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CHAPITRE XIII

ORNEMENTATION

MEQIAS MECHEBBECK.

(Bracelet ajouré de style byzantin.)

Toute civilisation est bâtie sur les ruines d'une autre. Chaque génération profite de l'œuvre accomplieparlagénération qui Ta précédée, l'augmente, la modifie, la transforme. Rien ne commence ; tout recommence. Pascal a comparé l'humanité à un homme qui passe, à travers les âges, s'instruisant toujours. L'histoire de l'art est dans cette définition : nil noci sub sole.

Lorsque du plateau de Pamir, ce berceau de l'humanité, s'élancèrent les races primitives de la Chaldée, de l'Egypte, de l'Irane et de l'Inde, elles apportèrent avec elles les premiers éléments constitutifs du langage, de la civilisation et de l'art. Chaque race les développa suivant son génie propre, mais l'origine commune a conservé entre elles des affinités faciles à constater. Aucune race au début ne fit d'emprunt à sa voisine, et cependant il semble parfois que la civilisation de l'Inde ait rayonné sur la Perse. L'art égyptien paraît s'inspirer de l'art chaldéen, prototype de l'art assyrien de Ninive et de Babylone.

Après une assez longue période, les Sidoniens et les Tyriens industrieux et commerçants jetèrent dans le monde entier ces grandes migrations maritimes qui importèrent de tous côtés des ouvriers, des artisans, des artistes dont l'habileté professionnelle, s'adaptant aux aspirations et aux traditions de chaque pays, donna à l'architecture et aux productions artistiques le style spécial qui est resté la caractéristique de la contrée.

Partout les Phéniciens n'ont été que les importateurs, les vulgari-

Vart est un perpétuel recommencement.

Enchaînement des différents styles.

Reproduction

des bijoux

anciens par

les Algériens.

sa te u rs, les adapteurs. Us firent éclore en Grèce et à Carthage de merveilleux artistes : Homère a parlé de leur habileté.

Rome sortit d'Athènes et le Panthéon du Parthénon. Byzance avec ses coupoles mêla le style de l'Orient à celui de l'Occident ; le sphérique et le circulaire fraternisent avec la ligne droite. Le roman continue la tradition jusqu'au xme siècle. L'ogive gothique procède du plein ceintre. Elle s'effile en montant vers le ciel. La flèche élancée des clochers spiritualise pour ainsi dire l'art chrétien.

La Renaissance ne fut q.u'un reflet de l'antiquité gréco-latine, et l'évolution artistique continua à travers les âges. Les architectes copièrent sans cesse les modèles sous leurs yeux.

La rocaille vint en partie de la Chine, par les importations de porcelaine de la Compagnie des Indes. Le Louis XVI pastichant le pompéien date surtout des premières fouilles d'Herculanum. L'Empire s'inspira des études faites à Rome par Percier et Fontaine. Le Napoléon III est du néo-grec. Le style moderne crée du composite. U est trop tôt encore pour pouvoir juger l'évolution de l'art nouveau, et cependant n'apparaît -il pas comme un renouvellement du passé , comme l'exhumation des primitifs , obtenant de puis-' sanls effets par « le simplisme » de la ligne, rudiment de l'ornementation.

Et pour continuer notre démonstration, il nous est aisé de faire des rapprochements entre les bijoux arabes et ceux des autres contrées, dans le passé et dans le présent. Les modèles d'aujourd'hui sont bien souvent ceux de jadis.

Chez les Kabyles se retrouvent le fronton triangulaire des Grecs et les émaux des Byzantins. Leurs ornements sont les mêmes que ceux des Mérovingiens. L'Abyssinie, depuis des siècles, fait les mêmes bijoux que la Kabylie.

VAssaba évoque le souvenir de ce diadème somptueux que met Homère sur le front d'Andromaque, ou du fronteau porté au xv° siècle par Marguerite d'Ecosse. Sa composition rappelle celle des bracelets étrusques h compartiments, avec des petites plaques réunies par une charnière mobile.

La Cherka tunisienne, faite de pierreries cousues sur un bandeau, se rapproche des manicles de jadis.

La Khelala procède du fermail carlovingien. Le Medouar, du fermail de forme arrondie du xiue siècle. Le Dah kabyle, du brassard

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romain. Le Redif, du bracelet gallo-romain, et le Tabzimt des Beni- Yenni, de la fibule mérovingienne décorée d'un côté.

Le Meqfoul avec sa boule de corail n'est que la boucle d'oreille des Mérovingiens, en cercle de métal terminé par une pierre taillée à facettes géométriques. La Khorsa de Biskra n'est que la boucle d'oreille romaine en forme d'arc avec un bouton filigrane. Le Meqias ras el-Hanech n'est que le bracelet romain à tête de serpent, cerclé, fermant à volonté avec une langue permettant de souder un anneau.

