PASSEMENTIERS
Après avoir été très florissante sous la domination des Turcs, la passementerie est en pleine décadence à Alger. Les qazzazines, comme les autres ouvriers, vivaient ensemble dans un des souqs du bas de la ville. Chassés par les démolitions de 1830, ils s'échouèrent rue du Lézard, qu'ils quittèrent peu à peu. Ils sont maintenant disséminés dans les affluents de la rue de la Lyre, le grand centre israélite, où ils peuvent se réassortir de toutes leur matières premières.
Ce sont toujours des niches étroites qui les abritent. Le passementier n'est pas riche et ses profits sont maigres. Pour équilibrer son budget exigu, son loyer ne doit pas dépasser 20 à 25 francs par fnois.
Les Qazzazines.
Boutiques
et
ateliers
pittoresques.
Outils, travail et produits.
Toutes les boutiques de passementiers se ressemblent. Nous en décrirons une située rue Bénachcre. A la porte, dans la plus modeste vitrine, s'étalent comme échantillons de réclame des objets terminés qui doivent être prochainement livrés aux clients. Le sol de l'atelier est recouvert de nattes, le bas des murs est garni d'anciens carreaux de faïence émaillée et polychrome.
Çà et là des bancs de bois, des chaises pour les visiteurs. Au plafond une lampe suspendue pour le travail de nuit et des tringles de bois à poulies pour fabriquer le cordonnet (qitân). Aux murs, de petites horloges de Suisse au cadran colorié avec les contre-poids et la longue tige de la lentille battant la seconde. A côté, de grosses boules de verre qui dans le clair-obscur de l'atelier jettent leurs reflets argentés. Et, pour distraire les regards, comme dans nos cabarets de villages, une série de lithographies de la plus mauvaise époque : batailles, apothéoses, épisodes romantiques, Héloïse et Abélard, Chactas et Atala, passage de la Bérézina et retour des cendres de Napoléon Iflr. Près de la fenêtre une estrade où travaille le passementier, les jambes repliées sur elles-mêmes à la façon de nos tailleurs français. Il a quitté ses sebbates pour se mettre à son aise. Il porte le costume du vieil algérien : la chachia à turban, deux gilets brodés avec le djabadouli en drap, une large ceinture en soie et le large seroual en toile de Naval.
Impassible, il dévide (ihaical Jj-3^-) les fils dont il doit se servir. Il sait vivre sans presque rien dire. Ami du proverbe : la parole est d'argent et le silence est d'or, il cause en effet fort peu avec son ou ses apprentis.
Pauvre sans être misérable le j'j~J qazzaz plur. ^ jjj-i qezzazine a son industrie pour tout passe-temps. II oublie les soucis de son existence dans de longues heures de travail. Cependant il a souvent pour se distraire un bocal où s'agitent des poissons rouges et quelquefois une cage avec des chardonnerets ou des canaris qu'il entoure de ses soins, et qui le forcent, de temps à autre, h se lever et à se délasser des fatigues de son immobilité. Au printemps une fleur solitaire, lis, rose ou jasmin, trempe près de lui dans un vase h long col.
La fabrication de la passementerie est des plus simples, elle est aussi primitive que dans les temps bibliques. Presque tous les ornements se font sur un moule, wJ j qaleb composé de fils agglomérés
et recouverts de cire, qui forme un petit bloc long, ovale, rond ou allongé en poire. Il n'y a plus qu'à y enrouler un fil d'or ou d'argent et à y faire pendre une touffe de fils de même matière pour obtenir un
gland toujours élégant qu'on appelle en arabe cherraba, kl^-i. et sert d'ornement aux burnous en drap, et aux deux
extrémités de la tekka *-£-*, cordelière des serouals de femmes. Pour le bouton qafia *J-*-J des gilets d'hommes, fréquemment mêlé de soie noire avec une tête de corail, on emploie le même procédé.
Le principal outil est un long poinçon en fer j^ûJIjj-Xa hadid el qazzaz sorte de fuseau, qui s'enfile dans le moule pour le tenir solidement.
Quant à la tresse A-X-w senta le plus souvent fabriquée par des femmes, son principe est aussi rudimentaire. Il s'agit d'avoir des doigts agiles pour à l'aide d'un petit métier, enchevêtrer tous les fils. Le qazzaz sait aussi revêtir avec art, de fils d'or ou d'argent, les tuyaux de pipes des fumeurs de kif. 11 fait aussi des chaînes de montres, où se mélangent, dans des couleurs variées, le fil d'or et le fil de soie.
K1IORSA RAS-EL- HANECII.
( Boucle d'oreille à tète de serpent.)