deux frères Baldji et Hussan ben Abdelkader Bou Cheick, emploient tantôt de la peau de mouton simple (btana) importée de France ou préparée dans les ateliers des environs d'Alger (Agha et Hussein-Dey), qui se vend de 2 à 3 francs
Les Houlatchi.
Matières employées.
Outils.
Objets fabriqués.
Je kilog., tantôt du boughari (cuir de Russie), qui vaut 24 francs le kilog., et tantôt du filali, cuir fabriqué dans le Taûlelt, au Maroc. Cette peau de chèvre tannée avec une noix de galle appelée takaout est teintée, suivant la couleur, avec de l'écorce de grenade, de la garance ou de l'indigo ; sa valeur est de 7 francs le kilog.
Ils se servent ensuite d'un fil d'or ou d'argent très un, appelé medjboud (mot à mot: tiré), qui se divise en trois qualités, de prix différents. Qu'il soit d'or ou d'argent, il vaut 13 francs la bobine de 50 grammes; le cuivre jaune, 0 fr. 70, et le cuivre blanchi, 0 fr. 50 la bobine de 50 grammes. Il venait peut-être jadis de France et s'achetait par ouqia. Aujourd'hui il se vend au gramme à Alger.
Le houlatchi étale d'abord, sur une table, le cuir qu'il fixe à laide de la mechta iki^ sorte de cône en bronze à bouton et qu'il découpe ensuite avec la lame du bedjqi, outil qui a la forme d'une hache arrondie. S'il le faut, il emploie pour les cercles le compas (dabed) ±>)s. Ensuite il applique le patron de papier fait, au préalable, à l'aide du mefred ïjy, sorte de petit yatagan très tranchant.
Il trace ensuite les lignes qu'il doit suivre avec le mehhat
qui ressemble à l'outil précédent, mais n'est pas tranchant.
L'ouvrier place enfin chacun des morceaux à broder entre deux planchettes (tebla) qui les tiennent fortement serrés. Puis il peut se mettre à l'œuvre et coudre.
11 fait alors ressortir avec art les dessins les plus variés : des rosaces, des dentelures, des lisérés, des arabesques capricieuses et des caractères arabes, qui se prêtent si bien à l'ornementation. C'est cependant le nom d'EI-Djezaïr qui revient le plus souvent sous l'aiguille.
Les houlatchia livrent des harnachements de cuir ou de velours qui autrefois valaient jusqu'à 4,000 francs et dont le prix ne dépasse guère aujourd'hui 600 et 700 francs, des djebira (sacoches) ressemblant aux sabretaches de nos anciens hussards, des tezdam (portemonnaie arabes), de larges ceintures de cuir pour les hommes et pour les femmes, des poires à poudre, des étuis de pistolet, des portefeuilles et des coussins plats de forme ronde, qu'on appelle setermïa. Beaucoup de ces articles sont expédiés dans le Levant ou vendus aux voyageurs.
Baboutchi.
Parmi les anciens artisans, le baboutchi, comme son nom l'indique, fabrique des babouches; il occupait un rang important dans l'indus-
trie locale. Lorsque les boutiques qui se trouvaient devant la Jenina et autour de la mosquée Seïda furent démolies par ordre du général Berthezène, les baboutchi allèrent s'établir au bas de la rue Médée. De là, ils se dispersèrent de tous côtés dans la ville d'El-Djezaïr.
Assis sur une chaise, le baboutchi a devant lui un tronc d'arbre porté par un trépied, tezgah, sur lequel il aplatit le cuir avec son qalabdhane. Prenant la poignée de son bedjqi, sorte de lame de hache mince, il donne adroitement à son cuir toutes les formes dont il a besoin. Puis, avec sa lechfa et du fil khelt, il coud les morceaux qu'il vient de découper.
Pour sa fabrication il emploie, comme son collègue le brodeur sur cuir, des cuirs différents : btana, filali et boughari.
Ces ouvriers vendent généralement des babouches, des pantoufles, des petits sebbat d'enfants. Ils envoient ces chaussures chez le brodeur, mais les plus habiles peuvent les broder eux-mêmes d'or ou d'argent.
Ils se servent, à cet effet, de modèles découpés en papier (qaleb) qu'ils appliquent sur le cuir pour tracer des dessins qui n'ont pas varié depuis des siècles et qui sont toujours d'un style élégant. Des ouvriers spéciaux (faradini) savent préparer et composer des découpures avec une grande habileté. On en pourrait former des recueils intéressants à l'instar des livres de broderie parus à Venise aux xvie et xvne siècles.
Outils
et façon
de travail.