Les Ouardas trembleuses ressemblent aux aflîquets portés à la cour de Versailles sous le nom de papillons.

La Richi de Tunis ne s'éloigne guère d'un pendant de joaillerie de Gilles l'Égaré ou de l'aigrette dessinée par Petrus Marchant. Le Tiqare de Tunis n'est-ce pas la Châtelaine du xvme siècle, et la Selseki, la chaîne sautoir européenne ?

Le Tissegncst, cette plaque demi-ronde portée par les Mzabites, évoque les plaques d'or des Lydiens. On y retrouve les mêmes roses, graines, disques et roues. Il n'y a plus dans le bijou ancien qu'à supprimer les animaux et les divinités pour obtenir le bijou arabe.

La Sarmah, rapportée d'Espagne par les juifs lorsqu'ils en furent chassés, rappelle à s'y méprendre le hennin français du xve siècle supportant le voile traînant à terre. La Meska n'est autre que le pendant de cou en or émaillé inventé au xive siècle par Pierre Wœiriot.

Que dire encore? La boucle du harnachement arabe se rapproche de celle des Gaulois. Le cheval de Vercingétorix avait probablement la même dans son harnachement. .

Le Khell-Chalr, ou collier à plusieurs rangs de pendeloques, est étrusque comme le KheU-Errouh est carthaginois.

Le Souar du Sud, bracelet hérissé de pointes, avait été mis en usage par les gladiateurs romains pour briser l'armure de leurs adversaires. Le pendant Serdouk copie l'aigle héraldique du xni° siècle servant d'agrafe.

L'Assek se retrouve dans les anciens colliers d'argent mérovingiens. Le Mengouch copie le pendant portugais du siècle dernier. Le Mcroued s'inspire de la trousse du xvic siècle.

Le Khalkhal, ce gros bracelet de pied, creux, rempli dé grains de plomb, est l'anneau qui sonne en cadence aux jambes des bayadères de l'Inde.

Il serait facile de continuer ces rapprochements en passant

LORFEVBEWE ALGERIENNE ET TUNISIENNE

Autrefois

et

aujourd'hui.

Les modèles

du

conquérant

adoptés par

te taincu.

^mtkâ^m

MEQIAS MCnEBDECK.

(Bracelet ajouré, style byzantin.)

en revue toutes les bagues copiées sur les modèles antiques,

mais la courte énumération qui précède peut suffire pour démontrer l'adaptation permanente du bijou.

Brisé, fondu pendant les invasions, il reparaît dès que le calme renaît. La versatilité du goût, l'amour du changement, ce qu'en style moderne on appelle la mode, rejette parfois dans l'oubli, au moins pour un certain temps, les formes anciennes, jusqu'au jour où le hasard, le caprice, ou un réveil plus intense du sentiment artistique avide de se retremper aux sources de l'art vrai, exhume, découvre et met en faveur le modèle ancien, oublié et inconnu du vulgaire.

Cette loi est la même en Orient et en Occident. Aussi les bijoutiers arabes n'ont-ils fait que s'inspirer, dans leurs travaux, des œuvres anciennes créées par les artistes de l'Asie ou de l'Europe, comme il va être aisé de le démontrer en reprenant un peu, à travers les âges, l'histoire de l'Afrique septentrionale.

Quelle fut l'ornementation des bijoux, sur les côtes africaines, depuis les temps préhistoriques jusqu'à nos jours?

Partout le conquérant, le nouveau maître cherche à imposer sa langue, ses mœurs, ses habitudes, ses goûts, et partout, pour plaire au vainqueur, pour se le rendre propice ou pour s'élever jusqu'à lui, le vaincu, par politique, par imitation, transforme peu à peu, mais sans faire cependant disparaître les traditions du passé ; aussi, les bijoux du Maghreb reçurent, comme ailleurs, l'impression des peuples qui successivement bouleversèrent et asservirent le pays.

Nous l'avons dit dans notre premier chapitre : la civilisation suit partout la même marche. Les bijoux de l'époque quaternaire se trouvent les mêmes sur tous les points du globe, au Danemark comme dans la Nouvelle-Calédonie. Ce sont en Afrique des fragments de coquilles, des cailloux perforés, des rondelles d'œufs d'autruche.

Les Berbères avaient la civilisation des sociétés primitives. Leurs conceptions rrtistiques ne s'élevaient pas au delà des bagues en bronze, des chaînettes à anneaux plats, des naïves images gravées sur les escarpements des montagnes des Amour (Aïn-Scfra). Ils accueillirent avec admiration les produits de la Phénicie.

Masinissa, Micipsa, Juba 1er, dont le pouvoir s'étendait du Maroc

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